Connectez-vous avec le Vase

Musique

Une soirée féerique ? Pas tant que ça

Publié

le

L'art de la musique symphonique, de harpe, de chambre

Le programme du concert donné à la CMD par l’orchestre Philharmonique de Radio-France pouvait laisser croire à une soirée féerique : l’ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn (écrite à l’âge de dix-sept ans, on est déjà dans le domaine de l’extraordinaire), puis un concerto de Haydn adapté pour harpe solo, instrument qui intervient habituellement pour ajouter quelque chose de presque céleste à une composition.

L’ouverture ne déçoit pas : les quatre notes sur les instruments à vent, suivies du gazouillement des cordes (avec la belle sonorité que nous attendons des cordistes de cet ensemble). Ce double motif, qui revient au milieu de l’œuvre et par lequel elle se termine, évoque les fées qui prolifèrent, enchantent et sévissent dans la pièce. Cependant, n’oublions pas que la pièce de Shakespeare est fondée sur une brutalité érotique extrême, avec ses amants qui changent d’objet d’amour sans la moindre conscience de la personne derrière le physique. Le conte de fées est loin.

La harpe est ensuite installée, à côté du chef d’orchestre Masaaki Suzuki, et Xavier de Maistre prend place pour un concerto pour clavier de Haydn.

Toute la tradition d’envolées lyriques créées par les arpèges d’une harpe est bousculée : la harpe remplace le piano dans cette transcription par Xavier de Maistre, qui la joue avec la virtuosité, la précision et la force qu’il faut pour Haydn. L’agilité de ses doigts fascine, comme la concentration inhabituelle sur les cordes les plus courtes en haut de l’instrument.

Répondant aux applaudissements il revient seul et offre en bis le Carnaval de Venise de Paganini, faisant de ce morceau souvent entendu sous les doigts d’apprentis pianistes un air d’opéra romantique.

Arno Madoni et Cyril Baleton, violon, Jérémy Pasquier, viola, et Jérémie Maillard, violoncelle, se sourient après leur quatuor.

Le plateau se vide, et quatre cordistes prennent leur place pour un interlude de musique de chambre, avec le célèbre quatuor de Haydn en sol majeur op. 54 n°1. Arno Madoni, Cyril Baleton, Jérémy Pasquier et Jérémie Maillard jouent avec le plaisir (reflété dans leurs sourires) de musiciens qui se connaissent, s’apprécient, s’écoutent et se coordonnent sur l’interprétation, jusqu’au petit tour que joue Haydn en arrivant au finale, qui se termine par trois notes répétées, chaque fois suivies d’un développement puis, la dernière fois, soudain sans suite, laissées en l’air comme pour frustrer l’oreille.

Les musiciens rejoignent ensuite les autres musiciens pour la dernière œuvre, la Symphonie Italienne de Mendelssohn, dans une interprétation qui respecte l’ambition du compositeur de dépasser l’illustration descriptive et de faire voir le paysage spirituel de l’Italie.

Continuer la lecture

Le Vase des Arts

La communauté de Bach et Chopin

Publié

le

L'art du lyrisme

Réunir Bach et Chopin au même programme pouvait sembler aussi bizarre que d’associer la polyphonie médiévale et Queen. Andrew von Oeyen allait jouer les Suites françaises et l’Ouverture française de l’un, suivies des quatre Ballades du second, pour un concert à la Cité de la Musique et de la Danse de Soissons.

L’histoire du concert commence il y a un an, en septembre 2020, quand ce pianiste américain est venu à Soissons pour enregistrer son nouvel album dans l’auditorium de la CMD de la Danse à Soissons. Sa maison d’édition Warner l’avait recommandée, ayant appris d’un autre de ses artistes, Renaud Capuçon, la qualité acoustique pointue de la grande salle, œuvre de l’architecte Henri Gaudin (*).

Il y a enregistré l’Ouverture française, deux transcriptions de Bach par Wilhelm Kempff, et deux sonates de Beethoven. L’album, sorti en juin 2021, s’intitule Bach & Beethoven. Andrew von Oeyen explique ses choix. « Quand la pandémie du Covid a frappé, c’est Bach qui m’a le plus attiré. Je crois que Bach représente, peut-être plus que tout autre compositeur, un sens si clair de l’ordre dans un monde de chaos. A vivre dans une époque si difficile pour les artistes, j’ai trouvé que le langage de Bach était à la fois opportun et intemporel. Cela m’a donné de l’espoir. » Dans cette crise mondiale, Bach l’a aidé à se « remettre à zéro ». Beethoven lui a paru une autre source de réconfort. « En 2020 j’avais beaucoup de Beethoven dans mes doigts, pour des concerts qui n’allaient pas avoir lieu. » Il l’apprécie « pour sa nature directe, pragmatique, sa gravité ».

Ce même programme était proposé pour son concert à Soissons. Mais Benoît Wiart, directeur de la CMD, a suggéré d’associer plutôt Bach et Chopin. Andrew von Oeyen est donc revenu un an après l’enregistrement jouer une partie du contenu de l’album, l’Ouverture française, mais avec l’intégrale des Ballades de Chopin. Le résultat : un concert révélatoire, en faisant entendre ce que les deux compositeurs ont en commun.

Les Suites consistent en une série de danses, rythmées, sautillantes ou solennelles, et dont les mélodies émergent d’une architecture méticuleuse musicale. Le pianiste en a donné une lecture précise et clarifiante, en terminant par une Gigue majestueuse qui a dû faire bondir le cœur de tout Irlandais dans la salle.

Les Suites ont été suivies de l’Ouverture française, autre séquence de danses, mais dont les mélodies se détachent parfois, comme pour gagner leur autonomie, échapper à la structure qui les sous-tend. On ne pouvait que penser à l’autre compositeur de la soirée.

Chopin a suivi Bach. Les Ballades possèdent leur structure, mais elle est subordonnée aux sensations qui s’expriment. Une mélodie délicate, romantique, peut à tout moment exploser, et l’ambiance changer de l’onirique à la passion fervente.

Andrew von Oeyen reçoit les applaudissements de la salle.

Comment comparer les deux approches, la rigoureuse et la déchaînée ? Bach travaille à l’intérieur d’une structure définie, Chopin est prêt à la renverser, l’abandonner et y revenir comme bon lui semble.

Ni l’un ni l’autre n’édicte une réaction, n’insiste sur une émotion. Des commentateurs tendent à étiqueter ce qu’ils distinguent dans la musique, la mélancolie, la souffrance, la nostalgie, ou la joie, la béatitude, l’extase. Un auditeur peut simplement céder au lyrisme qui illumine la musique de Bach comme de Chopin.

Rappelé par le public, Andrew von Oeyen s’est rassis, a dit son bonheur d’être à Soissons, ou plutôt d’y être revenu jouer sur le même Steinway que pour l’enregistrement. En bis il a joué une transcription du Largo du Concerto No. 5 de Bach, qui se trouve aussi dans son album.

Le récital partagé entre Bach et Chopin avait préparé le terrain. En écoutant, les auditeurs étaient à même de se laisser, chacun, trouver dans leurs notes le reflet de son propre lyrisme intérieur.


(*) Le nombre d’enregistrements faits à la CMD a même mené la Direction à installer une vitrine d’exposition et de vente des albums concernés.

Continuer la lecture

Le Vase des Arts

Une soirée musicale avec Mozart

Publié

le

L'art de jouer Mozart

Pour marquer le passage de l’été à l’automne météorologique, en attendant le tournant officiel du 21 septembre, l’Ensemble Contraste à donné une « soirée musicale » mozartienne à la CMD. Le terme convient mieux que « concert » ou « récital », pour son alternance entre de courts extraits de ses compositions, un seul mouvement ou air, et les interventions parlées explicatives. Les quatre musiciens, Arnaud Thorette, Johan Farjot, Jean-Luc Votano, et Albaine Carrère possèdent toutes les capacités musicales qu’il faut. Jean-Luc Votano fait ressortir le caractère à la fois candide et poignant du mouvement lent du Concerto pour clarinette. La voix claire et aérienne d’Albane Carrère traduit bien le ton contrasté des deux airs de Cherubino des Noces de Figaro. Arnaud Thorette joue éloquemment l’alto, cousin plus ample du violon, et Johan Farjot, responsable des arrangements, entoure tout au piano.

Albane Carrère et Jean-Luc Votano

La décision de se limiter à de courts extraits a privé le public de l’intensité progressive de compositions plus longues. Seul le Trio « Les Quilles » a été joué dans son intégralité, les trois instrumentistes cédant et reprenant tour à tour le devant de la scène instrumentale pour illustrer avec humour l’intimité ludique de la musique de chambre. L’ambiance dans la salle a changé : nous étions, musiciens et spectateurs, en voyage ensemble.

Ce qui a pu délayer le programme, pour une partie du public, ce sont les prises de parole, certes détendues et aimables, d’Arnaud Thorette, Albane Carrère et Jean-Luc Votano. En préliminaire à chaque morceau, l’un ou l’autre le mettait dans le contexte soit historique soit de l’opéra concerné.

La présentation sur le site de la CMD parlait de « secrets de fabrication qui ont façonné cet art extraordinaire qu’on appelle « musique classique ». Il était légitime de s’attendre à des analyses des techniques et trouvailles de Mozart, sa capacité à faire, de mélodies presque enfantines, des œuvres qui éclairent et questionnent la nature humaine, sa capacité à être divertie, émue et enrichie intellectuellement.

Cela a été le cas pour Les Quilles, avec une illustration des thèmes et une analyse de leur fonction.

Le reste a été anecdotique. Il y a l’histoire de l’écriture par Mozart des deux duos K423, venant à l’aide de son confrère Michel Haydn, frère de Joseph, trop malade pour terminer une commande de six duos. Pour tromper le client, le cardinal Collaredo, Mozart a mis quelques éléments typiques du style de l’autre compositeur  – sans que le commentateur les précise.

Le plaisir d’entendre jouer ces quatre musiciens peut faire espérer leur retour à Soissons pour un récital, avec quelques oeuvres complètes de musique de chambre. Sans commentaire.

Continuer la lecture

Le Vase des Arts

Quatuor Cambini : le concert des découvertes musicales

Publié

le

L'art de la musique de chambre

Les cordes et la soprano

La saison 20-21 de la CMD a pris gracieusement fin dimanche après-midi avec une anthologie d’extraits de 15 œuvres oubliées datant de la période Classique, en alternant des mouvements de quatuor et des airs d’opéra.

Le quatuor Cambini-Paris, rejoint par la soprano Judith van Vanrooij, se dévoue à ressusciter des compositeurs moins connus. Des treize compositeurs présentés, deux sont célèbres, Cherubini et Gluck, un est reconnu, Spontini, mais, au moins pour des auditeurs non-spécialistes, les compositions des onze autres ont été des découvertes : Hyacinthe Jadin, Jean-Baptiste Lemoyne, Pierre Baillot, Georges de Fontenelle, Jean-François Lesueur, Etienne-Nicolas Méhul, Antonio Salieri, Antonio Sacchini, George Onslow, Niccolò Piccinni et Giuseppe-Marie Cambini.

Le récital a sorti ainsi de l’ombre des compositeurs consignés par l’histoire ou le hasard des réputations, montrant l’existence d’un fond musical bien plus riche que ne ferait penser l’attention concentrée sur les plus célèbres.

Piccinni, qui a écrit 130 opéras, a été tout de même le grand rival de Gluck ; Méhul est tout de même l’auteur du Chant du départ ; Cambini, qui a donné son nom au Quatuor, a tout de même écrit 150 quatuors à cordes (et, pour l’anecdote, aurait eu une vie mouvementée, esclave en Barbarie, mort dans le dénuement après une carrière réussie).

Evidemment, Salieri, mauvais génie du film Amadeus, épinglé pour son manque d’originalité mélodique et harmonique, était attendu au tournant. L’air d’Hypermnestre a été tout de même honorable, touchant au drame des Danaïdes.

Un des plaisirs de la musique de chambre est de voir les musiciens sans chef gérer ensemble leur interprétation. Julien Chauvin (venu souvent à Soissons), Karine Crocquenoy, Pierre-Eric Nimylowycz, Félix Knecht (remplaçant pour ce concert Atsushi Sakaï) et Judith van Wanroij le font en échangeant des regards, souvent avec un petit sourire, comme pour dire « Ca y est, on a réussi ce passage-là ! »

Le récital a commencé sagement, puis les musiciens ont gagné en puissance et en fluidité, en culminant par les trois derniers morceaux, qui ont déclenché l’enthousiasme de la salle : un allégro de George Onslow, d’extraction anglaise, qui préfigure déjà le Romantisme, un air de La Vestale de Spontini et enfin un air poignant de Didon de Niccolò Piccinni. La courbe du récital s’est complétée, le public a aimé, et l’a montré.

Continuer la lecture
P U B L I C I T É

Inscription newsletter

Catégories

Facebook

Top du Vase

LE VASE sur votre mobile ?

Installer
×