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Le Vase des Arts

Aux âmes, citoyens ! Un dimanche de Beethoven

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L'art de Beethoven

A la répétition générale François-Xavier Roth parle avec ses musiciens.

Journée Beethoven, 8 mars 2020 à la Cité de la Musique et de la Danse

Un contraste inattendu a pu aider le public de la Journée Beethoven à la CMD à comprendre la nature de sa musique. Après une transcription de la Symphonie Pastorale pour piano à quatre mains le matin, Lidija et Sanja Bizjak ont réagi aux applaudissements en jouant deux valses de Cécile Cheminade, compositrice post-Romantique, petit signe en direction de la Journée nationale des droits des femmes. Primavera et Sérénade d’automne sont mélodieuses, gracieuses, plaisantes à entendre – des épithètes qu’il serait difficile d’appliquer à Beethoven.

L’actuelle écoute de toutes ses symphonies, dont plusieurs deux fois, est révélatrice par son intensité de ce qui le distingue d’autres compositeurs.

Il n’est pas possible d’écouter sa musique, comme l’on peut avec Mozart et bien d’autres, seulement (seulement ?!) pour le plaisir du son, des émotions exprimées et ressenties, et en admirant la compétence musicale et la créativité. Beethoven ne vous permet pas de vous abandonner à la grandeur de ce que vous écoutez. Sa musique vous interpelle, vous surprend, vous force à réagir à chaque développement inattendu. Plus que ça, et c’est sa plus grande réussite, par son choix de thèmes et par son examen minutieux de chaque élément d’une composition il mène l’auditeur à regarder dans sa propre âme, et l’amène à prendre position par rapport à la dignité humaine, aux triomphes et souffrances des hommes.

Lidija et Sanja Bizjak

Chacune des quatre symphonies de la Journée renforce cette leçon.

Dans sa transcription pour piano de la 6e Symphonie, Czerny distille l’essentiel, dégage la structure. Il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir : le geste de Sylvie Pommerolle, tourneuse de pages, en tournant une page de droite à gauche et non pas à gauche à droite, fait comprendre qu’il y a une reprise.

La répétition générale de l’orchestre Les Siècles en début d’après-midi a permis aux auditeurs présents de voir François-Xavier Roth aux fourneaux, ajustant le volume, le ton, la dynamique, en préparation du banquet qui suivrait. Et de voir les musiciens en pulls et bluejeans, avant de se mettre en noir pour le concert.

Les 1e, 4e et 7e se sont enchaînées, en commençant par le début lent de la 1e, preuve immédiate que Beethoven allait innover par rapport aux Classiques, et en terminant par cette autre ode à la joie, mais sans chœur, du dernier mouvement de la 7e. Les auditeurs de la Journée, en apprenant à mieux connaître Beethoven, ont appris à mieux se connaître eux-mêmes.


Pour accompagner cette série de concerts un livret analysant les neuf symphonies de Beethoven, édité par la CMD, est disponible gratuitement. Il a été rédigé et réalisé par Christine Paquelet, avec l’aide de ses élèves de la classe d’analyse. Le livret traite de l’orchestration et des circonstances de composition de chaque œuvre, avec une analyse détaillée de la partition. Il sert de programme pour la saison actuelle, mais aussi de résumé utile d’information pour les intéressés.

Le Vase des Arts

S’élever, mais ensemble

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Arts de la danse et du cirque

Un homme est suspendu en haut, au-dessus du plateau sombre. Il descend rejoindre trois autres hommes et deux femmes. Son isolement prend fin au milieu des autres. Toujours dans une demi-obscurité, tous les corps sont par terre, mêlés, roulant, tournant, s’enroulant en une sorte de magma primaire. Puis ils commencent à émerger, six corps distincts.

C’est le commencement de Si’i, spectacle réunissant deux compagnies, l’une de danse, l’autre de cirque : DK59 dirigée par Gilles Dérièpe, chorégraphe de Si’i, et Casus Circus qui a déjà présenté deux spectacles au Mail, Knee Deep en 2016 et Driftwood en 2017.

Le spectacle sort en 2021, mais une partie de sa mise en place a eu lieu pendant la résidence des deux troupes au Mail en mars 2020. La grande structure métallique traversait alors déjà le plateau, partant du sol côté jardin pour se terminer en haut de l’ouverture de scène côté cour. La Première était programmée, puis la pandémie a soudain fermé toutes les salles de spectacle de France.

En langage du Samoa, « si’i » désigne le soutien que s’offrent les familles en se rencontrant lors des cérémonies. Le spectacle va en quelque sorte suivre la cérémonie, l’ascension de tous, individuellement et ensemble. Progressivement, chacun des six artistes se détache des autres, faisant voir ce qui le distingue, son talent particulier. Le thème de l’ascension s’impose. Les artistes escaladent et dévalent de la structure, entre escalier et glissade, ou s’accrochent en dessous. Ils dansent ; mais le spectacle tient aussi du cirque, par les exploits acrobatiques exécutés.

Progressivement les personnalités individuelles paraissent, et les tours d’adresse se jouent de plus en plus haut. De suspensions en chutes, d’équilibres en élévations, les six artistes poussent de plus en plus loin les limites. Il y a même un élément d’esbroufe typique du cirque. En se balançant sur un trapèze, le « porteur » du groupe, tout en blanc, maillot et pantalon long (alors que les autres sont en petit short, avec un haut pour les femmes), arrache d’une main son maillot et, en agitant furieusement les jambes, arrive à se débarrasser du pantalon. Le public applaudit.

Le public assiste à la particularisation d’un ensemble général. C’est une évolution que partagent les six artistes, éclairée par une grande bienveillance, une vaste générosité des uns envers les autres, comme s’ils le les tenaient du magma initial. Une main est toujours prête à saisir une autre, à passer un accessoire. Des sourires sont constamment échangés, tous se réjouissent des succès individuels.

C’est le sens du mot « si’i » qu’illustre le spectacle de ce nom. Aller vers le haut, avec son corps, avec son esprit. S’élever, oui. Mais ensemble.

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Panayotis Pascot, un jeune homme en route

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L'art du seul-en-scène

Les spectateurs qui ne connaissaient pas Panayotis Pascot, pourtant amuseur à la télévision depuis l’âge de dix-sept ans, auront vu arriver au pas affirmé sur la scène du Mail un jeune homme aimable et apparemment parfaitement à l’aise avec lui-même. T-shirt noir, pantalon beige avec des poches sur les cuisses, comme un machiniste qui serait venu ajuster un élément de scène, moustache en V à l’envers, cheveux assez longs pour bouger en diapason du corps : un homme à la virilité déjà accomplie mais « douce », c’est-à-dire ni butée ni agressive.

Il entre, salue, et commence à parler rapidement ; une bonne heure et des dizaines de milliers de mots plus tard, il quitte la scène.

De quoi parle-t-il ? De sa difficulté à se réaliser, à être un homme heureux, à trouver l’amour, même à séduire une femme. Comme il est humoriste faisant un seul-en-scène, il fait rire le public par son ton, ses mimiques, les mouvements acrobatiques de son corps ; mais il ne débite pas de blagues, il raconte son histoire. Il parle de l’impact paralysant de son père rigide, de ses efforts pour grandir (en choisissant de jouer l’accordéon ringard plutôt que la guitare).

Comment un homme peut-il s’épanouir alors que la convention – et son père, sorte de Commandant à la présence lourde – veulent qu’il ne cède pas aux sentiments ? Il imagine ce père s’exclamer « Je t’aime, mais je ne peux pas te dire que je t’aime, parce que ça c’est des sentiments, et les sentiments c’est pour les gens qui ont un vagin ! » Derrière les rires, son discours fait toucher aux profondeurs des incertitudes masculines.

Panayotis Parcot écrit bien, parle avec clarté et éloquence, sait jouer (il faut le voir imiter les filles réagissant à ses efforts pour les séduire : déroutées, au rire idiot, la main se sauvant dans les cheveux).

Le spectacle, écrit avant les confinements et puis bloqué, a eu sa Première quelques jours avant la venue à Soissons au début d’une longue tournée. Le titre, Panayotis Pascot, presque, reflète ses hésitations. Et ses espoirs. Il est encore en route.

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Associatif

Le Café-psychanalyse reprend la parole

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L'art de la psychanalyse sociale

Lancé à Soissons en 2018, le Café-psychanalyse a subi le même long silence que d’autres activités depuis mars 2020, d’autant plus lourd que la matière même de la psychanalyse est la parole.

Il reprend voix au Petit Bouffon, avec l’espoir de maintenir un rythme bimestriel. Son objectif reste le même : mettre au service de la société les méthodes et le vocabulaire de la psychanalyse, cette science méconnue, objet de nombreux préjugés et malentendus.

Le premier sujet est Corps, parole et normes, vu par rapport aux modifications actuelles des liens sociaux, et à ce que la psychanalyse peut en dire. Pourquoi un café psychanalyse?  Il ne s’agit pas d’assister à un cours, mais de trouver des outils pour mieux comprendre ce qui se passe au fond de chacun, et dans les liens avec les autres.

La psychanalyste Catherine Stef

Pour la psychanalyste laonnoise Catherine Stef, une des organisatrices du Café,« la parole est mise à mal ». La précipitation de la vie, le raccourcissement du temps donné pour comprendre la parole conduisent à des solutions « prêt-à-porter » qui nient l’inconscient. L’examen minutieux de ce qui est dit, pour démêler son sens intime, est remplacé par des thérapies courtes qui expédient les symptômes du malaise sans s’occuper de ce qui est tapi au fond d’une personne et qui l’empêche de vivre pleinement. La science, comme le capitalisme, refuse de reconnaître l’impossible et l’impossible à dire, d’admettre qu’il y a des limites à respecter.

Cette première réunion se tient en introduction aux Journées annuelles de l’Ecole de la Cause Freudienne fondée par Jacques Lacan, sous le titre « Norme mâle ». Mais le thème est élargi au Café-psychanalyse pour permettre de parler de ce que la psychanalyse permet dans notre époque troublée”.

Lacan a souvent parlé de « l’impossible à dire », cette part de vérité qui reste inaccessible, barré par le trauma de chacun dans sa rencontre avec la réalité. C’est en reconnaissant cette impossibilité que la psychanalyse peut servir à l’individu comme à la société.

Lacan cite un poème d’Antoine Tudal dans l’allocution qu’il a prononcée à l’hôpital Sainte-Anne en 1971 :

Entre l’homme et la femme, il y a l’amour
Entre l’homme et l’amour, il y a un monde
Entre l’homme et le monde, il y a un mur

Le titre qu’il a donné à son allocution ? Je parle aux murs.


Café-psychanalyse, Petit Bouffon le 28 sept. 20h30. Masque et passe sanitaire obligatoires.

 

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