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Musique

Jean-François Zygel : la démocratie de la fugue

L'art de l'improvisation (suite)

Jean-François Zygel explique… la fugue

Le plateau austère de la CMD, adouci cependant par les tons chauds du bois qui l’entourent, les côtés en dents géantes de scie, l’éventail au-dessus au fond, ne contient qu’un piano Bösendorfer. Le pianiste entre ; seul l’éclairage modulable suggère qu’il s’agira davantage d’un spectacle que d’un récital.

Jean-François Zygel s’assied et commence à jouer la Toccata et Fugue de Johann Sébastien Bach. Un court passage, puis il part ailleurs. Les notes et les harmonies s’accordent à l’esprit de l’original, mais nous sommes engagés dans la première improvisation de la soirée.

Dans un beau texte paru dans le programme, Jean-François Zygel examine le fait d’improviser, comment le musicien « doit être à la fois à son affaire et ailleurs », en laissant quelque chose s’établir « entre le soi de la surface et le souci des profondeurs ».Il  admet « Je suis là avec mes doigts, mes oreilles, mes rêves. »

Entre les morceaux, il commente la musique de Bach, l’influence énorme qu’il a exercée sur les compositeurs qui l’ont suivi, même si, au milieu du siècle dernier, il pouvait être peu apprécié, traité de « machine à écrire de Dieu » (« C’est déjà pas mal ! » commente Zygel).

Il explique en termes simples ce qu’est une fugue, dans laquelle une mélodie jouée à une seule « voix » est reprise par une autre, et ainsi de suite, mais chacune décalée par rapport aux autres. Un pianiste peut aller jusqu’à jouer à quatre voix avec ses deux mains. A la différence d’une chanson, où la voix chantée est accompagnée par les autres instruments, aucune voix n’a la priorité dans une fugue : « C’est plus démocratique. » Il finit par improviser… une fugue.

L’improvisation la plus spectaculaire est sans doute celle qui commence par l’archi-connue Badinerie de la 2e Suite Orchestrale, le motif rapide baroque devenant, devant nos oreilles, du Chostakovitch, avec ses modulations, ses balancements.

Il finit par le choral final de la Passion selon Saint Jean, grandiose et délicat, en n’y ajoutant que quelques touches de son invention.

Pourquoi ne pas rester fidèle au compositeur ? Comme dans le jazz, qui donne des couleurs nouvelles à un thème original, l’« infidélité » de Jean-François Zygel éclaire plus qu’elle ne trahit la musique de Bach. Elle nous fait monter à bord pour suivre un itinéraire nouveau à travers un paysage familier.


Marie-Christine Rennaud est médiatrice culturelle.

Les spectateurs pouvaient se faire accompagner par leurs enfants de trois à six ans, et les confier le temps du concert à Marie-Christine Rennaud, médiatrice culturelle de la CMD, pour Petites Oreilles, un atelier d’improvisation. « Pas pédagogique, plutôt ludique » a-t-elle déclaré. Les jeunes participants, qu’on espère futurs mélomanes, ont pu improviser sur le piano de l’amphithéâtre et – grand événement pour eux – sur l’orgue dans sa salle de la CMD. L’adjoint Jeunesse de cette chronique, Felix âgé de cinq ans, a « beaucoup aimé », jusqu’à en parler encore le lendemain matin. C’est une première pour Marie-Christine Rennaud, organisée en accord avec Benoît Wiart, directeur de la CMD. Les premiers stagiaires, Alexis et Felix, auront l’occasion d’aller plus loin.

Musique

Les cuivres font vibrer

L'art des cuivres

Autour des cuivres est un des événements programmés par le Conservatoire (à ne pas confondre avec le programme officiel de la saison de la Cité de la Musique et de la Danse). Cette journée a permis à soixante élèves de Conservatoire de partager et développer leurs connaissances des instruments de cuivre, à jouer ensemble, à rencontrer d’autres instrumentistes. Benoît Wiart, directeur de la CMD, entend encourager de tels partages – et d’attirer du monde pour entendre le résultat. Ainsi Autour du cuivres a pris fin avec un concert public donné par le Brass Band de Champagne dans la grande salle.

Cette formation mi-professionnelle mi-amateur est domiciliée à Reims mais ses musiciens, l’a rappelé le directeur Manuel Haussy, viennent des alentours, dont l’Aisne.

Est-ce le son vibrant de ces instruments, cornets, tubas, trombones…qui rend la musique si accessible, si entraînante ? Il est difficile de l’entendre sans se redresser un peu dans son fauteuil. Ce n’est pas un accident si les forces armées affectionnent de telles formations. Soyons clairs : la musique des cuivres, par ses tonalités revigorantes, a quelque chose de militaire – mais pas militariste, comme l’a montré le programme du Brass Band de Champagne. Est-ce cette référence qui fait que les musiciens, en costume et chemises noirs et grande cravate jaune-moutarde, sont assis en rangs serrés qui forment trois côtés d’un carré.

Trois tubistes du Brass Band de Champagne

Le Chœur des esclaves hébreux de Nabucco de Verdi et une version quelque peu détournée d’une Rhapsodie hongroise de Liszt dépoussièrent le répertoire populaire classique. La musique de cinéma est plaisamment représentée par la bande sonore de Harry Potter et le prisonnier d’Askaban, et un choix des partitions écrites pour les premiers dessins animés, le timbre des cuivres leur donnant du mordant.

Un Paso doble comme une marche militaire et du swing pour Sing sing sing ! de Benny Goodman, enfin The call of the Cossacks, grande composition de Peter Graham pour le célèbre Black Dyke Mills Band du Yorkshire : le concert aller se terminer, mais le BBC a ajouté en bis une suite irlandaise comprenant Rocky Road to Dublin, le poignant Jeune Ménestrel, chanson patriotique sur la rébellion de 1798 contre les Britanniques, et enfin une évocation rocailleuse de la musique de danse habituellement jouée par un violoneux.

Le concert terminé, les auditeurs ont pu partir, des échos de tous ces répertoires vibrant encore dans les oreilles.


Notes sur la vie musicale

  • La souplesse de la programmation « Conservatoire » est confirmée : deux journées d’Initiation à la musique africaine ont été ajoutées trop tard pour figurer dans le livret édité récemment. De 10h le 16 avril à 17h le 17, ce sera ouvert aux musiciens de tous niveaux et à tous les instruments.
  • Le concert du Cercle musical du 31 mars a montré une cohérence renouvelée parmi ses instrumentistes, surtout dans les premières œuvres, le concerto pour cor de Franz Strauss, le quatuor orchestral de Stamitz et la Suite pastorale de Chabrier. Jusqu’à la dernière note de l’emblématique Marche de Radetzky, bissée deux fois, l’orchestre n’a à aucun moment perdu sa vigueur, sa volonté à tout entreprendre.[Modifié le 5/04/19 pour rectifier le nom des instruments d’un Brass Band, d’après des précisions reçues.]

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Musique

Ensemble orchestral de la Cité

L'art de la convergence musicale

Julien Chauvin, chef et violoniste

Un Laonnois avait fait le déplacement « uniquement pour entendre du Chevalier Saint-George ». Fervent de Mozart, il ne serait pourtant pas venu pour lui, ni pour Haydn, troisième compositeur au concert de l’Ensemble Orchestral de la Cité à la CMD. Non, il voulait saisir l’occasion rare d’écouter la symphonie no. 11 de ce champion d’escrime, militaire qui a servi le Roi puis Napoléon, et incidemment compositeur d’une multitude d’œuvres, symphonies, concertos, opéras. « Le petit Mozart », on l’appelait.

L’œuvre pouvait faire penser à Mozart : la même simplicité mélodique, presque enfantine, dans un dialogue espiègle, une phrase qui répond à la précédente.

La comparaison pouvait se faire tout de suite en écoutant le concerto pour violon et orchestre no. 5 du « grand Mozart » qui a suivi. Le dialogue y est, seulement les modulations sont plus riches, plus inattendues (et en même temps inévitables, c’est une spécialité mozartienne).

Les deux autres œuvres du programme ont été de Haydn, son concerto en sol majeur et sa symphonie parisienne La poule.

L’admirateur laonnois du Chevalier de Saint-George a pu trouver son bonheur sans s’occuper du contexte particulier du concert. L’Ensemble orchestral réunit chaque année, sous un chef d’orchestre invité, des musiciens de l’orchestre Les Siècles et des professeurs de Conservatoire du Département. Cette année, Julien Chauvin a dirigé les répétitions, puis dirigé le concert de sa place de premier violon et, pour les deux concertos, debout devant l’orchestre en soliste.

Khrystyna Sarkysan, professeur au Conservatoire de Chauny, et Jean Bregnac, flûtiste de l’orchestre Les Siècles

Le dispositif correspond à une constante de la vie musicale axonaise et aux objectifs de l’Association pour le Développement des Activités Musicales dans l’Aisne (ADAMA). La Jeune Symphonie, dans laquelle les musiciens des Siècles se mêlent aux élèves de Conservatoire pour un concert chaque juillet, en est une autre manifestation. Ainsi les élèves et professeurs des Conservatoires et écoles de musique sortent des salles de cours et s’enrichissent des rencontres, s’engagent dans des projets collectifs, jouent devant le public avec des musiciens d’orchestre. Le quotidien de chaque catégorie est différent, mais il se retrouvent avec un objectif commun.

Ce sont donc des formations particulières, et les membres du public qui assistent aux concerts peuvent savoir que leur présence est un élément essentiel de ce processus par lequel les énergies, dont la leur, convergent.

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Musique

Prochainement / Le printemps du Cercle Musical

L'art de la musique bénévole

Le Cercle Musical en février 2018

Il y a des indices du printemps qui ne mentent pas : les oiseaux qui reviennent chanter, le bourgeonnement et la fleuraison partout, le soleil qui chauffe doucement… et le concert de printemps du Cercle Musical.

Cette année, sous la direction de Nathalie Lecuyer, le plus ancien ensemble orchestral amateur de Soissons l’orchestre a, selon un des musiciens, « énormément travaillé, énormément » sur de nouvelles œuvres. Le programme ne contiendra qu’une seule reprise, l’irrésistiblement rythmée Marche de Radetzky de Johann Strauss qui assurera une fin de concert vigoureuse.

Le programme commencera aussi par du Strauss, mais pas de la même famille : Franz Strauss, célèbre corniste du 19e siècle, avait un fils qui est devenu plus célèbre, Richard Strauss. Mathieu Leclere, professeur de cor au Conservatoire, sera le soliste du Concerto pour cor de Strauss, dont les trois mouvements s’enchaînent sans pause.

Les cordes du Cercle musical joueront ensuite le premier mouvement du Quatuor pour orchestre de Carl Stamitz, compositeur prolifique allemand du 18e siècle qui se situait au passage du baroque au classicisme – et qui a la distinction d’avoir joué avec Beethoven, âgé alors de douze ans.

Le choix de la Suite pastorale de Chabrier, dont l’orchestre jouera l’Idylle et la Danse villageoise, refléterait le goût de Nathalie Lecuyer pour la musique française.

La Symphonie Surprise de Haydn est connue surtout pour son deuxième mouvement avec les coups de cymbales par lesquels le compositeur voulait secouer des auditeurs qui se seraient assoupis. Le programme comprendra ce mouvement, et le troisième.

Avant la Marche finale, le Cercle musical fera se pâmer les romantiques dans la salle avec la valse d’Eugène Onéguine de Tchaïkovsky.

Comme toujours, le programme sera présenté par Catherine Douchy, secrétaire du Cercle, dont les commentaires historiques et musicologiques mettent savamment les œuvres en contexte.

Un des plaisirs d’un concert du Cercle musical est de savoir que ses musiciens sont des amateurs, c’est-à-dire qu’ils jouent entièrement pour le bonheur que cela leur donne. Son public est enthousiaste parce qu’il le sait, et parce qu’il reconnaît que chaque morceau représente un défi à relever.


Cercle Musical, 31 mars 2019 à 15h à la CMD. Entrée gratuite.

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P U B L I C I T É
LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018

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