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Le Vase des Arts

Elargir l’écoute

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L'art symphonique de Beethoven [1]

Les cuivres et les percussions de l’Ensemble Orchestral de la Cité

La croisière symphonique beethovienne, qui durera quatre mois, a pris son départ, avec en premier équipage l’Ensemble Orchestral de la Cité sous le commandement de Corinna Niemeyer. Pour poursuivre l’image, il ne restait pas un seul transat libre sur le pont des passagers.

Le concert marque la sixième collaboration entre des musiciens de l’orchestre Les Siècles et d’autres qui enseignent dans les Conservatoires et Ecoles de musique de l’Aisne. Le programme est préparé à la CMD chaque année avec un chef d’orchestre invité.

Le projet reflète la volonté départementale, mise en œuvre par l’Association pour le Développement des Activités Musicales dans l’Aisne (ADAMA), de créer des partages qui enrichiront l’enseignement musical. Les professeurs sortent de leurs salles de classes et se trouvent instrumentistes d’orchestre devant le public, une expérience qui se répercute sur leurs relations avec les élèves.

L’Ensemble, constitué pour l’occasion, et après une courte période de préparation, n’aurait ni les sonorités ni la cohérence d’un orchestre établi avec des instrumentistes travaillant ensemble depuis longtemps sous un même chef. Il a cependant donné une lecture réfléchie des deux symphonies au programme. Corinne Niemeyer, très concentrée devant ses musiciens, rayonnait d’enthousiasme au moment de s’adresser à la salle après le concert.

Corinna Niemeyer

En écoutant d’abord la 2e Symphonie, il est normal à la fois de retracer l’influence des prédécesseurs de Beethoven, et en même temps de guetter ses écarts par rapport aux conventions Classiques. Déjà, tout en respectant le cadre, il en sort pour admettre d’autres idées et sensations musicales.

Pour la 5e, la plus connue de la série, Corinne Niemeyer a fait comme Alexandre Bloch avec l’Orchestre de Lille en 2019, en n’observant aucun temps de recueillement préliminaire : elle est montée sur l’estrade et a lancé tout de suite le motif plus que célèbre, quatre notes répétées en les transposant, que Beethoven lui-même à identifiése comme représentant le Destin, qui lui aussi n’attend pas.

L’œuvre est si connue que l’auditeur peut élargir son écoute au-delà de la progression des phrases musicales, non pas pour faire une analyse musicologique, mais pour considérer le sens d’ensemble. Le premier mouvement fait résonner le destin qui frappe à toutes nos portes. Les suivants examinent différentes attitudes à adopter face à ce destin : la douce acceptation, la protestation, le deuil de la liberté illusoire ; le quatrième et dernier se termine triomphalement avec un « Advienne que pourra ! »


Parlant sur France-Info Culture, Corinne Niemeyer évoque la rencontre avec un nouvel orchestre : “Il faut savoir créer un contact avec l’orchestre et sentir comment il fonctionne pour intervenir. Or certains orchestres ont coutume de jouer ensemble, d’autres sont flexibles. Tout cela rend notre métier plus compliqué. On dit qu’en quelques secondes les musiciens détectent si le chef est bon. De la même manière, le chef doit, tout de suite, avoir une vision d’où il veut aller avec l’orchestre et comment y parvenir.”

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Panayotis Pascot, un jeune homme en route

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L'art du seul-en-scène

Les spectateurs qui ne connaissaient pas Panayotis Pascot, pourtant amuseur à la télévision depuis l’âge de dix-sept ans, auront vu arriver au pas affirmé sur la scène du Mail un jeune homme aimable et apparemment parfaitement à l’aise avec lui-même. T-shirt noir, pantalon beige avec des poches sur les cuisses, comme un machiniste qui serait venu ajuster un élément de scène, moustache en V à l’envers, cheveux assez longs pour bouger en diapason du corps : un homme à la virilité déjà accomplie mais « douce », c’est-à-dire ni butée ni agressive.

Il entre, salue, et commence à parler rapidement ; une bonne heure et des dizaines de milliers de mots plus tard, il quitte la scène.

De quoi parle-t-il ? De sa difficulté à se réaliser, à être un homme heureux, à trouver l’amour, même à séduire une femme. Comme il est humoriste faisant un seul-en-scène, il fait rire le public par son ton, ses mimiques, les mouvements acrobatiques de son corps ; mais il ne débite pas de blagues, il raconte son histoire. Il parle de l’impact paralysant de son père rigide, de ses efforts pour grandir (en choisissant de jouer l’accordéon ringard plutôt que la guitare).

Comment un homme peut-il s’épanouir alors que la convention – et son père, sorte de Commandant à la présence lourde – veulent qu’il ne cède pas aux sentiments ? Il imagine ce père s’exclamer « Je t’aime, mais je ne peux pas te dire que je t’aime, parce que ça c’est des sentiments, et les sentiments c’est pour les gens qui ont un vagin ! » Derrière les rires, son discours fait toucher aux profondeurs des incertitudes masculines.

Panayotis Parcot écrit bien, parle avec clarté et éloquence, sait jouer (il faut le voir imiter les filles réagissant à ses efforts pour les séduire : déroutées, au rire idiot, la main se sauvant dans les cheveux).

Le spectacle, écrit avant les confinements et puis bloqué, a eu sa Première quelques jours avant la venue à Soissons au début d’une longue tournée. Le titre, Panayotis Pascot, presque, reflète ses hésitations. Et ses espoirs. Il est encore en route.

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Associatif

Le Café-psychanalyse reprend la parole

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L'art de la psychanalyse sociale

Lancé à Soissons en 2018, le Café-psychanalyse a subi le même long silence que d’autres activités depuis mars 2020, d’autant plus lourd que la matière même de la psychanalyse est la parole.

Il reprend voix au Petit Bouffon, avec l’espoir de maintenir un rythme bimestriel. Son objectif reste le même : mettre au service de la société les méthodes et le vocabulaire de la psychanalyse, cette science méconnue, objet de nombreux préjugés et malentendus.

Le premier sujet est Corps, parole et normes, vu par rapport aux modifications actuelles des liens sociaux, et à ce que la psychanalyse peut en dire. Pourquoi un café psychanalyse?  Il ne s’agit pas d’assister à un cours, mais de trouver des outils pour mieux comprendre ce qui se passe au fond de chacun, et dans les liens avec les autres.

La psychanalyste Catherine Stef

Pour la psychanalyste laonnoise Catherine Stef, une des organisatrices du Café,« la parole est mise à mal ». La précipitation de la vie, le raccourcissement du temps donné pour comprendre la parole conduisent à des solutions « prêt-à-porter » qui nient l’inconscient. L’examen minutieux de ce qui est dit, pour démêler son sens intime, est remplacé par des thérapies courtes qui expédient les symptômes du malaise sans s’occuper de ce qui est tapi au fond d’une personne et qui l’empêche de vivre pleinement. La science, comme le capitalisme, refuse de reconnaître l’impossible et l’impossible à dire, d’admettre qu’il y a des limites à respecter.

Cette première réunion se tient en introduction aux Journées annuelles de l’Ecole de la Cause Freudienne fondée par Jacques Lacan, sous le titre « Norme mâle ». Mais le thème est élargi au Café-psychanalyse pour permettre de parler de ce que la psychanalyse permet dans notre époque troublée”.

Lacan a souvent parlé de « l’impossible à dire », cette part de vérité qui reste inaccessible, barré par le trauma de chacun dans sa rencontre avec la réalité. C’est en reconnaissant cette impossibilité que la psychanalyse peut servir à l’individu comme à la société.

Lacan cite un poème d’Antoine Tudal dans l’allocution qu’il a prononcée à l’hôpital Sainte-Anne en 1971 :

Entre l’homme et la femme, il y a l’amour
Entre l’homme et l’amour, il y a un monde
Entre l’homme et le monde, il y a un mur

Le titre qu’il a donné à son allocution ? Je parle aux murs.


Café-psychanalyse, Petit Bouffon le 28 sept. 20h30. Masque et passe sanitaire obligatoires.

 

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Le Vase des Arts

La communauté de Bach et Chopin

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L'art du lyrisme

Réunir Bach et Chopin au même programme pouvait sembler aussi bizarre que d’associer la polyphonie médiévale et Queen. Andrew von Oeyen allait jouer les Suites françaises et l’Ouverture française de l’un, suivies des quatre Ballades du second, pour un concert à la Cité de la Musique et de la Danse de Soissons.

L’histoire du concert commence il y a un an, en septembre 2020, quand ce pianiste américain est venu à Soissons pour enregistrer son nouvel album dans l’auditorium de la CMD de la Danse à Soissons. Sa maison d’édition Warner l’avait recommandée, ayant appris d’un autre de ses artistes, Renaud Capuçon, la qualité acoustique pointue de la grande salle, œuvre de l’architecte Henri Gaudin (*).

Il y a enregistré l’Ouverture française, deux transcriptions de Bach par Wilhelm Kempff, et deux sonates de Beethoven. L’album, sorti en juin 2021, s’intitule Bach & Beethoven. Andrew von Oeyen explique ses choix. « Quand la pandémie du Covid a frappé, c’est Bach qui m’a le plus attiré. Je crois que Bach représente, peut-être plus que tout autre compositeur, un sens si clair de l’ordre dans un monde de chaos. A vivre dans une époque si difficile pour les artistes, j’ai trouvé que le langage de Bach était à la fois opportun et intemporel. Cela m’a donné de l’espoir. » Dans cette crise mondiale, Bach l’a aidé à se « remettre à zéro ». Beethoven lui a paru une autre source de réconfort. « En 2020 j’avais beaucoup de Beethoven dans mes doigts, pour des concerts qui n’allaient pas avoir lieu. » Il l’apprécie « pour sa nature directe, pragmatique, sa gravité ».

Ce même programme était proposé pour son concert à Soissons. Mais Benoît Wiart, directeur de la CMD, a suggéré d’associer plutôt Bach et Chopin. Andrew von Oeyen est donc revenu un an après l’enregistrement jouer une partie du contenu de l’album, l’Ouverture française, mais avec l’intégrale des Ballades de Chopin. Le résultat : un concert révélatoire, en faisant entendre ce que les deux compositeurs ont en commun.

Les Suites consistent en une série de danses, rythmées, sautillantes ou solennelles, et dont les mélodies émergent d’une architecture méticuleuse musicale. Le pianiste en a donné une lecture précise et clarifiante, en terminant par une Gigue majestueuse qui a dû faire bondir le cœur de tout Irlandais dans la salle.

Les Suites ont été suivies de l’Ouverture française, autre séquence de danses, mais dont les mélodies se détachent parfois, comme pour gagner leur autonomie, échapper à la structure qui les sous-tend. On ne pouvait que penser à l’autre compositeur de la soirée.

Chopin a suivi Bach. Les Ballades possèdent leur structure, mais elle est subordonnée aux sensations qui s’expriment. Une mélodie délicate, romantique, peut à tout moment exploser, et l’ambiance changer de l’onirique à la passion fervente.

Andrew von Oeyen reçoit les applaudissements de la salle.

Comment comparer les deux approches, la rigoureuse et la déchaînée ? Bach travaille à l’intérieur d’une structure définie, Chopin est prêt à la renverser, l’abandonner et y revenir comme bon lui semble.

Ni l’un ni l’autre n’édicte une réaction, n’insiste sur une émotion. Des commentateurs tendent à étiqueter ce qu’ils distinguent dans la musique, la mélancolie, la souffrance, la nostalgie, ou la joie, la béatitude, l’extase. Un auditeur peut simplement céder au lyrisme qui illumine la musique de Bach comme de Chopin.

Rappelé par le public, Andrew von Oeyen s’est rassis, a dit son bonheur d’être à Soissons, ou plutôt d’y être revenu jouer sur le même Steinway que pour l’enregistrement. En bis il a joué une transcription du Largo du Concerto No. 5 de Bach, qui se trouve aussi dans son album.

Le récital partagé entre Bach et Chopin avait préparé le terrain. En écoutant, les auditeurs étaient à même de se laisser, chacun, trouver dans leurs notes le reflet de son propre lyrisme intérieur.


(*) Le nombre d’enregistrements faits à la CMD a même mené la Direction à installer une vitrine d’exposition et de vente des albums concernés.

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