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Musique

De Haarlem à Ambleny : les cordes de Kennemer

Denis MAHAFFEY

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L'art de l'ensemble musical

L’église d’Ambleny offre un cadre à la fois spacieux et intime pour la musique. Un orchestre peut s’installer au bout de la nef, pour éviter des barrières acoustiques, et le double transept et chœur, très grands pour une petite église de campagne, donne de la profondeur derrière les musiciens.

Le Kennemer Consort de Haarlem dans les Pays-Bas, ensemble de cordes amateur, connait bien le lieu, où elle est déjà venu plusieurs fois préparer son « concert du printemps » en quatre jours de répétition intensive.

Pour leur quatrième visite, les membres de l’orchestre ont logé comme d’habitude dans le gîte de la Ferme de la Montagne à Ressons-le-Long, en haut d’Ambleny. Le séjour de cinq jours est décrit ainsi sur le site de l’orchestre.

« En France nous poursuivrons l’étude du programme dans la journée sous la direction de Jean-Pierre Gabriël. A côté de cela, il y a le temps pour tout le monde de se balader, faire la cuisine, boire et manger ensemble, et surtout de faire beaucoup de musique de chambre. »

Le dimanche, les musiciens sont descendus de leur gîte à l’église et ont pris place devant le public.

L’ensemble a choisi cette année de mettre au programme des compositeurs d’une même époque, celle qui chevauche les 19e et 20e siècles : Respighi, Max Bruch, Puccini et Bartók. Ces instrumentistes non-professionnels obtiennent un son rond et chaud que beaucoup pourraient envier, et quelques petits flottements n’ont pas réduit le plaisir de les écouter.

La troisième suite d’airs et danses anciennes de Respighi est loin d’être archaïsante, mais plutôt pleinement Romantique.

Pour Max Bruch, autre Romantique, il est toujours intéressant d’entendre autre chose que son concerto pour violon.

Dans Crisantemi, Puccini atteint un ton élégiaque assez loin de la musique dramatique de ses opéras.

Pour finir, les Danses populaires roumaines de Bártok qui, dans leurs harmonies, apportent un autre son, celui de l’Europe centrale et de la musique moderne qui s’annonce. C’était une nouvelle écoute de l’oeuvre, qui avait figuré au programme du dernier concert du Cercle Musical.

Le concert terminé, les musiciens ont pris leurs instruments sous le bras et sont montés dans une flotte de voitures aux plaques jaunes des Pays-Bas. Ils reprenaient la route de retour à la maison.

denis.mahaffey@levase.fr

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Le Vase des Arts

Devant les yeux, Beethoven devient Beethoven

Denis MAHAFFEY

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L'art du trio

Avec Philippe Cassard au piano, David Grimal au violon et Anne Gastinel au violoncelle, le Festival de Laon et la CMD ont programmé tous les trios de Beethoven avec piano en trois concerts. Après le premier, à Laon en 2019, le deuxième vient d’avoir lieu à Soissons ; le troisième sera à Laon en automne.

A la CMD le récital revient aux débuts du jeune Beethoven, avec ses trois premiers trios, ceux dans lesquels il commence à trouver un langage personnel, et à prendre ses distances par rapport aux grands prédécesseurs, Haydn et Mozart.

Le concert révèle cette recherche, ces découvertes, à entendre dans la musique, mais aussi à voir dans les gestes des musiciens. Le premier trio, qui adhère aux valeurs classiques, sauf à remplacer le menuet habituel par un scherzo et à ajouter un mouvement aux trois traditionnels, contient quand même un passage où une phrase au piano est suivie d’un soudain arrêt, puis reprise au violon, puis au violoncelle. Le petit ballet entre les trois musiciens rend visible l’innovation musicale.

Ces moyens d’expression se développent dans le trio n° 2, dont le deuxième mouvement lent montre que pour Beethoven la beauté de la musique n’est jamais purement esthétique, elle a toujours un sens humain. L’auditeur qui s’ouvre à cette quête de sens approfondit l’expérience d’écoute. C’est le propre de son œuvre.

Le troisième trio, le plus connu, développe les contrastes, les inattendus, le dynamisme souple caractéristiques de la musique de Beethoven. L’auditeur, interpellé, se trouve entraîné dans des prises de position : l’écoute de la musique de Beethoven n’est jamais neutre.

En bis, après ces premières œuvres, Philippe Cassard, David Grimal et Anne Gastinel ont joué un mouvement du dernier trio avec piano de Beethoven, l’Archiduc. Ainsi le public, qui venait d’écouter ses premiers efforts, a pu apprécier leur aboutissement. Beethoven a forgé un langage musical capable de traduire l’expérience d’être humain.

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Le Vase des Arts

Prochainement / Beethoven : symphonies à tout-va

Denis MAHAFFEY

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L'art de l'intégrale

L'Ensemble orchestral de la Cité à la CMD en avril 2019

La saison musicale 2019-20, on l’a annoncé dès le début, est celle des « intégrales » : les concertos pour violon et orchestre de Mozart, les trios de Beethoven pour piano et cordes, les sonates pour violon et piano de Mozart et, de Beethoven encore, ses symphonies, mais dans une configuration particulière. Entre le 14 février et le 27 juin les neuf symphonies seront jouées au cours d’un série de concerts et récitals : six en version symphonique avec orchestre, les trois autres en transcription pour piano, soit en solo soit à quatre mains.

Embarquer pour ce voyage musical de quatre mois donne l’occasion de vivre l’aventure vécue par le compositeur lui-même. C’est une aventure : Beethoven ne laisse jamais l’auditeur passer en pilotage automatique, se contenter de sonorités plaisantes et de grandeur orchestrale. Par la profondeur de son propre engagement, sa volonté de refléter un monde d’ordre et de chaos, de grands gestes et de nuances, il oblige celui qui écoute à prendre position, à découvrir en lui-même la capacité de saisir la vie à travers la musique.

Beethoven a dit « Mes symphonies sont la meilleure représentation de mon être véritable. Il me semble toujours entendre en moi-même les sons d’un grand orchestre. »

La progression à observer dans ces compositions correspond au développement de la créativité de Beethoven, à sa volonté de rompre les règles à la recherche de son propre langage, exprimé avec sa propre voix. Les deux premières symphonies se conforment à la rigueur de la tradition symphonique viennoise, quoique la Seconde laisse entendre déjà des signes d’individualité. La Troisième, Eroica, marque un départ, la disparition progressive des conventions Classiques, l’apparition de la symphonie Romantique qui se concentre sur son contenu plus que sur son style. Les Quatrième et Cinquième poursuivent ce développement innovant et surprenant. La sixième, la Pastorale, devient une série de poèmes symphoniques reliés par des motifs mélodiques. Dans ses septième et huitième symphonies, Beethoven introduit encore de nouveaux éléments de composition, alors que la neuvième, la Chorale, représente la synthèse de tous les moyens utilisés jusqu’à là, avec un rajout révolutionnaire, le recours à un chœur pour terminer l’œuvre – et l’œuvre symphonique de Beethoven.

Les neuf symphonies seront réparties parmi les concerts à la CMD, mais pas dans l’ordre de leur composition : il ne s’agit pas d’une sage promenade le long de l’évolution musicale de Beethoven, mais d’une série d’expériences distinctes et déroutantes.

L’éclairage instrumental ne sera pas uniforme non plus, car trois des symphonies seront entendues en transcription pour piano. Versions au rabais, amoindries par l’absence d’orchestre ? La transcription offre plutôt un autre angle d’écoute. Le critique belge Pierre Solot explique : « Le piano clarifie le discours symphonique, on y perçoit la polyphonie, les différentes strates du discours, de manière limpide. Et la transcription devient une nouvelle vision de la Symphonie. Une mise en valeur d’une autre part du discours : la part mystérieuse, celle qui est cachée par la masse orchestrale, ou par la prise de son partiel d’un enregistrement. Le piano ne cache rien. »

David Salmon et Manuel Vieillard joueront la Symphonie n° 8   [Photo : Mail]

Le premier concert, donné par l’Ensemble Orchestral de la Cité le 15 février, commence par la plus célèbre, la 5e, dont la sommation initiale résonne le long de l’œuvre. La 2e ramène l’écoute vers les débuts symphoniques de Beethoven.

Le matin du 8 mars Lidija et Sanja Bizja jouent la transcription pour quatre mains de Czerny de la 6e, et l’après-midi l’orchestre Les Siècles revient au début avec la 1e suivie des 4e et 7e. Ce concert est précédé d’une répétition publique.

Le 16 mai en fin d’après-midi David Salmon et Manuel Vieillard jouent la transcription pour quatre mains de la 8e, encore par Czerny, suivis le soir par François Dumont avec la transcription par Liszt de la 3e, Eroica. Entre les deux, Frédéric Lodéon, violoncelliste et animateur à France-Musique, met en mots « L’univers symphonique de Beethoven ».

Enfin, le 27 juin, c’est l’apothéose (et à la cathédrale !) : l’Orchestre National de Lille, avec quatre solistes, joue la 9e. La vie symphonique de Beethoven atteint son sommet et sa fin.

[Modifié le 12/02/20 pour corriger la date du premier concert : 15 mars ; et le 14/02 pour reformuler le nombre de symphonies jouées avec orchestre et le nombre en transcription pour piano, et pour  préciser que le nombre de notes qui forment la sommation au début de la Cinquième est, non pas huit mais quatre, organisées en (3+1) x 2.]

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Le Vase des Arts

Murray Head

Denis MAHAFFEY

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L'art de la chanson

Murray Head sur scène

Ceux qui ne connaissent Murray Head le chanteur que par sa voix peuvent cependant avoir retenu de Murray Head l’acteur une image de 1971, filmée par Lindsay Anderson comme un manifeste de liberté sexuelle : un dentiste d’âge mur (Peter Finch) embrasse longuement sur la bouche un jeune artiste (Murray Head). C’était dans Un dimanche comme les autres.

Devenu chanteur, et d’âge plus que mur lui-même, il est venu à la CMD avec ses musiciens pour un concert devant une salle remplie surtout par les générations qui ont suivi sa carrière dès le début.

Murray Head arrive sur la scène de la CMD.

Il arrive sur scène en chantant Jésus Christ superstar (il avait joué Judas au théâtre), et continue par une rétrospective de son propre répertoire. Sa voix reste forte, claire, et il monte dans le registre de tête pour lequel il est connu, une voix comme un cri dans la nuit.

Quid de l’acoustique exquise de l’auditorium de la CMD, alors que le son vient de deux murs de haut-parleurs de chaque côté du plateau ? Même lorsque le chanteur fait le tour de la salle en montant par un côté et descendant par l’autre, sa voix arrive toujours d’en bas. Réponse à la question : le mot « exquis » est hors propos pour un concert pop. C’est comme si un spectateur de cirque questionnait l’altitude prise par les trapézistes ou le volume corporel des éléphants.

La partie officielle du programme prend fin avec la chanson qui l’a rendu célèbre : Say it ain’t so, Joe. Expression criée en 1921 par un gamin en voyant arriver au tribunal de Chicago son héros le basketteur Joe Jackson, accusée de corruption passive (il a été acquitté), Murray Head l’a adoptée pour contester le pouvoir des gouvernements (« Tu mets une croix, et puis ils font ce qu’ils veulent ! »).

 « Quelle pêche il a encore ! » commente un spectateur devant l’allure de Murray Head. Entre les chansons il sourit longuement, et s’adresse au public dans un français rapide avec quelques imperfections attachantes et trous de mémoire. Il se tourne vers ses musiciens quand un mot lui manque : en annonçant You can’t tell a book by its cover, il demande « How do you say « cover » in French ? » Un spectateur vient au secours : « Couverture ! »

Murray Head possède une amabilité naturelle, et a du plaisir à être là. Il aborde souvent le sujet de son âge et de ses inconvénients : après plus de deux heures debout, il proteste : « Je suis crevé à mort… crevé à mort », et exige que le public reste debout comme lui pour les bis. Il propose au public de chanter The house of the rising sun avec lui. C’est fait, dans un balancement général. (*)

Peu à peu, le long de la soirée, une vérité universelle émerge : Murray Head le chanteur septuagénaire garde tout ce qui faisait de lui le jeune comédien qu’il a été, l’artiste qu’il a joué, aux cheveux en casque, au profil marqué, aux lèvres droites.


(*) Au concert Spirito la directrice de chœur Nicole Corti avait appelé les spectateurs à chanter la Valse de Chostakovitch avec les choristes. Murray Head fait de même à son concert. A se demander si en juin, à la cathédrale, nous serons appelés à entonner, avec l’orchestre de Lille, l’Hymne à la joie de la 9e Symphonie de Beethoven.

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LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018

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