L’écrivain et poète Pascal Ponsart-Ponsart, qui vit à la lisière de la forêt de Retz, parle de son nouveau recueil de poèmes, L’Arbre en porcelaine. Il y suit le vécu d’un deuil, l’atterrissement, le chaos intérieur, l’isolement ; puis, un jour, l’apaisement, enfin l’acceptation, un état de grâce qui lui permet de traduire sa peine en poésie.
Le fil rouge de L’Arbre en porcelaine est le deuil, mais ce n’est pas un manuel, car la poésie ne conseille pas ; en saturant le sens des mots elle scrute une catastrophe naturelle et la reconstruction lente, hésitante qui la suit.
Pourquoi ce poète a-t-il entrepris ce labeur ? « Pour que la mort n’ait pas le dernier mot ! » dit-il. Comme « pour fixer ce qui a disparu ». Il considère « l’irréversibilité du temps, et le rôle de la nature, à la fois cruelle et consolatrice ».
L’absence est l’élément décisif. Un chemin pictural traverse les pages, l’image d’un jardin avec une table et deux chaises, vides. Grise au début, la scène reprend progressivement des couleurs jusqu’à la plénitude – mais la table, les chaises restent vides.
Un des poèmes s’adresse à son frère mort, mais dont il a déjà fait le deuil quand ils étaient enfants et que leurs dispositions les ont séparés. « Tu jouais le guerrier, je préférais les livres, Et m’éloignais déjà du monde fracassant. »
Partout, la douleur est vive. « Est-ce encore vivre que deviner ces abysses en soi, ces puits de ténèbres où notre esprit se noie ? » écrit-il. Pour que l’émotion ne noie pas ses mots, il explique avoir recours à une poétique très structurée avec des alexandrins, des villanelles (un système particulièrement strict de rimes récurrentes), des rondes, des refrains, des invocations. Un style archaïsant ? Il rit : « J’accepte. » Il se reconnaît dans les poètes parnassiens et leur rejet du lyrisme facile. « J’aime les contraintes quand j’écris. »
Que veut dire « l’arbre en porcelaine (…) fêlé sous la pluie » ? Certes, à chaque lecteur de donner à cette image le sens qu’il y trouve, c’est le propre de la poésie. Pour Pascal Ponsart-Ponsart « D’abord c’est fragile, la porcelaine. » Il rappelle le Kintsugi, l’art japonais de réparer la céramique en ajoutant de l’or, faisant de la brèche une source de beauté. Le deuil est brutal, en dire aussi le pétillement est la tâche des poètes.
L’Arbre en porcelaine, ed. Ressouvenances (contact@ressouvenances.fr), 10€.
[Cet artricle paraît dans le Vase Communicant n° 404.]
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