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Livre

Camille Claudel : l’intensité d’une artiste

L'art de la sculpture en livre

« La Vague » (1897)

Il y a trente ans, un panneau à l’entrée de Fère-en-Tardenois annonçait que le poète Paul Claudel y était né. Et Camille, sa sœur ? Ah bon, il avait une sœur ? La renaissance de la réputation de ce sculpteur a changé les choses. A présent, son nom précède celui de son frère sur le panneau.

Les réputations sont certes fluctuantes, mais les trente ans passés par Camille Claudel dans un asile, à la demande de sa famille, ont pu assourdir la sienne.

Cette observatrice de la nature humaine est maintenant reconnue, célèbre même, et un musée consacré à son œuvre vient de s’ouvrir à Nogent-sur-Seine.

Eric Boutigny couronne quinze ans de travail par la sortie d’un album qu’il a écrit, conçu et produit au sujet de « Camille ». « Je le destine au grand public » a-t-il annoncé en présentant le livre au dernier « Dimanche du livre ».

Ainsi il propose des photos d’une trentaine de ses œuvres, accompagnées chacune par un texte qui la place dans son contexte : sa création, ses influences, son histoire. Il y a plusieurs images de la même sculpture, pour tenir compte de ses trois dimensions.

« La vague », qui aurait été influencée par une autre vague, celle du Japonais Hokusaï, illustre ce qui caractérise l’approche de Camille Claudel. Elle traduit la vitalité des trois baigneuses sur lesquelles la vague va se briser avec une intensité qui crée un contraste entre leur animation et leur immobilité. « Les Causeuses » est un autre exemple : un groupe de femmes se penchent les unes vers les autres, les propos qu’elles échangent presque sonores dans le silence du bronze.

Eric Boutigny reconnaît la constance du travail : « Elle est restée fidèle à son désir premier : sculpter, façonner de ses mains ce qu’elle vivait profondément et intensément. »

Le livre offre une riche introduction au travail de Camille Claudel par la qualité des photos d’Eric Boutigny, qui ne sont pas que des illustrations documentaires, et par le style direct dans lequel il présente ses œuvres, sa carrière et sa vie d’artiste.

La partie la plus poignante du livre est au début où, sur page après page, une galerie de photos de Camille Claudel la suit de la petite jeunesse jusqu’aux dernières images d’une petite vieille, tout pouvoir créatif écrasé par l’interminable routine de l’asile.

« Camille Claudel, En lumière » par Eric Montigny, Editions E. Boutigny

denis.mahaffey@levase.fr

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Livre

Les livres : faire son marché

L'art de faire aimer les livres

Christian Delceux, trésorier de Lire en Soissonnais, Edith Grossemy et Dominique Doisy, vice-présidente

Pour la quatrième fois cette année, l’agitation qui règne au marché du samedi a été suivie de l’ambiance plus recueillie des « Dimanches du livre ». Le marché couvert reste fermé et les bibliophiles s’installent comme des bouquinistes sous les grandes marquises qui l’entourent. L’association « Lire en Soissonnais » organise ces rencontres autour de différents thèmes. Après l’Art, Nature et Sports et BD-Science Fiction, celle-ci est centrée sur Poésie et Théâtre.

Un des composants les plus séduisants de ces événements est l’étal de livres d’occasion. Pour les obtenir, deux possibilités : troquer les livres qu’on apporte contre ceux qu’on emporte, ou bien acheter à des prix qui ne videront pas le porte-monnaie : un euro les trois, par exemple. « C’est pour faire un tout petit peu d’argent pour l’association » admet Edith Grossemy, vendeuse de dimanche pour Lire en Soissonnais.

Eric Boutigny montre ses photos d’œuvres de Camille Claudel.

Cette vente-troc touche à l’objectif de base : encourager les gens à prendre un livre en main, l’ouvrir, l’emporter, s’asseoir et rentrer dans le monde qu’il raconte, sans équipement ni écran entre les mots et leur effet sur le lecteur.

Mais ce Dimanche du Livre a prévu aussi des activités autour de la lecture, comme pour rappeler qu’elle est précédée nécessairement par l’écriture. Parmi elles, le poète Jean Berteault lit quelques-uns de ses poèmes, avec l’aide de la comédienne Marie-Aimée Cailleux. Michel Hart dit des extraits de Victor Hugo pour illustrer « Découvrir sa voix », le livre qu’il vient de publier avec Sylvie Heyvaerts. Plus loin, Eric Boutigny présente  une étude de Camille Claudel, sur laquelle il travaille depuis quinze ans. « Il y a des études par les spécialistes, mais j’ai essayé d’écrire un livre accessible à chacun. »

Acaly placarde son programme 2017-18.

Soudain arrivent le long du trottoir des personnes en costumes de 19e. Ce sont des acteurs de la compagnie de théâtre Acaly. Ils distribuent le programme de leur prochaine saison, qui donnera l’occasion en octobre de revoir « Lucrèce Borgia », après son succès en mai dernier.

Ce dernier Dimanche du Livre de Lire en Soissonnais sera suivi du Salon du Livre les 7 et 8 octobre au Mail. Le temps d’ici là de lire les livres ramassés sur l’étal du marché.

denis.mahaffey@levase.fr

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Exposition

Michel Gasqui : un trait arachnéen

L'art du dessin et du texte

Michel Gasqui, qui a choisi Soissons pour vivre en quittant Paris, y a déjà exposé ses œuvres plusieurs fois sous son nom d’artiste Migas Chelski, notamment dans la galerie du Mail, d’abord individuellement, puis avec Jean Maffioletti. Ses collages en carton ondulé de maisons et commerces sont devenus familiers, leur l’état d’abandon et de délabrement faisant penser aux vies qui y avaient été menées mais qui n’y avaient pas survécu. Ses tableaux plus abstraits évoquent autant un monde où l’esprit humain a du mal à fleurir, alors que ses sculptures sont pleines d’humour et d’ingéniosité.

Il est membre fondateur des Artistes Axonais Associés, qui ont exposé collectivement à l’abbaye Saint-léger et même à Saint-Quentin.

Sa nouvelle exposition individuelle aura lieu à la Maison des Jeunes et de la Culture de La Ferté Milon à partir du samedi 1er avril.

Un buste au style feutre dans l'album de Migas Chelsky

Un buste au stylo feutre de l’album de Migas Chelsky

En même temps il a publié un album de dessins au stylo feutre intitulé « Aperçus d’une archéologie dessinatoire ». Son vieux compagnon de militantisme politique, l’écrivain Jean Maffioletti, a écrit les textes qui les accompagnent. Ils ne décrivent jamais les dessins, mais en y cherchent plutôt un écho des propres préoccupations humanistes de l’auteur, qu’il décortique dans un style dense qui exige – et mérite – une lecture attentive pour faire émerger tout leur sens.

Michel Gasqui m’a parlé de cet album ; mais il a remis aussi un texte qui l’éclaircit mieux que ce qui sortirait des notes prises pendant la conversation. Le voici.

« Cette série de dessins est une série de bustes dessinés avec des Feutres à pointes fines (de 0,05 à 0,8 mm). J’aime ces outils pratiques car utilisables en toutes circonstances de plus  ils ont des propriétés particulières en fin de vie. Ils donnent des traits irréguliers et d’une finesse exceptionnelle.

En général, il n’y a pas de tracé préalable au crayon mais un tracé libre directement effectué à l’encre et qui démarre soit d’un contour soit de détails centraux. Le tracé n’est que partiellement aléatoire car le dessin doit représenter, au final, quelque chose en rapport étroit avec le visage humain et même le buste en l’occurrence. La main est guidée par une idée et des sensations multiples.

Mon ami Bruno Montpied, peintre écrivain et grand amateur des arts spontanés, a qualifié mon trait d’arachnéen, ce qui me plaît beaucoup bien que j’aie une phobie aigüe des araignées.

L’idée principale de ces bustes est la dualité, la présence simultanée du bien et du mal du masculin et du féminin chez une même personne, dans un même corps, une même âme, l’entredéchirement entre le corps et l’âme, entre le rêve et la réalité…

Le texte de Jean Maffioletti accompagne les dessins sans les commenter. Le parti pris est celui du scientifique ou plutôt de l’homme honnête entre le peintre de la renaissance et l’archéologue des temps présents. Il ajoute du mystère à l’ensemble et multiplie les lectures possibles.

Ce qui peut se dégager dans un premier temps à la vision de ces bustes, c’est leur aspect organique avec un sentiment de putréfaction d’où l’idée de lier ce travail à une tentative de répertorier par des croquis un ensemble de momies ou du moins de « réalités fossilisées ».

L’art du dessin, la représentation de la réalité, le dessin scientifique d’avant la photographie (archéologie et cartographie), la mythologie et l’origine du monde, l’irrésistible nécessité de comprendre sont des thèmes abordés dans le texte. Il s’y dégage, selon moi, une poésie que je situerais dans une sphère avec Jacques Prévert, Julien Gracq et Claude Levi Strauss. »

Exposition à la MJC de La Ferté Milon, les samedis et dimanches 1er et 2, 8 et 9 et 15 et 16 avril ; horaires d’ouverture de 14 à 18h le 1er, de 10 à 12h et de 14 à 16h les autres jours. Le vernissage a lieu le samedi 1er à 18h.

Aperçus d’une archéologie dessinatoire : pour l’obtenir, appeler le 07 86 88 89 69.

denis.mahaffey@levase.fr

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Livre

L’Arcade crée le buzz

L'art de la lecture

Cent trente-et-un ans après la mort de Victor Hugo, deux acteurs de l’Arcade ont rappelé l’événement, d’abord au Mail et une heure plus tard au café associatif le Bon coin. Ils y ont lu des extraits du livre « Victor Hugo vient de mourir » de Judith Perrignon et quelques poèmes, tirés notamment de « L’art d’être grand-père ». Ces lectures ont illustré l’impact formidable de cette mort sur la population, surtout le peuple dont Hugo était le héros, avec des obsèques nationales et l’enterrement au Panthéon.

Quelle était l’occasion de cette lecture ? Non pas le nombre d’années écoulées depuis ce décès, mais la prochaine représentation au Mail de « Marie Tudor », pièce de Hugo, avec Cristiana Reali. L’Arcade reprend son habitude de poser un regard oblique sur les spectacles à venir. Des ateliers de théâtre sur tel auteur, tel thème – écrire des aphorismes aussi vaches que ceux de Feydeau, des « happenings » dans les vitrines de la ville : tout est bon pour attirer l’attention sur les plaisirs qui attendent au théâtre. C’est aussi une façon d’ausculter le monde du spectacle, et même d’encourager les futurs spectateurs à se regarder comme s’ils étaient eux-mêmes sur scène. Bref, L’Arcade créé le buzz.

Sophie Torresi et Vincent Dussart

Au Bon coin, devant ses habitués de l’action œcuménique, Sophie Torresi et Vincent Dussart ont lu – lui dans le livre de Judith Perrignon, elle sur des feuilles photocopiées – sans formalité, sans emphase, sur un registre familier. Il n’empêche que les extraits, les poèmes ont été judicieusement sélectionnés et assemblés, et que le contexte détendu n’a pas empêché une exactitude de ton et de l’intensité quand il en fallait. « C’est quand même du travail » a admis Vincent Dussart.

DM ajoute : Quel écrivain, de nos jours, susciterait des réactions de cette envergure ? Vincent Dussart a posé la question. J’ai seulement le souvenir d’avoir été dans les rues de Paris en 1980, pour voir passer le corbillard contenant la dépouille de Sartre. C’est la première et dernière fois que j’ai vu des gens grimper sur les réverbères pour avoir une meilleure vue.

« Marie Tudor » de Victor Hugo avec Cristiana Reali, au Mail le 29 mars à 20h30.

denis.mahaffey@levase.fr

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P U B L I C I T É
LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018

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