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Madame Placard : voyage en pays d’espérance

L'art du théâtre

Quelle heure est-il,
Madame Persil ?
Sept heures et quart,
Madame Placard 

La précédente production d’Agnès Renaud et sa compagnie L’Esprit de la Forge a été « Le jardinier » de Mike Kenny, venue à « VO en Soissonnais » en 2013. C’est une sorte d’almanach horticole initiatique racontant la relation entre un vieux jardinier et un petit garçon qui côtoie ainsi la vieillesse et la mort, et qui assume son rôle dans le cycle de renouvellement.

Elle est revenue avec « Madame Placard à l’hôpital », une pièce de Luc Tartar qui explore encore la relation entre l’individu et ceux qui l’entourent. Comment rencontrer l’autre, le connaître, s’en faire connaître, se construire à partir de cette rencontre jusqu’à l’épanouissement ?

Le propos est plus complexe cette fois, plus chimérique que dans la pièce de Kenny, à laquelle les images de jardinage donnait tout son sens. Ici il s’agit d’un voyage initiatique de deux personnages dans le monde de cauchemar d’un hôpital la nuit, où ils rencontrent d’étranges créatures.

Delphine Regneault est Madame Placard, et Brice Coupey est derrière l’enfant Zac.

Les premières répliques font écho au début de la comptine. Madame Placard, « technicienne de surface » responsable du tri sélectif dans le local poubelles d’un hôpital, tient un dialogue dans sa tête, quotidien dirait-on, avec sa chef Madame Persifle, au sujet des horaires de travail impératifs.

Soudain, une des poubelles lui répond ! Madame Placard attrape l’enfant des rues qui s’y cache. Il s’échappe et elle le poursuit à travers l’hôpital que l’obscurité rend sinistre. Dans ce labyrinthe inquiétant de bizarres rencontres se succèdent, dont celles avec un cœur qui s’agite tout seul en attendant d’être greffé, et avec un homme « malade comme un chien » et qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un molosse. Elle retrouve l’enfant dans la chambre d’un « enfant bulle ». L’écran infranchissable qui l’entoure n’est pas étanche à l’amour, voilà la découverte.

Madame Placard et l’enfant Zac (Diane Regneault et une marionnette maniée par Brice Coupey, le jardinier de l’autre spectacle) apprennent quelque chose à chaque rencontre. La souffrance et la violence de la maladie sont partout, et pourtant chacun trouve la force d’y faire face comme il peut, de rester debout. Le drôle de couple apprend qu’à la cruauté de vivre correspond la consolation qu’apporte précisément le fait de vivre. Agnès Renaud a même décrit la pièce comme « un voyage en terre d’espérance ».

Pour elle, même si la pièce a déjà été jouée une dizaine de fois, la représentation devant un public scolaire au Mail représente en quelque sorte sa création. Mais la création est un long processus. « Il reste de petits ajustements à faire au décor » admet-elle.

En effet, la scénographie de Michel Gueldry et l’éclairage de Véronique Hemberger qui accompagnent le long voyage d’apprentissage de Madame Placard et de Zac sont d’une grande complexité. Des panneaux qui se déplacent, des praticables qui viennent et s’en vont, les lumières qui changent l’aspect de ce qui sur scène intensifient la nature fantastique de cette odyssée. D’ailleurs le spectacle devait se produire plus tôt au Mail dans la petite salle du sous-sol, et c’est l’espace nécessaire pour son installation qui explique sa remise jusqu’à une date ou la grande salle était disponible.

La douleur n’est certes pas nécessaire à l’amour, mais « Madame Placard à l’hôpital » montre qu’elle peut le susciter.

denis.mahaffey@levase.fr

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Denis MahaffeyJournaliste, écrivain, traducteur... et irlandais, il a vécu en France plus longtemps qu'en Irlande, mais tient au statut d'"étranger", qui aiguise l'observation et son expression en mots. View all posts by Denis Mahaffey

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