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Livre

Poésie sur la ville

Denis MAHAFFEY

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L'art de la lecture

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Pour marquer le « Printemps des poètes », la librairie Interlignes a non seulement mis en étalage des livres de poésie, elle a accueilli aussi samedi dernier, jour de marché, des élèves volontaires des Classes théâtre du collège Saint-Just. Pendant quinze jours des groupes d’élèves sèment des graines de poésie un peu partout, de maison de retraite en hôpital (même à la cafétéria du personnel), de salles de classe en mairie, de la bibliothèque à la nouvelle Cité de la musique et de la danse.

A Interlignes, ils étaient une douzaine à réciter chacun un poème, parfois deux. Ainsi, ces jeunes poétiques ont donné voix et vie au contenu des livres sur les étagères.

Il ne s’agissait pas d’ânonner maladroitement et timidement des vers à peine compris par leur lecteur. Par leur formation, ces élèves ont appris à s’adresser au public, et à maîtriser leur texte. Ils ne se cachaient pas derrière le papier, mais gardaient le contact avec les auditeurs assis devant eux. La beauté, l’humour et l’émotion émergeaient des mots qu’ils disaient. La tirade des nez de« Cyrano de Bergerac », Prévert, Whitman, et même un poème anonyme en anglais étaient autant d’ouvertures sur un monde chaque fois différent.

Philippe Chatton, coordonnateur de ces classes, explique la démarche. « Nous empilons des poèmes sur une table par thème, et les élèves font leur propre choix. » Nous avons donc entendu des poèmes qui avaient un sens particulier pour chaque lecteur. Pour Emmanuel, lire à haute voix « est une sorte de libération ». En bousculant le langage, en effet, la poésie libère l’esprit, et la lire pour les autres rend ce sentiment de liberté encore plus intense.

Les élèves referont leur lecture publique à Interlignes le samedi 21 mars à 10h.

denis.mahaffey@levase.fr

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Le Vase des Arts

Les yeux dans les yeux

Denis MAHAFFEY

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L'art de survivre au confinement

Vincent Dussart, directeur artistique de l’Arcade, en résidence au Mail de Soissons, s’exprime sur les effets du confinement pour sa compagnie, les dispositifs virtuels adoptés pour assurer une présence pendant les restrictions, et ses espoirs pour une reprise des activités.

La première résidence soissonnaise de l’Arcade de 2009 à 2012 avait montré la différence entre les passages éclair de compagnies arrivant de Paris l’après-midi pour préparer leur spectacle, jouant le soir et, souvent, repartant aussitôt. Une compagnie en résidence entre dans la vie de la ville, donne une continuité à la vie théâtrale, élargit la fréquentation, lance des activités annexes. C’est un ferment. L’Arcade a organisé des répétitions publiques et des ateliers, a accompagné des spectacles venus d’ailleurs. Elle a tout fait pour lever le mystique dont le théâtre s’entoure – en révélant le « jeu » par lequel un acteur entre dans un « rôle ».

Un thème a marqué cette première résidence : la famille, sa complexité, ses forces, ses faiblesses. De multiples activités, enquêtes, entretiens se sont terminées par un spectacle, Ca va la famille ?, réunissant les comédiens de l’Arcade et des non-professionnels.

L’Arcade est revenue en 2015 pour une seconde résidence autour de plusieurs thèmes : la brutalité du monde du travail, le « regard des autres » et son impact sur l’image que chacun a de lui-même, la honte qui ronge l’amour propre. Par les actions visant les scolaires et dans les centres sociaux les participants ont appris à reconnaître le phénomène, ce qui change déjà les perspectives.

Depuis 2019 un nouveau cycle, Les fantômes de l’intime, aborde les répercussions de grands traumatismes sociétaux : guerres, épidémies, révolutions… « Que portons-nous de notre histoire et de l’Histoire ? Ne pas s’interroger, ce serait se condamner à ne pas nous comprendre. »

Un spectacle, Ma forêt fantôme de Denis Lachaud, était en répétition, d’autres pièces étaient en tournée, les activités scolaires et autres en cours, quand le couperet est tombé en mars. Vincent Dussart décrit la situation :

« Toute l’activité artistique de l’Arcade s’est interrompue brusquement. Arrêt des ateliers au sein des écoles, des collèges, des lycées, du Conservatoire… Arrêt des tournées de deux spectacles en cours, arrêt des répétitions de la prochaine création, puis l’annulation du festival d’Avignon où nous devions jouer…

« Ce fut d’abord un temps de sidération pour moi. Puis un temps d’inquiétude : comment protéger les artistes, dont les carrières sont déjà fragiles ? Comment protéger la Compagnie ? Nous avons avant tout travaillé à mettre en place les mesures de protection qui étaient possibles, nous avons fait le tour des partenaires de la compagnie. Ils nous ont assurés de leur soutien, au premier rang desquels la Ville de Soissons.

« Une fois cette sécurité un peu renforcée, nous pouvions penser. Prendre un peu de distance, ne plus rester à l’affut de chaque information, qui de toute manière était soit alarmante, soit confuse. Nous avons cherché à consolider les projets à venir, développer de nouveaux partenariats, répondre à des appels à projet… et renouer le lien avec nos publics. »

Avec Sabrina Guédon, directrice du Mail, il a décidé de lancer des lectures quotidiennes sur Internet, 28 au total. Il y en aura d’autres, mais plus espacées. Elles restent accessibles sur les pages Facebook du Mail et de l’Arcade.

Il a enregistré ces lectures chez lui à Paris ou il a vécu le confinement dans 40 mètres carrés.

 « Ces lectures d’extraits de théâtre ou de romans ne répondaient pas à une thématique. Chaque jour, je choisissais un extrait au gré de mes envies, à la manière dont ils résonnaient avec l’actualité. Certains ont résonné particulièrement avec la crise sanitaire, d’autres permettaient au contraire de s’échapper de ce climat anxiogène. »

Peter Brook, Rainer Marie Rilke, Guillaume Touze, Colum McCann, même un extrait de Ma forêt fantôme : en les lisant les yeux dans les yeux du spectateur, sans se cacher derrière des personnages, Vincent Dussart confirme sa vision du comédien. C’est simple, direct, percutant. A travers les auteurs il fait une brèche dans l’isolement.

Un lien, virtuel mais fort, s’est renoué avec les élèves du lycée Nerval, du Conservatoire, de la « classe théâtre » du collège Saint-Just. Des projets sont en cours, d’autres sont déjà en ligne sur le site de la CMD.

« Aujourd’hui, nous allons enfin pouvoir relancer les répétitions de Ma Forêt fantôme que nous créerons au Mail en novembre. Elles risquent d’être étranges, traversées par les odeurs de gel hydro-alcoolique, les comédiens gardant leurs distances, protégés par des visières… mais un nouvel horizon s’ouvre enfin, où nous pourrons retrouver le public soissonnais. »

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Ailleurs

365 words a day x 365 times a year

Denis MAHAFFEY

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Si les arts ne peuvent pas venir à leur Vase des Arts…
le Vase des Arts ira à ses arts

A l’intention des anglophones, anglicistes, étudiants et baragouineurs d’anglais

James Robertson, né en 1958, est l’auteur écossais de nombreux romans, dont plusieurs sont traduits et publiés par les Editions Métailié. Le petit format n’est pas sa spécialité – And the land lay still, panorama de l’Ecosse entre l’après-guerre et la veille du référendum sur l’indépendance en 2014 (*), contient 700 pages.

Photo Marianne Mitchelson

Mais en 2013 il s’est donné un défi qui ferait penser à Queneau ou Perec par les contraintes qu’il s’impose : écrire chaque jour de l’année une nouvelle contenant exactement 365 mots. Son éditeur les a publiées en ligne le long de l’année 2014 avant de les réunir dans un volume, 365 stories.

Il y en a de tous les genres : satires, élégies, fables, observation sociale, étude de relations, fantaisies, souvenirs de voyages, science-fiction, contes de fée, anecdotes. Pour certains dialogues l’auteur emploie le dialecte de la Basse-Ecosse (à ne pas confondre avec le Gaélique, langue celte de la Haute-Ecosse). Ses nouvelles amusent ou émeuvent, rassurent ou déconcertent. La règle du nombre de mots confère une acuité sur chacune sans empêcher la diversité de rythmes. Parfois un texte constitue un éclat de mots comme un tesson de verre ; parfois il est à l’échelle d’un roman.

Le violoniste écossais traditionnel Aidan O’Rourke a ensuite écouté les nouvelles le long de 2016, en composant chaque jour une mélodie, qui est plus une exploration du texte qu’un accompagnement. C’est en 2019 qu’ensemble James et Aidan se lancent dans l’enregistrement des textes et de la musique, en faisant intervenir aussi d’autres lecteurs et musiciens. « Une entreprise herculéenne » selon James.

Les nouvelles et mélodies sont publiées sur le site quotidiennement tout le long de l’année 2020. Il suffit de s’inscrire ici pour les recevoir gratuitement et vivre au rythme de ces écrits miniatures qui englobent toute l’expérience d’être humain.

Elles sont en anglais, ce qui leur donne un intérêt non seulement littéraire mais pédagogique pour ceux qui ne sont pas de langue anglaise. On peut lire ou écouter la nouvelle du jour, ou lire en écoutant. La musique est à entendre à part ou en accompagnement du texte.

Les phrases en dialecte écossais peuvent dérouter : « feart » au lieu de « frightened », « ken » au lieu de « know », mais elles donnent de l’authenticité à l’ensemble.

James Robertson soutient cette proposition pour les lecteurs du Vase Communicant/Vase des Arts. Un retour sur l’expérience serait apprécié. Des commentaires et questions sont à envoyer à denis.mahaffey@levase.fr.


(*) L’indépendance a été rejetée par 55.3% contre 44.7%, mais le Brexit a changé la donne, et le gouvernement écossais appelle à la tenue d’un nouveau référendum.

Site : 365 : Stories and Music

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Livre

Je ne marche pas, je roule

Denis MAHAFFEY

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L'art de la vie malgré tout

Lou avec Philippe Robin (photo P.Robin)

Quand j’ai rencontré en 2004 Philippe Robin, à l’époque chef d’édition d’un quotidien à Soissons dont j’étais devenu correspondant local, je me suis rendu compte de son souffle journalistique, sa rigueur, sa facilité de contact. Je lui ai alors demandé : « Pourquoi tu n’écris pas un livre ? » Il a ri, m’a fait comprendre que la sortie d’une édition chaque jour, et la gestion d’une équipe de journalistes et des correspondants locaux, suffisaient à remplir ses journées. « Puis ce n’est pas la même chose ! »

Il a quitté Soissons pour Laon. Mais il a suffi qu’il trouve un sujet qui l’inspire pour qu’il s’engage, et écrive son livre, Le Monde de Lou.

En 2017 il a rencontré une très jeune « ambassadrice » aisnoise du « Téléthon », Lou, âgée de quatre ans. Elle souffre d’une « maladie rare », une amyotrophie spinale infantile incurable. Elle ne marche pas à cause d’une faiblesse musculaire, et souffre d’une atrophie des muscles qui rend la respiration difficile.

Mais ce tableau lourd est allégé par la personnalité de Lou, virevoltante, rieuse, espiègle. Elle n’est pas pitoyable pour deux sous, ne veut pas l’être. Si sa vie devait être courte, elle voudrait la mener à pleins gaz.

Philippe Robin a décidé de s’engager, de suivre longuement Lou, d’entrer en relation avec ses parents et son frère aîné, et d’écrire son livre sur le sujet.

C’est un livre de journaliste, attaché à rendre fidèlement compte des faits observés et des individus rencontrés, à ne donner que des informations exactes et vérfiées. Ce n’est pas un portrait larmoyant d’une petite héroïne. Il parle peu des émotions ou souffrances morales de son entourage familial, condamné à être témoin au quotidien de ses difficultés. Il rend plutôt compte de l’effet de sa présence rayonnante.

C’est Lou qui galvanise son monde familial, médical et même scolaire : elle a le don, par sa bonne humeur et son courage inébranlables, de provoquer des réactions généreuses. A l’école, elle suscite la solidarité de ses camarades. Un nouvel élève qui demande brusquement « C’est qui celle-là ? » est rappelé sèchement à l’ordre.

En réalité, l’histoire de Lou encadre et illustre celle de l’Association Française des Myopathies, l’AFM. Combien de ceux qui regardent le Téléthon savent le travail fondamental qu’l’AFM accomplit depuis soixante ans ? Ses fonds servent à financer de vastes programmes de recherche dans le domaine des maladies « orphelines », celles dont souffrent si peu de personnes qu’elles n’attirent pas les chercheurs, pour des raisons de coût/bénéfice. L’argent des donneurs sert à cela.

Philippe Robin détaille des projets qui ont transformé la prise en charge de tels patients, et définit le vaste assemblage d’agences qui les mènent.

L’histoire de Lou depuis deux ans est celle de victoires successives. De nouveaux traitements ont amélioré son état au point qu’elle rêve de marcher, et que ses parents pensent au jour où ils l’amèneront à l’étranger.

Le livre présente aussi tous les individus, kinésithérapeute, assistantes scolaire et maternelle, personnel médical, qui aident Lou. Elle le leur rend bien par son dynamisme.

Lou est plus que courageuse et souriante : elle a de l’esprit. Appelée à se mettre « en marche » avec les autres charges de l’assistante maternelle, elle réplique : « Je ne marche pas, je roule ! »

Rencontré dans une librairie de Soissons où il signait le livre, Philippe Robin dit « Je vais répondre à la question que tu ne m’as pas encore posée : est-ce que je vais écrire un second livre ? La réponse est oui, certainement. » Il attend un sujet aussi riche et passionnant que pour son premier.


Le monde de Lou, Ed. A Contresens, nov. 2019, €10, dont €2 au profit du Téléthon.

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P U B L I C I T É

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