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Théâtre

Prochainement : Le spectacle est dans le jardin

L'art du plein air

L’action Jardins en Fête, avec quatre spectacles en plein air, a un objectif déclaré : aller chercher de nouveaux publics pour le spectacle vivant, en investissant des espaces verts de la ville. Ces parcs familiers échappent à l’ambiance qui peut paraître guindée, distante, des salles officielles de spectacle.

Le théâtre du Mail va bien. Selon François Hanse, adjoint aux affaires culturelles, la dynamique est bonne, le programme a obtenu l’adhésion du public. Sabrina Guédon, directrice du Mail, indique que les réservations pour deux des spectacles sont déjà « en liste d’attente ». En trois ans, le nombre de « Pass », la carte qui donne un tarif réduit pour les places, est passé de 300 à 1500.

Plutôt que de s’en satisfaire, la décision a été prise de dépasser une situation dans laquelle les mêmes personnes se retrouvent de spectacle en spectacle. C’est un excellent public qui sait apprécier ce qu’il voit, et il n’est pas rare de voir des artistes sur scène visiblement surpris et enchantés par l’enthousiasme des applaudissements.

Il faut garder ces spectateurs avertis. Mais, et c’est le but de Jardins en scène, la Ville veut en trouver de nouveaux, en les amenant à s’approprier ce qu’ils voient et à devenir des spectateurs réguliers.

Le Mail a établi un projet comprenant quatre spectacles, trois pour le grand public et un pour les scolaires. Ce projet a été soumis à la Région, et a été parmi une trentaine à obtenir un financement. Le règlement impose que chaque spectacle ait lieu dans « un écrin de verdure », et que l’accès soit gratuit.

Le premier, Mon truc, a lieu le dimanche 9 septembre dans le parc Saint-Crépin, près de la roseraie. La compagnie Art Tout Chaud d’Amiens y installe son « camion-maison ». Les spectateurs écriront leur nom sur des ardoises, et seront appelés dans l’ordre à entrer, une dizaine chaque fois, dans le petit capharnaüm. Autour d’un café l’occupant y raconte « sa petite histoire qui devient grande » – sans dépasser 20 minutes chaque fois.

Les séances de Papier.1, réservé aux enfants, sont données les lundi et mardi 10 et 11 septembre par la danseuse rémoise Maud Marquet et le marionnettiste Ionah Melin, aussi au parc Saint-Crépin. Les spectateurs sont invités à un spectacle autour de grands rouleaux de papier, matière éphémère qui devient le support pour un voyage dans les sens et dans la mémoire.

Le vendredi 14 septembre à 20h Olivier Broda lira Des nouvelles du monde dans le clôitre de l’abbaye Saint-Léger. Après son seul-en-scène étonnant il y a trois ans dans La Panne de Durrenmatt au Mail, il revient avec une de ses séries de lecture de nouvelles. Cette fois, il s’agit de textes ayant un rapport au vin ; après chacun, les spectateurs, rangés autour du jardin du cloître, seront invités à déguster le vin correspondant à la nouvelle. Le lieu laisse penser que les organisateurs n’ont pas oublié le public traditionnel – sans exclure ceux qui s’y joindraient.

Enfin, le samedi 15 septembre à 18h, au parc du Jardin d’Horticulture, le clown/acrobate/contorsionniste/jongleur/équilibriste Barto fera preuve de ses talents, teintés d’une bonne dose de loufoquerie.

Le but est d’attirer des spectateurs qui n’ont pas l’habitude des spectacles vivants. Deviendront-ils des fidèles de la saison culturelle ? Déjà, ils auront vécu ces spectacles en plein air, y auront pris du plaisir – et c’est déjà une réussite, même sans suite.

Théâtre

Le souffle de l’histoire sur scène

Le père allemand (Niklas Leifert), tout en haut, lit sa lettre.

L’échelle même de l’entreprise étonne : la compagnie des Nomades rejointe par des comédiens bénévoles recrutés sur place, et des comédiens professionnels et bénévoles allemands, des techniciens, des musiciens et des choristes, pour créer une troupe de 80 personnes ; quatre ans  – la durée de la guerre ! – de travail de conception, d’écriture, de construction, de répétition ; l’exploitation splendide du site du Fort de Condé, notamment de la façade avec ses multiples ouvertures en face des gradins, coiffée par une frange verte d’arbres très loin en haut ; le nombre d’organismes publics, associatifs et privés qui ont soutenu le projet financièrement et moralement.

Le spectacle, imaginé, écrit et monté par Jean-Bernard Philippot, raconte l’impact de la Grande Guerre sur deux villages, l’un français « sur le Chemin des Dames » (titre de la pièce), l’autre allemand dans la Ruhr. Les hommes de chaque côté quittent leurs familles et leurs occupations paisibles, pour se battre et s’entretuer. Les familles les suivent par lettre.

Le progrès de la guerre se révèle à travers des événements clefs, la mobilisation générale, des escarmouches et batailles, le discours distant et dédaigneux des militaires et politiques, la fraternisation de Noël 1914, les exécutions censées terrifier et donc galvaniser les armées, l’enlisement, puis l’armistice et ses réjouissances.

Jean Jaurés fait un discours pacifiste – puis sera assassiné devant nos yeux.

La recréation des deux sociétés villageoises et des deux fronts militaires – la place du marché française, la machinerie d’un puits d’une mine de charbon allemande, les tranchées françaises et allemandes alignées face à face – et l’investissement humain des acteurs et figurants de chaque côté donnent au spectacle le même naturalisme lyrique et imaginatif qu’une production du Théâtre du Soleil. Un monde naît, vit et meurt devant les gradins. Le souffle de l’histoire traverse le fort de Condé.

Au-delà de la fresque historique, Sur le Chemin des Dames se cristallise en un chapelet de moments forts qui émeuvent, enchantent ou font rager le public. Les hommes prennent un sac sur le dos, étreignent femmes et enfants, puis les laissent seuls et s’en vont à la guerre. Eclairés chacun par un projecteur dans les arbres en haut, un Français et un Allemand récitent ce qu’ils écrivent à leur femme. Deux prétendus mutins sont ligotés au poteau et fusillés par leurs camarades de régiment. Le fanfaron militariste du village, qui a longtemps évité la conscription, se trouve face à ses anciens voisins, exige qu’ils lui donnent du « Commandant », en envoie deux en sortie de reconnaissance suicidaire et tue le troisième pour son insolence. Deux femmes encadrées dans les ouvertures de la façade lisent chacune la lettre qu’elle a reçue, puis sont rejointes par d’autres voix, les mots se mélangeant jusqu’à remplir l’air. L’effet choral et humain est bouleversant.

A la fin, une fillette française et un garçonnet allemand avancent et se prennent la main, suivis de chaque côté des anciens adversaires. Sourires, étreintes sont accompagnés par la chorale de Saint-Gobain qui chante l’Ode à la Joie, hymne international de l’union européenne. Le volume augmente à travers les haut-parleurs, nous quittons le registre de la reconstitution historique pour entrer dans celui, symbolique, de la réconciliation, de l’entente, et surtout, surtout de la paix retrouvée.

denis.mahaffey@levase.fr

En arrivant au site, les invités à la répétition générale la veille de la Première ont dû s’abriter sous les chapiteaux en dehors de la cour, pour éviter un déluge de pluie qui restera dans les annales du théâtre axonais. La représentation serait-elle annulée ? Non, juste retardée, et privée de quelques projecteurs et du système vidéo, qui n’avaient pas résisté à la pluie. Cela ne nous a pas manqué, puisque nous étions déjà comblés par tout ce qui restait du spectacle.

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Théâtre

Iphigénie : le spectacle sur scène

L'art du spectacle

Achille à dr. (Louis Rigaud) et Patrocle fantomatique (Simon Lefèvre)

Quand les spectateurs sont admis dans le grand auditorium de la CMD, les dieux sont déjà en extase alcoolisée sur le plateau. Mais même l’ambroisie ne soulage pas leur ennui. Que faire pour s’amuser ? Tiens, si l’on sacrifiait Iphigénie, la pureté même, immobile comme une statue de l’autre côté de la scène ?

Cinq secondes suffisent pour savoir que la classe d’art dramatique du Conservatoire va dépasser l’habituelle « présentation de travaux », où les personnes dans la salle sont plutôt témoins que spectateurs. Iphigénie ou le pêché des dieux sera un vrai spectacle, dans la mise en scène mouvementée et parfois ingénieuse, pleine de moments forts individuels et d’ensemble, du professeur Vincent Dussart.

Dans la pièce, Iphigénie, ou lé péché des dieux, l’auteur Michel Azama reprend le mythe grec dans lequel le roi Agamemnon, rentrant de la guerre de Troie, sacrifie sa fille pour avoir du vent dans les voiles de son bateau.

Lydie Montigny remplace Oriane Mary au pied levé.

L’auteur y voit les complots et stratagèmes des puissants du monde (ou de l’au-delà si l’on prend à la lettre les divinités qui interviennent dans les affaires humaines).

Les acteurs gèrent le texte souvent déclamatoire avec intelligence et clarté (pour laquelle ils sont aidés par l’acoustique haute fidélité de l’auditorium). Ils ont le courage, non seulement de se laisser regarder sans se cacher derrière un personnage ou dans une sorte d’« absence » personnelle, mais d’admettre le public à leur vulnérabilité. Tous jouent avec intensité – et légèreté quand il le faut – mais personne n’en fait des tonnes.

Cette chronique rentre rarement dans un tel détail concernant les participants, mais considère que ces jeunes comédiens méritent d’être tous nommés. Une mention pour Oriane Mary, absente pour des raisons de santé, et dont le texte a été dit, avec seuls quelques regards sur le livret qu’elle tenait, par Lydie Montigny.

Lalou Denais (Tirésias et Chœur)
Valentine Dérue (Clytemnestre)
Thomas Duquesne (Agamemnon)
Quentin Girardot (le Trembleur et Chœur)
Elina Jeanney (Chœur)
Maïlys Jouanne (Electre et Chœur)
Simon Lefèvre (Patrocle)
Lucie Lemaire (Iphigénie)
Isabelle Lopez (Athéna et Chœur)
Oriane Mary (Choryphée)
Lydie Montigny (Chœur)
Lou Planckaert (Artémis et Chœur)
Louis Rigaud (Achille)

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Théâtre

Du théâtre d’ombres pour finir la saison

L'art de faire peur au théâtre sans faire de mal

Virginie Gardin et Théodora Ramaekers

Dans la petite salle du Mail il y a deux manipulatrices-comédiennes et un musicien-bruiteur pour Mange tes ronces, spectacle de théâtre d’ombres venu de Belgique. Les équipements sont visibles devant un rideau qui recouvre tout le fond du plateau : trois rétroprojecteurs par terre, et une table avec les instruments et objets pour le son. Deux manipulatrices-comédiennes sont accroupies devant les rétroprojecteurs et un musicien-bruiteur est assis à la table.

En plaçant des feuilles et des formes découpées mobiles sur le plateau des appareils, Virginie Gardin et Théodora Ramaekers font projeter des images sur le rideau. Jean-Luc Millot les accompagne en musique et en bruits divers. Ils racontent l’histoire du petit Léopold, envoyé à la campagne chez sa grand’mère. Qu’y trouve-t-il ? Un chien qui s’appelle Moquette et qui veut le manger, et Mamie Ronce, qui veut lui faire manger de la soupe aux ronces qu’il aura peiné à faucher. La vie est un tel cauchemar que quand, dans son lit, il fait un cauchemar, on a du mal à distinguer les deux. Enfin, Mamie Ronce s’adoucit, Léopold voit le bon côté des choses et n’a plus peur.

Les ombres sont ingénieuses : les bras bougent, les yeux se remplissent d’eau, Léopold vomit sa soupe, Moquette mange une mouche. En même temps ces ombres découpées restent simples, naïves, le plaisir venant du contraste entre leur schématisme et leur éloquence.

Jean-Luc Millot – et le terrible Moquette

Le conte finit bien, mais les épreuves de Léopold sont redoutables pour de jeunes enfants. Ce qui les empêche de faire trop peur est la vue permanente de celles qui manipulent les images et celui qui crée les effets sonores. Ils sont occupés à chaque instant, passant d’image en image, ou d’un projecteur à un autre, ou prenant et déposant les objets de bruitages, avec des gestes étudiés et qui s’enchaînent. Les comédiennes ajoutent les dialogues. En prononçant les bruits et paroles du chien, de la grand’mère, Virginie Gardin en fait des tonnes, dans le meilleur sens. Elle ricane, elle crie, elle parle avec un accent de derrière les fagots, elle se tord, jette la tête en arrière – sans jamais un instant perdre la maîtrise des découpages. Théodora Raemaekers, responsable de l’idée du spectacle et de la préparation des ombres, lui donne la replique. Jean-Luc Millot s’affaire à fournir exactement le son qu’il faut au moment qu’il faut.

Cette présence humaine rappelle en permanence que ce sont des humains qui contrôlent ce qui se passe dans cette histoire effrayante. Une seule spectatrice a dû être sortie en larmes.

Est-ce un hasard de la programmation, de la disponibilité des compagnies ? Il reste qu’il y a quelque chose d’approprié à terminer la saison du Mail par un spectacle pour de jeunes enfants. Sans eux, qui viendra au théâtre dans quinze ans ?

denis.mahaffey@levase.fr

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P U B L I C I T É
LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018
LEVASSEUR  – Chocolat Soissons – 09-2018

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