La maison à trois étages au 7 rue des Cordeliers à Soissons est étroite, et son apparence fait penser qu’elle date d’avant les destructions de la Guerre 14-18. C’est ici qu’a vécu la famille Ehrenkranz à partir des années 30, jusqu’à ce que la guerre et la persécution mettent fin à sa vie tranquille.

La maison où la famille Ehrenkrantz a vécu dans la rue des Cordeliers
Jacob Ehrenkranz nait en 1903 dans une famille juive de la Galicie orientale, province de l’empire austro-hongrois. Il arrive à Vienne à l’âge de trois ans, et repart à pied à dix-sept pour Paris, où il prend le prénom Jacques. Il épouse Germaine Liwer en 1929, et ils quittent la capitale pour chercher fortune à Soissons.
De l’Europe centrale à l’Aisne : déjà une première odyssée.
L’historien Stéphane Amélineau étudie depuis longtemps la communauté juive soissonnaise. Quand il était professeur documentaliste au lycée Saint-Rémy il a travaillé avec ses élèves sur leur sort. Sa priorité dans la vie, dit-il, est de combattre l’oppression et pour lui la Shoah reste le plus terrible exemple de la violence raciste. Il est l’auteur de L’Odyssée de Jacob, une biographie de Jacob/Jacques.
Quand la guerre est déclarée en 1939, cela met fin à la vie familiale et sociale tranquille des Juifs soissonnais. Après avoir combattu dans le Nord, Jacques est envoyé dans un camp allemand pour prisonniers de guerre. Rapatrié à l’hôpital à Paris pour des raisons de santé, il échappe aux rafles – alors que Germaine est déportée. Il passe en Espagne et rejoint la Résistance française, traversant et retraversant clandestinement les Pyrénées. Ensuite il s’entraîne en Afrique du Nord pour les combats à Belfort et en Alsace.
Il revient vivre à Paris avec ses deux enfants, se remarie. Après la mort très jeune de son fils en 1948, il part avec sa femme et sa fille Lisette en Israël, et y meurt en 1977 à 74 ans.
De Soissons à Herzliya : c’est la deuxième odyssée du livre.

Stephane Amélineau à la librairie Interlignes : 10 ans de recherche et 8 d’écriture.
La troisième est celle de Stéphane Amélineau, qui s’est engagé dans 10 ans de recherche et 8 d’écriture pour cette biographie de Jacob/Jacques.
Il a retrouvé Lisette (citée en exergue de chaque chapitre) et elle l’a invité à visiter Israël.
En 2019 il a organisé une réunion des survivants pour faire le tour de Soissons. Lisette – qui est décédée en Israël il y a quelques mois – a reconnu la maison de la rue des Cordeliers. Seul changement : les balcons ont disparu.
Il a un projet en tête, avec ses élèves : établir l’histoire de Germaine, morte à Auschwitz. Une nouvelle odyssée commence.
L’odyssée de Jacob, éd. Echelle du Temple, 2025 : disponible dans les librairies de Villers-Cotterêts et Soissons et en ligne editions-de-l-echelle-du-temple.over-blog.com
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[Cet article paraît dans le Vase Communicant n° 398.]