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VO 2015 prend fin

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L'art du festival

VOCette chronique a couvert le festival de théâtre VO en Soissonnais 2015 au moyen d’un compte-rendu en continu, mis à jour en direct. Les réactions, contre-réactions, débats, corrections et suggestions sont les bienvenus, au moyen de la case de réponse en bas de page. Le bouton “J’aime” est disponible pour les bien disposés.

La couverture s’est poursuivie au delà de la fin du festival, tant la moisson a été riche. Ceux qui ont été interpellés par “VO 2015” trouveront ici la couverture de tous les spectacles.

denis.mahaffey@levase.fr

04/06/15  Une relation pour finir

Wilmer Marquez (devant) avec Edward Aleman.

Wilmer Marquez (devant) avec Edward Aleman.

« Quien soy ? », au Mail   

« VO » finit souvent par des acrobaties. Après tant d’efforts, de la part des artistes pour jouer, des spectateurs pour les accueillir, des bénévoles pour tenir les rênes de cette monture fougueuse qu’est « VO », un cirque détend tout le monde, dans une ambiance de fin d’année scolaire, comme avec « Slips inside » en 2011 et son humour potache autour des sousvêts d’homme.

Cette fois, cependant, l’intensité ne s’est pas relâchée. Le long de « Quien soy ? », et derrière les exploits physiques des deux artistes colombiens, Wilmer Marquez et Edward Aleman, ce qui donnait de la profondeur à leur spectacle était la relation entre celui-là, le porteur, et celui-ci, le porté.

L’impétueux jeune dont la longue natte se balançait à chaque mouvement se jetait dans tous les défis physiques, et son aîné, aussi fougueux mais plus mesuré, le retenait d’un geste. Le titre veut dire « Qui suis-je ? », et le spectacle illustre la relation de prévenance qui aide un jeune à trouver et affirmer son identité, en explorant les situations tout en reconnaissant l’ancienneté d’un autre.

Plus vite que l’œil de l'appareil photo.

Plus vite que l’œil de l’appareil photo…

Un grand cube* occupe tout le centre de la scène du Mail. Les artistes enlèvent ses éléments, de petits cubes, des pièces biscornues, des structures en forme de tables, et leur spectacle consiste à se mesurer au poids, à la hauteur de ces éléments, en les poussant, en montant dessus, en sautant, en les rassemblant continuellement. Sous l’éclairage nuancé, hommes et éléments forment des images changeantes avec un sens sûr de l’esthétique.

Pour terminer, ils remettent les composants en place, et finissent debout devant ce cube qui s’était un temps ouvert.

« VO » 2015, grand cru par l’intensité de ses spectacles et les prouesses de ses artistes, a donc fini dans l’intimité, avec cet exemple de la relation de confiance qui permet à une personne de se construire sous le regard d’une autre.

* Réminiscence de « Boïtes » pour les tous petits, où des cartons grands et petits s’emboîtaient.


05/06/15  De saison en saison, de vie en vie

“Le jardinier” de Mike Kenny, Espace culturel de Belleu

A « VO » cette année, « Le jardinier » a été le « billet chaud » (« hot ticket » disent les Américains d’un spectacle à voir absolument), la pièce dont on parlait avant le festival. Ecrite par Mike Kenny, jouée par Brice Coupey et mise en scène par Agnès Renaud, elle met en parallèle les saisons dans un jardin et la vie de ceux qui y grandissent à côté de ceux qui y vieillissent.

Harry s'abrite de la pluie, les bottes de Joe à la main.

Harry (Brice Coupey) s’abrite de la pluie.

Le vieux Joe se souvient de son enfance, lorsqu’il côtoyait son grand-oncle Harry, jardinier comme lui. L’histoire se déroule de saison en saison, alors que le petit Joe apprend à jardiner, et à mûrir, sous le regard bougon mais prévenant de Harry. La transmission des savoirs, faire, vivre et être, se fait d’une vie à une autre.

Il y a souvent un moment de flottement bienveillant dans le public au début d’un spectacle : va-t-il rester sage et prévisible, ou arrivera-t-il à déclencher la joie d’être au théâtre ? Ici, la joie n’attend guère : quand le garçonnet Joe arrive dans le jardin, il est représenté par une paire de bottes de caoutchouc rouge. L’acteur fait fonction de marionnettiste. Soudain, l’enfant est là. Il parle en sautillant, hésitant, donnant des coups de pied par terre, se balançant. Le théâtre des objets éveille non seulement l’imagination mais l’émotion du spectateur.

Agnès Renaud, metteur en scène, avec la petite sœur de Joe. fait la mise en scène.

Agnès Renaud avec la petite sœur de Joe.

Au début Joe, furieux de l’arrivée d’une petite sœur, enterre sa poupée dans le jardin. A la fin, alors qu’oncle Harry part à la maison de retraite, Joe déterre la poupée et la rend à sa sœur, que représentent à son tour les bottes rouges. D’enfant il devient homme. La jeunesse suit son chemin vers la vieillesse.

La pièce est parfois jouée par deux acteurs, mais ici Brice Coupey est seul. Avec une belle économie, un changement de voix, de position de tête, il fait vivre Joe et Harry. Encore une performance d’acteur, dans un festival qui en a été riche.

La scénographie est une structure tournante avec des tiroirs, des logements, permettant toutes sortes d’astuces réjouissantes pour la mise en scène.

Agnès Renaud a laissé de bons souvenirs à Soissons du temps de la résidence de la compagnie de l’Arcade. Elle vient de créer une nouvelle compagnie, l’Esprit de la forge. Son grand-père était forgeron, son père lui montrait sa forge, avec tous les outils. « Après avoir mis en scène des textes sur les femmes du temps de l’Arcade, j’ai envie de travailler sur la transmission entre les hommes, leur façon de communiquer. » Comme entre Harry et Joe.


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Dorsaf Hamdani sur la scène de la CMD.

3/06/15 Une soirée de glamour classique

Dorsaf Hamdani, récital à la Cité de la musique et de la danse

“VO” a fait venir des chanteurs par le passé, tels Michèle Bernard ou Eloïse Brunet et Agnès Duvivier en 2007. Mais celle-là était à Saint Léger, à l’acoustique abominable, celles-ci au petit Petit Bouffon ; et il y avait quelque chose de décalé dans leurs spectacles, les chansons à texte de l’une, l’humour incisif des autres. Cette année, dans le nouveau cadre élégant de la CMD, le festival s’est offert – et a offert – une soirée de glamour classique, avec la voix somptueuse et chaude de Dorsaf Hamdani, accompagnée de ses quatre musiciens, dont le violoniste Zied Zouari qui déployait des trésors d’inventivité.

Dorsaf Hamdani a eu la bonne idée d’alterner des chansons de Barbara et de l’autant célèbre chanteuse libanaise Fairouz. Ainsi, les Occidentaux dans la salle passaient des rythmes et harmonies familiers de la variété française aux tout différents sons de la musique arabe, ses langueurs, sa vitalité, ses autres accords. Quelques parents ou amis de Dorsaf Hamdani, qu’elle a accueillis personnellement, sont sans doute aussi passés du familier à l’inhabituel, mais dans l’autre sens.

“Je ne sais pas bien traduire les chansons arabes” a dit Dorsaf Hamdani en riant, “mais elles traitent surtout de l’amour.” Nous aurions pu nous en douter à l’entendre chanter.

A côté des prodigieux numéros d’acteur qui ont marqué cette édition de “VO”, il y avait quelque chose de rassérénant à l’entendre, à la regarder, sa beauté exotique, sa sérénité, sa main qui écartait ses longs cheveux. Je vous disais, une soirée de glamour classique.


02/06/15  Le GIGN recrute à “VO”

“GIGN”, spectacle de rue, Maison des syndicats.

Mais alors vraiment ? Un commando toulousain du GIGN viendrait au festival dans le cadre d’une campagne nationale de recrutement ? La démonstration d’une mission d’entraînement aurait lieu devant la Maison des syndicats : descente palpitante en rappel à partir des fenêtres, escalades, exercices de coordination, simulation d’attentat, sauvetage en hauteur d’une peluche représentant une victime…

Les héros se chamaillent pour savoir qui se jettera le premier dans le vide.

Les héros se chamaillent pour savoir qui se jettera le premier dans le vide.

Un passant qui a pu s’arrêter pour regarder aura vite vu que quelque chose clochait. Après de longues hésitations et discussions au bord des fenêtres, les quatre équipiers ont commencé à descendre, mais avec une maladresse prodigieuse. Le chef d’escadron, en glissant le long de sa corde vers la rue, a même fait un mouvement malencontreux et s’est trouvé la tête en bas. Si c’était tout ! Sa ceinture s’est accrochée en route, et voilà qu’il est arrivé peu glorieusement, le pantalon autour des chevilles.

Même le plus innocent des passants a compris que ce qui caractérisait ces héros de l’antiterrorisme – déjà caché dans le sigle* – était leur nullité.

Position anti-attentat.

Position anti-attentat.

Nous étions en pleine bouffonnerie : autoritarisme mesquin, coups de colère, coups tout courts, chutes, confusion, interpellation des spectateurs. Un des agents a même versé de chaudes larmes : mais voyons, c’était sa peluche qui était perchée sur la corniche, hors de portée.

La comédie burlesque était soutenue. L’approximation, les effets un peu appuyés font partie du genre. C’était un moment de répit au milieu de spectacles troublants, même déstabilisants.

Alors, si vous voulez rejoindre les rangs de ces héros qui ne prétendent pas être infaillibles – la faillibilité étant même leur fond de commence – posez votre candidature. Il suffit d’être majeur, d’avoir toutes ses dents, et d’être nul.

* Groupe d’Intervention Globalement Nul.


01/06/15  Le malheur s’acharne

“Darling”, salle Prestige

N’ayant pas assisté à “Darling”, j’ai demandé à quelqu’un qui avait vu le spectacle au festival d’Avignon, et le revoyait à “VO”, d’en faire le compte rendu.

     ” Avignon, juillet 2014. Le festival bat son plein, l’été est brûlant, le soleil fait crépiter les couleurs des affiches qui couvrent les murs par centaines. On quitte le trottoir chauffé à blanc pour pénétrer dans l’obscurité d’une salle, où une comédienne chanteuse et un comédien musicien, tous deux formidables, nous entraînent vers d’autres ténèbres, infiniment plus sombres.

Claudine van Beneden est Darling [photo Pierre Majek, photographe du festival].

Claudine van Beneden est Darling [photo Pierre Majek, photographe du festival].

Ils nous racontent l’histoire de Darling, écrite par Jean Teulé. Darling, conçue pendant que la vache était amenée au taureau, et qui semble dès cet instant vouée à attirer sur elle toutes les souffrances, toutes les humiliations du monde. Quand le malheur arrive, il s’acharne. Darling naît dans un coin perdu de Normandie, où l’alcoolisme, la violence, l’inculture, la malchance aussi, président aux destinées. Elle résiste, elle continue à rêver. Jusqu’à ce qu’elle épouse un salaud ordinaire, juste un peu plus bête, un peu plus violent, et surtout un peu plus pervers que d’autres : elle va traverser tous les cercles de l’enfer avant d’avoir, un jour, la force de laisser cette vie derrière elle. Et alors, c’est la machine judiciaire, aveugle et inhumaine, qui achèvera de la broyer.

“Darling” est du grand théâtre, si le théâtre est fait pour émouvoir, bousculer, emmener le spectateur où il n’avait pas prévu d’aller, le faire pleurer, le bouleverser, le faire rire, faire vibrer chez lui des cordes parfois ignorées de lui. On ressort lessivé dans le soleil avignonnais, sans le voir, une boule dans la gorge, avec l’impression de revenir de très loin, et avec le désir de faire connaître à d’autres ce que l’on vient de voir.

A Soissons, samedi, le soleil ne brillait pas. Mais les spectateurs du festival “VO” ne sont pas près d’oublier à quel point cette pièce les a chamboulés, secoués, submergés d’une émotion à la limite du supportable. Ils ont vécu un magnifique moment de théâtre.


01/06/15   Mademoiselle Hercule

“Nouveau héros” au Centre social de Presles.

Il y a deux sortes de mâle dominateur. Les matamores fanfaronnants qui se pavanent muscles à l’air, avec tête rasée et tatouages, sont gérables par les femmes. Il suffit de les regarder avec adoration pour éveiller leur côté chevalier servant. Plus dangereux sont les butés mutiques à l’ardeur étouffée, qui font payer aux femmes leur impuissance à vivre.

Bertrand Barré est Hercule.

Bertrand Barré est Hercule.

Dans ce conte, joué par Bertrand Barré avec l’aide de pièces de Playmobil et une valise pleine de poupées Barbie, Hercule appartient à la seconde catégorie. Né d’Alcmène et de… Jupiter qui a pris la forme de son mari Amphitryon, mais à Sevran, c’est donc un demi-dieu de banlieue. Il multiple les conquêtes faciles, puis se trouve soudain mari et père. Sa masculinité exacerbée ne supporte pas le quotidien de banlieue et il se retourne contre sa femme.

L’entourage de la femme battue se mobilise, et Hercule finit aux urgences. Soudain, la déesse Junon intervient. Une infirmière lui apporte des vêtements propres. “Mais ce sont des affaires de femme !” s’écrie-t-il, “Qu’est-ce j’en fais ?” “Vous les mettez, Mademoiselle.” Car il a subi un abrupt changement transsexuel.

Hercule doit s’habituer à son nouvel état, à être traité avec condescendance, voire mépris, à devoir écarter les mains qui lui tâtent les fesses… Vivre en femme va être une tâche héroïque.

Bertrand Barré semble puiser profondément en lui-même, pour trouver toute l’ambiguïté  de ce double rôle. Il réussit quelques exploits : le public, déjà silencieux, attend avec angoisse de voir si ce Hercule va frapper… la Barbie sur son bureau.

Voilà comment Hercule se débarrasse des femmes.

Voilà comment Hercule se débarrasse des femmes.

L’exploit de cet acteur est de maintenir du début à la fin une telle intensité, en lui et dans la salle.

Devenu femme, il est non pas efféminé mais féminin, en gardant son allure de jeune homme virile. Il faut le voir croiser soigneusement ses jambes, puis se tourner sur sa chaise pour que les mollets soient gracieusement parallèles.

Nicolas Kerszenbaum, auteur et metteur en scène de ce “Nouveau héros”, a expliqué les origines de la pièce. “Je faisais une enquête à Sevran. Les entretiens, faits dans les classes moyennes mais aussi dans d’autres couches sociales, consistait à poser une seule question. Aux femmes je demandais ‘Quelle différence cela aurait fait si vous étiez née homme’ ; aux hommes je demandais ‘Quelle différence cela aurait fait si vous étiez né femme ?’ Les femmes parlaient pendant vingt minutes sans s’arrêter ; les hommes se grattaient le tête et disaient ‘Hein ? Quoi ?’”


31/05/15   Pour le meilleur et pour le pire

“Trois ruptures” de Rémi de Vos, salle Prestige, Cuffies

Rémi de Vos a répondu aux questions après “Trois ruptures”. Son “Occident“, joué à “VO” 2014, montrait aussi un affrontement terrible dans un couple. Une obsession ? “J’ai écrit une vingtaine de pièces. Seules deux ou trois traitent du couple.”

Pierre-Alain Chapuis et Johanna Nizard : le  dernier dîner.

Pierre-Alain Chapuis et Johanna Nizard : le dernier dîner.

Dans celle-ci la dame est en robe Courrèges (ou ressemblante) ; le monsieur porte une moustache, deux petites limaces noires allongées sur la lèvre supérieure, du genre à enlever toute séduction à un homme. Après le premier tiers du spectacle, les limaces sont parties ailleurs : c’est-à-dire que le couple, joué pourtant par les mêmes acteurs dans les mêmes vêtements et le même décor, n’est pas le même.

Il y a trois histoires distinctes, mais qui partagent bien des repères (du ketchup est ajouté aux croquettes du chien pour lui faire avaler le poison, tout comme, plus tard, il doit appâter l’enfant dont on veut se débarrasser).

Le socle commun est la décision, uni- ou bilatérale, de se quitter, et le coup de fouet qu’elle donne à la morne vie conjugale. Une épouse offre un divin repas à son conjoint juste avant d’annoncer qu’elle part (il se venge en la ligotant et la forçant à avaler de la pâtée de chien). Une autre réagit à l’annonce que son mari a attrapé l’homosexualité comme on attraperait un papillon dans les mains en répétant, incrédule et moqueuse, “un pompier” – car l’amoureux est un soldat du feu. Le mari l’arrose d’essence, et gesticule en grattant des allumettes en chaîne. Le troisième couple prévoit de tuer leur enfant insupportable, le divorce étant une sorte de bonus. Chaque fois, la brutalité crée l’intimité qui leur faisait défaut. Le pire est bien plus stimulant que le meilleur ne l’a été. Le mariage est galvanisé au moment où ils y mettent fin.

Tout a lieu dans une pièce aseptisée (un spectateur y a vu l’univers de Jacques Tati) derrière trois panneaux vitrés, comme pour faire de nous les spectateurs des voyeurs, témoins de trois séparations atroces pour eux, comiques pour nous. Les comédiens, détachés et précis, gèrent à la perfection ce texte désincarné et cruel.


 

 

31/05/15 La fatuité : thème et variations

“Maître Fendard”, salle Prestige, Cuffies

L’avis le plus tranché sur ce spectacle a été donné dès la sortie par Jean-Marie Debia, ancien président d’Axothéa, fédération du théâtre amateur de l’Aisne : “Un des meilleurs spectacles que j’ai jamais vus à VO !”

Me Fendard émerge de la fumée (Fred Tousch).

Me Fendard enfume (Fred Tousch).

Fred Tousch est avocat et Laurent Mollat greffier dans cette pièce écrite et mise en scène par François Rollin. L’avocat, défenseur d’une famille accusée du vol d’un château de sable, dénonce le vrai coupable : la lune qui fait monter et descendre la mer. C’est tout.

Ce qui étoffe l’affaire est que l’avocat est d’une suffisance qui frise le trop-plein. L’heure ? Il regarde sa montre massive, en l’agitant pour que nous, qui ne pourrions jamais nous offrir une telle pièce, la prenions dans la figure.

Le greffier sert un verre (Laurent Mollat)

Le greffier sert un verre (Laurent Mollat).

Avec sa mâchoire à la John Cleese et son allure à la Jean-Pierre Marielle, il ne recule devant aucun geste, aucune expression, aucune œillade en coin pour démontrer sa maîtrise de toute situation. Il étale même son côté faux-cul, preuve qu’il est prêt à tout pour gagner.

Plaider avec des effets de manche poussés au paroxysme, jouer de la guitare en se roulant par terre comme un rocker, cracher l’eau que lui apporte le greffier (“J’ai dit que j’avais soif, pas que je voulais m’empoisonner !”), chanter, faire chanter la salle : nous sommes dans le théâtre de l’absurde, mais comique. Aucune limite n’est mise à la débauche d’absurdités, et l’effet sur le public est jouissif. Rarement on aura ri autant à Cuffies.

Plaidoirie à la guitare.

Plaidoirie à la guitare.

Fred Tousch dépasse le savoir-faire courant d’un acteur pour atteindre l’exploit théâtral. Les ténors du barreau hyper-médiatisés ? Il montrera qu’à côté de Me Fendard ce sont des nunuches, des minables, des mauviettes.

Mais il reste à tout moment maître du rythme, du ton de son corps et de sa voix. Du grand art, dirait-on.

Laurent Mollat, en greffier loyal, attentionné, fantasque et souvent perplexe, joue le parfait souffre-douleur, en se rattrapant sur les spectateurs.


31/05/15 Le photographe photographié

Dans une sorte de mise en abyme, le photographe de “VO”, Pierre Majek, est lui-même pris en photo pendant “GIGN”. Accroupi pour saisir les anti-terroristes loufoques, il est bien cadré contre la poubelle.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAQuand il ne photographie pas, Pierre, originaire du Corrèze, est cadre dans une forge à Crézancy près de Château Thierry. “J’ai appris le métier de forgeron dans une école à cet endroit, seule à offrir cette formation. Et je suis resté.”

Véronique Baudoux, photographe depuis 2013, n’était plus disponible. Marion Majek, nouvelle salariée à “VO”, a proposé à son père de se porter candidat pour la remplacer. Les dirigeants étant d’accord, Pierre a pris son matériel et s’est lancé dans sa mission bénévole : couvrir le festival sous tous ses angles. Il est à voir partout, l’œil fixé sur le viseur.

Comment est-il venu à la photo ? Il livre son secret. “Je faisais du scoutisme, et un prêtre m’a appris à manier deux outils, un marteau et un appareil photo.”

Ses images du festival sont affichées sur son site : pirphot.waccabac.com/


31/05/15 Une critique en binôme

“Boîtes” au centre social de Saint Crépin

Pour couvrir ce spectacle, destiné aux tout tout petits, je me suis adjoint les services de Felix, 23 mois. C’était sa première visite au théâtre.

Catchou Myncke et Cécile Henry, qui ont créé “Boîtes”, jouent depuis quinze ans dans les crèches. Ce spectacle familiarise les enfants avec la spatio-temporalité. Il traduit cette notion bien abstraite en un jeu avec des cubes en carton de toutes les tailles, qui attendent sur scène, nous le verrons, empilés comme des poupées russes. Les comédiennes les sortent, les déplacent, s’assoient dessus, les montrent aux spectateurs. Le ton est enjoué, les couleurs sont vives sous l’éclairage.

Catchou Mynke et Cécile Henry surprennent les spectateurs.

Catchou Mynke et Cécile Henry surprennent les spectateurs.

Elles se cachent, réapparaissent, se taquinent. Tout est délicat, prévenant. Comme des clowns, elles ne perdent pas un instant le contact visuel : si l’une regarde ailleurs, l’autre continue à regarder le public.

L’effet de surprise est constant. Chaque fois qu’une boule rouge apparaît, il y a une petite musique. Comme d’autres, Felix était un spectateur participatif. “Ballon !” disaient-ils en voyant la boule et en attendant la musique. Pour finir, les comédiennes ont érigé des tours, et ont invité les enfants à choisir celle qu’ils aimaient. Que certains n’aient pas réagi ne change rien : les comédiennes avaient passé l’initiative aux enfants.

Derrière son intention d’éveiller des idées dans la tête des enfants, “Boîtes” reste un spectacle qu’ils ont eu un plaisir évident à regarder. C’est un éveil au théâtre, ce lieu où la réalité est à une distance, petite ou grande, par rapport à la réalité du dehors.

Felix a aimé, réagissait encore le soir quand le sujet était abordé. J’essaie de transcrire en mots son avis sur l’affaire : “J’ai aimé la boule à musique. La dame m’a proposé de choisir une tour. J’étais surpris qu’elle me le demandât.”


30/05/15 Journal d’un fou : Un piège tendu

La construction d’un programme individuel pour les spectacles de “VO” est une opération délicate, tenant compte de spectacles à multiples séances, préférences et autres obligations, qui ne peuvent pas être toutes mises entre parenthèes (famille…). N’ayant pas pu revoir ce spectacle, je reproduis ce que j’ai écrit dans un journal lors de sa création en 2013. La pièce a pu évoluer le long des participations (souvent primées) dans d’autres festivals. Il constitue une exception à la règle qui veut que “VO” n’invite que des professionnels : en ville, Nicolas Pierson est enseignant.

“Les troupes amateurs tendent à choisir des pièces avec bon nombre de rôles, pour répartir l’appréhension de jouer en public, et parce que le théâtre amateur est autant une activité associative et sociable. C’était donc un défi pour la troupe du Grenier de monter “Le journal d’un fou” de Nicolaï Gogol. En une heure de monologue, un fonctionnaire russe passe de la petite aliénation du quotidien à la vaste folie furieuse.

Mais plus qu’une simple exposition des progrès de la démence, la pièce est un piège tendu au public, et sa réussite sur scène se mesure par sa capacité à l’y faire tomber.

Photo Pierre Majek, photographe du festival.

Nicolas Pierson est le fonctionnaire [Photo Pierre Majek, photographe du festival].

Le fonctionnaire que joue Nicolas Pierson, épaules rentrées, coudes collés aux côtes, se montre tout de suite lassant, par les assommants ennuis qu’il raconte. Sans changement de ton, il évoque deux chiens rencontrés dans la rue, qui non seulement s’apostrophent mais entretiennent une correspondance écrite. Les spectateurs commencent à sourire, puis à rire de ses hallucinations, dont une extravagante prétention à être le roi d’Espagne. Qu’il est ridicule !

Les “délégués” venus pour l’amener à son palais sont, on le comprend, des gardiens d’asile. Ce qu’il prend pour d’étranges rites d’intronisation sont en fait les brutalités usuelles d’un tel lieu. Il souffre, et soudain les rires s’avèrent être de faciles moqueries devant la détresse humaine.

Nicolas Pierson et son metteur en scène Madeleine Deleu réussissent ce travail subversif. Il agace, puis fait rire, puis fait s’arrêter les rires. Son dernier cri adressé à sa mère est un reproche pour ceux qui s’amusaient de ses aberrations.”
L’Union 06/02/13


30/05/15 Dans la tête d’une mathématicienne

L'interrogée manque d'assurance...

L’interrogée manque d’assurance…

“Le T de N-1” au Mail

Derrière la scénographie ingénieuse, aux objets hétéroclites qui bougent, tournent, avancent, telle l’enseigne qui passe pour nous rappeler dans la salle que nous jouons “le rôle des spectateurs”, ce spectacle tente de regarder l’espace dans la tête d’une mathématicienne (où elle aimerait pouvoir mettre ses pieds, pour voir ce qui s’y passerait). A la première des deux représentations devant un public largement scolaire, quelques spectateurs auraient, selon Balthazar Daninos, qui joue le rôle de régisseur sur scène, perturbé le spectacle. A la seconde, le public était attentif, un peu silencieux même devant la falaise de chiffres et symboles qui s’est effondrée sur la salle.

Clémence Gandillot (la vraie, dont le personnage joué par Cécile Coustillac porte le nom) a écrit “De l’origine des mathématiques” en bande dessinée, et la pièce prend la forme d’un entretien qu’elle accorde à ce sujet. Le journaliste (Mickaël Chouquet), d’une fatuité colossale, pose ses questions avec un aplomb condescendant qui ne cache point le fait qu’il n’y pige que dalle.

... saud qu'elle manie ses équations.

… sauf lorsqu’elle manie ses équations.

Clémence, malgré sa maîtrise des chiffres, manque singulièrement de confiance en elle : elle balbutie, hésite, essaie timidement de rectifier le tir de son bourreau.

L’assurance ressurgit dès qu’elle prend sa craie pour griffonner ses équations au tableau, en les commentant à grande vitesse. Compter les “choses”, notion obscure qui englobe aussi bien une tasse de thé que les mathématiques, consisterait donc à tout mettre en équation. L’opacité, déjà absolue au début, ne fait que s’accroître, allégée par de rares moments de clarté pour rassurer les hébétés dans la salle. La sexualité est mise lumineusement en équation : ovule + spermatozoïde = bébé. Encore plus éloquemment, Clémence dessine un rond avec tête, bras et jambes (femme enceinte), le signe “moins”, un triangle avec tête et membres (femme), le signe “égal”, et un tracé comme une tâche d’encre (bébé).

Au fond “Le T de N-1” fait comprendre aux forts en maths ce que c’est que d’être nuls en maths. Sauf que les vrais matheux auront sans doute tout compris.


OLYMPUS DIGITAL CAMERA29/05/15 Le sujet de la danse

“En quête”, spectacle d’ouverture à la CMD

Même après treize ans, l’ouverture de “VO” surprend encore, non seulement ceux qui s’attendraient à un gentil petit festival de province, avec des spectacles sympas où l’enthousiasme compte plus que le talent, mais les habitués. C’est chaque fois inattendu. Qui oublie Yanowsky et Parker en 2007, nous disant l’impatience avec laquelle la mort nous attend ?

Cette année, le spectacle d’ouverture s’est déroulé sans qu’un seul mot soit prononcé. De la danse donc, pour lancer un festival plutôt de théâtre. Trois danseurs hip-hop disent avec leur corps la vie de ceux dont les racines ont été arrachées, et qui tentent de les remettre en terre ailleurs, pour un temps ou à jamais.

Comme la danse classique, le hip-hop exige une grande agilité et une formation rigoureuse, comme pour les athlètes de haut niveau. Les mouvements du corps sont disséqués puis réassemblés.

La différence entre les deux formes repose dans le rapport au sol. Un danseur classique l’utilise pour prendre de la hauteur, donner la sensation aux spectateurs qu’il vole, flotte. Les danseurs hip-hop, au contraire, ne le quittent que pour y revenir. Les corps restent en contact, les mouvements sont horizontaux.

Les deux styles partagent la capacité de faire exulter ceux qui regardent, par la beauté et la complexité des mouvements, qui dissimulent l’effort qu’ils exigent.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAToufik Maadi, Souhail Marchiche et Mehdi Meghari éblouissent par la rapidité des mouvements, les équilibres périlleux qu’ils établissent… et tiennent. Une spectatrice a dit “Ca fait penser aux arts martiaux.” En effet, les gestes ont la précision et la force du karaté, mais sans l’agressivité.

“En quête”, basé sur des entretiens avec des immigrés, touristes, clandestins, ne rentre pas dans l’anecdotique. Le sens du déracinement émerge plutôt à travers les corps qui l’expriment. Merce Cunningham ne disait-il pas “Le sujet de la danse est la danse.”


De g.à dr. Franck Delattre et Alain Reuter (Conseil régional), Jean-Marie Carré (Agglo), Edith Errasti (Mairie), Jean-Pierre Pouget et François Hanse (adjoint Culture).

De g.à dr. Franck Delattre et Alain Reuter (Conseil régional), Jean-Marie Carré (Agglo), Edith Errasti (Mairie), Jean-Pierre Pouget, François Hanse (adjoint Culture).

28/05/15 Tous à bord ! Une inauguration festive

Pendant ses treize ans d’existence, le festival “VO en Soissonnais” a forgé ses traditions. L’inauguration, qui longtemps avait lieu au Marché aux poissons, aux associations maritimes, a migré vers la Halte fluviale. Le lien avec la haute mer y a survécu : après tout, l’Aisne qui coule à dix mètres rejoint la Seine, la Manche et, au-delà, les océans du monde.

Balthasar Daninos (à g.) , comédien, et Florian Meneret, régisseur, du spectacle "Le T de N-1".

Balthasar Daninos (à g.) , comédien, et Florian Meneret, régisseur du spectacle “Le T de N-1”.

Plus que cela, la cérémonie se prête à l’image d’un départ en mer. Les notables prennent place derrière le bastingage côté rivière et tour à tour adressent la foule assemblée autour. Jean-Pierre Pouget, président du festival et par là commandant du navire, évoque le voyage à entreprendre. L’orchestre se prépare à jouer pour accompagner le départ. Les derniers mots sont dits, les orateurs agitent leurs mouchoirs (là j’exagère), et décampent vers l’intérieur du bateau. L’orchestre joue.

Mais, au lieu de repartir les larmes aux yeux, ceux qui attendaient sur le quai prennent d’assaut les passerelles et rejoignent les premiers passagers. Les ancres sont levés, au bruit de tintement de verres de champagne (petits et droits, c’est encore une tradition “VO”), et le festival part vers le large de l’imagination théâtrale.

denis.mahaffey@levase.fr

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L'art de la culture

La classe de Danse contemporaine du Conservatoire a ouvert la présentation de la saison culturelle dans la salle du Mail.

Théâtre, cirque, humour, danse, musique : des plats pour tous les goûts attendent sur la table chargée de la prochaine saison culturelle. Certes les mélomanes se sentiront les plus gâtés : de concerts symphoniques au reggae, de musique de chambre et récitals au soul-gospel et pop.

D’abord des chiffres, suivis de commentaires sur certains spectacles, surtout ceux qui ont un lien, par les artistes qui y jouent, ou par les échos qu’ils réveillent, avec les salles du Mail et de la Cité de la Musique :

* 3 spectacles de cirque

* 4 de danse

* 2 humoristes

* 7 pièces de théâtre

* 11 concerts symphoniques

* 11 récitals

* 8 chanteurs

* 5 groupes.

A travers bois du cirque Isis

La compagnie Isis présente le spectacle de cirque A travers bois. Ceux qui ont pu voir les préparatifs pendant sa résidence au Mail, une des nombreuses offertes par le Mail pendant la fermeture du théâtre, savent que le spectacle, qui utilise des colonnes, des blocs et autres objets en bois, se termine par l’apparition sur scène d’une énorme déchiqueteuse, nourrie de branchages et qui extrude des copeaux de bois comme des traînées de comètes.

Le chorégraphe réjouissant Benoît Bar revient à Soissons avec Service compris, une suite à Canapé(s). A nouveau, le public encerclera les danseurs sur scène. Des canapés leur seront-ils à nouveau servis ?

François-Xavier Demaisons, financier séduit par une carrière d’humoriste, revient au Mail avec Di(x)vin(s), pour entretenir son public du vin à boire dans la vie… et de la vie à vivre en le buvant.

Il est suivi par Naïm, ingénieur recyclé en humoriste – décidément, le comique débauche les cadres.

Dominique Blanc n’a jamais été au Mail, mais cette année elle va déchirer le cœur des spectateurs en jouant La Douleur de Marguerite Duras, dans une reprise de la mise en scène de Patrice Chéreau, et qui raconte son attente du retour de son mari de la Guerre.

Agnès Renaud, ancienne metteure en scène de l’Arcade pendant sa première résidence au Mail, et qui a fondé sa propre troupe, L’Esprit de la Forge, présente J’ai si peu parlé ma propre langue. Sur la fictive Radio Amicale du Soleil, hommage est rendu a Carmen, qui était la mère d’Agnès dans la vraie vie.

Après le succès de son spectacle déroutant en 2021 dans la petite salle du Mail, Ce que je reproche le plus résolument à l’architecture française, c’est son manque de tendresse, revient avec Et c’est un sentiment qu’l faut déjà que nous combattions, je crois, au titre légèrement plus court cette fois, mais avec un subjonctif.

Fidèles à la CMD, dont ils apprécient tant l’acoustique, des orchestres sont attendus : Orchestre Les Siècles, Orchestre de Picardie, Orchestre National de Lille, Concert de la Loge, Orchestre Français des Jeunes, Orchestre du Conservatoire de Paris, Ensemble Orchestral de la Cité, Orchestre Philharmonique de Radio France et, point d’orgue traditionnel de la saison symphonique, la Jeune Symphonie de l’Aisne en juillet 2023. Une mention spéciale pour Le poème harmonique sous la direction de Vincent Demestre, star de la musique Baroque, avec un programme centré sur Molière (400 ans en 2022).

Il y a autant de récitals que de concerts. Renaud Capuçon et Jean-Philippe Collard, familiers du public soissonnais, reviennent chacun, celui-ci au piano, celui-là au violon. Le récital traditionnel partagé entre Soissons et Laon, Scènes partagées, recevra en soliste la pianiste Catherine Cournot.

Les deux sœurs violonistes du Duo Nemtanu, empêchées par le Covid pendant la saison 2021-2, joueront Mozart, Prokofiev, Bartók et Kaufmann.

La chanson française aura sa place, avec deux chanteurs déjà venus au Mail. En 2006 Maxime Le Forestier a chanté Brassens ; il revient chanter… Brassens. Renan Luce sera en compagnie du pianiste Christophe Cavero avec « une furieuse envie de partage et de liberté ! »

Parmi les cinq groupes attendus, Le Gros Tube assumera la tâche traditionnelle de poursuivre sa soirée de brass-band survoltée par un après-spectacle à l’EJC voisin. Les « original Reggae Addicts » de Guive and the ORA les y suivront.

Plusieurs événements sont hors catégorie : Marianne James confie son savoir-faire sur la voix avec sa générosité éclatante ; Le Naufragé, histoire sombre, suicidaire même, racontée par Didier Sandre sur les Variations Goldberg jouées par Kit Armstrong ; Incandescences, où 9 jeunes non-professionnels montrent que l’ordinaire est extraordinaire. Quand les poules joueront du banjo avait été reporté de 2021, le Covid les ayant empêchés de gratter leurs instruments. Elles y seront cette fois.

Tant de musique dans la saison ? Cela peut tenter les réticents à y mettre les pieds, puis le cœur.

Tout est expliqué dans le programme carré, conçu pour être glissé dans la poche. Disponible au Mail et à la CMD.

[Une partie de cet article paraît dans le Vase Communicant n°337.]

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Danse

Lac des Cygnes du Grand Ballet de Kyïv : comment juger

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L'art du courage

Aleksander Stoyanov et Ekaterina Kukhar sur ka scène du Mail

Pour la soirée de soutien à l’Ukraine au théâtre du Mail de Soissons, le Grand Ballet de Kyïv a présenté le Lac des Cygnes.

Siegfried trahit Odette avec Odile.

L’événement avait commencé par les discours de la Ville qui l’avait organisé et de la Croix Rouge qui utiliserait les recettes pour aider les Ukrainiens, et allait finir par une ovation debout de la salle, pleine jusqu’aux fauteuils les plus à l’écart et rarement occupés, par l’hymne national ukrainien chanté sur scène sous une écharpe bleue et jaune, et par les larmes de la danseuse étoile.

Au cœur de la soirée, donc, ce grand ballet classique. Fallait-il, dans les circonstances, s’abstenir de commenter les performances et les choix faits ? Ou leur spectacle mérite-t-il d’être examiné, tout en tenant compte des circonstances difficiles ?

La production est une édition de poche du « Lac » pour une vingtaine de danseurs, ce qui réduit le corps de ballet à une douzaine. La durée est raccourcie, entre autre en coupant une partie des divertissements au troisième acte. Les costumes sont simples et la scénographie est limitée à deux toiles de fond qui alternent. Le Grand Ballet, émanation du Ballet de l’Opéra de Kyïv, n’a pas les ressources énormes et apparemment illimitées du Royal Ballet de Londres ni de l’Opéra Garnier de Paris. Ces simplifications concentrent l’attention sur l’essentiel.

Deux changements structurels sont plus discutables, dont la décision de faire danser le double rôle d’Odette (reine des cygnes) et d’Odile (fille du sorcier Rothbart transformé en sosie) par deux danseuses différentes.

La danse espagnole de l’acte 3

Cela enlève à la danseuse étoile Ekaterina Kukhar la possibilité de faire ressortir le contraste entre la douceur triste de l’une et la vivacité clinquante de l’autre. C’est un défi que relèvent brillamment les grandes danseuses. Par ailleurs il fait du Prince, amoureux d’Odette mais qui propose le mariage à Odile, un amant non pas piégé par la ressemblance physique mais inconstant (même dans la version originale, admettons-le, il n’est pas très futé).

La danse des Petits Cygnes

L’autre changement est donner à l’histoire une fin heureuse, en passant outre l’infidélité du Prince : il lui suffit d’arracher une aile au sorcier pour que les amants s’étreignent et soient promis à un avenir heureux avec beaucoup de petits…

Evidemment, les danseurs du Grand Ballet d’Ukraine, en entrant en scène, en tenant chacun son rôle, alors que leurs proches se terraient sous les bombardements au pays, ont fait preuve d’une autre qualité indéniable, le courage. C’est aussi cela qui leur a valu les applaudissements et acclamations des Soissonnais.

Commentaires : denis.mahaffey@levase.fr

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Danse

Soutien pour l’Ukraine : le Grand Ballet de Kyïv à Soissons

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L'art du soutien

Le Ballet national de Kiev dans Casse-Noisette à Soissons en 2008

Lac des Cygnes, ce ballet adapté de vieux contes allemands et russes sur la musique de Tchaïkovski, sera présenté lundi prochain, le 21 mars à 20h30, au théâtre du Mail de Soissons. Une soirée de ballet par le Grand Ballet de Kyiv, avec les danseurs étoiles Aleksander Stoyanov et Ekaterina Khukar dans les rôles principaux ; aussi une soirée de soutien à l’Ukraine sous bombardement russe.

Le ballet raconte comment le Bien est vaincu par le Mal. Le Prince Siegfried aime Odette, la femme emprisonnée dans le corps d’un cygne blanc par un sorcier, mais en la trahissant avec la fille de ce magicien il détruit l’espoir de vaincre la malédiction et de vivre heureux avec une femme libre. Amour, courage, trahison, violence : le ballet aborde de grandes questions de la condition humaine. La fidélité, à une personne comme à des valeurs, est le chemin vers la liberté et le bonheur.

Entre le 3 janvier et le 3 mars la trentaine de danseurs du Grand Ballet de Kyïv avaient cumulé 48 représentations à travers la France. Après la dernière, la compagnie devait rentrer chez elle en Ukraine. Mais entretemps la Russie avait attaqué le pays. Il a été question de repartir en tournée en Pologne, mais le projet ne s’est pas réalisé. La décision a été prise de rester en France et, chaque fois que c’est possible, de soutenir l’effort de guerre comme ses membres le pouvaient, c’est-à-dire en dansant.

Alain Crémont, maire de Soissons, a voulu accueillir la troupe à Soissons. Son adjoint aux affaires culturelles François Hanse a retrouvé le représentant de la compagnie en France, en proposant d’ouvrir le théâtre du Mail aux danseurs Ukrainiens, d’assumer tous les frais et de verser la totalité de la recette à la Croix Rouge ukrainienne.

Le Grand Ballet de Kyïv présentera donc Lac des Cygnes pour aider l’Ukraine, un pays qui s’obstine à ne pas trahir, à rester fidèle à sa propre liberté..


Lac des Cygnes, lundi 21 mars à 20h30. Toutes les places à 28€.

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