Connectez-vous avec le Vase

Musique

Bravo le public d’Abba Mania !

Denis MAHAFFEY

Publié

le

L'art d'être spectateur

Une performance, voire un exploit : de l’énergie, du répondant, de la spontanéité ; des mouvements d’ensemble fluides, de la discipline ; des voix franches et chaleureuses. Et ça, c’était dans la salle, je ne parle pas de la scène. Le grand auditorium du Mail était  plein à craquer d’« Abbaphiles » venus, en l’absence du groupe originel dissout après un dernier concert en 1982, écouter « Abba Mania », quatre musiciens qui jouaient les rôles d’Agnetha, Benny, Björn et Anni-Frid (A-B-B-A).

Les spectateurs réagissaient au quart de tour à ce qui passait sur scène, répondant aux consignes pour se lever, danser sur place, faire des mouvements synchronisés des bras, chanter – et crier leur approbation après chaque numéro,Ils

Au light-show fourni par des projecteurs multicolores balayant le plateau et la salle correspondait une myriade d’intelliphones (« smartphone », pourquoi pas ?) allumés pour photographier et filmer ce qui se passait sur scène. L’obscurité était constellée de points carrés de lumière, tenus au dessus de la tête des spectateurs.

Cette exaltation ne faisait que refléter la chaleur de l’accueil si souvent offert par le public soissonnais. Nous avons tous vu des artistes étonnés par le volume des applaudissements quand ils saluent la salle après un spectacle. Ils se regardent, se sourient, et se tournent à nouveau vers la foule enthousiaste.

« Abba Mania » donne l’occasion de rendre hommage à ceux qui viennent au théâtre parce qu’ils aiment la musique, le chant, les couleurs, le plaisir partagé.

Sur scène Andrew Rails, Toby Boyle, Anna McDonald et Cleo Caetano de Souza portaient l’écho d’Abba, comme leurs prédécesseurs dans ce spectacle qui tourne depuis 1998. L’écho.

denis.mahaffey@levase.fr

Continuer la lecture

Le Vase des Arts

Beethoven visionnaire

Denis MAHAFFEY

Publié

le

L'art de la sonate

Sonates pour violoncelle et piano n°s 4 et 5, Cité de la musique et de la danse.

Le grand projet des intégrales de Beethoven, lancé en 2018 par le Festival de Laon avec la « Cité » de Soissons et interrompu sans ménagement par la pandémie, reprend et prend fin au cours de la saison en cours. Après avoir joué à Laon les trois premières sonates pour violoncelle et piano, œuvres du jeune Beethoven, le violoncelliste Henri Demarquette, bien connu du public soissonnais, et le pianiste Michaël Levinas ont complété la série à Soissons avec les deux autres, écrites dans la dernière période de sa vie.

Mais le programme a commencé par une transcription de Czerny pour violoncelle de la sonate Kreutzer pour violon et piano, offrant un nouvel angle d’écoute d’une œuvre familière, notamment dans son premier mouvement, une course interrompue par des paliers plus lents où la musique se demande peut-être pourquoi elle court…

La 4e sonate commence doucement, lentement sur le violoncelle, rejoint par le piano. Une aventure, où rien ne sera prévisible ni attendu, commence.

Les deux dernières sonates font entrer l’auditeur dans la période visionnaire de Beethoven, là où il malmène les formes héritées du passé, et où les structures sont mises constamment au service de ce qui devient une sorte de « flux de conscience » musical, équivalent de la technique littéraire de James Joyce, de Virginia Woolf : un attachement à chaque idée, chaque impulsion, chaque image qui surgit, sans chercher à les mettre dans un cadre strict. Une fois la musique s’arrête même, et les deux instruments échangent de brefs propos appuyés, entre défis et moqueries. Dans tous  les échanges, le piano garde son autonomie, n’est jamais qu’un accompagnement.

Le programme est terminé, le public salue les artistes. Comment rejouer après le vaste mouvement lent du 5e sonate et sa fugue parfaitement belle, parfaitement intelligente ? Henri Demarquette a parlé au public du bis qu’ils avaient choisi avec son partenaire, y voyant l’influence de Beethoven sur l’inspiration moderne. Ils ont joué un extrait de la Quatuor pour la fin du temps de Messiaen, d’une grande lenteur, d’un grand recueillement, la vision de Beethoven non pas héritée mais partagée dans un autre monde, avec d’autres harmonies plus dissonantes.

Le concert s’est terminé sur une image inattendue. Un bis déclenche habituellement des applaudissements supplémentaires, mais cette fois la musique a été suivie d’un long silence, alors qu’Henri Demarquette baissait la tête derrière son instrument, comme s’il voulait cacher une émotion trop forte. Ensuite, des applaudissements, un grand bouquet pour chaque musicien, puis la cérémonie incongrue de la sortie du public en file indienne, rang par rang, pour rappeler que même la musique de Beethoven reste sujette aux contraintes sanitaires du jour.

Continuer la lecture

Le Vase des Arts

La Cité sort du silence

Denis MAHAFFEY

Publié

le

L'art de la musique sous contraintes sanitaires

Les musiciens de l'OCP observent les distances de protectioni

Après un si long silence, la Cité de la Musique et de la Danse a retrouvé son public pour un concert de l’Orchestre de Chambre de Paris.

Première réaction : un frisson à gagner l’auditorium entouré de tant de monde. Une fidèle l’a défini : « Me trouver à un concert, une pièce de théâtre, un spectacle de chansons, dans une salle remplie de spectateurs qui vibrent en même temps que moi… »

A l’entrée les premiers signes des précautions sanitaires apparaissent – gel, affichage de distances à observer, obligation d’être masqué ; Benoît Wiart, directeur de la CMD, reconnaît l’importance du moment : la musique reprend sa place dans la vie publique. L’affluence ? « Trois cents : nous aurions pu accepter plus, mais nous avons voulu laisser une marge de sécurité. »

Dans l’auditorium c’est comme avant – sauf que tout le monde porte un masque, un détail qui en dit long sur le bouleversement des habitudes depuis le printemps, et la capacité d’adaptation. Les musiciens entrent, la plupart portant des masques que tous, sauf deux, enlèvent en s’asseyant. Les pupitres espacés font que la quarantaine d’instrumentistes occupent tout le plateau.

Nous attendons. La musique en direct : il ne s’agira pas d’appuyer sur le petit triangle sur un écran fractionné en carrés, chacun avec son musicien chez lui. Ils vont vivre ensemble avec nous l’aventure collective.

L’aventure commence par l’ouverture Les Hébrides de Mendelssohn, sous la direction du nouveau chef Lars Vogt, une peinture des relations tempétueuses ou apaisées entre les îles écossaises et la mer du Nord.

Christian Tetzlaff, soliste du Concerto de Dvorak

Ensuite le violoniste allemand Christian Tetzlaff donne une lecture dramatique et lucide du concerto de Dvorak – et se fait applaudir longuement par l’orchestre, signe probable d’une bonne entente pendant les répétitions. Il confirme par son jeu ce qu’il a dit sur la nécessité pour un musicien, non pas de cacher sa propre personnalité, mais de refuser tout égoïsme ou « frime » dans son interprétation : il doit jouer, non pas se la jouer.

En bis il a proposé une sarabande de Bach, brève interrogation, dirait-on, de ce qu’est la musique, ou la vie qu’elle accompagne.

Le concert se termine par le 2e Symphonie de Brahms, post-Beethovienne comme le reste du programme, dans le sens que l’expressivité prime sur tout schéma formel. Une œuvre pleine de bien-être, de confiance, pour contrer la négativité covidienne.

La situation sanitaire a pourtant eu un effet sur le déroulement de la soirée. Le soliste devait jouer deux brèves Sérénades de Sibelius, selon le programme du Festival de Laon, dont ce concert faisait partie. Le site Internet de l’orchestre avait signalé leur annulation, pour raccourcir le temps d’immobilisation du public en l’absence d’entracte. Ceux qui n’auraient pas consulté le site – et pourquoi le feraient-ils ? – ne savaient pas. Sibelius avait simplement disparu en route.

Après tout cela, il y a eu un entracte, mais seul l’orchestre a été autorisé à s’absenter.

Le concert terminé, la sortie du public a été réglementée, rang par rang en commençant au premier, comme à la messe.

Toutes ces précautions, méticuleusement conçues et appliquées, ont été un inconvénient, mais aussi une confirmation de l’attachement de chacun à la musique en direct. Il faut admettre que voir jouer la musique a ses coûts. Financier d’abord : il faut payer sa place ; social ensuite : il faut écouter en silence, sans bavarder avec son voisin ni sur son portable ; et maintenant civique : porter un masque, respecter la distanciation, s’abstenir de serrer les mains ou faire la bise.

Un concert est aussi une fête à partager avec les musiciens et les autres spectateurs. Et un spectacle : la musique devient plus transparente quand sa structure émerge, non pas d’une analyse musicologique, mais de la vue des musiciens qui prennent et posent leurs instruments, des archets qui montent et descendent, de la timbalière qui vérifie, l’oreille contre la peau de ses tambours, qu’ils sont accordés.

Cela aide à relativiser de petites tracasseries sanitaires.

[Une version abrégée de cet article paraît dans le Vase Communicant n°297.]

Continuer la lecture

Le Vase des Arts

L’orgue et le saxophone à la cathédrale

Denis MAHAFFEY

Publié

le

L'art de la transcription

Les Amis des Orgues de Soissons ont du mérite : dans la situation actuelle, face aux multiples exigences en place pour contenir la pandémie du Covid-19, ils ont réussi à organiser un concert à la cathédrale, et devant un public nombreux.

Port de masques, disponibilité de gel hydroalcolique, distanciation à observer dans la répartition des places, tout a été prévu, jusqu’à la distribution individuelle du programme pour éviter que chacun fouille dans le bac à feuilles.

Olga Petukhova au saxophone, Pierre Méa à l’orgue

Le récital a été donné par Pierre Méa, organiste titulaire de la cathédrale de Reims et qui a souvent joué sur les orgues de Soissons, et par Olga Petukhova, saxophoniste et professeur de cet instrument aux Conservatoires de Reims et de Soissons.

Elle est enthousiasmée par le duo orgue-saxophone, pas la plus évidente des combinaisons, et face au manque de répertoire elle s’est donné pour mission la transcription d’œuvres écrites pour d’autres instruments. Elle encourage aussi des compositeurs à créer des œuvres originales. Le programme du concert le reflète : Pierre Méa a joué seul une fugue de Bach et un impromptu de Vierne, mais tout le reste est fait de transcriptions de Bach, Rachmaninov, Debussy et Piazzolla, avec deux compositions contemporaines, une sonate de Denis Bedard et Ku Ku de Barry Cockcroft.

Pierre Méa a joué sur l’orgue de chœur, parce que les grandes orgues, gravement endommagées par l’implosion de la rosace qui les surplombe, pendant la tempête de janvier 2017, ne sont pas encore disponibles. Il a fallu accepter l’absence des effets sonores splendide et la sensation presque corporelle que la musique sort des piliers de la nef.

La musique jouée par Pierre Méa est devenue plus intime, davantage un échange avec les spectateurs, d’autant plus qu’il était visible (mais masqué, car à ses côtés Vincent Dupont, président des Amis, tournait les pages et l’aidait pour certaines manipulations), au lieu d’être caché là-haut dans la tribune d’orgue. Ses solos ont confirmé sa sensibilité et ses capacités techniques. Certains accompagnements, comme dans les compositions de Piazzolla écrits pour bandoneon et orchestre, ont été plus difficiles à détailler pour les auditeurs.

Olga Petukhova, debout à côté de l’autel, alternait deux saxophones, un soprano et un alto. Pour la sonate de Bach du début, le son amplifié du saxophone soprano sortait d’un haut-parleur sur une colonne, un oubli a admis Vincent Dupont, qui a crée une cassure entre l’instrument et le son qu’il produit.

La musique qui convient le mieux à l’idée reçue du saxophone a été le solo de Rachmaninov, lente et pleine et poignante. Mais le clou du spectacle a été l’autre solo d’Olga Petukhova, Ku Ku, évocation du coucou sans que jamais les deux notes caractéristiques ne soient entendues. Le micro étant cette fois coupé, elle n’a pas pu présenter le morceau, mais plus tard elle a confié qu’elle voulait proposer aux auditeurs de « penser à un coucou en écoutant ». Son interprétation a été une démonstration spectaculaire des capacités sonores du saxophone ; par ailleurs, elle a eu recours à la technique ardue du « souffle continu » par laquelle elle réussit à respirer en même temps qu’elle souffle. (*)

Le plaisir des deux musiciens à jouer a été évident ; celui du public qui les écoutait aussi. Ainsi, même si cette année il s’agit d’un seul événement, et en fin de saison, la longue tradition des concerts d’orgue d’été à la cathédrale de Soissons est respectée. L’amour de la musique a vaincu les réticences et survécu aux contraintes sanitaires.

(*) La technique a été détectée par Didier Lhotte, de l’association Chants et Danses de France, saxophoniste lui-même et présent au récital.

Continuer la lecture
P U B L I C I T É

Inscription newsletter

Catégories

Facebook

Top du Vase