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Théâtre

Un corps à corps pour Maupassant

L'art de Maupassant sur scène

Julie de Sousa Reis et Colette Fourreaux.

Julie de Sousa Reis et Colette Fourreaux.

Cinq nouvelles de Maupassant adaptées pour le théâtre amateur : une soirée à sketches, donc, où des dialogues écrits devront porter la charge narrative ?

Mais « Histoires vraies », créé au théâtre Saint-Médard par la compagnie du Grenier, s’est vite avéré plus considérable que ça. Les cinq pièces se suivent comme les scènes d’une même histoire, celle de la paysannerie normande, dont la vie est pourrie par l’avarice, la rapacité, la bêtise. Et pourtant les personnages arrivent à être attachants, touchants même : captifs d’un système social auquel ils ne peuvent pas s’échapper, ils s’y engagent avec une vigueur inébranlable.

Les dialogues savoureux ont été réécrits par Madeleine Deleu, metteur en scène attitrée du Grenier, pour être dits au théâtre. Ses acteurs sont allés jusqu’à prendre un épais accent normand.

Karine Pujol et Geneviève Hoareau.

Karine Pujol et Geneviève Hoareau.

Le spectacle, devant une salle de générale, pleine jusqu’à laisser quelques personnes debout, commence derrière une corde chargée à linge comme un rideau rudimentaire de scène. Deux jeunes femmes hilares décrochent draps et serviettes alors qu’une troisième raconte l’histoire de Toine, grabataire obligé par sa femme à couver des œufs. Les rires, la férocité : ce seront les leitmotive du spectacle.

Au théâtre amateur, il arrive que les acteurs maîtrisent bien la parole et les expressions, mais que leur corps garde de la raideur, comme s’il était gêné de se trouver sur scène et essaie de ne pas se faire remarquer.

Nicolas Pierson.

Nicolas Pierson.

La méthode de Madeleine Deleu assure un engagement corporel qui donne la force physique d’un corps à corps à ce qui se passe sur scène. Les personnages sont convaincants parce qu’ils ne laissent ni leur voix ni leur visage ni leurs membres en dehors du jeu.. Du travail de professionnel par des non-professionnels.

La soirée se termine par une brève postface : les personnages interviennent sur scène, alors que les deux femmes du début tendent une corde et y accrochent du linge. Le cercle théâtral est accompli.

Le spectacle fini, les acteurs se sont regroupés à la sortie de la salle, artistes descendus parmi nous pour cueillir nos réactions, commentaires, questions, compliments. Jean-Baptiste Coron, Colette Fourreaux, Geneviève Hoareau, Frédéric Karinthi, Dany Peltier, Nicolas Pierson, Karine Pujol et Julie de Sousa Reis (par ordre alphabétique, car il n’y pas de stars, plutôt une équipe, même une troupe) travaillent sur ce spectacle Maupassant depuis un an. Sur scène, cela se voit.

denis.mahaffey@levase.fr

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Théâtre

Molière par les clowns

L'art des clowns

Le Commandeur fatidique viendra dîner.

Il y a des adaptations théâtrales qui changent durablement l’image d’une pièce. Qui a pu, après le Tartuffe du Théâtre du Soleil en 1995, avec ses extrémistes islamistes qui menaçaient, non seulement Orgon et sa famille, mais toute la société, se résigner à une production classique en costumes et perruques Grand Siècle ?

L’adaptation par Irina Brook de Dom Juan, autre pièce de Molière, bouleverse autant en faisant jouer les personnages par des clowns – sauf Dom Juan lui-même, qui reste de prose au milieu de la poésie burlesque.

Dom Juan (Thierry Surace) et son valet Sganarelle (Jérôme Schoof)

Disons « adaptation » quand il s’agit pour un metteur en scène, tout en respectant le texte original – à quelques écarts près – de transformer le contexte historique ou social, ou le style théâtral, jusqu’à changer la portée de la pièce, et l’éclairer autrement.

Il y a eu deux étapes dans cette production. Mario Gonzalez, expert ès théâtre masqué et clowns, a formé la troupe Miranda de Nice aux techniques du clown, plus précisément à son langage, verbal et corporel, et Irina Brook a appliqué ces acquis dans sa mise en scène.

Comment définir ce que fait un clown ? Il y a tant de théories et de définitions. Disons qu’à voir ce Dom Juan on peut penser que c’est un adulte qui se permet de se comporter avec toute la spontanéité, la candeur, l’effronterie – et la timidité – d’un gamin. Comme un enfant espiègle, il se démène pour attirer l’attention des grands qui occupent les fauteuils devant lui. Le nez en boule rouge confirme ce refus de la retenue, de l’élégance lointaine.

Dom Luis (Christophe Servas) avec Sganarelle

Le libertin Dom Juan se dévoue non pas à l’amour des femmes mais à leur conquête : une fois Dona Elvire possédée, elle perd son attrait pour lui. Les épisodes se succèdent jusqu’à l’engloutissement de Dom Juan par le Commandeur. Son chemin d’impie se termine dans l’Enfer.

Les clowns qui illustrent cette histoire la détournent, en font une série de « tours » où ils démontrent leur capacité à ridiculiser la situation. Thierry Surace, qui joue Dom Juan, et Jérôme Schoof, son valet Sganarelle, descendent dans la salle et s’amusent à interpeller longuement les spectateurs, comme s’ils étaient des humoristes.

Cette manière de prendre des libertés exagérées avec le texte classique ne fait que souligner que le sujet de Dom Juan est la liberté, assumée avec éclat jusqu’à accepter le sort terrible qui la punira.


Mario Gonzalez vient souvent à Soissons pour travailler avec la compagnie Pass’ à l’Acte. Il y a mis en scène Le vilain petit canard avec Eric Tinot, qui l’a même jouée dans le théâtre de Miranda. Plus que cela, il joue en alternance deux rôles dans Dom Juan – mais pas au Mail !

Rappelons aussi la production de Dom Juan pour marionnettes par la compagnie soissonnaise Nomades – autre façon de s’éloigner des conventions classiques pour mieux porter le sens du texte.

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Théâtre

Mourad Merzouki : la boxe poétique

L'art de la danse

Mourad Merzouki, chorégraphe-star du hip-hop, sait faire des rapprochements d’éléments disparates pour créer ses ballets. Pixel, venu au Mail en 2016, mêlait des images numériques à la danse, non pas en supplément décoratif à la mode, mais qui éclairaient en s’y intégrant les mouvements des danseurs. Des points blancs, comme des flocons de neige, étaient déviés par des parapluies, ou par le souffle d’un danseur ; un immense mur, également numérique, s’est effondré sur la scène.

Dans Boxe boxe Brasil au Mail il met ses danseurs, avec leur grâce et richesse physiques, dans le milieu plutôt primaire de la boxe. Ils portent parfois des gants de boxe qui enlèvent toute souplesse aux mains, ou un casque disgracieux. Ils s’engagent dans des combats.

Le ring au début du ballet

Mais tout est transformé par la danse. La brutalité des coups devient poétique, les combats sont des affrontements plein d’imagination. Merzouki fait de la boxe une allégorie dans laquelle les hommes parlent ensemble le langage de la boxe pour exprimer sans violence leur énergie. La confrontation devient conversation.

Le ballet avait été créé en 2009, mais Merzouki l’a repris et adapté pour un groupe de danseurs brésiliens. Cette version leur permet d’accomplir des exploits hip-hop : un des danseurs tourne, tourne sur la tête comme une toupie, alors qu’il s’agit d’un crâne et d’un corps si peu aérodynamiques.

Un troisième élément presque contradictoire est la présence sur scène des quatre musiciens du quatuor à cordes Debussy qui accompagnent en musique – loin du répertoire hip-hop – les boxeurs, en les entourant, debout ou assis dans d’extravagants fauteuils de fer forgé, se propulsant autour du plateau avec leurs pieds. La musique de chambre s’insinue dans une salle de combat.

La combinaison de ces éléments fait de l’univers de la boxe, avec ses relents de joute barbare, un ensemble subtile, plein de grâce musclée et d’humour.

La mortalité se fait entendre aussi, dans la partie la plus poignante du ballet, rappelant que la puissance d’un boxeur a ses limites dans le temps, que l’exubérance d’athlète est épuisée par le métier qu’il choisit.

Sur une musique de Dvorak, le mouvement lent de son quatuor « Américain » op. 96, un boxeur se bat, se débat, s’essouffle à poursuivre, laisse la rage l’envahir jusqu’à porter des coups à des raquettes tendues autour de lui. Sa force le quitte, mais il ne veut pas l’admettre, essaie encore et encore à poursuivre le combat, à être le Meilleur (*), mais il est battu, non pas par ses adversaires mais par sa propre déchéance.


(*) La boxe est brutale, mais Mohammed Ali savait en faire une danse, lui qui prétendait « voler comme un papillon, piquer comme une abeille ».

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Théâtre

Classe Théâtre 6ième : quand les enfants refont le monde

L'art des jeunes acteurs

Les enfants survivants de la guerre devront refaire leur monde.

Le septième cycle de la Classe à horaires aménagés théâtre (CHAT), lancée en 2012, a commencé à la dernière rentrée au collège Saint-Just de Soissons, avec l’arrivée des nouveaux élèves en Sixième.

Le but premier de cette option n’est pas de former des acteurs, mais plutôt, à travers l’ouverture des élèves au théâtre, à ses valeurs artistiques et humaines, son répertoire, ses disciplines et son rayonnement artistique, d’assurer l’épanouissement individuel de chaque élève.

Entre les scènes les acteurs restent sur scène.

Cependant, un des moyens d’atteindre ce but est d’apprendre à jouer. La trentaine d’élèves CHAT viennent de présenter un nouveau spectacle à la CMD. Dans une mise en scène de Vincent Dussart, directeur artistique de la compagnie Arcade en résidence au Mail, intervenant à la CHAT et professeur d’art dramatique au Conservatoire de Soissons, ils ont interprété Yolé tam gué de Nathalie Papin. La pièce montre un monde dévasté par le cataclysme d’une guerre. Des enfants qui ont survécu dans un trou choisissent de refaire ce – leur – monde et partent à la recherche de ce qui permettra de le rendre vivable. Un arbre (remarquablement interprété par le jeune acteur) et une chanson les accompagnent dans leur quête. Ils rapportent des graines, des nuages, des insectes, une montagne. Le monde pourra renaître.

Ceux qui ont suivi le phénomène CHAT auront vu que cette nouvelle vague d’acteurs a déjà maîtrisé ce qui, pour Vincent Dussart, est l’essentiel, et le plus dur : se laisser regarder, sans esquive, sans cachotterie. Ils jouent, mais surtout ils restent eux-mêmes. Ils occupent magistralement la scène pour raconter cette histoire d’Afrique et de sa magie.

Après de longs applaudissements Philippe Chatton, coordonnateur du dispositif CHAT, a pris la parole pour reconnaître que les élèves « ont énormément, énormément travaillé ». C’est cette capacité d’engagement qui leur sera servira dans leur scolarité, et dans la vie.

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P U B L I C I T É
LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018

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