Chaque année le Festival de Laon assigne une ou plusieurs de ses représentations à la Cite de la Musique de Soissons, à l’intention du public local. Ainsi, la nouvelle saison a commencé par un récital-lecture au programme du Festival, donné par le pianiste Gabriel Durliat, la comédienne Marianne Denicourt, et la violoncelliste Dom La Nena. Jean-Michel Verneiges, Directeur de l’Association pour le développement des activités musicales dans l’Aisne (ADAMA), a eu l’idée d’associer Liszt, Flaubert et Berlioz en un spectacle qui reflète un fait capital ; la Symphonie fantastique de Hector Berlioz a été créée en 1830 et la Sonate pour piano de Franz Lizst en 1853, et Madame Bovary de Flaubert a été publié en 1857.

Gabriel Drliat joue la Sonate de Liszt.
En vingt-cinq ans, le temps d’une génération, trois œuvres majeures qui ont incarné la floraison du mouvement Romantique. Romantisme : l’être intérieur se laisse ou se fait apercevoir, à travers une exploration des sentiments, une extériorisation de l’inné. Le lyrisme et sa contrepartie, le naturalisme, deviennent des outils pour nourrir l’inspiration des artistes dans tous les domaines. Le secret devient monnaie courante. Les compositeurs Romantiques, Liszt comme Chopin, expriment le vertige qui vient d’un écart entre le mondé rêvé et la vraie vie. L’idéal et le réel sont en conflit. Liszt et Berlioz mettent en musique cette contradiction entre extase et désespoir. Flaubert, loin d’être un Romantique, crée Emma Bovary, pour qui la vie s’exacerbe entre ses fantasmes et la platitude de ses circonstances quotidiennes.
Gabriel Durliat (romantique lui-même dans un maillot noir avec patte de boutonnage à la gorge) affronte comme un metteur en scène la Sonate, légendairement difficile à jouer, alternant les envolées vertigineuses et les moments de quasi-silence, une note, une autre, une autre, avant de repartir en course. Il joue les silences et attentes à la fois en musicien brillant et en acteur, un doigt descendant sur le clavier comme un geste contre le silence. Les thèmes sont connus, mais le fait de voir et entendre le pianiste éclaire la Sonate, la rend accessible du début à la fin.
Après le piano, la lecture d’extraits du roman de Flaubert par Marianne Denicourt, accompagnée de Dom la Nena au violoncelle. Le destin d’Emma se déroule, et la musique offre un autre monde, d’harmonie, d’invention, de sérénité.
La comédienne, une ancienne de la troupe de Patrice Chereau, ne joue pas, elle lit, son visage réagissant aux mots prononcés, alors que sa voix accompagne Emma en sa chute.

Marianne Denicourt et Dom La Nena
La grande salle de la Cité est renommée pour son acoustique. Mais dès qu’on a recours, et c’est parfois nécessaire, à de gros baffles de chaque côté du plateau, leurs qualités remplacent celles de la salle, et dépendent de l’équipement. La voix de Marianne Denicourt, en passant par un micro attaché au lutrin, s’est légèrement brouillée. Aurait-il suffi d’utiliser un micro de tête pour abolir ces bruits parasites ?
Pour finir, après une pause-grignotage pour les spectateurs devant la vue de Saint-Jean-des-Vignes, Gabriel Durliat a terminé le concert en jouant une transcription pour piano par Liszt de la Symphonie fantastique – comme la Sonate, rarement jouée, et jamais à Soissons.
Gabriel Durliat écrit dans le programme que l’on a l’impression d’entendre une autre œuvre, celle de Liszt, « marquée du sceau de sa génie et de sa science incomparable de l’écriture pianistique ».
Ce premier événement de la saison met la barre très haut, en explorant avec un tel à-propos les angoisses dissimulées dans la beauté du Romantisme.
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