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Le fétichiste sur scène

L'art de jouer

Le triomphe de Didier Viéville à la fin du spectacle. Photo par Franck Alleron

Quelque chose se remue à la base de l’amas de chaises sur la scène du Mail. Un homme s’en extrait, se dresse, parle. C’est Didier Viéville, qui joue Paul Martin, fétichiste des dessous féminins. Il commence à murmurer, mais sa voix se projette dans la salle. Il découvre le public et le regarde, étonné, mystifié, résigné, amusé, réticent, accepte sa présence et s’adresse à chacun des spectateurs. Sa diction est claire.

Dans ces quelques instants, il montre que nous sommes dans de bonnes mains, que le capitaine de ce voyage collectif sait où il va, et comment.

Sans être clown, Didier Viéville emploie des techniques de clown. Lesquelles ? D’abord et surtout le contact intime, candide, naïf même, avec le public. Il se dévoile avec franchise, explique sa perversion avec passion, mais sans honte ni fierté. Comme un clown, il ignore les conséquences du passé pour le présent, comme celles du présent pour l’avenir. Il vit dans le moment même. Il a des souvenirs qu’il raconte, mais ne reconnaît pas leurs effets sur la vie de maintenant. Sa logique est impeccable, mais complètement dévoyée.

Comme celui d’un clown, mais avec encore plus de richesse en l’absence de maquillage outrancier, son visage accompagne l’action avec éloquence. D’ailleurs chaque expression, chaque geste, chaque intonation approfondit, éclaire, explicite et enrichit le texte. L’imagination déployée pour la mise en scène semble illimitée.

L’acteur ne devient pas le personnage, il l’assume. C’est ce dédoublement qui atteint le public sur deux niveaux, celui du personnage fictif et celui de l’être humain qui le joue. Voilà le propre du théâtre, et le public l’a reconnu en lui faisant un triomphe, salle debout, applaudissements rythmés, voix qui criaient.

A la fin, attrapé et suivi par les faisceaux croisés de deux projecteurs, Paul Martin se prépare à accepter l’autorité et partir contraint dans les coulisses. Soudain, il s’échappe, grimpe jusqu’en haut de la pyramide de chaises, qu’on peut voir comme la montagne de ses fantasmes, et s’y assied, encore roi souverain de tout pour quelques instants avant d’être déchu.

denis.mahaffey@levase.fr

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Denis MahaffeyJournaliste, écrivain, traducteur... et irlandais, il a vécu en France plus longtemps qu'en Irlande, mais tient au statut d'"étranger", qui aiguise l'observation et son expression en mots. View all posts by Denis Mahaffey

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