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Le Vase des Arts

La musique sans feuille de route

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L'art de la musique pure ?

« Je me suis sentie bizarre en sortant de la CMD », a admis une fidèle de la Cité de la Musique de Soissons après avoir entendu Images et miroirs du piano français.

Trois heures de musique en deux parties, un récital solo dimanche après-midi et un concert symphonique de l’orchestre de Picardie le même soir, avec une pause d’une heure et demie entre les deux. Mais elle visait plutôt l’étrange silence qui a encadré l’événement et dérouté les auditeurs présents.

Hyelim Kim

La double prestation a coïncidé avec la deuxième Journée du piano depuis l’acquisition par la Cité de son propre Steinway D en en 2023 (le « D » indiquant la qualité suprême du modèle). Cette année elle a été à nouveau associée au projet Etoiles de piano de Lille, qui vise l’insertion professionnelle des cinq lauréats annuels d’un concours international à Roubaix.

Deux pianistes se sont donc produites à Soissons, Hyelim Kim en récital l’après-midi de dimanche, puis Irma Gigani en concert le soir.  La première a joué des œuvres de Debussy et Ravel avec une finesse révélatrice ; la seconde a affronté le concerto pour piano de Saint-Saëns avec la fougue qu’il faut. Deux musiciennes qui font et feront leur chemin.

Ce qui a provoqué le sentiment de bizarrerie a été plutôt le manque d’informations pour guider les auditeurs le long de la journée. Il manquait surtout un élément auquel le public de la CMD s’est habitué et qui a prouvé sa valeur pour informer et éduquer les auditeurs : la feuille habituellement distribuée à l’entrée de la salle contenant le programme, avec plus ou moins de détails sur chaque œuvre et son compositeur, les musiciens, les solistes et le chef d’orchestre (qui peut commenter ce qui est joué, mais qui s’est tenu cette fois à sa fonction de base).

Seules précisions disponibles : le livret-programme de la saison, publié en 2024, donnait le contenu du récital mais pas du concert. L’affiche publiée juste avant l’événement montrait seulement cinq compositeurs, Debussy, Fauré, Saint-Saëns, Ravel et… Soro. Soro ? C’est un compositeur chilien, compatriote donc de Luis Toro Araya, chef invité de l’orchestre de Picardie, qui a joué un morceau bref dans un style Classique-Romantique (information obtenue depuis le concert sur Internet).

Luis Toro Araya derrière Irma Gigani

Le concert a commencé et terminé par deux œuvres très connues, la Suite de Pelléas et Mélisande de Fauré, et le Tombeau de Couperin de Ravel, mais comment être sûr que tous dans la salle connaissaient les titres ?

L’absence de communication sur le déroulement a mené à une fin de concert bizarre. Le concerto et les longs applaudissements terminés, le plateau s’est vidé. Le public, après un moment d’hésitation, a commencé à partir. L’annonce d’un intervalle est venue trop tard pour les rattraper. Le résultat ? 41 musiciens qui jouaient Soro et Ravel, et 51 auditeurs qui écoutaient.

Le talent de tous ceux qui ont joué n’est pas en question. C’était un concert riche et varié, reflétant la qualité des compositeurs français et musiciens concernés. Le vide relatif autour de l’événement prouve surtout que, loin d’être un aspect mineur, la communication et ceux qui la pratiquent sont une composante essentielle de la vie musicale.

Par ailleurs qui sait si le manque d’encadrement n’a pas libéré certains auditeurs de l’habitude tenace d’identifier et de comprendre ce qui se joue ?. Cela leur aurait permis une expérience libre, une écoute pure.

Les réactions et questions seront les bienvenues : denis.mahaffey@levase.fr.

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