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Exposition

Fromanger à l’Arsenal : un été en couleurs

L'art d'une expositioni

La position de Gérard Fromanger en tant qu’artiste est claire et simple : « Je suis dans le monde, pas devant le monde. » Il ne veut pas regarder autour de lui en spectateur afin de traduire ce qu’il voit en peinture à l’intention de ceux qui verraient ses tableaux ; il peint en tant qu’acteur, homme engagé.

L’exposition Annoncez la couleur ! marque les retrouvailles du public soissonnais avec l’art contemporain à l’Arsenal, après deux ans d’expositions plutôt scénographiques. Les salles en haut et en bas sont remplies de plus de 100 tableaux de Gérard Fromanger, illustrant ses engagements artistiques et politiques depuis les années 60.

Il y a cinquante ans, il faisait partie de l’Atelier des Beaux Arts, l’organisme créé dans les turbulences de Mai 1968 pour imprimer des millions d’affiches de campagne, représentant une révolution graphique. Le retour à l’atelier d’artiste après cette période d’activisme n’aurait pas été facile.

Gérard Fromanger à l’Arsenal

En réaction contre l’art abstrait qui régnait à l’époque, il a adhéré au mouvement naissant de la Figuration Narrative. Ainsi son œuvre foisonne d’éléments reconnaissables. Le spectateur, au lieu de devoir attribuer un sens personnel aux images qu’il voit, voit des éléments familiers, mais dont la disposition et les couleurs sont déconstruites et reconstruites selon la vision du peintre.

En parallèle à son adhésion à la Figuration Narrative, Fromanger a approfondi son étude des couleurs primaires. Ainsi il adopte une démarche par laquelle les couleurs sont traitées, moins en fonction de nuances, que par rapport à leurs composantes primaires. C’est ce qu’il appelle une « stratégie des couleurs », par laquelle ces couleurs et leurs relations font partie des intentions de l’artiste. Libérées du naturalisme, ses toiles rayonnent intensément.

Dans le grand espace au premier étage de l’Arsenal, il a été possible d’accrocher quatre des cinq très grands tableaux de la série Quadrichromies. Peu de salles d’exposition le permettent. Trois des quatre adoptent une couleur primaire pour le fond : noir, jaune, bleu. Le tableau rouge manque : il est exposé actuellement à Marseille. Le quatrième, De toutes les couleurs, peinture d’histoire, que Fromanger a mis un an à peindre, alors que la première guerre du Golfe avait éclaté. Il montre comment l’art, la politique, la culture résonnent entre eux, le tout éclaboussé de sang. La richesse iconographique du tableau est telle que le spectateur pourrait s’asseoir devant et passer une journée à observer ce qu’il voit.

Le mur en haut de l’escalier est couvert des maquettes de vitraux pour l’église d’Anzy-le-Duc en Bourgogne. Seulement, l’évêché y a détecté une absence de référence chrétienne dans ces scènes, et le projet a été remis en question. Une déclaration de l’artiste, selon laquelle « les hommes ont inventé les dieux« , n’a pas aidé. Il reste ces cartons, rempli d’une foule de silhouettes rouges en marche.

Fromanger peint « par série », comme celle du Boulevard des Italiens, peinte à partir de photos prises avec un photographe en une demi-heure un jour de 1971. Devant le paysage urbain, des silhouettes rouges s’affairent sur les trottoirs, traversant un passage piétons, se retrouvant devant une librairie. Il faut voir tous ces tableaux comme si l’on était dans le quartier soi-même, se laisser happer, vivre le mouvement des couleurs. Il faut être dans la vie du boulevard, non pas devant.

Annoncez la couleur ! est ouverte jusqu’au 2 septembre.


Au vernissage le Maire de Soissons a déclaré, non sans fierté – et sa remarque a été applaudie – que les grandes salles de l’Arsenal ont permis d’accueillir plus de tableaux qu’à l’exposition Fromanger au Centre Pompidou en 2016 ! Rappelons à ce propos la déclaration faite par Richard Alquin lors de son exposition en 2013 :  » A cent kilomètres autour de Paris, seul Soissons peut donner tant d’espace à un artiste. »

Le vernissage a marqué le départ de Christophe Brouard, directeur par intérim du Musée, qui a assuré, conjointement avec Claude Guibert, spécialiste de Fromanger, le commissariat de cette exposition. Rosène Declementi, qui sera directrice à partir de juillet, a été présente à côté de son prédécesseur.

denis.mahaffey@levase.fr

1 commentaire

1 commentaire

  1. Mireille

    7 septembre 2018 à 10 h 58 min

    Je regrette le départ de Christophe Brouard mais attendons de voir…la suite !

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Exposition

Soigner corps et âmes

L'art du dévouement

Les religieuses font du foin devant l'hôpital.

A côté des millions de morts de la Grande Guerre, il y a eu la multitude des blessés. Les uns étaient enterrés ; les autres devaient être soignés. L’exposition Soigner et Survivre à la chapelle Saint-Charles montre comment cela a été fait à l’hôpital de Soissons. C’est une rare occasion de voir l’hôpital avec les yeux du passé.

Une « Curie », camionnette aménagée pour faire de la radiologie sur le Front, et exposée pendant les deux premiers jours de l’exposition.

A l’origine il y a eu une invitation de routine reçue par la Société Archéologique et Historique de Soissons (SAHS). Elle annonçait la tenue d’une exposition de photos dans les locaux de la Congrégation des Sœurs Hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve à Neuilly-sur-Seine.

Denis Rolland, président de la SAHS, et Monique Judas, présidente de l’Association pour la Sauvegarde de la Chapelle Saint-Charles (SCSC) se sont rendu compte de l’intérêt particulier de l’événement pour Soissons. De 1808 à 1950 ces religieuses avaient été infirmières à l’hôpital de Soissons, et l’exposition contenait de nombreuses images datant de la période de la Guerre, et illustrant la vie quotidienne sous les bombardements.

L’archiviste de la Congrégation leur a fourni une copie numérisée des plaques originales, et en quelques mois seulement l’exposition actuelle a été montée. « Nous étions motivés ! » déclare Monique Judas.

Plutôt que d’exposer les images seules, tout un appareil d’explication a été établi par Denis Rolland pour les mettre dans leur contexte historique et social. Une trentaine de panneaux détaillent la vie quotidienne, dans les salles, les blocs, les jardins, les rues autour, et même dans les tranchées creusées pour permettre à tout le monde de circuler en sécurité.

Le résultat est une évocation éloquente du dévouement et de l’humilité des religieuses. Elles soignent les blessés et malades, mais elles sont aussi jardinières, balayeuses, cuisinières et aumônières, apparemment infatigables.

Les Sœurs Hospitalières de Saint Thomas de Villeneuve prient sur les tombes militaires.

Leur habit noir et coiffe blanche attirent le regard sur chaque image, effaçant leur individualité comme tous les uniformes, laissant transparaître la fonction au lieu de la personne. Les images sont à la fois documentaires et dramatiques.

Elles étaient religieuses autant qu’infirmières, et leur devoir ne s’arrêtait pas au seuil du décès d’un patient. Plusieurs images les montrent agenouillées devant les tombes du cimetière, à prier pour l’âme des morts.

Que fera-t-on des panneaux après la fermeture de l’exposition ? « Il est question de les donner à l’hôpital » explique Monique Judas.

Un catalogue a été établi pour accompagner l’exposition. Il s’agit d’une simple plaquette brochée, d’une lisibilité parfois difficile, mais elle constitue un outil remarquable pour étudier le sujet dans le détail. Elle présente le projet et sa situation historique, puis reproduit l’intégralité des photos et des textes qui les accompagnent !

Les membres actuels de la Congrégation ont suivi avec enthousiasme le projet d’exposition à Soissons. « Deux des religieuses sont venues habiller un mannequin, pour montrer l’habit de l’époque. » Elles ont assisté aussi au vernissage, et reviendront pour la conférence que donnera Agnès Wojciechowski, archiviste de la Congrégation, le 16 septembre à 17h.

Les organisateurs ont utilisé les images mises à leur disposition pour créer un témoignage riche, nuancé et émouvant de la bonne volonté et du dévouement sans bornes de celles qui se sont occupées de soigner et de survivre à l’hôpital de Soissons entre 1914 et 1918.

 

Soigner et Survivre est ouverte jusqu’au 23 sept. du vendredi au dimanche de 14 à 18h.

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Exposition

Le Soissonnais d’avant la tempête

L'art de l'aquarelle

Il reste quinze jours pour faire – ou refaire – le trajet artistique le plus poignant de la saison 2017-18 du Musée de Soissons.

En exposant quarante-cinq aquarelles et dessins de Léopold Baraquin (1913-1892), restaurés pour l’occasion, sur des 136 dans sa possession, le Musée fait voir les villages et monuments du Soissonnais, parfois des terres voisines, sous un angle idyllique. Tout y est poétique, l’aspect et l’architecture, la douceur des pierres, la sérénité des personnages à l’avant-plan, dont le rôle principal semble être de montrer l’échelle des constructions. Cette idéalisation de la ruralité n’est pas exceptionnelle, et il serait facile d’imaginer une lente évolution, petit changement par petit changement, vers le monde moderne. Sous cette perspective, le monde représenté par Baraquin aurait laissé de solides traces dans les maisons qui font un village, dans les châteaux et monuments qui s’érigent autour et au-dessus de ces maisons.

Le titre de l’exposition indique ce qui a contrecarré une telle évolution paisible, et ce qui rend cette exposition si poignante, surtout pour les Soissonnais. Et in Picardia ego, détourne élégamment le célèbre Et in Arcadia ego. Le dicton se traduit par « Moi aussi je suis en Arcadie » ; l’Arcadie étant le pays idyllique de légende, un jardin d’Eden à l’abri de tout mal, et « moi » étant la Mort qui y rôde quand même.

Dans le cadre de l’exposition, où la Picardie devient le « lieu amène », il prend un sens particulier : une mort brutale a frappé ce pays. La guerre a détruit le monde que dessine et peint Baraquin. Six cents villages ont été dévastés entre 1914 et 1918. La Picardie, tout en se reconstruisant ensuite, ne s’en est jamais remise.

Jean-Pierre-Léopold Baraquin, né à Mortefontaine et mort à Pierrefonds, a consacré son temps de peinture à ce qui se trouvait aux alentours de Soissons. Conducteur de travaux aux Ponts et Chaussées de la ville, il avait l’habitude de se déplacer dans le pays, et profitait pour faire des dessins à partir desquels il produisait des aquarelles, en utilisant la mine de plomb pour les traits. Ceci explique que ses images ne soient pas toujours fidèles à la réalité, car il déplaçait facilement des éléments, une maison, un arbre. Ces adaptations venaient-elles d’une réticence par rapport au réalisme, ou de l’écart entre le croquis sur place et le tableau travaillé en atelier ?

Le sous-titre de l’exposition n’est-il pas Entre rêve et réalité. Baraquin n’entend pas faire un relevé topographique comme un chercheur, mais produire une image plus élégiaque. Comme son style est assez stable, ne changeant guère au cours de sa carrière, et puisqu’il ne mettait pas de date, il a fallu procéder par recoupement pour essayer d’en déterminer l’ordre.

Un catalogue d’exposition est parfois l’équivalent d’un livre d’art, luxueux et cher, un accompagnement prestigieux de tel événement dans le monde de l’art, avec des images de haute définition et des textes abscons. Celui de Et in Picardia Ego, en revanche, est davantage un manuel d’accompagnement. Il reproduit de nombreux tableaux avec une qualité tout à fait suffisante. Plus que cela, les textes aident directement la compréhension. L’introduction par Christophe Brouard (qui vient de quitter son poste de directeur par intérim du Musée) offre une mise en perspective historique et art-historique le rôle de Baraquin, par rapport aux artistes traitant les mêmes sujets avec d’autres objectifs. C’est lui, commissaire de l’exposition, qui a composé le titre avec ce clin d’œil savant.

Sa contribution est suivie d’un essai de l’historien de l’architecture Christian Corvisier. Il s’agit d’une analyse de l’art de Baraquin, surtout en examinant individuellement une trentaine de tableaux pour en dégager le processus de la composition.

Au prix de 12 euros, il offre un guide pour l’exposition et un document d’archive à conserver.

Christophe Brouard admet volontiers que l’idée de l’exposition lui avait été suggérée par son prédécesseur Sophie Laroche, qui avait fait restaurer et exposer certaines aquarelles de Baraquin dans l’exposition Le Musée sort de ses Réserves.

Cet artiste local et dont l’inspiration est restée locale n’aurait pas pu s’imaginer que son œuvre deviendrait émouvante par son évocation d’un monde, d’un habitat, d’une tranquillité de vie qui ont disparu dans le cataclysme de la Grande guerre. L’exposition génère non pas la nostalgie mais un mal de mémoire sans remède.

Et in Picardia Ego est ouverte jusqu’au 24 juin.

denis.mahaffey@levase.fr

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Coup d'oeil

La popote s’en va-t-en guerre

L'art du coup d'oeil

La commune de Saconin-et-Breuil a voulu réveiller la mémoire de ce qui s’est passé dans le village il y a cent ans, pendant la guerre. Elle a organisé deux jours d’expositions, de randonnées, avec un spectacle dans l’église, Eléonore et l’ancêtre de la compagnie Arts et Nuits Blanches.

Devant la salle communale, l’association Eperon 132 de Crouy avait installé une popote allemande, dont l’appellation officielle est « cuisine roulante ». Elle avait été retrouvée après le départ des Allemands, qui n’avaient pas pu la sortir de la carrière dans laquelle ils l’avaient installée et dont le toit s’était effondré. Les bénévoles ont déblayé l’endroit et dégagé la popote. Après quatre ans de travaux de restauration, elle était prête pour le Centenaire. Elle a déjà été en service aux cérémonies de La Malmaison et ailleurs.

Elle date de 1911. Elle contient un grand chaudron central dans lequel les aliments pouvaient être cuits. Les appareils français équivalents étaient moins performants, ce qui fait que les poilus ne mangeaient souvent que de grands bouts de pain.

A côté du chaudron il y a, comme dans les vieilles cuisinières à bois, un compartiment pour faire chauffer l’eau. Le cuisinier Philippe Ducastel (habillé en Allemand, alors qu’à La Malmaison il portait l’uniforme français, preuve de la réconciliation franco-allemande) proposait du café gratuit aux visiteurs à Saconin-et-Breuil. Un détournement de la fonction primitive ? « Non, c’est conçu pour cela. » Il a sorti de l’eau un grand filtre métallique, de la taille d’une petite valise, et qui contient le marc de café.

Voilà, au milieu des souvenirs de combat, de blessures et de mort – civières, avions, pinces à couper le fil barbelé – le rappel que les hommes qui menaient la bataille avaient besoin de repas, autant que s’ils rentraient du travail, en temps de paix.

denis.mahaffey@levase.fr

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P U B L I C I T É
LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018
LEVASSEUR  – Chocolat Soissons – 09-2018

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