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Musique

CMD : traverser la rue

Denis MAHAFFEY

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L'art du Conservatoire

Le couloir qui traverse la Cité de la musique et de la danse, entre les portes d’entrée sur la façade vitrée, qui encadre et fait écho à Saint-Jean-des-Vignes en face, et la porte du fond, a été conçu par son architecte Henri Gaudin comme une « avenue ». C’est plutôt une rue, qui change de largeur et de forme, contourne un escalier et s’ouvre sur la « place » de la billetterie et du bar. Ce lieu de passage sépare l’auditorium public du Conservatoire pour les élèves.

Le spectateur qui entre par la porte de devant reconnaît à droite les sas d’accès de la grande salle de concert en bas et en haut de l’escalier. Mais toutes les petites portes à sa gauche, celles du Conservatoire, restent quelque peu mystérieuses, s’ouvrant sur des couloirs avec d’autres portes, et des escaliers qui montent jusqu’à la passerelle vitrée qui traverse la rue et relie les deux parties du bâtiment.

Les élèves du Conservatoire connaissent ce dédale de salles de cours comme leur poche. Ils vont aussi en face ; mais le public qui vient aux événements dans le grand auditorium ne pénètre qu’exceptionnellement de l’autre côté.

Benoît Wiart, directeur de la CMD

A son ouverture en 2015, une direction bicéphale était prévue pour la Cité de la Musique et de la Danse (« la CMD »). Le premier responsable du « pôle Diffusion », c’est-à-dire des concerts, est parti en 2016, et lorsque Philippe da Silva, directeur du Conservatoire, a pris sa retraite du « pole Enseignement » au printemps dernier, Benoît Wiart a pris en main les deux activités. « C’est plus logique » admet-il.

Avant de prendre le poste ce corniste de formation, qui a déjà joué à Soissons, avait créé et dirigé l’Ecole intercommunale de musique de la Thiérache du Centre.

Il parle avec tant de clarté et volonté de ses projets pour la CMD qu’il est évident que pour ce musicien l’administration d’un tel ensemble, loin de peser, est justifiée par la musique qui en émerge.

Depuis son arrivée, il a voulu rapprocher les deux pôles de la CMD, par la diffusion d’un programme d’événements musicaux au Conservatoire en parallèle au programme « officiel » d’événements dans la grande salle.

Il propose d’attirer vers des événements présentés par le Conservatoire aussi bien les fidèles de « la grande salle » que ceux qui apprennent dans les salles de cours. De telles activités reflètent aussi un aspect important du rôle de la CMD, celui d’atteindre un public toujours plus large, dont celui qui n’a que peu d’accès à la musique. Jouer un instrument c’est s’ouvrir à un monde de richesses insoupçonnées et à un épanouissement personnel.

Benoît Wiart assure que ce programme musical sera « d’aussi haute qualité que celui de l’auditorium. Il y a plus de souplesse pour ces activités que pour le programme de la CMD, fixé pour la saison. »

La démarche est construite sur deux axes. Il y a des « Journées » pour mettre en valeur un instrument, clarinette, contrebasse, piano, avec des récitals, master-classes et auditions. « Cela demandera parfois un long travail de préparation » explique Benoît Wiart, « et parfois cela peut se faire assez rapidement. » La Journée consacrée au piano s’étale même sur deux jours, comprenant un récital par Eleonora Spina, professeur au Conservatoire, et Michele Benignetti, professeur à celui de Saint-Quentin, primés aux Global Music Awards américains.

L’autre innovation est « En scène », un rendez-vous régulier avec des élèves qui se présenteront devant le public. C’est aux élèves de proposer une prestation et à leurs professeurs de valider ces propositions. Benoît Wiart précise qu’il ne s’agit pas d’auditions, mais d’accoutumer les élèves l’expérience à se trouver devant le public.

Il y a d’autres temps forts: une première participation à la « Nuit des conservatoires », la poursuite celle de la « Nuit des musées », et surtout « Les incroyables aventures de Mister Fogg », récit inspiré par « Autour du monde en 80 jours » et conté par Vincent Dussart, metteur en scène de la compagnie de l’Arcade et professeur de théâtre au Conservatoire, avec un orchestre composé de professeurs et de musiciens de l’orchestre Les Siècles. « Un vrai spectacle jeune public » selon Benoît Wiart. Il rappelle que les professeurs sont à la fois « des artistes et des enseignants ».

D’autres occasions se présentent. Un concert des Siècles a permis au sextuor de cordistes de l’orchestre, « La Pléiade », de passer une journée avec les élèves et de donner un récital dans l’amphithéâtre du Conservatoire. La Journée de la Clarinette verra l’Harmonie Municipale de Soissons se produire pour la première fois à la CMD.

Les Conservatoires de Lens et de Soissons présentent deux séances d’« improvisation générative » ; cette discipline, couvrant toutes les formes musicales, implique une improvisation par rapport à l’écoute de musique écrite.

Enfin, un « Projet danse contemporaine, architecture et photographie » a lieu en juin.

C’est simple : pour avoir accès à toute cette musique, il suffit de traverser la rue.

Journée de la Contrebasse, 7 avril ; Journée de la Clarinette 14 avril, Weekend autour du Piano 26 mai

En scène, de 18h30 à 19h15 dans l’amphithéâtre, les 30 janvier, 13 février, 13 mars, 3 avril, 15 mai, 5 et 26 juin

Nuit des Conservatoires, 26 janvier à partir de 21h

Improvisation générative, les 17 février et le 31 mars

Les incroyables aventures de Mister Fogg le 29 mars, à 10h et 14h

Nuit des Musées, 25 mai

Projet danse contemporaine, architecture et photographie, le 20 juin à St-Jean-des-Vignes, à coïncider avec

Portes ouvertes  (« Toutes les portes le seront sans exception ! » ajoute le Directeur.)

www.citedelamusique-grandsoissons.com/

denis.mahaffey@levase.fr

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Le Vase des Arts

New Orleans en virtuel au Mail

Denis MAHAFFEY

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L'art du jazz

Avant le lever de rideau virtuel : Clément Caratini à la clarinette basse, Daniel Mizrahi, guitare, au mixage.

Sous les lumières de la scène dans la petite salle de théâtre du Mail, le clarinettiste Clément Caratini et le guitariste Daniel Mizrahi attendent de commencer leur récital de jazz, échangent quelques mots, font des ajustements.

Seul manque… le public. Les quelques personnes dans la salle sont là pour surveiller le déroulement. A cause du confinement, la musique arrivera aux spectateurs sur leurs écrans, une solution virtuelle conçue ensemble par le Mail et Concerts de Poche, l’organisateur.

 

Ce n’est pas compliqué : Sabrina Guédon, directrice du Mail, a installé sur un trépied son téléphone, qui diffusera le concert sur la page Facebook du Mail Scène Culturelle.

Il durera 20 minutes. Mais il a été précédé le même jour par deux concerts devant deux classes CM1/2 à l’école Michelet, après des ateliers musicaux en début du mois. Concerts de Poche prévoit toujours des animations en amont.

Il est temps. Il faut simplement vérifier l’heure, et c’est en direct !

Peu importent le cadre et les moyens, le clarinettiste et le guitariste se mettent à jouer avec un lyrisme, une précision et une délicatesse qui enrichissement singulièrement le naturel enthousiaste et entraînant du jazz de la Nouvelle Orléans.

342 personnes ont suivi le concert en direct. Combien le verront en différé ?

[Cet article paraît dans Le Vase Communicant n° 301 du 30 nov. 2020]

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Le Vase des Arts

Le Cercle Musical reprend ses instruments

Denis MAHAFFEY

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L'art de la musique pour le plaisir

Les musiciens du Cercle Musical regardent leur public

Le brouillard des mesures anti-Covid obscurcit le paysage quotidien. Les projets deviennent incertains. Voyages, visites, loisirs, tout est aléatoire. Alors lorsque des éléments familiers émergent clairs et nets dans ce brouillard, le plaisir des retrouvailles se même au soulagement.

Sandrine Vaillant, soliste de l’Andante pour flûte et orchestre de Mozart

Ainsi le Cercle Musical, ensemble symphonique amateur qui a dû renoncer à son concert du printemps, est revenu à la Cité de la Musique et de la Danse avec le même programme. Il y a comme toujours une sélection de morceaux largement à sa portée et d’autres qui représentent un défi (voir le détail ci-dessous). Comme toujours aussi, la secrétaire du Cercle et violoncelliste Catherine Douchy a présenté le contexte historique et les circonstances de sa composition. Cette année, son ton était plus enlevé, avec des apartés, comme pour refléter la joie de retrouver des amis.

Martin Barral, professeur de violoncelle au Conservatoire, a dirigé l’orchestre avec une énergie qui l’amène à faire des bonds sur son estrade, jambes écartées, bras en l’air. Il a insisté sur le travail fait en amont par Nathalie Lecuyer, cheffe de l’orchestre à l’époque. Après un ennui de santé en mars, elle s’est retirée de la direction, et est remplacée à partir de ce concert par Esteban Vidal, professeur de formation musicale au Conservatoire.

Le concert a commencé par l’Andante pour flûte et orchestre de Mozart, interprété avec une grande clarté par Sandrine Vaillant. Flûtiste du Cercle, elle a simplement rejoint les autres instrumentistes après son solo.

Martin Barral, chef d’orchestre

Après la 40e symphonie de Mozart, l’Ouverture d’Egmont de Beethoven a donné aux cordes une occasion de faire entendre un son rond, plein, assuré…un moment de grande beauté.

L’orchestre a géré avec aisance les changements de ton, par exemple entre Egmont et la Marche funèbre pour une marionnette de Gounod.

Le Cercle gagne en cohérence et précision à chaque concert, tout en gardant la fraîcheur de musiciens qui se fréquentent et qui répètent pour le plaisir.

Pour remplacer la Marche Radetzsky de Johann Strauss, si populaire pour les habitués, le concert s’est terminé par sa polka Sous le tonnerre et les éclairs, aussi sautillante et vive, aussi apte à envoyer le public chez lui en fredonnant.

Pour une raison qui a sans doute trait aux circonstances sanitaires (désir d’éviter des manipulations ?) aucun programme papier n’a été vendu à l’entrée, privant le Cercle Musical de la recette correspondante. Tout n’est pas encore comme avant.


Programme

Mozart: Andante pour flûte et orchestra
Glinka: Valse Fantaisie
Borodine: Dans les steppes de l’Asie centrale
Mozart: Symphonie n°40: mouvements 1 et 3
Beethoven: Ouverture d’Egmont
Gounod: Marche funèbre pour une marionnette
Strauss: Sous le tonnerre et les éclairs: polka rapide

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Le Vase des Arts

Broadway à la Cité

Denis MAHAFFEY

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L'art de la comédie musicale

Frederik Steenbrink et Isabelle Georges

Au milieu du récital Lumière sur Broadway à la Cité de la Musique et de la Danse de Soissons (sans entracte, c’est la règle en temps de Coronavirus), la chanteuse française Isabelle Georges et le chanteur néerlandais Frederik Steenbrink, parcourant leur panoplie d’extraits de comédies musicales, arrivent à Georges Gershwin. Il est le seul qui ajoute aux chansons mélodieuses et harmonieuses d’autres compositeurs du programme une profondeur qui fait penser à la musique classique. Chaque mouvement de la mélodie, chaque accord éveillent l’écoute, font faire une découverte musicale.

Ils chantent les deux airs les plus poignants, les plus passionnés, les plus planants de Porgy and Bess. Bess s’adresse à Porgy : « I loves you, Porgy » ; Porgy à Bess : « Bess, you is my woman now. »

Raphaël Sanchez, pianiste du trio qui accompagne les chanteurs, intervient avec Summertime. Quelques mesures familières puis, se révélant jazzman, il part dans une longue improvisation. C’est le meilleur moment de la soirée.

Frederik Steenbrink et Isabelle Georges ont de belles voix et une diction parfaite qui rend distincte chaque syllabe des paroles. Ils savent porter une chanson avec toute la verve qu’il faut. Comme dans une comédie musicale, ils continuent à jouer entre les numéros : sourires éclatants, regards et phrases échangés, coquetteries à l’intention des spectateurs.

Cependant, ceux qui apprécient l’acoustique parfaite de l’auditorium de la Cité ont eu la déception en entrant de trouver un empilement d’enceintes de chaque côté du plateau. Pour le public, les voix sortiraient de ces haut-parleurs, non pas de la bouche des chanteurs.

Ce n’est pas tout. Pour la première dizaine de rangs de sièges, toute note chantée forte prenait un ton rauque, comme quand un petit poste de radio est poussé au-delà de ses limites.

C’est un spectacle musical et théâtral qui aurait pu être plus à l’aise sur une scène de théâtre.

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