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Le Vase des Arts

Songe dévoyé de nuit d’été

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L'art de jouer Shakespeare

Les amants terrassés par leur nuit d'amour

Le songe d’une nuit d’été de Shakespeare était longtemps considéré comme un plaisant marivaudage féerique : deux couples mal assortis le deviennent encore plus dans la forêt nocturne quand un lutin les touche avec le jus d’une fleur qui les rend fous amoureux de la première personne qu’ils verront. Comme par magie ils se réassortissent à la fin, prêts à vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants.

Mais depuis la mise en scène révolutionnaire du texte par Peter Brook, venue à Paris en tournée en 1971, il est difficile d’adhérer à l’ancienne vision de couples saisis par des béguins innocents, au milieu de fées à ailes en toile d’araignée. Brook a vu les jeux d’amour comme des pulsions érotiques : sous l’effet du psychotrope appliqué par Puck, qui le distribue comme un trafiquant de drogue, les quatre amants, libérés des contraintes de la bienséance, deviennent instantanément des prédateurs sexuels.

Au théâtre du Mail la compagnie du Prisme de Villeneuve a présenté une nouvelle production du Songe, en partageant le même point de vue. Le metteur en scène Arnaud Anckaert, cofondateur du Prisme avec Capucine Lange, a créé la pièce il y a deux mois. Sa mise en scène la dépouille de toute innocence naïve : les sept comédiens qui partagent les rôles déclament parfaitement la poésie ensorcelante de Shakespeare, alors que leur jeu physique tourne sa délicatesse en dérision. Les corps se pourchassent ou se sauvent, se troussent ou se rejettent. Sous l’effet de la fleur aphrodisiaque l’exquise reine des fées Titania s’amourache d’un homme déguisé en âne, animal légendairement lubrique. Elle rampe devant lui – et il en jouit bien.

Le jour se lève, et sur la scène des corps sont emmêlés par terre, épuisés par leur nuit orgiaque passée dans la forêt.

Le lutin Puck dans la forêt la nuit

Comme dans Hamlet, la pièce de Shakespeare englobe, théâtre dans le théâtre, une autre pièce, ici la tragédie de Pyrame et Thisbé, qu’un groupe d’artisans dépourvu de toute finesse répète pour la jouer au mariage de Thésée, duc d’Athènes, et Hippolyta, reine des Amazones. La production déplace ces scènes pour en encadrer l’intrigue principale. C’est un élégant renversement de l’ordre prévu par Shakespeare, et permet surtout de terminer le spectacle avec cette tragédie, en présence des invités au mariage de Thésée et d’Hippolyta. En amont de son arrivée à Soissons, Prisme a cherché des volontaires pour jouer les invités. Le moment venu, tous les élus se sont levés dans la salle pour monter sur scène, regarder le mariage puis danser en rond autour des mariés. Comme si les fées étaient à nouveau intervenus, ces spectateurs sont devenus acteurs.

Le Songe a lieu dans une scénographie d’une grande théâtralité représentant la forêt par cinq hautes structures amovibles – avec un effort ! – qui forment les cinq lettres du mot « forêt ». La réalité du l’orthographe pour représenter l’irréalité d’arbres au théâtre.

Quant aux paroles de Shakespeare au milieu de tant d’hyperactivité, pourquoi ne pas lire son texte, en anglais ou en français, pour goûter les termes enchanteurs dans lesquels il parle d’enchantements.

 

Un commentaire, une question : denis.mahaffey@levase.fr

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