Connectez-vous avec le Vase

Danse

Ballets Jazz de Montréal : des corps en paroxysme

Publié

le

L'art du ballet jazz

A travers trois ballets aux propos bien différents, les Ballets Jazz de Montréal auront surtout laissé une image transcendante de corps furieusement animés, s’élançant, virevoltant, sautant, se tordant, se pliant, tombant, se relevant, s’enlaçant, s’agrippant, se lâchant, s’éloignant, cassant la ligne, se redressant, à une vitesse qui fait se demander quand ils peuvent reprendre souffle. Des corps en paroxysme individuel ou synchronisé – mais qui ne mettent jamais en danger l’équilibre, ni la maîtrise des gestes, et qui de perdent jamais leur beauté et leur grâce. Ce sont des danseurs classiques mais, au lieu de cacher toute tension et sembler flotter sur la scène, ils laissent apparaître l’effort intense qui leur est demandé.

Au début du premier ballet, « Mono Lisa », un pas de deux pour les danseurs principaux de la compagnie, Céline Cassone, aux cheveux couleur flamme, et Alexander Hille, celui-ci fait un bref solo qui résume les mouvements stylisés du ballet Romantique. Cela fait rire un groupe de lycéens venus de La Ferté-Milon, pourtant vite conquis par la suite, dense et acrobatique, une démonstration vertigineuse de la puissance de chaque danseur. Le ballet dure huit minutes, mais Camille Cassone a dit devoir « accepter que ce ne sera jamais parfait », à cause de ses exigences corporelles.

“Harry” de Barack Marshall

« Kosmos », ballet d’ensemble, entend exprimer la frénésie quotidienne de la vie urbaine. Le sujet correspond pleinement aux capacités physiques des danseurs, qui créent un tourbillon sur scène. On pourrait imaginer qu’au lieu de danser ils sont « dansés », tellement les corps semblent suivre les mouvements au lieu de les exécuter.

Enfin « Harry », sur une bande sonore séduisante qui va de la musique israélienne à Puccini, illustre l’affrontement colérique ou rieur entre les hommes et les femmes, autour de Harry, dansé par Pier-Loup Lacour, et dont le fâcheux destin est de décéder plusieurs fois sur scène, puis d’émerger intact du drap étendu discrètement sur son cadavre. Le chorégraphe Barak Marshall utilise les corps si pleinement que même les doigts écartés sont constamment en mouvement. Derrière les taquineries et les batailles, ils et elles assument les compromis, arrangements et tendresses qui permettront de vivre ensemble.

L’ouragan corporel terminé, les danseurs, la main dans la main à travers la scène, reçoivent les applaudissements de la salle du Mail, puis applaudissent à leur tour. Les corps seront enfin au repos.

denis.mahaffey@levase.fr

Continuer la lecture

Danse

Les jeux de l’amour et de la danse

Publié

le

L'art de la danse

Les collégiens du "classe Théâtre"

Une dizaine de serveurs et serveuses de restaurant, en chemise blanche et pantalon ou jupe et grand tablier noirs, attendent le public dans la petite salle du Mail. Sur un signe du maître d’hôtel, ils placent prestement deux rangées de chaises pour former les trois-quarts d’un cercle, et les spectateurs/clients sont invités à prendre place. Le cercle est fermé par un canapé rose criard posé devant le comptoir de l’établissement.

L’Homme au sourire, la Femme, l’Autre femme, et le canapé

Diriger le personnel et s’occuper des invités est le rôle du maître d’hôtel, à la fois directeur imperturbable et roi bouffon, tentant de garder l’équilibre face à la menace constante, souterraine ou déclarée, du désordre. Il veille aux actions des autres, mais se trouve parfois lui-même impliqué dans l’action. Hors scène il est directeur artistique et chorégraphe de la compagnie Appel d’Air de Laon, Benoît Bar ; c’est donc lui qui porte la responsabilité du règlement – et dérèglement – de tout ce qui se passe sur la piste de danse de Service compris ! Canapé(s) chapitre 2 (*).

Le sous-titre du spectacle fait référence à un Canapé(s) précédent, de 2013, avec la même disposition scénique, mais sur le plateau de la grande salle du Mail en haut. C’était déjà un exemple de l’éclatement d’une structure bien réglée.

Le personnel de service, silencieux et efficace, est composé d’élèves de Troisième de la Classe à Horaires Aménagés Théâtre du collège Saint-Just, la« classe Théâtre ». Ils ont fait une semaine de stage pour les préparer à leur rôle, effacés, disciplinés… jusqu’à l’effondrement.

Un couple, l’Homme (Louis Combeaud) et la Femme (Lucile Cartreau), entrent en scène et dansent. Le style est musclé, ancré au sol, acrobatique… et drôle. Ce sont deux amoureux, surtout la Femme – le grand sourire fixe de l’Homme laisse penser, d’abord qu’il est content, ensuite que c’est un charmeur, le regard toujours en éveil.

Une Autre femme émerge parmi les spectateurs, désireuse de se joindre à la danse. La Femme n’est pas d’accord. L’intruse initie des échanges et interactions complexes et compliqués, et la simple histoire d’amour du couple se fissure. Le désir devient un facteur non pas d’harmonie mais de discordance.

Le trio s’engage dans un « œuvres complètes » de la séduction, de la fidélité et de ses écarts, de la jalousie, de la provocation, de l’exclusion, de l’insistance, de l’abandon. La Femme et l’Autre tentent aussi un rapprochement ; l’Homme, objet de désir, sourit et sourit et fait ce qu’il peut.

L’Autre s’accroche comme un sac à dos au maître d’hôtel.

Le dérèglement d’une relation amoureuse entraîne un dérèglement général autour d’elle. Même le maître d’hôtel perd son quant à soi, quand l’Autre, rejetée par l’Homme, lui saute dans les bras. Il la tient comme un sac à dos mal venu, et danse.

Le point culminant arrive après un jeu où la Femme se laisse tomber en arrière et est rattrapée par l’Homme. L’Autre s’y joint, obligeant l’Homme à courir de l’une à l’autre ; peu à peu l’effondrement gagne tout le monde, et les serveurs tombent comme des évanouis, jusqu’à encombrer l’espace du cercle.

Service compris ! se charge d’illustrer par la danse, avec un entrain jubilatoire, que l’attraction entre les gens peut provoquer un tremblement de terre.


(*) Pourquoi le « (s) » après « Canapé » ? Pour rappeler le double sens du mot : il y a un canapé, il y a aussi les canapés servis assidument aux spectateurs pour accompagner les flûtes qu’ils tiennent. « J’espère que vous avez faim » avait prévenu la responsable de la classe Théâtre.

Continuer la lecture

Danse

Phénix : l’amour du sol

Publié

le

L'art du hip-hop

Phénix est le troisième ballet de Mourad Merzouki à venir au théâtre du Mail. Il y poursuit son exploration du hip-hop, danse de rue qu’il déploie dans des spectacles conçus pour le théâtre. Ils sont innovants, font intervenir différents arts scéniques, et utilisent ses danseurs moins pour impressionner par leurs exploits acrobatiques que pour commenter la condition humaine.

Dans son précédent spectacle, Boxe boxe Brasil, les danseurs étaient boxeurs, munis de gants de boxe, casques et coquilles de protection. Le langage de la boxe permettait aux hommes d’exprimer leur énergie sans en faire une joute barbare.

Phénix prend un ton plus réfléchi, et la danse est plus abstraite, sans renoncer aux époustouflements physiques. Quatre danseurs accompagnent et sont accompagnés par une musicienne à la viole de gambe, assise sur une sorte de trône austère en bois monté sur roulettes que les danseurs déplacent de temps en temps. Elle joue de la musique baroque, à laquelle s’ajoute une bande sonore électronique.

Faudrait-il chercher le sens du titre Phénix, un reflet du symbole dans ce ballet/récital ? S’agirait-il d’une évocation du renouvellement qui relance la créativité, la capacité de réinvention. Il fait renaître du passé une musique d’époque en la plaçant dans un contexte contemporain qui pourrait sembler incompatible, mais qui s’y marie sur scène avec un naturel… époustouflant.

Le ballet classique vise l’aérien, pour échapper au sol, à la terre. Les danseurs de ballet s’entraînent pour dissimuler l’effort requis pour évoluer sur scène. Une danseuse classique pose, reliée au sol par la pointe d’un pied ; un danseur saute, jambes écartées et paraît un instant suspendre son vol avant de redescendre sur terre.

Le classique aime l’air ; le hip-hop est amoureux du sol. Ses danseurs en font leur référence ultime, y évoluent, s’y frottent, y tournent. Leurs mouvements les plus spectaculaires commencent au sol, ne le quittent que pour revenir.

Le ballet vise la beauté presque désincarnée, par ses costumes, ses couleurs, sa scénographie, son jeu. Phénix insiste sur l’ordinaire scénique, la demi-obscurité, sans costumes extravagants. La beauté est à chercher dans l’humanité émouvante des quatre danseurs et de la musicienne, qui ne se cachent pas dans un « rôle », mais dansent et jouent tels qu’ils sont, intensifiés par le cadre théâtral, comme sous une loupe.

Devant un public attentif jusqu’à la fin, puis éclatant en applaudissements longs et enthousiastes, au point de faire échanger des sourires entre les artistes, le phénix était ressorti du feu.

Continuer la lecture

Danse

Saison culturelle 2022-2023 : En avant la musique !

Publié

le

L'art de la culture

La classe de Danse contemporaine du Conservatoire a ouvert la présentation de la saison culturelle dans la salle du Mail.

Théâtre, cirque, humour, danse, musique : des plats pour tous les goûts attendent sur la table chargée de la prochaine saison culturelle. Certes les mélomanes se sentiront les plus gâtés : de concerts symphoniques au reggae, de musique de chambre et récitals au soul-gospel et pop.

D’abord des chiffres, suivis de commentaires sur certains spectacles, surtout ceux qui ont un lien, par les artistes qui y jouent, ou par les échos qu’ils réveillent, avec les salles du Mail et de la Cité de la Musique :

* 3 spectacles de cirque

* 4 de danse

* 2 humoristes

* 7 pièces de théâtre

* 11 concerts symphoniques

* 11 récitals

* 8 chanteurs

* 5 groupes.

A travers bois du cirque Isis

La compagnie Isis présente le spectacle de cirque A travers bois. Ceux qui ont pu voir les préparatifs pendant sa résidence au Mail, une des nombreuses offertes par le Mail pendant la fermeture du théâtre, savent que le spectacle, qui utilise des colonnes, des blocs et autres objets en bois, se termine par l’apparition sur scène d’une énorme déchiqueteuse, nourrie de branchages et qui extrude des copeaux de bois comme des traînées de comètes.

Le chorégraphe réjouissant Benoît Bar revient à Soissons avec Service compris, une suite à Canapé(s). A nouveau, le public encerclera les danseurs sur scène. Des canapés leur seront-ils à nouveau servis ?

François-Xavier Demaisons, financier séduit par une carrière d’humoriste, revient au Mail avec Di(x)vin(s), pour entretenir son public du vin à boire dans la vie… et de la vie à vivre en le buvant.

Il est suivi par Naïm, ingénieur recyclé en humoriste – décidément, le comique débauche les cadres.

Dominique Blanc n’a jamais été au Mail, mais cette année elle va déchirer le cœur des spectateurs en jouant La Douleur de Marguerite Duras, dans une reprise de la mise en scène de Patrice Chéreau, et qui raconte son attente du retour de son mari de la Guerre.

Agnès Renaud, ancienne metteure en scène de l’Arcade pendant sa première résidence au Mail, et qui a fondé sa propre troupe, L’Esprit de la Forge, présente J’ai si peu parlé ma propre langue. Sur la fictive Radio Amicale du Soleil, hommage est rendu a Carmen, qui était la mère d’Agnès dans la vraie vie.

Après le succès de son spectacle déroutant en 2021 dans la petite salle du Mail, Ce que je reproche le plus résolument à l’architecture française, c’est son manque de tendresse, revient avec Et c’est un sentiment qu’l faut déjà que nous combattions, je crois, au titre légèrement plus court cette fois, mais avec un subjonctif.

Fidèles à la CMD, dont ils apprécient tant l’acoustique, des orchestres sont attendus : Orchestre Les Siècles, Orchestre de Picardie, Orchestre National de Lille, Concert de la Loge, Orchestre Français des Jeunes, Orchestre du Conservatoire de Paris, Ensemble Orchestral de la Cité, Orchestre Philharmonique de Radio France et, point d’orgue traditionnel de la saison symphonique, la Jeune Symphonie de l’Aisne en juillet 2023. Une mention spéciale pour Le poème harmonique sous la direction de Vincent Demestre, star de la musique Baroque, avec un programme centré sur Molière (400 ans en 2022).

Il y a autant de récitals que de concerts. Renaud Capuçon et Jean-Philippe Collard, familiers du public soissonnais, reviennent chacun, celui-ci au piano, celui-là au violon. Le récital traditionnel partagé entre Soissons et Laon, Scènes partagées, recevra en soliste la pianiste Catherine Cournot.

Les deux sœurs violonistes du Duo Nemtanu, empêchées par le Covid pendant la saison 2021-2, joueront Mozart, Prokofiev, Bartók et Kaufmann.

La chanson française aura sa place, avec deux chanteurs déjà venus au Mail. En 2006 Maxime Le Forestier a chanté Brassens ; il revient chanter… Brassens. Renan Luce sera en compagnie du pianiste Christophe Cavero avec « une furieuse envie de partage et de liberté ! »

Parmi les cinq groupes attendus, Le Gros Tube assumera la tâche traditionnelle de poursuivre sa soirée de brass-band survoltée par un après-spectacle à l’EJC voisin. Les « original Reggae Addicts » de Guive and the ORA les y suivront.

Plusieurs événements sont hors catégorie : Marianne James confie son savoir-faire sur la voix avec sa générosité éclatante ; Le Naufragé, histoire sombre, suicidaire même, racontée par Didier Sandre sur les Variations Goldberg jouées par Kit Armstrong ; Incandescences, où 9 jeunes non-professionnels montrent que l’ordinaire est extraordinaire. Quand les poules joueront du banjo avait été reporté de 2021, le Covid les ayant empêchés de gratter leurs instruments. Elles y seront cette fois.

Tant de musique dans la saison ? Cela peut tenter les réticents à y mettre les pieds, puis le cœur.

Tout est expliqué dans le programme carré, conçu pour être glissé dans la poche. Disponible au Mail et à la CMD.

[Une partie de cet article paraît dans le Vase Communicant n°337.]

Continuer la lecture
P U B L I C I T É

Inscription newsletter

Catégories

Facebook

Top du Vase

LE VASE sur votre mobile ?

Installer
×