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La Jeune symphonie de l’Aisne : une fin et un commencement

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L'art de la musique symphonique

Eleonora Spina, Michele Benignetti, solistes, et Benjamin Garzia, chef.

Pour le dernier évènement du programme culturel de Soissons en juillet, le plateau de la Cité de de la musique était aussi plein que la salle. La salle parce que ce concert annuel de la Jeune symphonie de l’Aisne a son public annuel dévoué ; le plateau à cause du grand nombre de musiciens, élèves des Conservatoires et Ecoles de musique départementaux, amateurs avancés, instrumentistes de l’orchestre Les Siècles. Le concert a eu lieu à la sortie du second de deux ateliers, l’un au printemps, celui-ci au début des vacances scolaires.

La fin donc de la Saison musicale ; le commencement aussi du processus par lequel ces amateurs deviendront des musiciens d’orchestre professionnels.

Cette fois il semblait y avoir encore plus de bien jeunes musiciens derrière les pupitres. Une harpe de taille réduite attendait même sa musicienne.

Le programme devait illustrer un des grands écarts du 20e siècle : le Concerto pour deux pianos du « moine et voyou » Francis Poulenc, et la Symphonie n°5 de Chostakovitch, dont l’inspiration a été constamment menottée par le stalinisme.

Mais le concert a révélé un rapprochement inattendu entre les deux œuvres. Poulenc a composé son concerto (d’abord prévu pour un seul pianiste.) dans un monde musical français en bouillonnement, à la recherche de nouveaux langages pour la musique. Pour cette composition Poulenc a choisi un ton presque narquois, des dissonances et extravagances, comme pour dire « Du modernisme, eh bien en voulez-vous en voilà ! ».

C’était tout différent pour Chostakovich, compositeur moderne mais obligé de regarder où il mettait ses pieds modernistes, sous peine de déplaire à Staline, dont les goûts musicaux étaient traditionnels et qui adhérait aux règles du Réalisme social. Lui déplaire pouvait mettre l’activité de Chostakovich en danger, et même lui valoir une balle dans la tête.

Pourtant son concerto partage le ton frondeur, les provocations de Poulenc. Il connaissait les limites, devait se surveiller, mais ne pouvait pas s’empêcher de les pousser ici et là. Il écrit que l’œuvre est une « réponse pratique d’un artiste soviétique à de justes critiques ». Et pourtant un air de rébellion surgit ici et là.

Seul le mouvement lent reste au premier degré. Un critique de l’époque l’a appelé « une longue méditation d’une « angoisse tchaïkovskienne ».

La même densité des deux œuvres du concert a testé les capacités des musiciens, privés des repères de la musique classique. Ils ont fait vaillamment face aux exigences des deux compositeurs.

La bravoure du chef d’orchestre, Benjamin Garzia, devenu familier à la Cité à la tête des Les Siècles, a dû rassurer tout le monde face à des œuvres si exigeantes. Quant aux solistes du concerto de Poulenc, Eleanora Spina et Michele Benignetti, qui font aussi partie du corps enseignant du Conservatoire de Soissons, ils ont joué avec une fougue et une éloquence qui explique leur renom international.

Le prochain concert de la Jeune Symphonie est déjà programmé pour juillet 2027.

Un commentaire, une question : denis.mahaffey@levase.fr

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