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Franck et Berlioz : une soirée en transparence

L'art de la transparence musicale

Les notes du programme pour le dernier concert de l’orchestre Les Siècles rappellent le « succès retentissant » obtenu par César Franck avec sa symphonie en Ré mineur de. Le terme pourrait s’étendre à ce concert tout entier, dont l’autre œuvre était « Harold en Italie » de Berlioz.

L’acoustique parfaite de l’auditorium de la CMD a mis ce retentissement encore plus en valeur. Mais la réussite d’une interprétation tient aussi à sa capacité à révéler la structure et le détail d’une partition. François-Xavier Roth et ses musiciens ont rendu les deux œuvres transparentes. L’auditeur moyen pouvait facilement se croire musicologue.

La nature cyclique de la symphonie de Franck en est éclairée, le thème du début, dramatique comme celui de Wagner dans le « Ring », revenant le long des mouvements et jusqu’à la finale.

Cette chronique a déjà évoqué l’importance pour l’exécution d’une œuvre comme celle-ci, tellement connue par les enregistrements, soit vue et non pas seulement entendue. La structure orchestrale émerge, le sens de l’instrumentation devient clair. Au deuxième mouvement le long solo du cor anglais, en devenant visuel, prend toute son importance au milieu des autres vents.

Après l’entracte s’est produit, pour « Harold en Italie », un des effets théâtraux que Les Siècles savent ménager. Le pupitre et la chaise installés pour l’altiste principal Tabea Zimmermann sont encore vides lorsque François-Xavier Roth lève son bâton. Quelques mesures… et elle entre côté jardin, habillée en noir, l’alto et l’archet a la main. Elle attend, lève son instrument, et commence à jouer, le son planant au dessus de l’orchestre. Lentement, elle arrive à sa place, où elle joue debout, ne s’asseyant que quand l’alto se tait un temps pendant le dernier mouvement.

La symphonie évoque la partie italienne des voyages de Childe Harold, héros d’un long poème du poète anglais Lord Byron et qui cherche à échapper par l’éloignement à sa tristesse existentielle.

Les quatre mouvements représentent des scènes du voyage. L’alto tient le rôle principal, sa tonalité, moins affirmée que celle d’un violon, reflétant le caractère mélancolique du voyageur.

Tabea Zimmermann est arrivée à dépasser sans dominer les autres instruments, multipliant les moments de grâce, comme dans la célèbre « Marche des pèlerins ». La musique est encore une fois devenue plus lisible, plus transparente. Le particulier éclairait le général.

denis.mahaffey@levase.fr

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Denis MahaffeyJournaliste, écrivain, traducteur... et irlandais, il a vécu en France plus longtemps qu'en Irlande, mais tient au statut d'"étranger", qui aiguise l'observation et son expression en mots. View all posts by Denis Mahaffey

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