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Musique

Une première à la Cité

L'art d'apprendre le baroque

Les auditeurs non-avertis au concert de l’Orchestre Français des Jeunes Baroque pouvaient penser que ses musiciens étaient de vieux compagnons de plateau, passant à Soissons avec un programme bien rôdé. Mais une feuille affichée dans la « rue » intérieure qui traverse la Cité de la Musique et de la Danse rappelle que l’événement est une « Première », comme au théâtre.

L’affiche manuscrite indique les activités de cette dernière journée de stage à la Cité, pendant laquelle les stagiaires jouent deux fois, un « concert pédagogique » le matin pour les scolaires, et le « concert » tout court du soir. Le lendemain ils se produiront encore à Paris.

La trentaine de jeunes musiciens, âgés de seize à trente ans, sélectionnés par audition à travers l’Europe, même en dehors de l’UE, viennent de passer douze jours avec des professeurs eux-mêmes solistes dans des ensembles baroques. Ils ont travaillé le programme à présenter pour la première fois le soir.

Concerto pour violon et orgue de Vivaldi.

L’« OFJ-B » est résident en Hauts-de-France et, comme en 2015, la CMD a été choisie pour le stage de 2017, sous la direction de Rinaldo Alessandrini.

L’affiche rappelle la nature internationale du stage, et l’attention accordée au bien-être des jeunes instrumentistes. « 11h30 – 13h dress rehearsal/générale » et « Afternoon/après-midi FREE : » [avec un emoji souriant] « sleep, go to the hammam/dormir aller au hammam. Get some rest ! »

Dans la salle, ils prennent place, se déplaçent et ajustent leurs pupitres avec un grand naturel. Le chef entre, et le programme italiano-allemand commence. Handel, Bach et Telemann alternent avec Vivaldi, l’urgence baroque alterne avec les lenteurs également baroques. L’une fait battre plus vite les pouls, les autres les ralentissent délicieusement. Le morceau le plus spectaculaire du concert est le concerto de Vivaldi pour violon et orgue, avec Johannes Pramsohler au violon et Zeljko Manic à l’orgue.

Les interprétations sont sans faute mais respectueuses. Ces stagiaires ont bien intégré les enseignements de leur formation ; ils n’ont plus qu’à faire passer ce qui est unique en chacun d’eux. Après tout, le concert de sortie de stage n’est qu’une Première.

denis.mahaffey@levase.fr

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Musique

Orchestre de Lille : le spectacle vivant

L'art de regarder un concert

Les deux Alexandre : Gavrylyuk qui joue, Bloch qui dirige

Pourquoi revenir en aval sur le concert de l’Orchestre National de Lille, puisqu’il a déjà été présenté en amont ? Parce qu’il illustre si bien un thème cher au Vase des Arts : l’importance de voir jouer la musique.

Le remplacement du Conzertstück de Max Bruch par la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov a donné l’occasion d’apprendre – ou se rappeler – qu’il ne se résume pas aux trois minutes habituellement entendues sous ce titre, mais d’une série de 24 variations sur le 24e Caprice de Paganini, dont le 18e a retenu l’attention populaire. Rachmaninov, connu pour son aptitude à pousser le lyrisme à l’extrême, y déploie de l’humour, joue des tours – dont celui rendre méconnaissable le thème dans la célèbre 18e, en inversant les notes.

Comme pour toute œuvre concertante, il est important de voir les différents instruments intervenir ; mais surtout, sans voir les mains du pianiste Alexandre Gavrylyuk (appelé au secours pour assurer le changement de programme), le spectateur ne pouvait guère se rendre compte du défi posé par la partition pour le piano. Parfois, les yeux avaient du mal à suivre la précipitation des doigts sur le clavier, comme s’il fallait mettre un film au point.

La 4e Symphonie de Mahler, aux tonalités plutôt ensoleillées, comparées à celles, plus sombres, d’œuvres plus tardives, s’ouvre sur des danses paysannes, et l’ambiance rustique est soulignée plus tard par des désaccords.

Alexandre Bloch dirige Elizabeth Watts.

Regarder le mouvement lent révèle l’utilisation des cordes : il commence sur ces instruments, mais moins les premiers violons, comme s’il s’agissait avant tout d’asseoir une ambiance, avant de faire une déclaration. L’écoulement lent est interrompu – le spectateur en est témoin – par une explosion finale, tous les instruments en jeu, pour annoncer la conclusion de l’œuvre. Pour celle-ci, le concert est devenu un spectacle quasi-théâtral : la soprano Elizabeth Watts entre côté jardin sur les premières notes, et sortira côté cour sur les dernières, le léger bruit de ses talons marquant son départ. Entre entrée et sortie, elle chante l’air choisi par Mahler parmi les chants de son Des Knaben Wunderhorn. Ceux qui ne connaissent la symphonie que par des enregistrements ont découvert, à travers son jeu plein d’œillades, de sourires et de regards réjouis, que les paroles décrivant le Paradis sont pleines d’humour pour raconter les activités cocasses des habitants célestes :

 

Jean laisse s’échapper le petit agneau.
Hérode, le boucher, se tient aux aguets !
Nous menons à la mort
un agnelet docile,
innocent et doux !
Saint Luc abat le bœuf
sans autre forme de procès.
Le vin ne coûte le moindre sou
dans les caves célestes.
Et les anges font le pain
.

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Musique

Prochainement (7 juin) – Dernière minute… / l’Orchestre national de Lille change de programme

L'art du spectacle vivant... et imprévisible

Alexandre Bloch lors de son premier concert à la CMD comme chef de l'ONL, janvier 2018

Comme tous les spectacles vivants, un concert est sujet aux aléas du quotidien. Le nouveau programme que devait lancer l’orchestre National de Lille à Soissons et Amiens les 7 et 8 juin a subi des changements de dernière minute. Le violoniste Nemanja Radulovic, soliste du Konzertstück de Max Bruch, est souffrant. Ceux qui se réjouissaient de pouvoir entendre autre chose de Bruch que le beau mais inévitable Concerto pour violon, mais d’un égal romantisme poignant, seront déçus, comme ceux qui attendaient la création de Nach(t)spiel du compositeur en résidence avec l’orchestre, Benjamin Attahir. Il a composé cette nouvelle œuvre comme si c’était un troisième mouvement de la pièce de Bruch, qui a tout d’un concerto sauf qu’elle n’en comporte que deux.

Alexander Gavrylyuk avec l’ONL au Concertgebouw d’Amsterdam (Photo Flickr)

Le pianiste ukrainien Alexander Gavrylyuk, qui avait joué avec l’ONL au Concertgebouw d’Amsterdam en 2017, a accepté promptement ces deux concerts. Bruch-Attahir sera remplacé par la Rhapsodie sur un thème de Paganini avec ses vingt variations concertantes, dont le n° 18 comblera ceux qui s’attendaient à être emportés par la musique de Max Bruch. Le pianiste répétera avec l’orchestre la veille du concert.

Pour la suite du programme, le nouveau chef d’orchestre Alexandre Bloch poursuivra le « cycle mahlérien » qui programme l’intégrale des symphonies de Mahler au cours de la saison 2018-2019. Vendredi prochain ce sera la Quatrième, avec ses mélodies paysannes, son Adagio planant qui fera planer les romantiques dans la salle, et son dernier mouvement, dans lequel la soprano Elizabeth Watts chantera les réjouissances plutôt débridées au Paradis, en rappelant que la musique que nous entendons n’est qu’une pâle imitation de la céleste qui nous attend là-haut.


Orchestre national de Lille, vendredi 7 juin à 20h à la CMD de Soissons

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Musique

L’alphabet prend des airs

L'art de l'humour en musique

ABC d’Airs commence par l’arrivée des quatre musiciennes en haut de la grande salle de la CMD, derrière les spectateurs. Elles descendent de chaque côté, en s’extasiant de retrouver d’imaginaires connaissances, ami(e)s et, pourquoi pas, amants dans le public… Elles tendent les bras, serrent des mains, prennent même quelques spectateurs dans les bras. « Aaaah ! », « Aah ! », « Ah ! » : tous les degrés de ravissement sont exprimés. Elles arrivent sur le plateau. Voilà expédiée la première lettre de l’alphabet qui charpentera la soirée ; passons à « B ».

L’idée de base est plutôt banale : composer un programme musical dans lequel vingt-six chansons et autres morceaux se suivent en ordre alphabétique. Ce qui éradique toute banalité est la vivacité, la vitalité, l’agilité et l’humour du quatuor, Anne Baquet qui chante, Claude Collet au piano, Amandine Dehant à la contrebasse et Anne Régnier qui alterne le hautbois et le cor anglais.

Concours de grimaces pour la lettre « N »

Elles viennent d’un monde strictement classique, poussées par une envie de s’amuser et, plus important, d’amuser le public. Le choix de morceaux et de compositeurs est éclectique à mort : Rameau, Cage, Piazzolla et une bonne vingtaine d’autres. Chaque fois, elles détournent l’original par leurs mimes, gestes et mouvements. Elles se déplacent, se faufilent ou se pavanent, ou grimpent sur le piano. Pour Piazzolla, la contrebasse devient le partenaire de danse pour Amandine Dehant – sans qu’elle s’arrête de jouer.

Des quatre, Anne Baquet et Amandine Dehant ont le plus vif sens comique et la plus grande complicité avec le public. Toutes rayonnent de bienveillance ; elles fixent du regard celle qui prend les devants, pour éviter que l’attention de la salle ne se disperse.

Le moment qui interpelle le plus le public vient avec la lettre « S » : prêtes à jouer, les mains de Claude Collet au dessus du clavier, les musiciennes restent immobiles pendant 4min 33 sec, laps de temps qui est également le titre de l’œuvre de John Cage. Des applaudissements prématurés, un concours de toux trahissent la difficulté d’écouter le silence comme on écoute le son.

ABC d’Airs devient une comédie musicale avec une belle exécution d’ensemble de Willkommen, chanson de John Kander pour Cabaret. Un vent d’énergie traverse la salle.

Anne Baquet s’est adressée au public à la fin, pour reconnaître les qualités de la salle de la CMD, annoncer leur passage à Avignon en juillet, et confier qu’il s’agit de leur « Centième ».

Les musiciens classiques peuvent forcer la note en s’adonnant au divertissement. Amandine, Claude et les deux Anne gardent leur intégrité musicale, mais avec une espièglerie délicieuse.

[Modifié le 27/05/19 pour tenir compte d’informations fournies par le metteur en scène Gérard Rauber sur les origines musicales des artistes.]

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P U B L I C I T É
LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018

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