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Musique

Les cuivres font vibrer

L'art des cuivres

Autour des cuivres est un des événements programmés par le Conservatoire (à ne pas confondre avec le programme officiel de la saison de la Cité de la Musique et de la Danse). Cette journée a permis à soixante élèves de Conservatoire de partager et développer leurs connaissances des instruments de cuivre, à jouer ensemble, à rencontrer d’autres instrumentistes. Benoît Wiart, directeur de la CMD, entend encourager de tels partages – et d’attirer du monde pour entendre le résultat. Ainsi Autour du cuivres a pris fin avec un concert public donné par le Brass Band de Champagne dans la grande salle.

Cette formation mi-professionnelle mi-amateur est domiciliée à Reims mais ses musiciens, l’a rappelé le directeur Manuel Haussy, viennent des alentours, dont l’Aisne.

Est-ce le son vibrant de ces instruments, cornets, tubas, trombones…qui rend la musique si accessible, si entraînante ? Il est difficile de l’entendre sans se redresser un peu dans son fauteuil. Ce n’est pas un accident si les forces armées affectionnent de telles formations. Soyons clairs : la musique des cuivres, par ses tonalités revigorantes, a quelque chose de militaire – mais pas militariste, comme l’a montré le programme du Brass Band de Champagne. Est-ce cette référence qui fait que les musiciens, en costume et chemises noirs et grande cravate jaune-moutarde, sont assis en rangs serrés qui forment trois côtés d’un carré.

Trois tubistes du Brass Band de Champagne

Le Chœur des esclaves hébreux de Nabucco de Verdi et une version quelque peu détournée d’une Rhapsodie hongroise de Liszt dépoussièrent le répertoire populaire classique. La musique de cinéma est plaisamment représentée par la bande sonore de Harry Potter et le prisonnier d’Askaban, et un choix des partitions écrites pour les premiers dessins animés, le timbre des cuivres leur donnant du mordant.

Un Paso doble comme une marche militaire et du swing pour Sing sing sing ! de Benny Goodman, enfin The call of the Cossacks, grande composition de Peter Graham pour le célèbre Black Dyke Mills Band du Yorkshire : le concert aller se terminer, mais le BBC a ajouté en bis une suite irlandaise comprenant Rocky Road to Dublin, le poignant Jeune Ménestrel, chanson patriotique sur la rébellion de 1798 contre les Britanniques, et enfin une évocation rocailleuse de la musique de danse habituellement jouée par un violoneux.

Le concert terminé, les auditeurs ont pu partir, des échos de tous ces répertoires vibrant encore dans les oreilles.


Notes sur la vie musicale

  • La souplesse de la programmation « Conservatoire » est confirmée : deux journées d’Initiation à la musique africaine ont été ajoutées trop tard pour figurer dans le livret édité récemment. De 10h le 16 avril à 17h le 17, ce sera ouvert aux musiciens de tous niveaux et à tous les instruments.
  • Le concert du Cercle musical du 31 mars a montré une cohérence renouvelée parmi ses instrumentistes, surtout dans les premières œuvres, le concerto pour cor de Franz Strauss, le quatuor orchestral de Stamitz et la Suite pastorale de Chabrier. Jusqu’à la dernière note de l’emblématique Marche de Radetzky, bissée deux fois, l’orchestre n’a à aucun moment perdu sa vigueur, sa volonté à tout entreprendre.[Modifié le 5/04/19 pour rectifier le nom des instruments d’un Brass Band, d’après des précisions reçues.]

Musique

Orchestre de Lille : le spectacle vivant

L'art de regarder un concert

Les deux Alexandre : Gavrylyuk qui joue, Bloch qui dirige

Pourquoi revenir en aval sur le concert de l’Orchestre National de Lille, puisqu’il a déjà été présenté en amont ? Parce qu’il illustre si bien un thème cher au Vase des Arts : l’importance de voir jouer la musique.

Le remplacement du Conzertstück de Max Bruch par la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov a donné l’occasion d’apprendre – ou se rappeler – qu’il ne se résume pas aux trois minutes habituellement entendues sous ce titre, mais d’une série de 24 variations sur le 24e Caprice de Paganini, dont le 18e a retenu l’attention populaire. Rachmaninov, connu pour son aptitude à pousser le lyrisme à l’extrême, y déploie de l’humour, joue des tours – dont celui rendre méconnaissable le thème dans la célèbre 18e, en inversant les notes.

Comme pour toute œuvre concertante, il est important de voir les différents instruments intervenir ; mais surtout, sans voir les mains du pianiste Alexandre Gavrylyuk (appelé au secours pour assurer le changement de programme), le spectateur ne pouvait guère se rendre compte du défi posé par la partition pour le piano. Parfois, les yeux avaient du mal à suivre la précipitation des doigts sur le clavier, comme s’il fallait mettre un film au point.

La 4e Symphonie de Mahler, aux tonalités plutôt ensoleillées, comparées à celles, plus sombres, d’œuvres plus tardives, s’ouvre sur des danses paysannes, et l’ambiance rustique est soulignée plus tard par des désaccords.

Alexandre Bloch dirige Elizabeth Watts.

Regarder le mouvement lent révèle l’utilisation des cordes : il commence sur ces instruments, mais moins les premiers violons, comme s’il s’agissait avant tout d’asseoir une ambiance, avant de faire une déclaration. L’écoulement lent est interrompu – le spectateur en est témoin – par une explosion finale, tous les instruments en jeu, pour annoncer la conclusion de l’œuvre. Pour celle-ci, le concert est devenu un spectacle quasi-théâtral : la soprano Elizabeth Watts entre côté jardin sur les premières notes, et sortira côté cour sur les dernières, le léger bruit de ses talons marquant son départ. Entre entrée et sortie, elle chante l’air choisi par Mahler parmi les chants de son Des Knaben Wunderhorn. Ceux qui ne connaissent la symphonie que par des enregistrements ont découvert, à travers son jeu plein d’œillades, de sourires et de regards réjouis, que les paroles décrivant le Paradis sont pleines d’humour pour raconter les activités cocasses des habitants célestes :

 

Jean laisse s’échapper le petit agneau.
Hérode, le boucher, se tient aux aguets !
Nous menons à la mort
un agnelet docile,
innocent et doux !
Saint Luc abat le bœuf
sans autre forme de procès.
Le vin ne coûte le moindre sou
dans les caves célestes.
Et les anges font le pain
.

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Musique

Prochainement (7 juin) – Dernière minute… / l’Orchestre national de Lille change de programme

L'art du spectacle vivant... et imprévisible

Alexandre Bloch lors de son premier concert à la CMD comme chef de l'ONL, janvier 2018

Comme tous les spectacles vivants, un concert est sujet aux aléas du quotidien. Le nouveau programme que devait lancer l’orchestre National de Lille à Soissons et Amiens les 7 et 8 juin a subi des changements de dernière minute. Le violoniste Nemanja Radulovic, soliste du Konzertstück de Max Bruch, est souffrant. Ceux qui se réjouissaient de pouvoir entendre autre chose de Bruch que le beau mais inévitable Concerto pour violon, mais d’un égal romantisme poignant, seront déçus, comme ceux qui attendaient la création de Nach(t)spiel du compositeur en résidence avec l’orchestre, Benjamin Attahir. Il a composé cette nouvelle œuvre comme si c’était un troisième mouvement de la pièce de Bruch, qui a tout d’un concerto sauf qu’elle n’en comporte que deux.

Alexander Gavrylyuk avec l’ONL au Concertgebouw d’Amsterdam (Photo Flickr)

Le pianiste ukrainien Alexander Gavrylyuk, qui avait joué avec l’ONL au Concertgebouw d’Amsterdam en 2017, a accepté promptement ces deux concerts. Bruch-Attahir sera remplacé par la Rhapsodie sur un thème de Paganini avec ses vingt variations concertantes, dont le n° 18 comblera ceux qui s’attendaient à être emportés par la musique de Max Bruch. Le pianiste répétera avec l’orchestre la veille du concert.

Pour la suite du programme, le nouveau chef d’orchestre Alexandre Bloch poursuivra le « cycle mahlérien » qui programme l’intégrale des symphonies de Mahler au cours de la saison 2018-2019. Vendredi prochain ce sera la Quatrième, avec ses mélodies paysannes, son Adagio planant qui fera planer les romantiques dans la salle, et son dernier mouvement, dans lequel la soprano Elizabeth Watts chantera les réjouissances plutôt débridées au Paradis, en rappelant que la musique que nous entendons n’est qu’une pâle imitation de la céleste qui nous attend là-haut.


Orchestre national de Lille, vendredi 7 juin à 20h à la CMD de Soissons

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Musique

L’alphabet prend des airs

L'art de l'humour en musique

ABC d’Airs commence par l’arrivée des quatre musiciennes en haut de la grande salle de la CMD, derrière les spectateurs. Elles descendent de chaque côté, en s’extasiant de retrouver d’imaginaires connaissances, ami(e)s et, pourquoi pas, amants dans le public… Elles tendent les bras, serrent des mains, prennent même quelques spectateurs dans les bras. « Aaaah ! », « Aah ! », « Ah ! » : tous les degrés de ravissement sont exprimés. Elles arrivent sur le plateau. Voilà expédiée la première lettre de l’alphabet qui charpentera la soirée ; passons à « B ».

L’idée de base est plutôt banale : composer un programme musical dans lequel vingt-six chansons et autres morceaux se suivent en ordre alphabétique. Ce qui éradique toute banalité est la vivacité, la vitalité, l’agilité et l’humour du quatuor, Anne Baquet qui chante, Claude Collet au piano, Amandine Dehant à la contrebasse et Anne Régnier qui alterne le hautbois et le cor anglais.

Concours de grimaces pour la lettre « N »

Elles viennent d’un monde strictement classique, poussées par une envie de s’amuser et, plus important, d’amuser le public. Le choix de morceaux et de compositeurs est éclectique à mort : Rameau, Cage, Piazzolla et une bonne vingtaine d’autres. Chaque fois, elles détournent l’original par leurs mimes, gestes et mouvements. Elles se déplacent, se faufilent ou se pavanent, ou grimpent sur le piano. Pour Piazzolla, la contrebasse devient le partenaire de danse pour Amandine Dehant – sans qu’elle s’arrête de jouer.

Des quatre, Anne Baquet et Amandine Dehant ont le plus vif sens comique et la plus grande complicité avec le public. Toutes rayonnent de bienveillance ; elles fixent du regard celle qui prend les devants, pour éviter que l’attention de la salle ne se disperse.

Le moment qui interpelle le plus le public vient avec la lettre « S » : prêtes à jouer, les mains de Claude Collet au dessus du clavier, les musiciennes restent immobiles pendant 4min 33 sec, laps de temps qui est également le titre de l’œuvre de John Cage. Des applaudissements prématurés, un concours de toux trahissent la difficulté d’écouter le silence comme on écoute le son.

ABC d’Airs devient une comédie musicale avec une belle exécution d’ensemble de Willkommen, chanson de John Kander pour Cabaret. Un vent d’énergie traverse la salle.

Anne Baquet s’est adressée au public à la fin, pour reconnaître les qualités de la salle de la CMD, annoncer leur passage à Avignon en juillet, et confier qu’il s’agit de leur « Centième ».

Les musiciens classiques peuvent forcer la note en s’adonnant au divertissement. Amandine, Claude et les deux Anne gardent leur intégrité musicale, mais avec une espièglerie délicieuse.

[Modifié le 27/05/19 pour tenir compte d’informations fournies par le metteur en scène Gérard Rauber sur les origines musicales des artistes.]

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P U B L I C I T É
LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018

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