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Histoire

Par voie d’eau de Dordrecht à Rotterdam

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L'art d'éviter les (autres) touristes

Les « voyagements », comme les appelait le père du chanteur canadien Gilles Vigneault, sont le propre de l’été. Courts, longs, à la mer, à la campagne, à la montagne, en ville, ils tendent à prendre fin avec la rentrée scolaire, sociale, politique et littéraire, même si sur le calendrier il reste un mois d’été. Mais le nombre de voyageurs, qu’on appelle « touristes », pose un problème croissant, non seulement pour les pays qui en reçoivent le plus, mais pour les voyageurs eux-mêmes. Leur densité atteint un niveau auquel l’expérience de voyager est faussée.

Voici, pour finir la trêve estivale, une proposition d’alternative aux déplacements de masse. Le voyage a été fait cet été, mais la proposition pourra servir l’été prochain.

Tout un art, éviter les touristes tout en en étant un soi-même. Tous ces gens en habits de vacances qui occupent massivement les terrasses de café, déambulent à haute voix dans les églises et cathédrales, transforment en poussière la terre des petits chemins qui mènent aux sommets de montagne ou à travers les forêts, et qui vous empêchent de goûter la vie telle que la mènent les habitants. C’est à peine si vous entendez la langue locale derrière le brouhaha anglophone, germano- ou néerlandophone, ou, admettons-le, francophone.

Remorqueur sur la Meuse

Un moyen de les éluder, et rentrer dans le quotidien du pays, est de suivre, non pas les touristes, mais les habitants qui font leurs courses, se rencontrent, se rendent au travail.

Le voyageur frileux par rapport aux foules touristiques, et à la recherche de la vraie vie aux Pays-Bas, par exemple, peut facilement s’éloigner des circuits balisés et prendre part au partenariat pittoresque entre terre ferme et eau dans ce pays, traversé par tant de voies d’eau, fleuves, rivières et canaux que le moindre déplacement en dehors du réseau d’autoroutes implique d’y prendre part.

La circulation s’arrête, les moteurs de voiture aussi, et devant eux la chaussée et les trottoirs se dressent jusqu’à la verticale, mettant du coup les réverbères à l’horizontale. C’est le trafic fluvial qui prend la priorité. Les conducteurs attendent dans leur voiture aussi nonchalamment que s’ils étaient à un feu rouge.

Ou bien les gens traversent une voie d’eau sur un de la myriade de ferries qui relient une rive à l’autre, en voiture, à vélo ou à pied, selon la capacité du bateau. Que ce soit à travers une rivière étroite ou un vaste fleuve, c’est chaque fois une micro-croisière de quelques minutes.

Le long de la Meuse

Mais surtout il y a les « waterbus » qui sillonnent ces voies navigables, utilisés largement par ceux qui vont au travail ou en rentrent. Il suffit de les prendre pour connaître cette partie de la vie quotidienne.

Le touriste allergique à ceux qui partagent son statut peut par exemple choisir de prendre un Waterbus à Dordrecht, la plus vieille ville du pays, descendre la Vieille puis la Nouvelle Meuse, derniers avatars du fleuve venu de la Haute Marne, pour arriver à Rotterdam quarante minutes plus tard. C’est une découverte de la densité et la riche diversité du pays (que ses habitants appellent « Nederland », les Pays-Bas, la « Hollande » ne couvrant que deux de ses douze provinces).

Il y a la circulation sur l’eau, les péniches, seules ou en train, les cargos, les bateaux de croisière, les petites embarcations à moteur ou à voile qui passent, se doublent, le sillage des plus gros faisant rouler les plus légers. L’activité reflète la vigueur économique de ce pays prospère. Autre signe : sur la première partie du trajet, alternant avec des habitations, des chantiers de réparation navale se succèdent sur les rives, des vaisseaux en travaux amarrés à côté et en travaux. Il y a aussi des chantiers de construction, dont le gigantesque bâtiment du plus connu, Verolme, assez grand pour contenir un navire en construction tout entier. Il y a d’autres usines en activité, alors que dans d’autres pays de telles installations sont souvent vides, ne produisant que de la rouille.

Péniche lège

La nature partage les rives avec l’industrie, des bancs de roseaux, des bois. Pour apprécier l’esthétique des paysages néerlandais, il faut « horizontaliser » le regard, chercher, non pas des reliefs saisissants, mais toute la subtilité des bandes de terre dont l’existence dépend des efforts millénaires de ceux qui y vivent.

Le bateau continue sur son chemin vers la mer du Nord, et les abords de la Meuse changent d’aspect. Les maisons deviennent des immeubles d’habitation, souvent d’une modernité frappante, signes de l’approche d’une grande ville.

Le bateau passe sous des ponts, la densité des maisons s’accroît. Enfin le Waterbus émerge d’une grande double courbe, et la grande finale de cette croisière bien utilitaire pour la plupart des passagers : le pont Erasme (qui est né à Rotterdam) se découvre . Ce pont suspendu ressemble à une harpe géante qui attend que quelque instrumentiste céleste en tire des arpèges sublimes. Le bateau passe en dessous pour atteindre le quai d’amarrage. Débarquement immédiat pour visiter une ville en constant bouillonnement architectural.

Ceux qui auraient la nostalgie des grands paquebots qui régnaient souverainement sur les mers jusqu’à ce que des avions, ces tubes bruyants, ne les remplacent, peuvent regarder le restaurant « New York » de l’autre côté du fleuve. Ses tourelles sont minuscules à côté d’un immeuble de grande hauteur en forme de cubes décalés, comme si un enfant les avait empilés distraitement. Jusqu’aux années Cinquante c’était le terminal de la « Holland-Amerika Lijn ». Les passagers y embarquaient pour traverser les mers et océans et arriver à tous les bouts du monde.

Le retour à Dordrecht se fait toutes les heures. Chacun sait que le retour devrait logiquement être l’image miroir de l’aller, mais qu’il n’en est rien : certains détails se reconnaissent, mais le changement de perspective est radical. C’est un nouveau voyage, cette fois plutôt avec des Néerlandais qui rentrent du travail au lieu d’y aller. Les touristes se font aussi rares dans les deux sens.

denis.mahaffey@levase.fr

 

 

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Ecriture

Denis Lefèvre, mémorialiste du monde paysan

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L’auteur devant ses livres et ses objets à Breny.

L'art de raconter 14 000 ans d'histoire

“Soulever, pénétrer, déchirer la terre, écrit la romancière Colette, est un
labeur – un plaisir – qui ne va pas sans exaltation.” Racines et gènes

Racines et gènes, l’histoire de l’agriculture à travers le monde, commence par le récit d’une balade de l’auteur Denis Lefèvre avec son père autour de Breny, le village du sud de l’Aisne où il a grandi et qu’il habite encore, à quelques pas de la ferme de ses parents. Ils sont entourés des traces de l’évolution du monde rural qui sera abordée dans les 1152 pages suivantes.

Denis Lefèvre vit dans une maison en bois qui ne se remarque guère parmi les constructions traditionnelles de pierre, sauf que l’intérieur a des allures de chalet de montagne. Des livres remplissent les étagères, rangés par catégorie (paysannerie, écologie, Europe, Emmaüs, altermondialisme… et ses propres ouvrages) et avoisinent des objets accumulés en voyage, dont des jouets en bois. Il n’est pas collectionneur mais ramasseur, comme un enfant qui cherche des cailloux remarquables sur la plage. Pour rester dans le cadre agricole : il ne cultive pas, il cueille. Nous y parlons de son dernier livre.

Son histoire de l’agriculture débute il y a 14 millénaires en Galilée, quand la communauté des Natoufiens quitte ses grottes pour des villages. C’est le début de la « révolution néolithique » et, vu ses conséquences, de la civilisation. La culture des céréales a été à l’origine du commerce, de la mathématique, de l’écriture, et même de la religion : semer est un acte de foi.

Racines et gènes est volumineux. Mais il n’écrase pas le lecteur. Le ton est souple, l’expression éloquente, imagée. Il en fait une histoire saisissante, comme celles qui se racontaient dans les veillées. Plus qu’un long discours sur l’agriculture depuis ses débuts dans le Croissant Fertile, son livre est un éperon pour faire comprendre le monde paysan, ses origines, sa floraison, son déclin. Denis Lefèvre est à la fois savant et divertissant. Il se dit « éternel étudiant » mais c’est aussi un enseignant talentueux, transmettant son savoir avec engouement et humour. Ses informations peuvent être inattendues : des trois céréales de base, le blé, le maïs et le riz, seul ce dernier exige des infrastructures ; la Grande Muraille a-t-elle été construite pour protéger les rizières chinoises ?

Racines et gènes est une histoire, pas une étude. L’auteur entre dans le détail des transformations techniques et mondialistes, mais sans avoir recours à un seul tableau, camembert ou graphique.

Il admet avoir mis vingt ans à écrire son magnum opus. «J’ai obtenu une aide du Centre national du livre, qui m’a permis de passer trois mois par an sur le projet.» En parallèle il a publié de nombreux ouvrages sur le monde rural, mais aussi sur l’abbé Pierre et Emmaüs.

L’agriculture a initié un développement social, technique, financier sur le dos des paysans, toujours déconsidérés par ceux qui se sont nourris et enrichis du produit de leur labeur. Denis Lefèvre se fait mémorialiste de leur émergence, longue primauté et, depuis cent ans, rapide déclin devant la sur-technologisation. Mais il ne râle pas, il constate froidement. De ses parents il écrit «Nés paysans, ils sont devenus agriculteurs.»  Tout est dit.

C’est l’histoire. Et l’avenir ? Il relève les mêmes phénomènes qui ont déclenché la révolution néolithique, réchauffement climatique, pénurie d’eau, nomadisme (urbanisation, migration), accroissement de la population. Quelle révolution nous attend ?  

Racines et gènes, 2 volumes, Ecopoche 2018.


DM ajoute :  J’ai rencontré Denis Lefèvre pour la première fois en 2005 à une réunion du Comité de Jumelage des cantons français d’Oulchy-le-Château et allemand de Grasleben, dont il était président. L’année d’après, pour la rubrique Chemins de l’Engagement que je tenais dans le journal L’Union, il s’est confié sur sa voie dans la vie. Quinze ans et de nombreux livres plus tard, ses engagements, ses valeurs, ses combats gardent toute leur force. Voici l’article.

Ecrivain et paysan dans l’âme

A six ans, Denis Lefèvre était fasciné par Joseph Kessel et Albert Londres à la radio, et disait «Un jour je serai grand reporter comme eux.» Il ne l’est pas devenu, mais la force de cette vision l’a guidé dans ses choix pour devenir écrivain.

Né en 1955, il grandit sur une ferme à Breny, près d’Oulchy-le-Château. De son milieu catholique il dit avoir gardé une confiance « un peu boy scout » en la gentillesse des gens, qui l’a mal préparé pour le rude monde de l’édition.

Après son bac, il entre dans une école supérieure d’agriculture à Paris, et commence une carrière d’agronome, jusqu’à s’occuper de l’élevage à la Chambre d’agriculture de l’Aisne. Devenu écrivain nécessairement seul, il garde un bon souvenir des relations de travail.

L’idée du journalisme le reprend. Après une école de communication à Angers, il envoie son CV partout. Il remplace une journaliste de La Croix partie en congé de maternité, puis devient rédacteur en chef d’une revue des industries agroalimentaires, et de Agriculture magazine.

Il veut écrire un livre, et devient pigiste pour en avoir le temps. Le retour des paysans, qui reçoit un accueil dithyrambique, démontre que l’agriculture, même si elle est marginale, pose toutes les grandes questions de société. Suivent une dizaine de livres, dont une histoire des communautés d’Emmaüs. Son dernier projet, « Des racines et des gènes », est une somme de ses recherches, allant du néolithique, époque du début des civilisations, des guerres et des inégalités, à la mondialisation et le réchauffement planétaire. «Je suis paysan dans l’âme» : il explique ainsi ses préoccupations.

Depuis un stage à Bruxelles, son autre passion est l’Europe : «un empire qui se crée sans faire la guerre». En 1981 il établit un jumelage entre le canton d’Oulchy et un canton allemand, avec une idée simple : faire se rencontrer les citoyens de deux pays.

Sa conversation reflète sa démarche de journaliste, qui enquête plutôt que de redire des informations déjà formatées. Il se considère journaliste, pas écrivain. «Je m’occupe des faits, non pas d’imagination.» En doutant constamment de la valeur de ce qu’il produit, il évite l’écriture routinière, protège sa voix d’auteur.

Denis Lefèvre habite une maison tout en bois, derrière la ferme familiale à Breny. Il vit seul. Ce n’est pas un choix, dit-il. L’écriture est un travail solitaire, qui tend à isoler un auteur. Les éditeurs ne choient que les écrivains vedettes, et comment entretenir une famille avec de maigres droits d’auteur ?

«Je vois mal l’avenir» admet-il, déçu par la dérive des idéaux fondateurs de l’Europe, et troublé par une mondialisation «qui a tout cassé». Au moins, il admet «qu’un livre est comme un grand reportage». Modifié par la réalité, voilà le rêve qui se réalise.


[Mémorialiste du monde paysan paraît dans le Vase Communicant n°307.]

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Histoire

Le déconfinement des gallinacées

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L'art d'élever la volaille

Si les arts ne peuvent pas venir à leur Vase des Arts…
le Vase des Arts ira à ses arts.

J’étais rentré de l’Inde convaincu que seuls importaient les actes accomplis dans un état de méditation et de béatitude. Je m’y suis essayé en closant l’espace étroit entre l’arrière de la maison et le mur de pierre du jardin. J’avais conclu l’achat juste avant de partir en quête d’éclairement ; rentré, j’entreprenais la remise en état de la gentille ruine.

J’ai dégagé le terrain en coupant les noisetiers adventices qui l’encombraient, et enlevé une décharge de bouteilles cassées.

J’ai trié des pierres de taille venant d’une chèvrerie effondrée. Elles serviraient à constituer un encadrement pour une porte dans le nouveau mur. Un livre de bricolage à la main (mortier : 3 parts grève, 1 part chaux, un soupçon de ciment), j’ai commencé à monter les piliers. Deux pierres de chaque montant devaient être plus longues pour les ancrer dans les pans de mur en pierres des champs irrégulières. Méditation ? Oui, si c’est s’investir entièrement dans la réalité et les gestes de la construction. Béatitude ? Oui, l’une vient de l’autre.

Devant la porte dans le mur

J’ai fabriqué une porte en lames de volet, montées sur deux traverses jointes par une diagonale pour former un « Z » de renforcement. Elle a été peinte en vert et suspendue sur ses gonds.

Deux lapins, premiers occupants de cet enclos, ont été rejoints par de petites poules et leur coq (Gallinacées naines). Je les enfermais la nuit dans une des quatre cages d’un ancien clapier devenu poulailler, comme l’espace est devenu basse-cour.

Pendant la pose de tuyaux d’assainissement la porte restait souvent ouverte et les poules s’échappaient dans le jardin ; comme elles retournaient se coucher dès que la lumière baissait, je les laissais libres le temps des travaux.

Après, je n’entrais que pour ouvrir le poulailler le matin et le fermer le soir, distribuer la nourriture, remplir l’abreuvoir, prendre les œufs, nettoyer la cage.

Mais elles avaient engrangé une si merveilleuse vision du grand monde dehors qu’à chaque ouverture elles se précipitaient pour tenter de passer entre mes pieds et regagner le paradis. Elles avaient pu y picorer plus savoureusement que dans la basse-cour, et il me semblait qu’elles aimaient les perspectives, les obstacles à contourner, les allées à traverser, les coins où elles pouvaient se retirer. L’effort qu’elles consentaient suggérait que l’expérience avait peut-être éveillé la mémoire archaïque, ancrée sous la crête rouge ou rose, dressée ou tombante de chaque poule, des origines sauvages du clade en Asie, de ses savanes et jungles et hauteurs vertigineuses, pleines de délices et dangers, où chaque sortie était une aventure. De vastes frondaisons tropicales faisaient de l’ombre là où elles couraient, de hautes herbes parcourues par le vent les abritaient des prédateurs, sur des flancs de montagne elles sautaient de roche en roche, se cachaient dans les fougères. Au milieu des périls quotidiens elles apprenaient l’étiquette brutale des poules et acceptaient leur rang ; elles se terraient pour couver, le corps stuporeux et l’œil alerte. De l’éclosion à la mort soudaine – un déclin lent étant improbable – la vie n’était jamais sûre, mais riche en envies et en défis.

Après quelques jours d’enfermement la vision de la liberté s’est estompée, les chatouillements venus du passé lointain se sont calmés, elles n’y pensaient plus, se satisfaisaient pleinement de ce qu’elles avaient dans la basse-cour, sans désir de plus lointains horizons. Je ne pouvais pas me défaire de l’idée que, si mon expérience en Inde s’était aussi vite effacée, je n’aurais pas construit, dans un état d’éveil, le mur et la porte qui confinaient les poules.

Adapté d’un écrit pour Scribus, mai 2020

[30/05/20 Modifications mineures]

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Histoire

Retenir son souffle au Mail

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L'art du conte

Un spectacle de théâtre est un phénomène à double sens. Les acteurs ont un impact sur les spectateurs, qui leur renvoient leurs réactions, rires, mouvements, même toussotements, créant une dynamique subtile d’échange.

Alors comment expliquer le silence du public du Mail pendant « Amok », d’après la nouvelle de Stefan Zweig, adaptée et racontée par Alexis Moncorgé ? Révélation théâtrale aux Molières 2016 pour ce même spectacle, il est venu à Soissons dans le cadre du « Printemps des Conteurs ».

C’est donc du théâtre ; mais derrière le jeu physique, la scénographie minimaliste, l’éclairage, « Amok » reste un conte, exerçant la magie du genre : les auditeurs, comme des enfants écoutant une histoire avant de dormir, se taisent, se figent  pour ne pas perdre une seule lettre d’un seul mot, retiennent leur souffle aux moments les plus palpitants.

Bien entendu, pour tenir les auditeurs, il faut exciter leur imagination, en incorporant des éléments exotiques, tels une longue traversée des mers, un monde oriental, une belle femme mystérieuse et voilée, un homme ravagé par une brutale passion, une mort, deux morts… Tout y est dans « Amok ». Un médecin en Indonésie reçoit une femme européenne qui veut avorter. Il demande qu’elle se donne d’abord à lui. Elle refuse, part. Il devient fou d’amour, la suit, la retrouve mourante après l’intervention d’une avorteuse, accompagne secrètement le rapatriement du corps en Europe et, pour lui épargner une autopsie, fait tomber son cercueil à l’eau et se noie lui-même.

Seule concession à la forme théâtrale : dans la nouvelle de Zweig, un narrateur rencontre le médecin et recueille ses délires. Il disparaît de la scène, et le médecin se confie au public.

Le comédien, seul en scène, campe tous les rôles. Mais il reste conteur. Pour jouer la femme arrogante, il esquisse un geste féminin de la main, élève la tonalité de sa voix, sans plus : il est conteur. Il joue aussi des boys indonésiens, son supérieur hiérarchique, rôles auxquels sa bouille juvénile ne correspond guère. Peu importe : il est conteur.

La mise en scène est efficace, évocatrice, le jeu d’Alexis Moncorgé éloquent. Mais il est tout aussi possible d’imaginer le conteur, assis sur une chaise ou au bord de la scène, faisant tout passer par la voix, captant l’attention comme Schéhérazade racontant chaque nuit à son Calife une histoire qui ne se termine qu’à l’aube.

denis.mahaffey@levase.fr

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