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Beethoven et Boulez : innovateurs tous les deux

L'art des Siècles

Cordes et vents de l’orchestre pour « Léonora 3 »

L’auditeur moyen mélophile pour le concert de l’orchestre Le Siècles dans la salle de la CMD pouvait penser que Beethoven et Boulez avaient en commun surtout le fait d’être tous les deux compositeurs et d’avoir un nom commençant par « B ». François-Xavier Roth, chef de l’orchestre, les a mis dans une autre perspective en s’adressant au public pour définir le caractère innovant de chacun.

Beethoven, à une période d’évolution de la société et de la musique, cherchait une autre forme que celle qui, jusqu’à là, servait à accompagner l’action au théâtre et à l’opéra, ou les offices liturgiques. Une œuvre devait se suffire, se faire comprendre par le son seul et, au lieu d’être illustrative, atteindre directement la sensibilité de l’auditeur.

Après la deuxième Guerre Mondiale, Boulez et d’autres compositeurs cherchaient eux aussi de nouvelles formes de musique, tenant compte de la catastrophe qui avait dévasté l’Europe. Les auditeurs écouteraient les sons produits, plutôt que de guetter une mélodie.

Le concert a commencé et terminé par Beethoven, avec l’ouverture de Léonora n° 3 et la Symphonie Pastorale ; entre ces œuvres, Mémoriale et Dérive de Boulez.

Cette chronique a déjà fait remarquer l’intérêt qu’il y a à voir jouer une œuvre très – trop – connue, à voir émerger sa structure en regardant l’intervention des différents pupitres et musiciens, à entendre dans la tension du direct ce qu’on a trop souvent entendu en fond sonore, l’écoute émoussée.

La démonstration s’est faite avec l’ouverture et la symphonie. La partition est devenue plus claire. Il semblait ne manquer dans la salle que le plaisir plus intense à ré-écouter ces « tubes ». Les applaudissements ont été moins forts et moins longs que ceux auxquels Les Siècles ont souvent droit.

Ce sont les deux courtes compositions de Boulez qui ont éveillé les auditeurs. Ils ont dû renoncer à l’habitude de chercher un contenu mélodique et harmonique, et s’ouvrir à ce qui, à la première écoute, semble arbitraire.

Seul compte le son. Sur un autre plan, c’était ce que cherchait à créer Beethoven, en renonçant à écrire une musique subordonnée à d’autres priorités. Ainsi, ce concert a fait comprendre ce qui relie ces deux grands compositeurs, situés tous les deux à un temps de transition, entre le Classicisme et le Romantisme pour l’un, à l’émergence de la musique éléctronique et la musique aléatoire pour l’autre.

Une admirable initiative : la classe d’analyse du Conservatoire fournit un « Guide d’écoute » pour certains concerts de la CMD, dont celui-ci. Il s’agit d’une analyse détaillée de chaque œuvre, la mettant aussi dans son contexte historique. Un exemple : l’explication de la correspondance entre les notes entendues dans Dérive de Boulez et le nom de Paul S.A.C.H.E.R, figure importante de la musique du 20e siècle.

Cette étude approfondie de chaque œuvre au programme est même accompagnée d’un Vocabulaire, définissant les termes utilisés dans l’analyse, y compris cette fois l’explication de la dénomination des notes de musique, établie par Guido d’Arezzo au 11e siècle.

Ces mini-cours offriront les bases d’une éducation musicologique pour ceux qui viennent aux concerts, parfois sans autre but que d’entendre de la musique (c’est déjà beaucoup !).

denis.mahaffey@levase.fr

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Denis MahaffeyJournaliste, écrivain, traducteur... et irlandais, il a vécu en France plus longtemps qu'en Irlande, mais tient au statut d'"étranger", qui aiguise l'observation et son expression en mots. View all posts by Denis Mahaffey

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