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Exposition

Art : la part d’humanité

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L'art de l'humanité

Ce texte est une version remaniée et condensée d’une intervention faite le 10 juin 2016 à l’exposition des Artistes Axonais Associés à l’abbaye Saint-Léger. Une partie est adaptée d’un portrait de Paule Savard déjà publié dans le Vase des Arts.

 

Ce poème me paraît cerner le sujet de cette intervention.

Dessin de mammouth dans la grotte de Rouffignac.

Dessin de mammouth dans la grotte de Rouffignac

Rouffignac

Tiré, un trait pour la colonne dorsale,
Courbées, les défenses, assigné,
Un temps au mammouth.
Le peintre pose ses couleurs, tend la main,
La tend
Pour me toucher.

Mais d’abord : l’Américain Garrison Keillor, animateur de radio et auteur de livres d’humour, a fait un entretien à la BBC. Parlant de sa longue carrière et son succès international, il a dit « Vous savez, même en ce moment, alors que je vous parle si suavement, il y a une petite voix dans ma tête qui me dit « Mais pour qui te prends-tu ? » Eh bien, la même voix me pose la même question depuis que j’ai accepté l’invitation à parler de « l’art en général » en marge de cette exposition.

Pour qui, en effet, je me prendrais ? Je ne suis pas critique d’art, ni historien de l’art, ni théoricien de l’art. Et pourtant j’ai accepté la proposition.

A quel titre, alors ? Simplement – mais ce n’est pas si simple – parce que l’art dans toutes ses formes a éclairé, fécondé et remué ma façon d’être.

Je ne suis ni peintre, ni sculpteur, ni compositeur, ni chorégraphe – y a-t-il d’autres vocations artistiques que je ne pratique pas non plus ? Mais les mots ont toujours été mes amis, mes adversaires, mes maîtres, mes maîtresses, mon travail, mon passe-temps et mon grand amour. Mes références ici seront souvent littéraires – mais ne m’avait-on pas précisé « l’art en général » ?

J’ai commencé à écrire quand j’étais enfant parce que je voulais raconter des histoires. J’ai écrit « L’aventure des contrefacteurs de diamants ». J’ai écrit l’histoire inventée de mes ancêtres français (mon grand-père devait penser aux humbles Huguenots émigrés en Irlande, plutôt qu’aux aristocrates somptueux et déchus de mes lectures). Ces œuvres sont inédites, et méritaient largement de le rester. Mais elles illustrent un désir, que je entraperçois chez tout artiste, de raconter une histoire, en utilisant le medium artistique qui lui convient.

En peignant, modelant, écrivant, composant ou chorégraphiant, un artiste tend la main. En regardant, lisant ou écoutant, le spectateur ou l’auditeur la prend. Qu’est-ce qui lie ces deux gestes réciproques ? Qu’est-ce qui en fait la qualité, la différence entre le contact superficiel des doigts et la prise serrée de main, ou qui fait que parfois les mains se touchent, parfois ne se touchent pas ?

Un artiste saisit la réalité, autour de lui ou dans sa tête, et en fait ce qu’il veut selon sa vision des choses. C’est ça, l’art. Son public entend capter cette vision, sortir de sa réalité pour la retrouver ensuite peut-être approfondie.

Dans un rapport sur les activités culturelles dans ma ville natale de Belfast, et leur utilité dans l’apaisement de conflits durables, un directeur artistique est cité : « Dans l’art, il s’agit de se connecter à un autre être humain. »

Qui peut s’appeler « artiste » ? Monter une étagère dans la salle de bain ne fait pas de quelqu’un un menuisier. Pour cela, il doit investir du travail soutenu et même sa vie. Pour un écrivain l’investissement est l’intensité du désir de mettre le monde en mots – viennent en seconde place seulement les capacités qui feront de lui un gagnant ou un perdant, un lauréat potentiel du prix Nobel ou un scribouilleur merdique. C’est le même pour tous les arts. La qualité compte, mais le statut dépend du degré d’engagement.

L’art déborde souvent de son cadre, affectionne le trop-plein : une raie de lumière sur une toile, une piste esquissée dans un livre sans être suivie, une image suggérée dans un poème. L’art est facilement dispendieux, évoque l’au-delà dans tous ses recoins.

Considérons ceux qui exposent leur travail ici.

Deux sont mes amis. J’ai toujours été interpellé par les maisons, ou ici les usines et locaux de Michel Gasqui, qui ne sont pas vides mais abandonnés, c’est-à-dire précédés d’un passé humain. D’autre part ses fantômes hantent comme des tricots détricotés à retricoter selon les fantasmes du visiteur.

Daniel Amadou utilise des bouts d’ustensiles de cuisine et l’ardoise, outil d’apprentissage en communication chez les écoliers, pour illustrer un monde où la nonchalance essaie de cacher la complexité de la vision, sans y arriver entièrement.

La miniaturisation que pratique Hélène Loret – qui aime aussi récupérer ses objets premiers – force le regard à être aussi détaillé que son travail. Y’a-t-il une histoire derrière chaque montage et leurs titres hermétiques ? Au visiteur d’imaginer la sienne propre – ou d’en rester au regard : l’interprétation n’est pas obligatoire.

Maryse Bonneau déclenche des explosions de particules, qui, sans avoir recours à l’illusion optique, créent une vibration où tout bouge sans se déplacer, une énigme physique. Nos yeux entrent en collision avec la raison.

Loin de l’image sulpicienne d’êtres gracieux et bienfaisants, les anges d’Eric Meyer sont plutôt narquois, se servant de leur pouvoir céleste pour se tirer la langue. Ses tableaux ont un fini impeccable – mais les contours attirent le regard sous cette surface lisse. Qu’est-ce qui y nage ?

Annie-Claire Alvoët aurait pu pousser l’aspect spirituel de ses grandes toiles jusqu’à en faire de l’art liturgique. Mais elle explore plus le mystère de la foi que son évidence, dans ces motifs qui formalisent son inspiration.

Vous voyez, chaque fois il y a des résonances qui ne s’explicitent pas, des couches de signification que le visiteur sent sans les creuser. Le mystère de la création se communique aux témoins.

Qu’est-ce qui fait la qualité de cet échange ? Pourquoi certains sculptures, danses, morceaux de musique touchent au-delà de la compréhension, alors que devant d’autres, si originaux ou brillants qu’ils soient, nous restons au niveau de l’admiration ?

C’est la question que je me posais au moment où l’invitation à intervenir a été lancée. Elle m’a paru inextricable. Et alors j’ai eu un échange qui m’a permis de mettre des mots simples sur quelque chose qui m’avait semblé quasiment inexprimable.

En visite récemment à Québec, j’ai rencontré la comédienne (et amie) Paule Savard. Après quarante ans d’enseignement elle a quitté le Conservatoire de Québec, mais poursuit sa carrière au théâtre. Elle se préparait à jouer « Les affinités électives », pièce américaine de David Adjmi traduite en français. La première devait avoir lieu quelques jours… après notre départ.

Elle serait Alice Hauptmann, fortunée, charmante, recevant ses invités-spectateurs. Cette dame aborderait ses idées sur l’art, l’amitié, l’amour universel, la torture…

Une première lecture de ce monologue, avant d’en parler avec Paule Savard, avait laissé l’image d’une grande bourgeoise qui n’a pas la moindre idée de l’arrogance, l’ignorance et la cruauté qu’elle dévoile. Elle ferait torturer un suspect inconnu – mais pas un ami – pour connaître l’emplacement d’une bombe à retardement ; elle admet « J’aime mon mari, j’aime mes amis, les autres je m’en fous complètement. » Une occasion pour les spectateurs de se conforter dans leurs valeurs humanistes devant un monstre.

Paule a décrit son analyse du texte, ses multiples lectures. Alors qu’elle parlait, le personnage est devenu une personne. Professeur d’interprétation, Paule a montré comment passer de la surface à la profondeur d’un être humain. La clé de cette interprétation – comme pour tout engagement de l’esprit – est de suspendre les jugements. Pour Paule, cette femme a l’honnêteté de dire ce qu’elle pense. Prétendre que les affinités ne seraient pas électives mais universelles est un leurre. En admettant les limites de son humanisme, Alice révèle son humanité. Du portrait d’un monstre, la pièce devient une critique de ceux qui prônent aveuglément l’amour et la compassion universels. Alice revendique ses limites.

Paule admet la difficulté du texte et ses propres questionnements. « L’important est que l’acteur trouve un sens au rôle. Un spectateur peut y voir autre chose. Mais si j’y mets une part de moi-même, le public réagira. Si je ne le fais pas, il n’y trouvera rien. » C’est l’engagement de l’humanité de l’acteur qui ferait ou ne ferait pas l’affaire, permettrait de « se connecter à un autre être humain ».

Prenons deux exemples. Rembrandt ne peint rien sans y mettre sa propre condition humaine. Dans ses autoportraits il se regarde sans pitié et avec compassion. L’universitaire ukrainien Yuri Shevelov m’avait dit voir dans chaque visage tous les âges de la vie, de l’enfance à la vieillesse.

Il y a Picasso. Derrière ses prouesses techniques, il ne met dans ses tableaux que son bouillonnement d’énergie. L’homme est là, dans ses pinceaux.

Et la personne qui regarde ou écoute ou lit ? La main est tendue, peut-il la prendre, ou lui échappera-t-elle ? Pour moi, l’exigence est la même que pour l’artiste : au-delà de l’appréciation esthétique, le jugement technique, s’ouvrir à ce que l’artiste a voulu lui confier. Pour cela, il faut venir les mains vides, l’esprit ouvert. A la part d’humanité de l’artiste il répondra en donnant accès à sa propre humanité.

De chaque côté entre en jeu cet élément à la fois noble, ordinaire et absolument unique pour chacun. Le mystique chrétien Maître Eckhardt à dit : « Que je sois homme, cet état je partage avec d’autres hommes. Que je voie et entende, que je mange et boive, les animaux font autant. Mais que je sois moi n’est qu’à moi, m’appartient à moi-même et à personne d’autre ; à aucun autre homme ni à un ange, ni à Dieu – sauf dans la mesure où je sois un avec Lui. »

Pour terminer, voici un texte que j’ai écrit à l’occasion de l’inauguration d’un atelier d’écriture. Le poème du début est de moi aussi.

« L’écriture c’est – je dirai d’abord ce que ce n’est pas. L’écriture n’est pas une psychothérapie, même s’il s’agit dans les deux cas de mettre des mots sur les choses. La psychothérapie consiste à exprimer des préoccupations avec assez d’intensité pour les récréer, leur donner un sens, et prendre ensuite ses distances. Dans l’écriture le contenu et la forme entrent en fusion, dans une folle entreprise qui essaie de donner une vie aux mots, comme si vous ramassiez des plumes dans l’espoir qu’un jour un oiseau s’envolera vers les autres.

L’écriture donne permanence aux mots, que ce soit pendant un millénaire ou seulement le temps d’écraser le papier. Son sens est d’éviter que la brise du temps n’emporte la parole sur mes lèvres. J’écris, et la trace se fait, comme un escargot marque sa route. Ecrivant, Petit Poucet je pose des cailloux blancs là où je vais. Ainsi, je pourrai revenir; ainsi l’on pourra me retrouver. »

L’essentiel, j’en suis devenu sûr en préparant cette intervention, est que « l’on pourra me retrouver ».

Denis Mahaffey

Un échange a suivi, questionnant notamment – et valablement – l’idée que tous les artistes « tendent la main » : pourquoi ne pas créer purement pour soi-même ? Le débat peut très bien se poursuivre dans des commentaires ci-dessous.

denis.mahaffey@levase.fr

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Exposition

L’exposition lumineuse et sombre de Françoise Federigo

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L'art de la peinture malgré tout

 

La galerie d’art du lycée Léonard de Vinci est devenue lumineuse, alors que l’éclairage reste discret et que le soleil n’y pénètre pas. La source de lumière ? Ce sont les toiles de Françoise Federigo, par leurs couleurs claires et chaudes, et la vie qui y vibre : deux enfants aux pieds de leurs parents dans un bois ; un couple, elle en robe fleurie, lui assis sur un rebord de fenêtre ; une femme à moitié cachée par un énorme bouquet de fleurs.

L’artiste ne vise l’hyperréalisme, et les personnages sont éloquents justement parce que le spectateur peut passer sur les formes pour s’ouvrir au fond.

Les toiles de Scènes d’une vie en peinture viennent de la sœur de l’artiste, Catherine Gilbert qui, avec son mari Jean-Paul, a ouvert leur château de Limé aux artistes et musiciens. Au vernissage, elle a parlé du contexte sombre de cette exposition inondée de lumière.

Née en 1949, Françoise, étudiante aux Beaux-Arts, subit à 20 ans deux graves AVC, qui la laissent paralysée. Seuls son bras et son œil gauches sont valides. L’anéantissement. Un jour elle demande son chevalet. Elle peint d’abord les fleurs offertes à une malade, puis fait le grand saut : les réalités de la vie lui étant interdites, elle peindra sa vie imaginée : amoureux, enfants, rencontres. Elle est morte en 2020.

L’impression est de félicité, de jeunesse (les vieux sont absents) dans un cadre ensoleillé et idyllique. Il est donc tentant de voir en Françoise Federigo un exemple édifiant de contentement, de malheur transformé en bonheur par l’art.

Mais il faut regarder de plus près les personnages, en passant outre à leurs activités apparemment plaisantes. Presque tous sont peints les yeux grand ouverts, un point noir ou bleu entouré de blanc. Le couple dans un bois avec les enfants regardent l’un à gauche, l’autre à droite, le regard intense. Ne seraient-ils pas perdus, pourchassés ou même envisagent-ils de nuire aux enfants ? L’homme à la fenêtre ne regarde pas celle qui le regarde, et sa bouche fait un rictus en coin.

Françoise Federigo a fait des images où l’épanouissement, familial ou autre, prédomine, dans des couleurs franches. Mais elle y met aussi son destin d’estropiée. Sa vision est ambivalente, preuve de son statut d’artiste exploratrice de la nature humaine.

Le regard n’est pas béat : une femme assise se touche les cheveux, un homme debout derrière respire la suffisance. Titre du tableau : « Avec Luc, je vous emmerde tous ».


Catherine Gilbert parle de sa soeur l’artiste.

Catherine Gilbert a parlé au vernissage de sa sœur et d’elle-même, en évoquant le contexte familial. Leur père était un refugié politique italien, un homme rigoureux qui faisait tout pour assurer la réussite de ses filles. « Même pendant les vacances il nous imposait une version latine quotidienne. » Françoise, qui déviait du projet parental en voulant devenir artiste, avait dû insister pour le faire accepter.

Salim Le Kouaghet, associé au lycée Vinci pour l’activité de la galerie d’art, est notamment responsable de l’accrochage des expositions, et pour l’adaptation de l’espace. Il a disposé les tableaux de Françoise Federigo de façon à créer des résonances entre eux, parfois à instituer un dialogue.

Il a commenté les tableaux, en insistant sur leur qualité – peut-être pour dépasser l’admiration sympathique pour une artiste qui a pu surmonter son incapacité physique. Il a fait remarquer la beauté des couleurs qu’elle choisissait, et insistée sur le cadrage, qui peut paraître improvisé mais qui en fait est astucieux, en centrant l’attention sur ce qui compte.

Salim Le Kouaghet présente l’exposition.

Les visiteurs de l’exposition se rendront compte, peut-être pas immédiatement, que des fils de couleurs différentes lient le cadre de chaque tableau au pilier carré au centre de la galerie, formant un réseau qui rappelle l’unité de l’imagination qui a dicté les sujets. Il mène aussi à l’artiste elle-même : sur le côté du pilier en face de l’entrée, l’image de Françoise elle-même, en noir et blanc, est donc au cœur de ce réseau, et c’est elle qui accueille chacun avec l’ombre d’un sourire aux lèvres, et les yeux interrogateurs.

Accès 8h-18h hors vacances scolaires, sur RV au 06 20 73 77 75. Jusqu’au 13 janvier.

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Exposition

Exposition : dans l’intimité de Racine

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L'art de la correspondance

Lettre manuscrite de Racine à sa sœur Marie

Une exposition plus intimiste est présentée au musée dédié au dramaturge Jean Racine, né à La Ferté-Milon et qui, presque 500 plus tard, reste d’actualité par l’intensité perenne de ses écrits.

Quand Jean et sa jeune sœur Marie se sont trouvés orphelins après la mort de leurs parents, ils ont été hébergés, lui chez les parents de son père, elle chez ceux de sa mère, qui habitaient à deux pas les uns des autres de chaque côté de l’église Saint-Nicolas. La maison Racine a survécu à l’Histoire, et le rez-de chaussée est devenu le Musée Racine, un espace restreint qui offre un concentré de documents, d’images, de tableaux et de sculptures pour illustrer et expliquer Racine.

Alain Arnaud, Président du Musée Racine

Chaque année, pour la Nuit des Musées, l’association Jean Racine et son Terroir, responsable du musée, réussit l’exploit d’inaugurer une nouvelle exposition. Après les visages de Racine, ou Racine et La Fontaine en 2021, sujets traitant du personnage public, Alain Arnaud, président du musée, a décidé de s’écarter du côté illustre (« l’Illustre », on l’appelle) et d’aborder sa vie privée, à travers les lettres qu’il a adressées à sa sœur Marie, son fils aîné Jean-Baptiste, sa femme Catherine.

Des panneaux explicatifs commentent le contexte de ses lettres familiales. Une constante de ces expositions annuelles est la clarté de textes souvent érudits mais toujours accessibles, et la qualité de la présentation graphique, dont le style reste reconnaissable d’année en année.

Au cœur de l’exposition il y a un document unique, émouvant : une lettre manuscrite de Jean Racine à sa sœur Marie, qui est restée à La Ferté-Milon toute sa vie – et n’a vu aucune des pièces de son frère.

Racine la rassure quant à la solution d’un problème rencontré par son mari. Le ton est attentionné, affectueux, rassurant.

Ce trésor, qui appartient au musée, a été acheté aux enchères en 2005. La feuille est pliée de façon à ménager un espace pour l’adresse, comme sur une enveloppe : « Mademoiselle Rivière, à la Ferté Milon ».

Le musée a créé une vidéo, realisée par Valérie Kamêneers, dans laquelle Pascal Ponsart-Ponsart lit et commente cette lettre intime :

Les visiteurs lisent donc des lettres que Racine n’avait aucune intention de rendre publiques. [Bien des auteurs prévoient la publication (Leonard Woolf, mari de Virginia, faisait laborieusement une copie carbone de chacune de ses missives).]Alain Arnaud considère même que « le lecteur est ici un genre de « voyeur », il regarde par-dessus l’épaule de Jean Racine, sans respect pour le caractère privé et sacré du contenu… »

Alors comment justifier cette intrusion ? Par de sérieuses considérations biographiques, ou une curiosité dévorante ? Ne serait-ce plutôt par la preuve qu’elles fournissent du génie de Racine ? Cet extraordinaire styliste de la langue française ne peut pas faire quelques remarques à Jean-Baptiste, Marie, Catherine, sans montrer sa maîtrise des mots, de leur rythme interne. Il termine ainsi une lettre à son fils :

Vous aurez pu voir, mon cher enfant, combien je suis touché de votre maladie et la peine extrême que je ressens de n’être pas auprès de vous pour vous consoler. Je vois que vous prenez avec beaucoup de patience le mal que Dieu vous envoie et que vous êtes fort exact à faire tout ce qu’on vous dit […] Assurez-vous qu’on ne peut pas vous aimer plus que je vous aime, et que j’ai une fort grande impatience de vous embrasser.


L’exposition reste ouverte jusqu’à la fermeture annuelle en novembre.

[Une version abrégée de cet article paraît dans le Vase Communicant éd. Villers-Cotterêts/La Ferté-Milon n°13.]

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Exposition

La Guerre et la Paix : Matières contemporaines II à l’Arsenal

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L'art des matières

Le programme Matières Contemporaines au musée de l’Arsenal est passé à sa deuxième étape, avec l’accrochage de nouvelles œuvres choisies dans le fonds du Musée.

Christophe Brouard, directeur des Musées, avec une sculpture-collage de Jacques Doucet, 1963

La sélection est étendue à toute la période 1950-2022. En 1956 Le pêcheur, une sculpture d’Antanas Moncys, qui a vécu à Laon, est la première œuvre d’un artiste vivant achetée par la Ville de Soissons, et le début de la constitution, année par année, par des achats, dons et legs, d’une collection unique dans l’Aisne.

Plusieurs des artistes ont déjà exposé ici, dont Monique Rozanès, Christian Sorg, Seguí et Erró, Yves Doaré, Bertrand Créac’h. D’autres ont vécu dans la région ou y sont passés, comme le photographe Eric Aupol, qui fait du verre recyclé de l’usine de Crouy un paysage extraterrestre.

L’accrochage occupe les deux salles à l’étage, ouvertes l’une sur l’autre mais séparées par la cage d’escalier.

L’agencement est un travail complexe, et Christophe Brouard et Manon Jambut, comme des arrangeurs de musique, ont adapté le placement au lieu. Toute la partie gauche de la grande salle est occupée par des images d’eau : le triptyque de cascades de Christian Sorg, un ruisseau noir en relief de Bertrand Creac’h, une baigneuse qui se confond avec l’eau, de Vincent Vallois. L’ambiance est fluide, paisible.

Yves Doaré parle de son œuvre à l’Arsenal.

L’art Pop occupe l’espace autour de l’escalier, puis la petite salle vibre d’une autre énergie. Les tableaux de Doaré, qui font l’objet d’un don de l’artiste, ont une vigueur qui frise la violence, comme sa version (ce qu’il appelle son « détournement ») d’un tableau de Rubens. La quête existentielle de Jacques Doucet, exprimée dans les tableaux d’un important legs testamentaire, anime ses tableaux. Ses hésitations, son angoisse se perçoivent dans la facture même, des parties peintes puis brouillées pour y poser autre chose. Doaré et Doucet, combattants dans une guerre sans victimes.

Une salle pour la paix, l’autre pour la guerre. L’accrochage – Christophe Brouart évite le terme « exposition » avec ses contraintes de durée, de prêts – restera en place… jusqu’au suivant. Les visiteurs auront le temps de voir, revoir, approfondir leur regard, sentir la guerre et la paix pour des artistes.

[Cet article paraît dans le Vase Communicant n° 339.]

Commentaires : denis.mahaffey@levase.fr

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