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« Martin » Doré – Les Bains du Lac

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Musique

Ensemble orchestral de la Cité

L'art de la convergence musicale

Julien Chauvin, chef et violoniste

Un Laonnois avait fait le déplacement « uniquement pour entendre du Chevalier Saint-George ». Fervent de Mozart, il ne serait pourtant pas venu pour lui, ni pour Haydn, troisième compositeur au concert de l’Ensemble Orchestral de la Cité à la CMD. Non, il voulait saisir l’occasion rare d’écouter la symphonie no. 11 de ce champion d’escrime, militaire qui a servi le Roi puis Napoléon, et incidemment compositeur d’une multitude d’œuvres, symphonies, concertos, opéras. « Le petit Mozart », on l’appelait.

L’œuvre pouvait faire penser à Mozart : la même simplicité mélodique, presque enfantine, dans un dialogue espiègle, une phrase qui répond à la précédente.

La comparaison pouvait se faire tout de suite en écoutant le concerto pour violon et orchestre no. 5 du « grand Mozart » qui a suivi. Le dialogue y est, seulement les modulations sont plus riches, plus inattendues (et en même temps inévitables, c’est une spécialité mozartienne).

Les deux autres œuvres du programme ont été de Haydn, son concerto en sol majeur et sa symphonie parisienne La poule.

L’admirateur laonnois du Chevalier de Saint-George a pu trouver son bonheur sans s’occuper du contexte particulier du concert. L’Ensemble orchestral réunit chaque année, sous un chef d’orchestre invité, des musiciens de l’orchestre Les Siècles et des professeurs de Conservatoire du Département. Cette année, Julien Chauvin a dirigé les répétitions, puis dirigé le concert de sa place de premier violon et, pour les deux concertos, debout devant l’orchestre en soliste.

Khrystyna Sarkysan, professeur au Conservatoire de Chauny, et Jean Bregnac, flûtiste de l’orchestre Les Siècles

Le dispositif correspond à une constante de la vie musicale axonaise et aux objectifs de l’Association pour le Développement des Activités Musicales dans l’Aisne (ADAMA). La Jeune Symphonie, dans laquelle les musiciens des Siècles se mêlent aux élèves de Conservatoire pour un concert chaque juillet, en est une autre manifestation. Ainsi les élèves et professeurs des Conservatoires et écoles de musique sortent des salles de cours et s’enrichissent des rencontres, s’engagent dans des projets collectifs, jouent devant le public avec des musiciens d’orchestre. Le quotidien de chaque catégorie est différent, mais il se retrouvent avec un objectif commun.

Ce sont donc des formations particulières, et les membres du public qui assistent aux concerts peuvent savoir que leur présence est un élément essentiel de ce processus par lequel les énergies, dont la leur, convergent.

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Ecriture

Les Hystériques selon Francis Bérezné : le mouvement de déraison

L'art de peindre la folie

Ce que Francis Bérenzé voit dans le célèbre tableau d'André Brouillet, Une leçon clinique à La Salpétrière

En 2010 le peintre et sculpteur Salim Le Kouaghet d’Arcy-Sainte-Restitue a pu inviter son ami Francis Bérezné à exposer, dans la galerie d’art du lycée Léonard-de-Vinci à Soissons, des tableaux des vingt années précédentes, peints après sa sortie de plusieurs longs séjours en établissement psychiatrique. « Je ne suis plus fou » a-t-dit simplement.

On mesurait le chemin parcouru pour sortir du chaos en regardant, d’abord deux tableaux où de petits personnages s’agitent dans tous les sens, et puis l’autoportrait en triptyque de 2010, où il pose dans une robe « de nombreuses couleurs » comme celui de Joseph devant ses frères dans la Bible. Francis Bérezné s’entendait bien avec les couleurs, par lesquelles il illuminait des sujets parfois difficiles d’accès. Il rompait ainsi la lisse façade des visages, révélait le trouble, le frémissement, les élans qui nous habitent.

Six mois après cette exposition, et les signes d’espoir qui pouvaient – peut-être à tort – s’y percevoir, Francis Bérezné s’est pendu.

En février 2017, l’impact de son art, vu à Soissons, a mené à un second article dans le Vase des Arts au sujet d’une exposition d’une vingtaine de ses toiles à la Halle Saint-Pierre à Paris, sous le titre Les Hystériques. Pendant la décennie précédente Francis Bérezné avait peint des tableaux à partir de photos prises au 19e siècle à l’hôpital de La Salpêtrière pendant les renommées leçons publiques de Charcot, mettant en scène des patientes « hystériques ».

Sa mise en couleurs des sujets de ces images sépia a remis en question la lecture de ses « nombreuses couleurs » : plutôt que la joie de vivre, elles représenteraient le trouble.

Francis Bérezné devant deux panneaux de son autoportrait en triptyque en 2007.

Le Vase des Arts a appris au cours de l’année dernière que Guy et Jean Bérezné, les deux frères de Francis, travaillaient sur un catalogue détaillant la totalité des 143 œuvres inspirées par les photos du livre L’iconographie photographique de La Salpêtrière de Bourneville & Regnard. Le catalogue comprendrait aussi des textes de Francis Bérezné, et quelques commentaires (dont le compte rendu de l’exposition de la Halle Saint-Pierre paru dans Le Vase des Arts).

Les Hystériques de La Salpêtrière selon Francis Bérezné vient d’être mis en ligne en janvier dernier en accès libre. C’est une richesse pour ceux qui connaissaient certains aspects de l’artiste, une découverte pour ceux qui ne le connaissaient pas. Il révèle la profondeur de ses recherches et leurs résultats. Pour une seule vignette, la planche XXIX, montrant une femme alitée, la tête émergeant des couvertures et la langue pendante, et que la légende identifie comme souffrant d’hystéro-épilepsie, il a fait 84 croquis, dans lesquels il explore les moyens de traduire le sens de l’image par des moyens artistiques, c’est-à-dire des traits et des couleurs. Ces pages du catalogue éclairent avec éloquence la démarche artistique. Son regard simplifie ce qu’il regarde, mais pour aller plus loin vers la vérité qu’il y voit.

Il est loin de s’apitoyer sur ces femmes, percevant, non pas des loques humaines perdues dans la folie, mais « des femmes extraordinairement vivantes, noyées dans un flot de draps, de linges blancs, [qui] souffrent, jouissent, rient, se lamentent, s’extasient, tirent la langue, les yeux révulsés, prennent parfois la pose devant l’objectif. »

Y aurait-il un lien entre les difficultés psychiatriques de Francis Bérezné et son intérêt pour des images de la folie ? Dans un écrit du catalogue il raconte sa première crise d’hystérie, le « mouvement de déraison » qui l’y a conduit.

Plutôt que d’identifier une telle déraison comme une perte de conscience il conclut, en abordant les images, qu’il y a « quelque chose de sublime à voir dans ces corps en crise d’hystérie, non pas bien sûr pour celui qui la subit, encore que pour autant que je me souvienne, le corps et l’esprit sont tout entier confondus dans le même état, la douleur certes du corps convulsé, mais la présence aussi à quelque chose qui dépasse, qui transcende, qui est plus que le corps malade et que le délire réunis. »


Pour trouver : Les Hystériques de La Salpêtrière selon Francis Bérezné, Guy et Jean Bérezné, janvier 2019.

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Au théâtre cet après-midi (*)

L'art du boulevard

Barbara Schulz et, derrière Le Figaro, Arié Elmaleh

« Encore un couple qui va tout droit dans le mur » pouvait-on penser en lisant le résumé de La Perruche. Quatre jours seulement après Heureux les Heureux, et ses deux couples qui pouvaient à peine se supporter, mais se supportaient quand même, voici un autre, dont l’irritabilité entre l’un et l’autre s’aggrave en temps réel jusqu’à la rupture. La porte se referme derrière la femme ; l’homme reste de ce côté.

Les différences entre les deux spectacles sont pourtant plus grandes que ces similarités.

Heureux les Heureux dissèque la relation conjugale par une accumulation de petits détails véridiques, souvent inattendus. Les perceptions font parfois rire parce qu’elles touchent aux absurdités humaines, mais la pièce ne vise pas le comique.

Faire rire est en revanche primordial pour La Perruche. C’est une comédie de boulevard, c’est-à-dire destinée à ceux qui traditionnellement allaient aux théâtres sur les Grands Boulevards pour se distraire plutôt que pour sonder l’âme humaine ou participer à un spectacle engagé.

Le mari essaie de se racheter de ses fautes.

Les mots d’esprit et les quiproquos sont nombreux, le rythme du jeu d’acteur est réglé pour encourager les rires, le bousculement des codes ne va pas jusqu’à mettre en question les valeurs de base. Il y a des envolées captivantes, comme lorsque le mari défend ses adultères en supposant qu’un corps d’homme est fait de deux parties, au-dessus et au-dessous de la ceinture : celle du Nord, contenant la tête et le reste, celle du Sud, contenant les pieds, doigts de pied… et le reste. Le Nord et le Sud ne sont pas toujours d’accord, peuvent même se disputer. « Le Nord a pu perdre quelques batailles, mais entend gagner la guerre » dit avec conviction ce mari volage. L’image se développe, provoquant l’hilarité dans la salle.

Ce qui peut paraître une facilité dans les échanges n’est pourtant point facile à obtenir : en écrivant une telle comédie, Audrey Schebat fait preuve d’une riche imagination et une grande expérience du genre ; en la jouant, Arié Elmaleh et Barbara Schulz montrent une finesse, une énergie et une précision parfaitement adaptées.

Une autre différence par rapport à Heureux les Heureux est que Carole Bouquet jouait les quatre rôles créés par Yasmina Reza. Ce choix mettait en question l’identité, et offrait à la comédienne une occasion de briller sous quatre projecteurs différents.

A la sortie de La Perruche, plusieurs spectateurs qui avaient vu les deux pièces, tout en s’abstenant de comparer les textes, ont rapproché plutôt la prestation des comédiens. Le contraste a été saisissant entre les avis sur Carole Bouquet (qui « ne maîtrisait même pas son texte ») et le couple de La Perruche (« de très, très bons comédiens »).

Ce couple se sépare à la fin. Se retrouveront-ils un jour ? Au moins Arié Elmaleh et Barbara Schulz allaient retourner chez eux ensemble : ils forment aussi un couple dans la vraie vie.

(*) La direction du Mail a choisi une heure inhabituelle pour ce spectacle, qui aurait pu convenir au cadre de Au théâtre ce soir à la télévision. L’essai s’est avéré probant : ceux qui aiment sortir le dimanche après-midi ont été très nombreux à profiter de cette « séance en matinée ».

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P U B L I C I T É
LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018

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