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Exposition

Art : la part d’humanité

Denis MAHAFFEY

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L'art de l'humanité

Ce texte est une version remaniée et condensée d’une intervention faite le 10 juin 2016 à l’exposition des Artistes Axonais Associés à l’abbaye Saint-Léger. Une partie est adaptée d’un portrait de Paule Savard déjà publié dans le Vase des Arts.

 

Ce poème me paraît cerner le sujet de cette intervention.

Dessin de mammouth dans la grotte de Rouffignac.

Dessin de mammouth dans la grotte de Rouffignac

Rouffignac

Tiré, un trait pour la colonne dorsale,
Courbées, les défenses, assigné,
Un temps au mammouth.
Le peintre pose ses couleurs, tend la main,
La tend
Pour me toucher.

Mais d’abord : l’Américain Garrison Keillor, animateur de radio et auteur de livres d’humour, a fait un entretien à la BBC. Parlant de sa longue carrière et son succès international, il a dit « Vous savez, même en ce moment, alors que je vous parle si suavement, il y a une petite voix dans ma tête qui me dit « Mais pour qui te prends-tu ? » Eh bien, la même voix me pose la même question depuis que j’ai accepté l’invitation à parler de « l’art en général » en marge de cette exposition.

Pour qui, en effet, je me prendrais ? Je ne suis pas critique d’art, ni historien de l’art, ni théoricien de l’art. Et pourtant j’ai accepté la proposition.

A quel titre, alors ? Simplement – mais ce n’est pas si simple – parce que l’art dans toutes ses formes a éclairé, fécondé et remué ma façon d’être.

Je ne suis ni peintre, ni sculpteur, ni compositeur, ni chorégraphe – y a-t-il d’autres vocations artistiques que je ne pratique pas non plus ? Mais les mots ont toujours été mes amis, mes adversaires, mes maîtres, mes maîtresses, mon travail, mon passe-temps et mon grand amour. Mes références ici seront souvent littéraires – mais ne m’avait-on pas précisé « l’art en général » ?

J’ai commencé à écrire quand j’étais enfant parce que je voulais raconter des histoires. J’ai écrit « L’aventure des contrefacteurs de diamants ». J’ai écrit l’histoire inventée de mes ancêtres français (mon grand-père devait penser aux humbles Huguenots émigrés en Irlande, plutôt qu’aux aristocrates somptueux et déchus de mes lectures). Ces œuvres sont inédites, et méritaient largement de le rester. Mais elles illustrent un désir, que je entraperçois chez tout artiste, de raconter une histoire, en utilisant le medium artistique qui lui convient.

En peignant, modelant, écrivant, composant ou chorégraphiant, un artiste tend la main. En regardant, lisant ou écoutant, le spectateur ou l’auditeur la prend. Qu’est-ce qui lie ces deux gestes réciproques ? Qu’est-ce qui en fait la qualité, la différence entre le contact superficiel des doigts et la prise serrée de main, ou qui fait que parfois les mains se touchent, parfois ne se touchent pas ?

Un artiste saisit la réalité, autour de lui ou dans sa tête, et en fait ce qu’il veut selon sa vision des choses. C’est ça, l’art. Son public entend capter cette vision, sortir de sa réalité pour la retrouver ensuite peut-être approfondie.

Dans un rapport sur les activités culturelles dans ma ville natale de Belfast, et leur utilité dans l’apaisement de conflits durables, un directeur artistique est cité : « Dans l’art, il s’agit de se connecter à un autre être humain. »

Qui peut s’appeler « artiste » ? Monter une étagère dans la salle de bain ne fait pas de quelqu’un un menuisier. Pour cela, il doit investir du travail soutenu et même sa vie. Pour un écrivain l’investissement est l’intensité du désir de mettre le monde en mots – viennent en seconde place seulement les capacités qui feront de lui un gagnant ou un perdant, un lauréat potentiel du prix Nobel ou un scribouilleur merdique. C’est le même pour tous les arts. La qualité compte, mais le statut dépend du degré d’engagement.

L’art déborde souvent de son cadre, affectionne le trop-plein : une raie de lumière sur une toile, une piste esquissée dans un livre sans être suivie, une image suggérée dans un poème. L’art est facilement dispendieux, évoque l’au-delà dans tous ses recoins.

Considérons ceux qui exposent leur travail ici.

Deux sont mes amis. J’ai toujours été interpellé par les maisons, ou ici les usines et locaux de Michel Gasqui, qui ne sont pas vides mais abandonnés, c’est-à-dire précédés d’un passé humain. D’autre part ses fantômes hantent comme des tricots détricotés à retricoter selon les fantasmes du visiteur.

Daniel Amadou utilise des bouts d’ustensiles de cuisine et l’ardoise, outil d’apprentissage en communication chez les écoliers, pour illustrer un monde où la nonchalance essaie de cacher la complexité de la vision, sans y arriver entièrement.

La miniaturisation que pratique Hélène Loret – qui aime aussi récupérer ses objets premiers – force le regard à être aussi détaillé que son travail. Y’a-t-il une histoire derrière chaque montage et leurs titres hermétiques ? Au visiteur d’imaginer la sienne propre – ou d’en rester au regard : l’interprétation n’est pas obligatoire.

Maryse Bonneau déclenche des explosions de particules, qui, sans avoir recours à l’illusion optique, créent une vibration où tout bouge sans se déplacer, une énigme physique. Nos yeux entrent en collision avec la raison.

Loin de l’image sulpicienne d’êtres gracieux et bienfaisants, les anges d’Eric Meyer sont plutôt narquois, se servant de leur pouvoir céleste pour se tirer la langue. Ses tableaux ont un fini impeccable – mais les contours attirent le regard sous cette surface lisse. Qu’est-ce qui y nage ?

Annie-Claire Alvoët aurait pu pousser l’aspect spirituel de ses grandes toiles jusqu’à en faire de l’art liturgique. Mais elle explore plus le mystère de la foi que son évidence, dans ces motifs qui formalisent son inspiration.

Vous voyez, chaque fois il y a des résonances qui ne s’explicitent pas, des couches de signification que le visiteur sent sans les creuser. Le mystère de la création se communique aux témoins.

Qu’est-ce qui fait la qualité de cet échange ? Pourquoi certains sculptures, danses, morceaux de musique touchent au-delà de la compréhension, alors que devant d’autres, si originaux ou brillants qu’ils soient, nous restons au niveau de l’admiration ?

C’est la question que je me posais au moment où l’invitation à intervenir a été lancée. Elle m’a paru inextricable. Et alors j’ai eu un échange qui m’a permis de mettre des mots simples sur quelque chose qui m’avait semblé quasiment inexprimable.

En visite récemment à Québec, j’ai rencontré la comédienne (et amie) Paule Savard. Après quarante ans d’enseignement elle a quitté le Conservatoire de Québec, mais poursuit sa carrière au théâtre. Elle se préparait à jouer « Les affinités électives », pièce américaine de David Adjmi traduite en français. La première devait avoir lieu quelques jours… après notre départ.

Elle serait Alice Hauptmann, fortunée, charmante, recevant ses invités-spectateurs. Cette dame aborderait ses idées sur l’art, l’amitié, l’amour universel, la torture…

Une première lecture de ce monologue, avant d’en parler avec Paule Savard, avait laissé l’image d’une grande bourgeoise qui n’a pas la moindre idée de l’arrogance, l’ignorance et la cruauté qu’elle dévoile. Elle ferait torturer un suspect inconnu – mais pas un ami – pour connaître l’emplacement d’une bombe à retardement ; elle admet « J’aime mon mari, j’aime mes amis, les autres je m’en fous complètement. » Une occasion pour les spectateurs de se conforter dans leurs valeurs humanistes devant un monstre.

Paule a décrit son analyse du texte, ses multiples lectures. Alors qu’elle parlait, le personnage est devenu une personne. Professeur d’interprétation, Paule a montré comment passer de la surface à la profondeur d’un être humain. La clé de cette interprétation – comme pour tout engagement de l’esprit – est de suspendre les jugements. Pour Paule, cette femme a l’honnêteté de dire ce qu’elle pense. Prétendre que les affinités ne seraient pas électives mais universelles est un leurre. En admettant les limites de son humanisme, Alice révèle son humanité. Du portrait d’un monstre, la pièce devient une critique de ceux qui prônent aveuglément l’amour et la compassion universels. Alice revendique ses limites.

Paule admet la difficulté du texte et ses propres questionnements. « L’important est que l’acteur trouve un sens au rôle. Un spectateur peut y voir autre chose. Mais si j’y mets une part de moi-même, le public réagira. Si je ne le fais pas, il n’y trouvera rien. » C’est l’engagement de l’humanité de l’acteur qui ferait ou ne ferait pas l’affaire, permettrait de « se connecter à un autre être humain ».

Prenons deux exemples. Rembrandt ne peint rien sans y mettre sa propre condition humaine. Dans ses autoportraits il se regarde sans pitié et avec compassion. L’universitaire ukrainien Yuri Shevelov m’avait dit voir dans chaque visage tous les âges de la vie, de l’enfance à la vieillesse.

Il y a Picasso. Derrière ses prouesses techniques, il ne met dans ses tableaux que son bouillonnement d’énergie. L’homme est là, dans ses pinceaux.

Et la personne qui regarde ou écoute ou lit ? La main est tendue, peut-il la prendre, ou lui échappera-t-elle ? Pour moi, l’exigence est la même que pour l’artiste : au-delà de l’appréciation esthétique, le jugement technique, s’ouvrir à ce que l’artiste a voulu lui confier. Pour cela, il faut venir les mains vides, l’esprit ouvert. A la part d’humanité de l’artiste il répondra en donnant accès à sa propre humanité.

De chaque côté entre en jeu cet élément à la fois noble, ordinaire et absolument unique pour chacun. Le mystique chrétien Maître Eckhardt à dit : « Que je sois homme, cet état je partage avec d’autres hommes. Que je voie et entende, que je mange et boive, les animaux font autant. Mais que je sois moi n’est qu’à moi, m’appartient à moi-même et à personne d’autre ; à aucun autre homme ni à un ange, ni à Dieu – sauf dans la mesure où je sois un avec Lui. »

Pour terminer, voici un texte que j’ai écrit à l’occasion de l’inauguration d’un atelier d’écriture. Le poème du début est de moi aussi.

« L’écriture c’est – je dirai d’abord ce que ce n’est pas. L’écriture n’est pas une psychothérapie, même s’il s’agit dans les deux cas de mettre des mots sur les choses. La psychothérapie consiste à exprimer des préoccupations avec assez d’intensité pour les récréer, leur donner un sens, et prendre ensuite ses distances. Dans l’écriture le contenu et la forme entrent en fusion, dans une folle entreprise qui essaie de donner une vie aux mots, comme si vous ramassiez des plumes dans l’espoir qu’un jour un oiseau s’envolera vers les autres.

L’écriture donne permanence aux mots, que ce soit pendant un millénaire ou seulement le temps d’écraser le papier. Son sens est d’éviter que la brise du temps n’emporte la parole sur mes lèvres. J’écris, et la trace se fait, comme un escargot marque sa route. Ecrivant, Petit Poucet je pose des cailloux blancs là où je vais. Ainsi, je pourrai revenir; ainsi l’on pourra me retrouver. »

L’essentiel, j’en suis devenu sûr en préparant cette intervention, est que « l’on pourra me retrouver ».

Denis Mahaffey

Un échange a suivi, questionnant notamment – et valablement – l’idée que tous les artistes « tendent la main » : pourquoi ne pas créer purement pour soi-même ? Le débat peut très bien se poursuivre dans des commentaires ci-dessous.

denis.mahaffey@levase.fr

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Exposition

Les tableaux de la Croix d’Or dévoilés à l’Arsenal

Denis MAHAFFEY

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Un détail de La Rencontre de Lucien Jonas

En 1928 le peintre Lucien Jonas, né à Valenciennes en 1880, était à Soissons. La ville reprenait souffle après la Guerre et était en pleine reconstruction. L’artiste a obtenu un contrat pour décorer la salle des fêtes du nouvel Hôtel de la Croix d’Or de la rue Saint-Christophe, établissement d’accueil depuis le 16e siècle. 30 mètres de long sur 3,80 de haut : la commande était conséquente. Mais Jonas, connu pour ses talents de dessinateur et de peintre, qu’il savait déployer, au besoin, pour des travaux plutôt décoratifs, et pour sa capacité de production, n’a pas été impressionné : son journal raconte le quotidien du projet.

L’hôtel à fermé ses portes au début des années ’70. Les peintures de Jonas ont été démontés ensuite. Comme ils étaient marouflés, c’est-à-dire collés aux murs de la salle, il a fallu les « démaroufler » en les détachant du support. Une colle forte avait été utilisée, non pas le mélange de farine et d’eau souvent employé, et l’opération a laissé des traces au dos des toiles.

Les tableaux ont été dispersés. Mais il y a quelque temps ils ont été retrouvés, et mis en vente – a Soissons, sous le contrôle du commissaire-priseur Bruce Roelens. Ils ont été acquis à l’intention du Musée de Soissons par la procédure de préhension d’état, permettant aux pouvoirs publics d’intervenir au prix offert par l’adjudicataire individuel.

Il a fallu ensuite entreprendre leur conservation et restauration. Deux visites guidées ont été prévues par Christophe Brouard, directeur du Musée, pour permettre au public de voir ce travail, effectués par deux équipes successives dans deux salles du rez-de-chaussée de l’Arsenal. Dans l’une, les tableaux monumentaux sont adossés aux murs, recouverts par des draps blancs ; dans l’autre, c’est le support au dos de deux autres toiles qui est visible. Pendant la visite l’équipe travaille sur celle qui est posée à plat ; l’autre est appuyée au mur.

David Prot explique son travail de restaurateur de support.

Cette première série d’opérations a été présentée par deux « restaurateurs de support », David Prot et Antoine Leménager. Car il faut d’abord s’occuper du support, en remplaçant le réseau de cadres en bois sur lesquels chaque grande toile est tendue. Il faut dégager les traces de colle et les défauts provoqués. Ensuite, ils insèrent des feuilles pour absorber les variations de température et d’humidité que devront supporter les toiles, notamment pendant leur transport.

Ils seront suivis par une équipe de « restaurateurs de couche picturale » qui recevront à nouveau le public.

C’est un travail conséquent, et un considérable investissement pour la Ville, encore que, rappellent les deux experts, il s’agit non pas d’une restauration « complète » mais d’une remise en état a minima.

Antoine Leménager au travail.

Le Musée peut compter sur la qualité du travail : après Soissons David Prot et Antoine Leménager iront à Paris où, avec dix-sept autres équipes de restaurateurs, ils participeront à la restauration du bureau du Président de la République. « La sécurité ne sera pas la même ! » suppose David Prot.

Evidemment, le moment crucial de la visite à été le dévoilement d’un tableau en cours de restauration et appuyé au mur. Lentement, il est retourné et le drap recouvrant sa surface est enlevé. C’est La rencontre. Voici, en vidéo, ce qui se passe.

Il faut admettre que ce qui se voit montre le travail de décorateur de Jonas. Ses qualités de dessinateur sont évidentes dans les personnages groupés autour d’un orateur (qui portait une mitre dans une version antérieure de l’image, explique Christophe Brouard). Il manquerait à ces toiles monumentales, peintes sans perdre de temps avant de passer à la commande suivante, l’intensité d’un artiste qui dépasse le pittoresque et reflète son observation minutieuse ou visionnaire du monde, et sa capacité à la traduire cette observation en images, en mots, en notes de musique. Ainsi il pourra toucher profondément le spectateur, non seulement le distraire.

Les tableaux de la Croix d’Or feront partie d’une exposition consacrée à Lucien Jonas au printemps prochain qui permettra de juger l’autre aspect de son travail : ses portraits, ses peintures de guerre, de mineurs. Mais c’est sa commande pour l’hôtel de Soissons qui lui nous aura donné l’occasion de mieux le connaître.

L'art de la restauration

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Exposition

Art contemporain à l’Arsenal : le Musée attribue les rôles

Denis MAHAFFEY

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L'art de l'art

La première partie de cet article paraît dans le Vase Communicant n°295; la suite décrit le processus de « mise en scène » des collections d’art contemporain dans les salles de l’Arsenal.

L’option était là, pratique, simple, abordable. Il suffisait de l’adopter – et de voir à sa mise en œuvre. Quand l’ancien arsenal militaire sur lequel veillent les flèches de Saint-Jean-des-Vignes a été acquis par la Ville en 1994, il s’est ouvert l’ère des grandes expositions temporaires d’art contemporain. Elles ont apporté du prestige à Soissons – selon le sculpteur Nicolas Alquin « A cent kilomètres autour de Paris, seul Soissons peut donner tant d’espace à un artiste. » Le public des vernissages était national, voire international, la fréquentation ensuite plus restreinte. Cette période fastueuse s’est terminée avec le départ du conservateur Dominique Roussel en 2015, laissant l’espace en attente d’un rôle.

Christophe Brouard, conservateur des Musées Saint-Léger et de l’Arsenal, avec Manon Jambut, recrutée pour veiller à la conservation et la restauration des collections. L’art se crée et se regarde : il faut penser à entretenir les œuvres.

A Saint-Léger l’exposition des collections d’art contemporain a été confinée à la cagé d’escalier menant du rez-de-chaussée (Archéologie) au premier étage (Histoire locale) et au second (expositions temporaires). Il s’agit surtout d’œuvres d’artistes ayant exposé à l’Arsenal, comme la toile de Gérard Titus-Carmel ou la suspension de Carlo Wieland qui tourne au dessus des têtes. Pourtant avec environ 200 œuvres le Musée possède l’un des principaux fonds d’art contemporain des Hauts-de-France, des œuvres peintes, dessinées, sculptées, gravées et des photographies, qui restent en grande partie méconnues du public dans les réserves.

Christophe Brouard a pris la direction du Musée en décembre, et le projet a été lancé. Désormais, Saint-Léger sera le musée d’art et d’histoire, et l’Arsenal celui de l’art contemporain sur les 500m2 des salles du haut. Le travail d’accrochage est en cours, et le nouveau musée s’ouvrira en juillet.

Matières contemporaines. 25 ans d’acquisitions (1995-2020), c’est le titre de cette initiative évolutive. Plusieurs œuvres seront exposées de façon permanente sur un parcours articulé en différentes sections, d’autres seront remplacées régulièrement, une façon de mettre en valeur le fonds et de maintenir l’attrait pour des visiteurs réguliers.

Des cheminements seront établis, esthétiques mais aussi pédagogiques.

  1. La matière à l’œuvre établira une forme de dialogue entre des techniques et approches variées ou renouvelées, la peinture, la sculpture.
  2. La matière inspirée fera découvrir au visiteur des œuvres inspirées par de grands peintres ou écrivains, d’autres par la culture populaire.

    Carlo Wieland : Aérial n°19, métal polychrome, 2002.

  3. La matière et la forme abordera le glissement entre différentes modes d’expression, particulièrement l’art figuratif et l’art abstrait.

Pour le conservateur « cette première présentation constitue la première étape d’une nouvelle définition de l’Arsenal, espace vivant et de mise en valeur des collections permanentes. »

Des expositions temporaires auront lieu, mais dans d’autres endroits de la ville, comme la chapelle Saint-Charles.

D’autres étapes et parcours thématiques suggérés par le riche fonds d’art contemporain des musées de Soissons, existant ou enrichi par de nouvelles acquisitions, maintiendront l’intérêt du public pour l’art contemporain, créé dans le monde qui nous entoure.

Matières contemporaines : la mise en scène

Au premier étage de l’Arsenal, une équipe prépare l’ouverture au public des deux salles où seront désormais exposées les collections d’art contemporain du Musée de Soissons (il faudra parler désormais des « Musées », car Saint-Léger, l’Arsenal et le Centre de Conservation et d’Etudes Archéologiques (CCEA) sont des entités distinctes de la même institution publique).

Une partie de œuvres est déjà accrochée, d’autres attendent. Les équipiers travaillent au positionnement et accrochage ; deux polissent les verres qui couvriront des exemples du fonds photographique.

L’accrochage est en cours.

Christophe Brouard montre l’itinéraire que suivront les visiteurs. La petite salle (qui n’est petite que par rapport à la grande sous son immense charpente apparente, rappel du rôle militaire du bâtiment) est prête, il suffira d’ajouter les cartels avec le nom de l’artiste et le titre de l’œuvre, et parfaire l’éclairage : le mobile de Carlo Wieland jouera ainsi avec sa propre ombre sur le mur.

Cette salle, qui questionne les techniques et approches adoptées par les artistes, pêut être vue comme une sorte d’échantillonnage des grandes expositions du passé et des œuvres qui ont déjà occupé ces salles, de Claude Viallat, Christian Jaccard, Daniel Chompré, Laurence Granger (dont un grand éclat de couleurs éclaire la salle).

Le palier entre les deux salles contient des céramiques venant de l’exposition pour laquelle différents artistes avaient exploré l’image du vase (du Vase). La toile de Gérard Titus-Carmel de sa série La Bibliothèque d’Urcée a migré de sa place sur l’escalier de Saint-Léger.

La grande salle est partagée en plusieurs sections, d’abord celle des artistes qui ont eu recours à des références littéraires dans leur travail, comme Philippe Guesdon qui a démantelé et refait les images de Dürer pour La Nef des Fous de Sébastien Brand, et dont les peintures sur tissu souple, suspendues comme des tapisseries, avaient rempli toute cette salle en 2014).

Méduse de l’artiste C215, qui interprète l’autoportrait du Caravage sous les traits de la Gorgone.

En quittant cette section le visiteur a vue par une vitrine sur les salles du rez-de-chaussée. A partir du mois d’août une équipe de restaurateurs remettra en état les trois tableaux monumentaux de Lucien Jonas, récemment acquises par le Musée et qui décoraient la salle de bal de l’ancien hôtel de la Croix d’Or dans la rue Saint-Christophe à Soissons. A présent, elles sont cachées par des draps.(*)

La troisième section laisse voir les échanges et relations entre différents modes adoptés par les artistes, où le figuratif et l’abstrait s’affrontent, s’éclairent.

Au centre de la salle se trouvent quelques photographies, elles-mêmes des œuvres d’art.

Pour la mise en scène de cette initiative, qui rendra disponible des œuvres qui ne sont peut-être jamais sorties des réserves, la sensibilité du conservateur se révèle par les échos qu’il remarque et fait remarquer entre des toiles et les éléments de la galerie : charpente, murs de pierre et leurs accidents de surface.

En parlant de cet investissement de l’Arsenal par ces collections, Christophe Brouard préfère le mot « accrochage » à « exposition ». Il souligne ainsi la nature du projet, dont le contenu évoluera, de nouvelles œuvres remplaçant les précédentes. Après l’accrochage, le décrochage. Les visiteurs qui reviennent sont assurés de vivre une autre expérience chaque fois. Il n’y aura donc pas de vernissage : l’Arsenal sera ouvert au public le 15 juillet aux heures habituelles.

(*) Deux visites guidées, pour lesquelles il faut s’inscrire, auront lieu les 29 juillet et 11 août.

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Exposition

Racine fait face au virus

Denis MAHAFFEY

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L'art de l'alexandrin contre le coronavirus

En devenant président du Musée Racine de La Ferté-Milon, Alain Arnaud a demandé à quelqu’un « Vous allez au Musée ? » La réponse : « Pourquoi ? Il y a quelque chose de nouveau ? ».

C’était en 2012. Le Musée, petite structure dans une petite ville de province, consacrée à un écrivain majestueux mais loin dans le passé, somnolait sur sa collection et sa bibliothèque, Racine réduit à « un marbre et une perruque ».

Jean Racine dessiné par son fils

L’entrée était payante et le nombre de visiteurs ne décollait pas. Le nouveau président n’a vu qu’une seule issue : prendre des mesures radicales pour mettre du mouvement et attirer le public. La municipalité a confié la gestion à l’association Jean Racine et son Terroir et l’entrée est devenue gratuite.

Alain Arnaud, qui a fait sa carrière dans l’édition, a été rejoint en 2016 par Pascal Ponsart-Ponsart, marionnettiste devenu fonctionnaire et, à la retraite, metteur en scène du Petit Théâtre de Montgobert.

En quelques années, le programme d’animations s’est étoffé, « lectures-déambulations », conférences, cours de théâtre. Ces activités, certes, doivent compter sur les bénévoles et s’auto-financer par des cotisations et d’éventuels dons de visiteurs.

Deux rendez-vous réguliers sont la Nuit des musées au printemps et les Journées du patrimoine à la rentrée. Chaque année une exposition a été montée. En 2019 il s’est agi de Dis-nous, Racine, quel était ton visage ? qui offrait une iconographie riche peinte, sculptée, gravée et dessinée, dont un portrait par son fils. La Gazette de Racine, bulletin dont les archives se trouvent sur le site du Musée, a publié un compte rendu détaillé et illustré de cet événement. Les acteurs amateurs du Petit Théâtre ont présenté leurs spectacles, des pièces écrites par son metteur en scène et jetant une lumière parfois inédite sur le dramaturge.

Jean Racine, orphelin à trois ans, a été élevé par ses grands-parents dans une maison sur le site du bâtiment actuel, inauguré en 1991. Seule subsiste la cave.

Ce dynamisme a eu son effet, avec 1600 visiteurs en 2019. Pourquoi ce succès ne se serait pas poursuivi en 2020 ? Des rencontres et spectacles étaient programmés, quand brusquement le couperet du coronavirus est tombé, fermant le musée, confinant ses animateurs.

Tout arrêter et attendre ? C’est compter sans l’ingéniosité et la débrouillardise du président et de son vice-président. Par téléphone et sur ordinateur, ils ont imaginé ensemble des moyen de poursuivre la visite du musée, mais en ligne. Pascal Ponsart-Ponsart a choisi des photos fixes, savamment mises en mouvement sur le site du fournisseur d’accès gratuit pour les associations Néopse. Pour une autre rubrique, Lettres aux intimes, il a enregistré deux lettres de Racine, et vient d’ajouter la dernière scène d’Andromaque, celle des« fureurs d’Oreste ». [*]

Pascal Ponsart Ponsart et Alain Arnaud

Le 13 juin le musée s’est rouvert. « Il a fallu tout mettre à plat » explique Alain Arnaud, « prévoir les mesures sanitaires nécessaires. »

Les nouvelles ressources virtuelles resteront une arme redoutable. Le site propose ses vidéos, et un accès aux deux Nuits Racine sur France Culture, qui comprennent un long entretien avec Alain Arnaud. L’enregistrement de ces échanges, fait au Musée, a posé un problème sonore, car le bâtiment se trouve sur la rue. Alain Arnaud explique qu’il a enfin amené le chroniqueur Philippe Garbit dans la cave, seule vestige existant de la maison originelle. Le silence souterrain a fait l’affaire.

Le Musée est armé pour faire face aux nouvelles exigences sans perdre son élan. Il ne faut pas oublier que tout, musée, actions culturelles, initiatives numériques, bonnes volontés, attrait pour le public, repose sur la capacité de Racine, dans ses alexandrins cristallins, à dire les amours et les douleurs d’êtres humains – « tels qu’ils sont » a dit La Bruyère.

Musée Racine, 2, rue des Bouchers, La Ferté-Milon.
Ouvert samedis, dimanches et jours fériés d’avril à octobre. Entrée libre.
Site Internet : museejeanracine.neopse-site.fr

[*]  21/07/20 : Pascal Ponsard-Ponsard précise que la réalisatrice Valérie Kempeneers de La Ferté-Milon a fait le montage des vidéos de la visite virtuelle du Musée et des Lettres aux intimes.

[Une version abrégée de cet article paraît dans le Vase Communicant, éd. Villers-Cotterêts/La Ferté-Milon N°5]

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P U B L I C I T É
JEROME TROUVE – Hypnose

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