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Orchestre de Picardie : Trois Russes et un Allemand

L'art de la musique sous influence

L’orchestre de Picardie ne laisse pas ses roues se coincer dans les ornières de l’habitude. En février il est venu à la CMD avec un programme largement contemporain, dont une œuvre orchestrale de Žiga Stanič pour flûte tidldibab, une autre de Bernard Cavanna pour smartphones et orchestre.

Il y est revenu avec un programme classique d’œuvres de trois compositeurs russes et un allemand. On avait d’abord annoncé quatre Russes, mais le 3e quatuor de Chostakovitch orchestré par Rudolf Barchaï a été remplacé par la 4e symphonie de Beethoven. Seuls les amateurs de Chostakovitch, qui ont peu d’occasions d’entendre sa musique, l’auront regretté.

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Camille Thomas et son violoncelle de 1788

Le programme ainsi modifié a proposé des œuvres « sous influence » de leurs prédécesseurs. En ouverture, la « Symphonie classique » de Prokofiev, sa première, dont la structure reflète les structures classiques de Haydn – sauf que le résultat est résolument moderne.

Le cœur du concert a été les « Variations sur un thème rococo » de Tchaïkovski pour violoncelle et orchestre, avec ses échos mozartiens. La soliste était Camille Thomas, capable non seulement de faire face à la difficulté technique de la musique (qualifiée d’ «épuisante » pour la soliste comme pour l’orchestre), mais aussi de rendre sensible la profondeur des sentiments du compositeur. Un professeur du Conservatoire, parlant d’elle à l’entracte, a confié que « cette musique peut être ennuyeuse, mais elle l’a jouée avec tant d’élégance et de grâce ».

Les « Huit miniatures instrumentales » de Stravinski sont un autre hommage au classicisme, pour quinze musiciens – « Vous vous demandez où est le reste de l’orchestre » a dit Arie van Beek, qui dirigeait. C’est une série non pas de fragments, mais de minuscules déclarations musicales qui semblent mériter chacune d’être développé plus longuement. Nous faire rester chaque fois sur notre faim aurait pu être l’intention du compositeur.

Le concert a pris fin avec cette 4e symphonie de Beethoven, lui aussi influencé par Haydn. Schumann l’appelait « une menue dame grecque prise entre deux dieux nordiques », car elle suit l’« Eroica » et précède la Cinquième. Elle est en effet apaisé (comme l’était Beethoven à l’époque). Cependant, cette dame a des muscles sous son chiton antique, même si elle ne les bande que pour suivre l’inspiration toujours vigoureuse du compositeur.

Attendons le prochain passage de ces Picards sous la direction de leur Néerlandais. Quelle direction auront-ils prise ?

denis.mahaffey@levase.fr

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Denis MahaffeyJournaliste, écrivain, traducteur... et irlandais, il a vécu en France plus longtemps qu'en Irlande, mais tient au statut d'"étranger", qui aiguise l'observation et son expression en mots. View all posts by Denis Mahaffey

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