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Exposition

Le Soissonnais d’avant la tempête

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L'art de l'aquarelle

Il reste quinze jours pour faire – ou refaire – le trajet artistique le plus poignant de la saison 2017-18 du Musée de Soissons.

En exposant quarante-cinq aquarelles et dessins de Léopold Baraquin (1913-1892), restaurés pour l’occasion, sur des 136 dans sa possession, le Musée fait voir les villages et monuments du Soissonnais, parfois des terres voisines, sous un angle idyllique. Tout y est poétique, l’aspect et l’architecture, la douceur des pierres, la sérénité des personnages à l’avant-plan, dont le rôle principal semble être de montrer l’échelle des constructions. Cette idéalisation de la ruralité n’est pas exceptionnelle, et il serait facile d’imaginer une lente évolution, petit changement par petit changement, vers le monde moderne. Sous cette perspective, le monde représenté par Baraquin aurait laissé de solides traces dans les maisons qui font un village, dans les châteaux et monuments qui s’érigent autour et au-dessus de ces maisons.

Le titre de l’exposition indique ce qui a contrecarré une telle évolution paisible, et ce qui rend cette exposition si poignante, surtout pour les Soissonnais. Et in Picardia ego, détourne élégamment le célèbre Et in Arcadia ego. Le dicton se traduit par “Moi aussi je suis en Arcadie” ; l’Arcadie étant le pays idyllique de légende, un jardin d’Eden à l’abri de tout mal, et “moi” étant la Mort qui y rôde quand même.

Dans le cadre de l’exposition, où la Picardie devient le “lieu amène”, il prend un sens particulier : une mort brutale a frappé ce pays. La guerre a détruit le monde que dessine et peint Baraquin. Six cents villages ont été dévastés entre 1914 et 1918. La Picardie, tout en se reconstruisant ensuite, ne s’en est jamais remise.

Jean-Pierre-Léopold Baraquin, né à Mortefontaine et mort à Pierrefonds, a consacré son temps de peinture à ce qui se trouvait aux alentours de Soissons. Conducteur de travaux aux Ponts et Chaussées de la ville, il avait l’habitude de se déplacer dans le pays, et profitait pour faire des dessins à partir desquels il produisait des aquarelles, en utilisant la mine de plomb pour les traits. Ceci explique que ses images ne soient pas toujours fidèles à la réalité, car il déplaçait facilement des éléments, une maison, un arbre. Ces adaptations venaient-elles d’une réticence par rapport au réalisme, ou de l’écart entre le croquis sur place et le tableau travaillé en atelier ?

Le sous-titre de l’exposition n’est-il pas Entre rêve et réalité. Baraquin n’entend pas faire un relevé topographique comme un chercheur, mais produire une image plus élégiaque. Comme son style est assez stable, ne changeant guère au cours de sa carrière, et puisqu’il ne mettait pas de date, il a fallu procéder par recoupement pour essayer d’en déterminer l’ordre.

Un catalogue d’exposition est parfois l’équivalent d’un livre d’art, luxueux et cher, un accompagnement prestigieux de tel événement dans le monde de l’art, avec des images de haute définition et des textes abscons. Celui de Et in Picardia Ego, en revanche, est davantage un manuel d’accompagnement. Il reproduit de nombreux tableaux avec une qualité tout à fait suffisante. Plus que cela, les textes aident directement la compréhension. L’introduction par Christophe Brouard (qui vient de quitter son poste de directeur par intérim du Musée) offre une mise en perspective historique et art-historique le rôle de Baraquin, par rapport aux artistes traitant les mêmes sujets avec d’autres objectifs. C’est lui, commissaire de l’exposition, qui a composé le titre avec ce clin d’œil savant.

Sa contribution est suivie d’un essai de l’historien de l’architecture Christian Corvisier. Il s’agit d’une analyse de l’art de Baraquin, surtout en examinant individuellement une trentaine de tableaux pour en dégager le processus de la composition.

Au prix de 12 euros, il offre un guide pour l’exposition et un document d’archive à conserver.

Christophe Brouard admet volontiers que l’idée de l’exposition lui avait été suggérée par son prédécesseur Sophie Laroche, qui avait fait restaurer et exposer certaines aquarelles de Baraquin dans l’exposition Le Musée sort de ses Réserves.

Cet artiste local et dont l’inspiration est restée locale n’aurait pas pu s’imaginer que son œuvre deviendrait émouvante par son évocation d’un monde, d’un habitat, d’une tranquillité de vie qui ont disparu dans le cataclysme de la Grande guerre. L’exposition génère non pas la nostalgie mais un mal de mémoire sans remède.

Et in Picardia Ego est ouverte jusqu’au 24 juin.

denis.mahaffey@levase.fr

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Exposition

Alain Séchas : la malice à l’œuvre

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L'art de l'anthropomorphisme

Le vernissage vu par Alain Séchas

Un des 140 dessins sur Instagram

L’art contemporain peut déranger par sa recherche de nouvelles formes et d’une grammaire artistique inédite. Alors les amateurs rassemblés au vernissage de l’exposition d’Alain Séchas, présent et arborant un sourire aimable mais, peut-être, discrètement malicieux, ont pu se féliciter que, à première vue, ses images étaient claires.

Le rez-de-chaussée de l’Arsenal est couvert de chats anthrophomorphisés et de rangées de grandes fleurs, dans des couleurs vives. Les chats s’affairent, les fleurs regardent ceux qui les regardent. Un art naïf ? Pas si sûr. Le visiteur, détendu par le style et le bariolage, s’arrête devant un tableau de gens à tête de chat, et s’aperçoit qu’il s’agit d’un…. vernissage, jusqu’aux verres retournés sur une table, comme ceux qui nous attendent dehors.

Le chat au soleil (avant)     [Neon]

Le chat au soleil (après)   [Néon]

Les images d’Alain Séchas entendent épingler les comportements vaniteux des humains, leur envie de briller, ou au moins passer, dans des situations mondaines.

Quant aux fleurs, elles interrogent ceux qui passent : Pour qui vous prenez-vous, à nous regarder comme des décorations ?. Alors que…

Une salle contient, en deux rangées, 140 dessins au feutre que l’artiste a mis sur Instagram. Billets d’humeur désopilants, dont l’intention est de pointer ce qu’ils révèlent de la faiblesse/bêtise humaine. Un chat artiste peint un homme dont la tête n’est qu’un gros griffonnage. Il demande au portraitiste « Vous avez réussi cette fois ? ». La toile porte exactement le même griffonnage.

Il est brisé, n’y touchez pas : Alain Séchas a – malicieusement – détourné le dernier vers d’un poème romantique de Sully-Prudhomme pour rappeler que nous sommes dans la Cité du Vase. L’exposition est ouverte jusqu’au 18 septembre.

[Cet article paraît dans le Vase Communicant n° 338.]

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Exposition

Autour de la rose, des êtres de terre

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L'art de la terre crue

Les églises désaffectées, en perdant la dignité de leur consécration, ont du mal à se recycler correctement. Elles sont transformées en restaurants, bowlings, magasins, dépôts, au mieux salles de concert comme à Tergnier, au pire abandonnées ou démolies. Saint-Léger à Soissons est devenue une annexe du Musée, utilisée pour entreposer de vieilles pierres ou pour des expositions avec quelques cimaises montées dans la nef et le chœur. Avant l’ouverture de la Cité de la Musique en 2014, elle accueillait des concerts et des spectacles – comment oublier le soir où le grand portail s’est ouvert pour admettre un cheval sans cavalier, le bruit de ses sabots faisant valser les échos ?

 

Camille Perrin entre deux êtres de terre

Quand la grande rose de la Cathédrale a été soufflée par une tempête en janvier 2017 et a dû être reconstruite, les fragments de l’ancienne, devenus témoins de l’histoire, ont été entreposés un temps, puis assemblés sur le sol de Saint-Léger, les vitraux représentées par des panneaux, et exposés au public sous le titre La Tempête et la Rose. Que faire ensuite ?

Un appel à projets a été lancé, en partenariat avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) des Hauts de France, pour mettre en valeur ces restes, leur donner un sens.

Le chantier a été attribué à deux artistes plasticiennes, Carmen Perrin et Virginie Delannoy, accompagnées par Frédérique Jonnard, architecte spécialiste de constructions en terre crue, pisé, adobe… Une architecte ? Oui, car le projet serait fondé sur l’utilisation de cette matière.

Carmen Perrin a parlé de son impression, en visitant pour la première fois le futur chantier, d’horizontalité, de « l’absence d’humains ». Le projet consisterait, a-t-elle expliqué, à peupler l’espace autour de la rose. Cent piliers de terre crue, mélangée à de la paille et commandée à un fournisseur d’argile, seraient construits et mis en place. Le travail serait collectif, c’était un facteur important

La technique a été mise à l’essai au printemps. Une couche de terre est déposée dans un coffrage carré, et pilonnée. D’autres couches sont ajoutées, jusqu’à obtenir une hauteur totale de 60cm, 1m ou 1m20.

Deux jeunes architectes de Lyon, participants à l’atelier

Après ces préparatifs, le chantier a été lancé le 4 juillet, avec les artistes, l’architecte, quatre jeunes architectes de l’école d’architecture de Lyon, et des volontaires, recrutés surtout par le guide-conférencier Erick Balin, associé au projet depuis le début.

Le 12 juillet tous les participants, le public et la presse ont été invitées à visiter les lieux. Le travail est allé si vite que tout devrait être complété avant la fin du stage prévue le 16 juillet.

Tout le sol était recouvert par des bâches, sur lesquelles s’érigent les piliers déjà finis et qui se mettent à sécher. Le pilonnage d’un nouveau pilier était en cours, comme un rythme pour encourager des travailleurs.

Christophe Brouard, directeur des Musées de Soissons, a lancé un échange, supposé fournir des informations et répondre à des questions concernant le déroulement du chantier artistique. Mais ce qui a émergé a été l’enthousiasme des participants. Ils ont parlé de la qualité du partage de l’expérience, de l’intimité générée par les efforts en commun. Frédérique Jonnard y a vu un « temps de vie partagé » ; elle a été émerveillée par la transformation de la maquette, vue d’en haut, en une réalité au milieu de laquelle elle pouvait circuler.

Carmen Perrin, toujours aimable, toujours souriante, loin de l’image de l’artiste dictant sa vision à une équipe, pense que le souvenir de ce partage restera vif longtemps après la fin du projet.

Les piliers déjà en place sont disposés de façon à créer des perspectives qui changent à chaque déplacement dans l’espace. L’effet d’ensemble est impressionnant, et surtout émouvant. Les piliers représentent la présence des humains, debout autour la rose. La vision a été réalisée.

Véronique Jonnard, architecte, et Erick Balin, guide-conférencier et chef de l’équipe de volontaires

Un autre effet de la présence des piliers, sous la lumière d’été qui envahit l’église de toutes parts, est, paradoxalement, d’attirer aussi les regards vers le haut.  D’un espace vide qui se prêtait à des expositions et événements, Saint-Léger devient un lieu de vie. Elle n’a jamais été plus belle. Au milieu l’ancienne rose, étalée par terre après des siècles dans les murs verticaux d’une cathédrale, mais entourée, avec compassion ou curiosité ou même adoration, par cette communauté de fidèles faits de terre. A chaque personne qui pénètre dans cet espace d’y voir ses images d’enfants, de femmes, d’hommes, sans être distraite par un réalisme individualisant. Ces sculptures de terre sont éloquentes parce qu’elles font appel à l’universalité de l’art abstrait.

Sans qu’aucune référence aux religions ne soit faite, l’ancienne église Saint-Léger retrouve ainsi quelque chose de son passé de lieu sacré.


Le site restera ouvert tel quel au public pendant l’été. Quand les traces du travail qui a produit ce résultat auront été enlevées, ceux qui y ont participé ou qui ont vu le travail en cours, ou qui en ont entendu parler, seront invités à l’inauguration d’une exposition sous le titre à la fois étrange et lumineux de Les foules, les peuples, les créatures.

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Exposition

Journée internationale des Femmes : photos et événements au Bon Coin

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L'art de la photo entre autres...

« Belles dans ce qu’elles font » : Anne Miranda, présidente du café associatif Au Bon Coin, voit ainsi les femmes photographiées pour l’exposition « éphémère » qui marquera la Journée Internationale des Femmes. Femmes actives, agissantes, prenant leur place dans le monde du travail, à la maison, en famille, accueillant, aidant, secourant ; ou dans des situations difficiles, victimes de guerre, réfugiées, exilées, mais gardant la tête haute, avec une fierté affichée ou intérieure, et une volonté qui les soutient

Du 8 au 12 mars, la partie restaurant des locaux deviendra une salle d’exposition d’images prises à travers le monde par Thierry Birrer, Anne et Joaquim Miranda et deux jeunes photographes, Manon Deglos et Jerry Malanda. Celles de Thierry Birrer ont été prises pendant des voyages en Grèce, Kurdistan, Syrie, Congo ; celles de Joaquim et Anne Miranda à Madagascar.

Pendant l’exposition, ceux qui déjeunent au Bon Coin côtoieront ces femmes si diverses, mais qui partagent le même destin, celui d’être une femme.

Ce n’est pas tout. Anne Miranda a confié au Vase Communicant, avec un embargo sur le détail, que de « mini-événements » inattendus auront lieu aux heures de repas, en extension des images de femmes peuplant l’endroit.

De telles actions se succèdent au Bon Coin, lectures, conférences, ateliers et expositions, le trait d’union étant l’engagement de ses membres dans l’accueil, l’écoute, le partage et l’entraide. Anne Miranda l’exprime ainsi : « Vivre nos valeurs sans les imposer. »

Des photos de Thierry Birrer, Joaquim et Anne Miranda. Cliquer sur chaque image.

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