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Le Vase des Arts

La Cité sort du silence

Denis MAHAFFEY

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L'art de la musique sous contraintes sanitaires

Les musiciens de l'OCP observent les distances de protectioni

Après un si long silence, la Cité de la Musique et de la Danse a retrouvé son public pour un concert de l’Orchestre de Chambre de Paris.

Première réaction : un frisson à gagner l’auditorium entouré de tant de monde. Une fidèle l’a défini : « Me trouver à un concert, une pièce de théâtre, un spectacle de chansons, dans une salle remplie de spectateurs qui vibrent en même temps que moi… »

A l’entrée les premiers signes des précautions sanitaires apparaissent – gel, affichage de distances à observer, obligation d’être masqué ; Benoît Wiart, directeur de la CMD, reconnaît l’importance du moment : la musique reprend sa place dans la vie publique. L’affluence ? « Trois cents : nous aurions pu accepter plus, mais nous avons voulu laisser une marge de sécurité. »

Dans l’auditorium c’est comme avant – sauf que tout le monde porte un masque, un détail qui en dit long sur le bouleversement des habitudes depuis le printemps, et la capacité d’adaptation. Les musiciens entrent, la plupart portant des masques que tous, sauf deux, enlèvent en s’asseyant. Les pupitres espacés font que la quarantaine d’instrumentistes occupent tout le plateau.

Nous attendons. La musique en direct : il ne s’agira pas d’appuyer sur le petit triangle sur un écran fractionné en carrés, chacun avec son musicien chez lui. Ils vont vivre ensemble avec nous l’aventure collective.

L’aventure commence par l’ouverture Les Hébrides de Mendelssohn, sous la direction du nouveau chef Lars Vogt, une peinture des relations tempétueuses ou apaisées entre les îles écossaises et la mer du Nord.

Christian Tetzlaff, soliste du Concerto de Dvorak

Ensuite le violoniste allemand Christian Tetzlaff donne une lecture dramatique et lucide du concerto de Dvorak – et se fait applaudir longuement par l’orchestre, signe probable d’une bonne entente pendant les répétitions. Il confirme par son jeu ce qu’il a dit sur la nécessité pour un musicien, non pas de cacher sa propre personnalité, mais de refuser tout égoïsme ou « frime » dans son interprétation : il doit jouer, non pas se la jouer.

En bis il a proposé une sarabande de Bach, brève interrogation, dirait-on, de ce qu’est la musique, ou la vie qu’elle accompagne.

Le concert se termine par le 2e Symphonie de Brahms, post-Beethovienne comme le reste du programme, dans le sens que l’expressivité prime sur tout schéma formel. Une œuvre pleine de bien-être, de confiance, pour contrer la négativité covidienne.

La situation sanitaire a pourtant eu un effet sur le déroulement de la soirée. Le soliste devait jouer deux brèves Sérénades de Sibelius, selon le programme du Festival de Laon, dont ce concert faisait partie. Le site Internet de l’orchestre avait signalé leur annulation, pour raccourcir le temps d’immobilisation du public en l’absence d’entracte. Ceux qui n’auraient pas consulté le site – et pourquoi le feraient-ils ? – ne savaient pas. Sibelius avait simplement disparu en route.

Après tout cela, il y a eu un entracte, mais seul l’orchestre a été autorisé à s’absenter.

Le concert terminé, la sortie du public a été réglementée, rang par rang en commençant au premier, comme à la messe.

Toutes ces précautions, méticuleusement conçues et appliquées, ont été un inconvénient, mais aussi une confirmation de l’attachement de chacun à la musique en direct. Il faut admettre que voir jouer la musique a ses coûts. Financier d’abord : il faut payer sa place ; social ensuite : il faut écouter en silence, sans bavarder avec son voisin ni sur son portable ; et maintenant civique : porter un masque, respecter la distanciation, s’abstenir de serrer les mains ou faire la bise.

Un concert est aussi une fête à partager avec les musiciens et les autres spectateurs. Et un spectacle : la musique devient plus transparente quand sa structure émerge, non pas d’une analyse musicologique, mais de la vue des musiciens qui prennent et posent leurs instruments, des archets qui montent et descendent, de la timbalière qui vérifie, l’oreille contre la peau de ses tambours, qu’ils sont accordés.

Cela aide à relativiser de petites tracasseries sanitaires.

[Une version abrégée de cet article paraît dans le Vase Communicant n°297.]

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Le Vase des Arts

La clé de l’énigme

Denis MAHAFFEY

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L'art du théâtre de rue

La Réfugiée Poétique, spectacle au Mail, raconte une histoire. Celle d’une réfugiée, le titre le dit. Elle vivote entre deux barrières de route et un pont en dos d’âne, dont elle fait – ou imagine qu’elle fait – une balançoire qui fait basculer son monde, puis un bateau qui l’amène ailleurs. Mais le déroulement de cette histoire reste énigmatique, par exemple le rôle de la grande statue qui fait penser au Balzac de Rodin, ou au Commandeur de Don Giovanni, blanche comme la neige (beaucoup de neige tombe au cours de la soirée, d’ailleurs), mais légère comme du polystyrène.

Claire Ducreux est danseuse-mime-clown. Il ne s’agit pas que d’étiquettes : elle pratique les trois arts sur la scène : une danse acrobatique mais toujours gracieuse, du mime éloquent comme la parole, et la relation directe et ininterrompue d’un clown avec ses spectateurs.

La réfugiée et ses invités… et la statue

Elle a assemblé deux courtes pièces de théâtre de rue pour faire un spectacle de plus d’une heure.

Sa réfugiée est vulnérable, sans rien, sans pouvoir, sans statut. Mais elle arrive, par son humilité, à obtenir ce qu’elle veut, notamment des trois spectateurs qu’elle fait monter sur scène avec elle, une femme, un homme, un jeune garçon. Elle les habille de blanc, les regroupe autour de la statue en tableau vivant puis, après le départ des autres, recrute l’homme comme pagayeur pour un voyage vers d’autres mers.

Elle traite les trois volontaires avec une considération exquise, à la différence d’humoristes qui ridiculisent ceux qu’ils font monter de la salle.

Pourtant, quid des précautions sanitaires ?  Elles sont mises à mal, sauf pour le garçon. La réfugiée touche, étreint, fait enlever son masque à l’homme d’équipage.

Ceux des spectateurs qui auront alors reconnu le visage du régisseur général du Mail se seront douté que le choix des participants n’a pas été laissé au hasard. Toutes les précautions avaient été prises.

Et l’histoire ? Qui pouvait la résumer en sortant du théâtre ?

La clé ne se trouverait-elle pas dans le titre ? « Poétique » : le spectacle de Claire Ducreux est un poème. Il faudrait abandonner sa recherche de logique, son désir de cohérence, de suite dans les idées, et se laisser aller à regarder un poème visuel, en s’ouvrant non pas au sens mais à la sensibilité. Un poème ne se raconte pas : de mot en mot il crée des sensations et des images. Claire Ducreux le fait avec des gestes et des regards.

[Modifié le 22/10/20 pour préciser le poste tenu par une des personnes appelées sur scène, décrite par erreur comme l’ingénieur du son.] 

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Le Vase des Arts

Le Cercle Musical reprend ses instruments

Denis MAHAFFEY

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L'art de la musique pour le plaisir

Les musiciens du Cercle Musical regardent leur public

Le brouillard des mesures anti-Covid obscurcit le paysage quotidien. Les projets deviennent incertains. Voyages, visites, loisirs, tout est aléatoire. Alors lorsque des éléments familiers émergent clairs et nets dans ce brouillard, le plaisir des retrouvailles se même au soulagement.

Sandrine Vaillant, soliste de l’Andante pour flûte et orchestre de Mozart

Ainsi le Cercle Musical, ensemble symphonique amateur qui a dû renoncer à son concert du printemps, est revenu à la Cité de la Musique et de la Danse avec le même programme. Il y a comme toujours une sélection de morceaux largement à sa portée et d’autres qui représentent un défi (voir le détail ci-dessous). Comme toujours aussi, la secrétaire du Cercle et violoncelliste Catherine Douchy a présenté le contexte historique et les circonstances de sa composition. Cette année, son ton était plus enlevé, avec des apartés, comme pour refléter la joie de retrouver des amis.

Martin Barral, professeur de violoncelle au Conservatoire, a dirigé l’orchestre avec une énergie qui l’amène à faire des bonds sur son estrade, jambes écartées, bras en l’air. Il a insisté sur le travail fait en amont par Nathalie Lecuyer, cheffe de l’orchestre à l’époque. Après un ennui de santé en mars, elle s’est retirée de la direction, et est remplacée à partir de ce concert par Esteban Vidal, professeur de formation musicale au Conservatoire.

Le concert a commencé par l’Andante pour flûte et orchestre de Mozart, interprété avec une grande clarté par Sandrine Vaillant. Flûtiste du Cercle, elle a simplement rejoint les autres instrumentistes après son solo.

Martin Barral, chef d’orchestre

Après la 40e symphonie de Mozart, l’Ouverture d’Egmont de Beethoven a donné aux cordes une occasion de faire entendre un son rond, plein, assuré…un moment de grande beauté.

L’orchestre a géré avec aisance les changements de ton, par exemple entre Egmont et la Marche funèbre pour une marionnette de Gounod.

Le Cercle gagne en cohérence et précision à chaque concert, tout en gardant la fraîcheur de musiciens qui se fréquentent et qui répètent pour le plaisir.

Pour remplacer la Marche Radetzsky de Johann Strauss, si populaire pour les habitués, le concert s’est terminé par sa polka Sous le tonnerre et les éclairs, aussi sautillante et vive, aussi apte à envoyer le public chez lui en fredonnant.

Pour une raison qui a sans doute trait aux circonstances sanitaires (désir d’éviter des manipulations ?) aucun programme papier n’a été vendu à l’entrée, privant le Cercle Musical de la recette correspondante. Tout n’est pas encore comme avant.


Programme

Mozart: Andante pour flûte et orchestra
Glinka: Valse Fantaisie
Borodine: Dans les steppes de l’Asie centrale
Mozart: Symphonie n°40: mouvements 1 et 3
Beethoven: Ouverture d’Egmont
Gounod: Marche funèbre pour une marionnette
Strauss: Sous le tonnerre et les éclairs: polka rapide

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Le Vase des Arts

Les Brigades du Printemps reviennent en automne

Denis MAHAFFEY

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L'art du courage en poésie

Anne de Rocquigny (à g.) et Virginie Deville à l’école de la Gare

Rien, mais rien, même pas le covid-19, n’arrêtera la poésie. En mars, la Brigade d’Intervention Poétique (BIP) devait, comme depuis des années, faire irruption dans des classes des écoles primaires de Soissons pour surprendre et réjouir les élèves en déclamant des poésies pendant dix minutes. Les trois brigadières étaient Anne de Roquigny, Nathalie Yanoz et Virginie Deville, en mission pour l’Arcade, compagnie de en résidence au théâtre du Mail.

Mais à peine douze classes visitées par Anne et Nathalie dans une seule école, et le confinement a cassé leur élan poétique. Elles ont réussi à quitter la ville par la peau des vers, et le silence est retombé sur leurs poètes.

Il est même retombé sur tout le monde le temps du confinement strict, puis, petit à petit, presque à leur surprise, les gens ont pu recommencer à se parler de derrière leurs masques. Il fallait être courageux pour supporter le silence et pour en sortir.

Pour les BIP, la coïncidence était trop belle : le thème des interventions cette année est « le courage ». Alors Anne et, cette fois, Virginie sont revenus pour quatre jours de poésie, solution hydroalcoolique et masque en plus, accompagnés des mêmes poètes, dont Norge, Vian, Jean-Pierre Siméon, La Fontaine, Eluard, Queneau, Prévert, Rimbaud.

Rien d’autre n’a changé, sauf que les mêmes poèmes s’éclairent de tout ce qui s’est passé depuis le printemps. Le courage, d’une valeur à atteindre, est devenu une nécessité quotidienne.

Pour plus de détail sur les interventions, lire La poésie pousse les portes paru dans le Vase des Arts en mars.

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