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Exposition

Costumes du Vietnam à Saint-Charles

Denis MAHAFFEY

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L'art des costumes brodés

Costumes et visiteurs dans la chapelle Saint-Charles

« Je suis nulle en couture. » Martine Augait explique si simplement son admiration pour la broderie, et notamment celles qui sont incorporées dans les costumes traditionnels du Nord du Vietnam.

Cet ancienne directrice marketing d’une grande marque passe une grande partie de l’année dans les pays de l’Orient. « On ne peut pas voyager pendant dix mois par an sans un ‘fil rouge’. Pour moi, c’est la collection de costumes traditionnels. »

Ayant un lien de parenté avec Robert Foreau-Fénier, président du Cercle d’Études Municipales et d’Actions Culturelles (CEM AC), Martine Augait a accepté son invitation à exposer les costumes qu’elle avait trouvés parmi les ethnies du Nord du Vietnam. L’exposition aurait lieu dans l’ancienne chapelle Saint-Charles devant ses boiseries, dont les dorures sont aussi subtiles que le détail des robes. Placées sur des mannequins prêtés par des magasine locaux, les robes

Martine Augait avec les élus François Hanse, Pascal Tordeux et Frédérique Vanier,

Martine Augait était présente à l’inauguration. Vive, accueillante, communicative, portant une robe noire, elle aurait pu venir du monde de la haute couture. Or, elle est plutôt ethnographe. Elle fait tout pour se rapprocher des villageois chez lesquels elle cherche les costumes. « Je me déplace à Mobylette. J’ai un ami qui la conduit, et moi je suis assise derrière. En plus, il parle le yao et le hmong, c’est utile quand les gens ne parlent pas le vietnamien. »

Dans un document publié par le CEM AC, Martine explique le contexte des costumes et son itinéraire pour les obtenir.

« Vietnam Fashion Week » reste ouverte l’après-midi jusqu’au 16 juillet.

Pourquoi les Costumes et la Broderie ?

Parce qu’ils sont une invitation au voyage et à la découverte.

Les costumes traditionnels sont les témoignages de coutumes et d’un passé parfois révolus. Ils sont les supports d’un travail de broderie artistique et minutieux effectué par les femmes.

Costume de l’ethnie Hmong

La broderie n’est pas seulement une des techniques qui embellissent les vêtements. Elle est également un fil conducteur qui permet de mieux comprendre certaines traditions et leur évolution.

En Asie, chez certaines minorités, la beauté des vêtements est, pour les femmes, un moyen de :
– faire le lien entre les générations en reproduisant des motifs ancestraux,
– se valoriser par son savoir-faire et trouver un bon mari,
– protéger ceux que l’on aime, surtout ses enfants, en brodant des motifs qui font fir les mauvais esprits,
– être reconnu par ses ancêtres en portant ses plus beaux costumes traditionnels lors de ses funérailles.

Chaque vêtement est un chef d’oeuvre à lui tout seul car il représente des heures, des mois, des années de travail : la réalisation  d’un costume Lolo Blanc au Vietnam demande plus de deux ans de travail pendant son temps libre !!!!!

Les femmes sont particulièrement inspirées lorsqu’elles brodent des vêtements pour leurs enfants ou des porte-bébé.

Pour toutes ces raisons, l’étude des textiles et, en particulier, de la broderie, est une magnifique introduction à l’ethnologie.

Malheureusement ces trésors d’art populaire sont en danger : les femmes brodent moins car elles ont moins de temps disponible et celui-ci est souvent employé pour regarder la télévision,

Les villages les plus traditionnels sont dépeuplés par un exode des jeunes en ville, pour trouver un travail plus rémunérateur que le travail à la ferme.  Lorsqu’ils reviennent au village, les jeunes ne veulent plus porter ces magnifiques vêtements sauf les festivals et les cérémonies, car ils les jugent peu pratiques, coûteux et peu conformes au modèle de vie moderne qu’ils souhaitent adopter,

Au mieux lorsqu’ils perdurent, les techniques se simplifient, les matériaux nobles comme la soie sont abandonnés au profit des fibres synthétiques aux couleurs criardes.

Cependant au Nord-Vietnam et dans les provinces du sud-ouest de la Chine, Inde, Népal et certaines régions de la Thaïlande, du Laos et du Myanmar (Birmanie), ces traditions, bien qu’en évolution, sont encore très vivantes, mais pour combien de temps ?

Pour réaliser ces reportages, pas d’équipes hyper-équipées : je voyage seule ou avec des  guides qui sont mes interprètes et avec le temps sont devenus mes amis.

En effet dans certains villages reculés, les personnes âgées ne parlent pas la langue officielle que d’ailleurs je ne maîtrise pas suffisamment également.

Nous utilisons pour nous déplacer, exclusivement des moyens de transport très locaux : bus, moto ou mobylette (Vietnam), marche à pied ou vélo (Chine, Népal) et en dernière extrémité le taxi.

Ceci pour expliquer que les photos sont prise avec un équipement minimum, discret et  transportable : pas de flash, ni de réflecteur… qui handicaperaient mes contacts avec les villageois.

Dans tous les cas, les photos sont prises avec des gens sympathiques qui ne sont ni mannequins, ni professionnels  de la photo. Par politesse, il n’était pas possible de déménager tous les objets qui encombraient l’arrière-plan. Les photos sont donc des photos de reportage prises dans leur « jus » et non pas des photos mises en scène.

Pour beaucoup de villages, j’étais la première touriste occidentale que ces gens rencontraient physiquement. Malgré le fait que nous avions interrompu leur travail pour leur demander de s’habiller pour les photos, j’ai toujours bénéficié d’un accueil fantastique et très chaleureux.

J’imprime toujours les photos et me débrouille pour leur envoyer quelques clichés par la poste ou via mes guides.  

Certains d’entre eux sont devenus des amis et je retourne leur rendre visite fréquemment, même sans prendre des photos.

Martine Augait

denis.mahaffey@levase.fr

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Exposition

Gravure : les contraintes qui inspirent

Denis MAHAFFEY

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L'art de la taille douce

Clin d’œil vers le numérique : un écran plat et sa télécommande

Cynghanedd, la poétique galloise, qui s’applique aux poètes du Pays de Galles écrivant dans leur langue, est un ensemble complexe de règles médiévales d’accent, allitération et rime. N’étrangle-t-elle pas leur inspiration ? Au contraire, les contraintes les inspirent, en les évinçant de leur zone de confort. Leur vision doit être assez éloquente pour passer la barrière.

La gravure, telle qu’en parle Jean-Christophe Sylvos, a le même effet. Un dessinateur prend ses crayons et son papier, un peintre ses tubes de peinture et ses pinceaux et couteaux ; le travail reste souple, les erreurs récupérables. Un graveur burine chaque trait de son image avec un instrument dans une plaque de zinc ou de cuivre, devant faire passer son inspiration par ces traits en creux. La moindre perte de contrôle et le travail est ruiné.

Fleurs, feuilles, chat en noir et blanc

Impressions, une exposition rétrospective des gravures de JYCé (c’est son nom de graveur professionnel) a lieu à Soissons, dans les locaux d’un cabinet de dentiste de la rue Quinquet à Soissons. Benoît Samson, collectionneur qui possède des œuvres de JYCé, met les lieux à disposition. L’exposition comprend 23 gravures, disposées autour de l’espace d’accueil du cabinet, entre des portes vitrées, et dans la salle d’attente. « Je souhaite que la beauté apporte un apaisement à ceux qui peuvent être anxieux » explique JYCé.

La plupart de ses gravures, de fleurs et feuillages, d’oiseaux, de chats, sont en noir et blanc, ou des tons nuancés. L’artiste y traduit une vision onirique, mystérieuse. « Le romantisme a d’ailleurs laissé des traces profondes dans le style et le thème de mes gravures » a-t-il écrit.

JYCé, enseignant de formation, était déjà connu dans les milieux artistiques soissonnais pour ses dessins. Il y a dix ans il s’est tourné vers la gravure, a fait des formations, notamment auprès du buriniste Joël Roche – qui lui a conseillé très vite à exposer ses travaux. Il a eu rapidement un certain succès. Il préfère exposer dans des salons. Ce sont des expositions de groupe mais, explique-t-il, « Il y a une sélection par un jury », ce qui assure la qualité de ce qui est inclus. Il vient d’ailleurs de gagner le prix de l’Artisanat d’Art au Salon des Artistes Laonnois.

Il trouve que la gravure, par la concentration technique qu’elle exige, est thérapeutique. Jean Christophe Sylvos admet avoir été stressé, ce qui peut expliquer son engagement dans l’art, ce recours contre le vide. En dix ans JYCé a produit quarante gravures.

Que faire devant une plaque de métal ? « Je fais mon dessin, le pose sur une feuille de papier carbone sur la plaque et retrace les traits. Puis je prends mon outil et enlève le métal sur les lignes tracées. »

Jean-Christophe Sylvos (à gauche) avec Benoît Samson

Il pratique la taille douce, technique qui consiste à creuser les traits de l’image, appliquer l’encre sur la plaque, l’essuyer pour n’en laisser que dans les creux, puis la passer dans une presse à taille-douce pour transférer l’image sur le papier.

Celui qui regarde attentivement les gravures de JYCé peut se trouver sensible surtout à chaque trait minuscule. A la différence d’un dessin ou d’un tableau, où l’œil embrasse d’abord l’ensemble de l’image puis peut pénétrer dans les détails, le regard vers une gravure tend à être attiré par les traits qui fondent l’image, puis, comme s’il reculait, l’image qu’ils composent.

Cela reflète-t-il l’approche de l’artiste, qui doit se concentrer sur l’outil qui burine la surface, en faisant confiance au travail préparatoire de transfert de son image ? Comme pour le Cynghanedd, un graveur doit toujours se plier aux contraintes techniques du médium. Toute spontanéité facile lui est interdite. L’imagination s’envole mieux, peut-on dire, lorsqu’elle est enfermée dans une cage : c’est le paradoxe de la créativité.


Impressions, Cabinet des Drs Samson et Fontaine, 4 rue Quinquet, Soissons. Entrée libre pour le public : mardi, jeudi et vendredi 9h-19h, mercredi 9h-18h jusqu’au 31 décembre.

[04/12/19 : Article modifié pour tenir compte d’une précision de l’artiste sur les métaux utilisés par un graveur.]

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Exposition

Le Musée à cœur ouvert

Denis MAHAFFEY

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L'art de la muséologie

Deux Vierges à l'Enfant devant Adam au jardin d'Eden sans feuille de vigne.

La salle Beaux Arts rénovée du Musée de Soissons à Saint-Léger a changé de couleurs (murs gris très clair avec de frappants panneaux rouges), mais surtout a revu la disposition des tableaux et sculptures, créant des rapprochements par lesquels la collection se donne une nouvelle énergie.

Porcelaine de Limoges de l’oncle Tom du livre de Harriet Beecher Stowe avec la petite Evangeline.

Ces changements dans la salle reflète les efforts récents de mettre de l’ordre dans les réserves du Musée, où les œuvres étaient entreposées presque en vrac, souvent sans protection. Ce travail se poursuit. François Hanse, adjoint aux affaires culturelles, envisage d’améliorer aussi la place disponible pour ces tableaux et objets qui restent invisibles pour le public. « Je vais faire démolir un pan de mur et récupérer un espace supplémentaire pour la réserve. » La restauration d’œuvres sélectionnées est entreprise.

Le fil rouge qui relie les œuvres de la nouvelle exposition, Le Musée vous ouvre son cœur, est l’amour, céleste ou diabolique, maternel, passionnel, nourricier ou destructeur, hétéro- ou homosexuel. La Vierge Marie tient son Enfant, Judith décapite Holofernes, Evangéline couvre Oncle Tom de fleurs. Les catégories sont expliquées par des panneaux (bilingues, un rajout bienvenu pour les touristes).

Le vernissage, par une douce soirée d’automne dans le cloître de Saint-Léger, a constitué une rentrée culturelle, l’occasion de se ceindre les reins en attente des émois de la saison culturelle.

François Hanse entre le maire Alain Crémont et Rosène Declementi.

Après une année et une exposition, la directrice Rosène Declementi fait ses adieux à Soissons. Depuis le départ de Dominique Roussel en 2016, et la quasi-disparition des grandes expositions d’art contemporain dans les salles de l’Arsenal, la rotation de ses remplaçants s’est accélérée, devenant plus ou moins annuelle. Le Musée de Soissons, avec sa petite collection, paraît être devenu un tremplin vers des postes plus prestigieux. Sophie Laroche, qui a succédé à Dominique Roussel, est partie pour le Musée des Beaux Arts de Nancy, Christophe Brouard pour celui de Bordeaux, Rosène Declementi s’en va au Musée de l’Air au Bourget.

En une nouvelle initiative, le Musée propose des conférences mensuelles à 18h30.

– La première, De la Joconde nue à la dame au bain : l’idéal de la beauté de la Renaissance, entre Italie et France, a eu lieu le 26 septembre.
– Le 17 octobre la restauratrice Florence Adam parlera de sa restauration de L’Amour à la Lyre, un tableau symboliste de la donation du Baron Alphonse de Rothschild au musée de Soissons.
– Le 28 novembre Guillaume Kazerouni, responsable des collections d’art ancien au Musée des Beaux-Arts de Rennes, abordera le tableau Madame de Maintenon, Ninon de Lenclos, Le Nôtre en examinant « la vraie fausse image des maîtresses royales au XVIe siècle ».
– Début 2020 :  Pour La demeure d’une favorite royale : le château de Gabrielle d’Estrées à Cœuvres le conférencier sera Christian Corvisier, historien de l’architecture et « castellologue » qui a aidé à lancer la reconstruction d’un château médiéval à Guédelon.

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Exposition

Nampteuil-sous-Muret : L’art éphémère qui perdure

Denis MAHAFFEY

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L'art de l'éphémère

Wast ed Dar de Salim Le Kouaghet (2012)

En 2008, un sentier qui s’étend entre les marais et les coteaux de la vallée de la Crise en boucle entre Nampteuil-sous-Muret et Muret-et-Crouttes, est devenu un lieu d’exposition de « land art » ou arts en nature. Chaque année, l’association du Sentier de la Crise invite des artistes à contribuer des œuvres « éphémères ». Comme certaines résistent pendant des années, l’exposition s’enrichit progressivement. L’édition 2019 vient d’être inaugurée à la ferme de la Berque à Nampteuil. De nombreuses nouvelles œuvres ont été ajoutées, généralement en matières naturelles qui dureront seulement le temps que les éléments les épargneront.

Chaque septembre l’association du Sentier d’art en Vallée de la Crise organise une visite le long de ses 5 km, pour inaugurer les nouvelles installations ajoutées à la collection.

Quoi ma gueule ? de Monique Picavet

Une évolution se fait remarquer, entre les premières années du projet, quand des artistes professionnels se chargeaient de produire des œuvres plus abstraites, et le présent, avec des artistes amateurs qui ont davantage recours aux trouvailles et à l’humour. Quoi ma gueule ? de Monique Picavet se moque gentiment des masques de l’art premier.

En contraste, Wast ed Dar, de Salim Le Kouaghet, datant de 2014, est un exemple de sa série d’évocations de l’âtre central d’une maison arabe. La construction commence à dégringoler doucement, les couleurs perdent de leur brillance, sans rien enlever à la puissance de l’image de ce qui fait un foyer.

D’autres œuvres précédemment installées sont devenues de simples accumulations de branchages ou des tas de rochers – sur un de ces tas des taches rouges subsistent, de la peinture sûrement, mais qui font penser à un autel de sacrifices peut-être humains.

Arbrabesque de J-L Sendron

Ce bouillonnement d’idées ne fait pas ignorer le paysage de la vallée, ses champs et ses bois, ni l’église de Muret s’érigeant en haut au loin, qui n’attendent que le pinceau d’un peintre paysagiste pour passer de la nature à l’art.

En 2016 Jean-Luc Sendron avait installé son Arbrabesque, triangle rempli de coupes en section d’un tronc d’arbre d’aspect rococo. Avec le temps et la météorologie, il prend un air de remplage de pierre pour une église. L’artiste, commentant l’avis selon lequel le caractère éphémère de l’art dans la nature serait en contradiction avec la vocation de l’art à conférer quelque chose d’éternel sur ses sujets, avait rappelé que « l’éternité est une succession d’éphémères ».

Association du Sentier d’art en Vallée de la Crise

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P U B L I C I T É
LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018

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