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La voix de sa mère

L'art d'être la fille de Nina Simone

Lisa Simone sur le plateau de la CMD

Lisa Simone sur le plateau de la CMD

Si elle était venue sous son nom de Lisa Stroud et n’avait pas dit un mot sur sa mère, l’aurions-nous regardée différemment, écoutée différemment ? Mais c’est Lisa Simone qui se présente, et après le premier numéro elle demande « Je suis la fille de ? » en tendant le micro vers la salle : « Nina Simone ! » Elle chante même « If you knew », écrite pour elle par sa mère.

Il est donc difficile de ne pas être attentif à d’éventuels réminiscences de Nina Simone dans les traits, les manières, la voix de sa fille.

Physiquement, elles ne se ressemblent pas. Le visage de Nina semblait fait pour amortir les mauvais coups de la vie, lui permettre de se donner une contenance. Lisa a l’air plus apaisé, plus positif.

Nina était connue pour sa désinvolture par rapport au public : elle pouvait être agressive, ou arriver sur scène en baskets, avec un sac à provisions en plastique qu’elle posait à côté du piano.

Lisa déborde d’amabilité, sourit radieusement, se raconte dans un français moins approximatif qu’elle ne prétend (certes elle a dû demander si l’on dit « un chanson » ou « une chanson »). Elle porte un jean et un chemisier noir à roses, bien différents des somptueuses toilettes de ses photos. Elle explique. Après un retard de trois heures au départ de Lyon le matin, elle arrive à Roissy, mais pas sa valise, et apprend que l’avion suivant n’arrivera qu’a 17h30. Elle débarque à Soissons. « J’ai acheté ce vêtement ici dans un petit magasin. »

Avec une énergie dont on n’a pas vu le bout, elle entreprend même de faire le tour de la salle de la CMD, laissant jouer tout seuls Hervé Samb à la guitare, Reggie Washington à la basse et Sonny Troupé à la batterie, brillants de technique et d’originalité. Lisa serre la main de chaque spectateur en bout de rang, une vraie poignée de main, ferme et franche, en regardant la personne dans les yeux.

Sonny Troupé, batteur brillant et inventif

Sonny Troupé, batteur brillant et inventif

Il reste le plus important : la voix. Le recours à des amplificateurs rend difficile d’apprécier le timbre précis, mais sa voix est souple et ronde, sans afféterie, avec un large registre, et elle possède un souffle impressionnant.

Parfois, pas souvent, elle s’engage dans une autre tonalité, plus fonceuse, presque combative. Il s’y entend alors un écho de la voix de sa mère. Nina Simone chantait comme si elle s’empêchait ainsi de hurler sa colère et son amertume. C’est ce ressentiment brûlant qui donnait du mordant et une profondeur vertigineuse à ses interprétations. Lisa Simone se bat pour aimer le même monde.

denis.mahaffey@levase.fr

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Denis MahaffeyJournaliste, écrivain, traducteur... et irlandais, il a vécu en France plus longtemps qu'en Irlande, mais tient au statut d'"étranger", qui aiguise l'observation et son expression en mots. View all posts by Denis Mahaffey

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