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Musique

Mettre des images sur la musique

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L'art de la vidéo

Jaime de Hagen, compositeur, professeur au Conservatoire de Soissons, vit et travaille en France depuis 1992, mais retourne régulièrement dans son Argentine natale. Il y a été en août dernier – où c’était l’hiver de l’hémisphère sud ! Il a profité de son séjour pour filmer les quartiers de sa ville de Buenos Aires, dénichant aussi des photos d’archives qui montrent la construction de la ville. Il a même tourné une séquence au « Mondial du tango ».

     Rentré en France, et avec l’aide de « Picardie en ligne », il s’est mis au travail. Il raconte cette expérience inédite : « Il a fallu faire un long travail de tri, car n’ayant jamais filmé auparavant, beaucoup de séquences n’étaient pas exploitables pour le clip (image qui bouge de façon intempestive, quelqu’un qui passe juste devant la caméra au mauvais moment, problème de cadrage, séquence trop courte pour qu’elle s’accorde avec la musique, etc). »
     L’objectif de tous ces efforts : fournir des images pour illustrer sa composition « Para mi ciudad » (« pour ma ville »). Cette suite en douze tableaux, pour piano à quatre mains, a été composée en 2012 à la demande d’un autre professeur de piano du Conservatoire, Pascale Lam-Lepère. Ils avaient formé l’ensemble « Duo mains croisées » et, le répertoire étant limité, elle avait réclamé « Du tango ! »

      Le tango, ce souffle parti de l’Argentine pour décoiffer le reste du monde, subvertit les rythmes habituels, crée des balancements entêtants. La nouvelle composition dépeint les quartiers emblématiques ou états d’esprit de Buenos Aires, berceau du tango. Ses douze mouvements, qui vont du chant nostalgique au feu d’artifice polyrythmique, polythématique, laissent transparaître les rythmes parmi lesquels il a grandi.
      De mélodies planantes en échos de musique classique, d’airs de danse traînants en éléments de jazz, la partition reflète une grande culture musicale. Mais la jouissance vient surtout des rythmes qui se succèdent. Les ralentissements et accélérations syncopés du tango et de ses cousins argentins encouragent de petites inconséquences de raison et de cœur.
      La vidéo met des images sur des extraits de cette musique. Nous apercevons enfin cette grande ville que nous étions beaucoup à ne connaître qu’à travers la partition de Jaime Hagen. L’apparition d’un couple de danseurs, tout en séduction électrisante, illustre la charge d’érotisme corporel et pourtant tout en retenue, du tango.
      Il reste que ce sont les notes de musique, sous les doigts dansants de Jaime et de Pascale, qui créent leurs propres images, leur émotion, pour l’auditeur.

denis.mahaffey@levase.fr

Le Cd  de « Para mi ciudad » peut être acheté sur le site de Jaime de Hagen.  Le duo jouera au Manoir Imaginaire de Chézy-en-Orxois le dimanche 16 novembre à 17h30. Renseignements auprès de Chantal de Colombel (chantdecolombe@gmail.com)

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Le Vase des Arts

Après le silence, Les Siècles fête Saint-Saëns

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L'art de Saint-Saëns

Les Siècles applaudi par le public soissonnais.

Pour commencer, il y a eu la joie de voir, sur le plateau de l’auditorium CMD, soixante-dix musiciens accorder leurs instruments, bavarder entre eux en attendant de jouer, comme avant le grand silence.

François-Xavier Roth dirige, Renaud Capuchon joue.

L’orchestre Les Siècles est revenu quinze mois après son dernier concert à Soissons, alors que nous avions l’habitude de le recevoir plusieurs fois par an. En mars 2020 il avait participé à l’intégrale de Beethoven, rompue par le premier confinement. C’est à la sortie progressive du second qu’il revient. La plupart des visages sont familiers, malgré le port d’un masque noir uniforme par tous les cordistes, même la harpiste, et les percussionnistes.

François-Xavier Roth, chef de l’orchestre, est entré avec sa verve de toujours, mais en levant le bras vers ses musiciens, geste qu’il garde ordinairement pour les rappels à la fin du concert.

Ces retrouvailles ont eu lieu autour de Camille Saint-Saëns, dont c’est le centenaire de la mort. Le programme a été fait de neuf œuvres courtes, dont deux extraits. « Déjà un programme de bis » selon François-Xavier Roth en annonçant à la fin que pour cette raison il n’y en aurait pas.

Il y a eu quand même la place, l’air de rien, pour l’intégrale des Poèmes Symphoniques, dont « La Jeunesse d’Hercule » pour ouvrir le concert et « Danse macabre » pour le clore.

Le violoniste Renaud Capuçon, autre visage familier à Soissons, a été le soliste de « L’introduction et Rondo Capriccioso » et « La Havanaise » ; le pianiste Bertrand Chamayou a joué la fantaisie « Africa » et le 2e mouvement du concerto « L’Egyptien » (*). Un troisième soliste, mais resté assis a son pupitre, a été François-Marie Drieux pour « Danse Macabre ».

Bertrand Chamayou à travers l’appui chantourné du piano Pleyel d’époque

Le programme a dosé des œuvres de Saint-Saëns devenues des tubes du classique et d’autres moins connues, telle le concerto pour piano ou le Poème « Phaëton ». Le plaisir de l’auditeur à entendre ce qui est déjà familier est en contrepoint à l’écoute plus intense de ce qu’il découvre.

Revenons au début du concert. Les premières mesures de « La jeunesse de Hercule » sont d’une douceur rendue poignante par le fait de réentendre la musique dans « notre » salle. François-Xavier Roth a parlé de « l’immense joie » des musiciens à nous retrouver (et a fait remarquer que même des guerres n’avaient pas mené à la fermeture des salles décidée pour contrer la contamination).

(*) Il a joué sur un piano Pleyel au lieu du Steinway habituel, respectant ainsi la convention qui veut que cet orchestre utilise des instruments d’époque.


Saint-Saëns sera fêté encore à la CMD par l’Ensemble Orchestral de la Cité le 12 juillet, avec un programme qui comprendra sa deuxième Symphonie et des œuvres de compositeurs qui ont compté pour lui.

 

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La musique surnage

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L'art de la survie musicale

Le Cercle Musical

Le Soissonnais a plus de quinze associations musicaux amateurs. Comment font-elles devant le vide public ? Parmi ceux qui ont pu être contactés, aucun n’a mis la clé (de sol ?) sous la porte, et tous espèrent chanter et jouer en public dès que possible.

* Le Cercle Musical, pilier de la vie musicale, se félicite d’être «passé entre les gouttes» pour son concert d’octobre dernier, et attend avec d’autant plus d’impatience la réouverture qu’il a un nouveau chef, Esteban Vidal, professeur de Pratiques musicales au Conservatoire. Il a déjà ses idées pour le concert de « la Rentrée ».

* Nathalie Doyhamboure, directrice du groupe gospel Sing Sing, est fière d’avoir maintenu toutes les leçons en absenciel («Je suis allée voir les deux aînés de plus de 70 ans, et ils ont maîtrisé Zoom !»). Mais la reprise de Les Misérables reste compromise.

* Les Amis des Orgues avaient réussi à faire leur concert d’été 2020, et Vincent Dupont, président, prévoit un récital pour orgue et hautbois, «avec une jauge raisonnable».

* La Société des Accordéonistes existe depuis 40 ans, mais cet été, après un dernier concert, le président Yann Martel entend réunir les membres, anciens et actuels, pour un dîner d’adieu. Les confinements en auront eu raison.

* Selon Dominique Beaugnon, «meneuse» de Carnet de Voyages, l’auteur-compositeur maison Daniel Douay a profité pour écrire les chansons d’une nouvelle comédie musicale, Pas à pas. «Croisons les doigts, soyons optimistes et… Carnet de Voyages reprend ses vols …»

[Cet article paraît dans la rubrique Etoiles du Vase des Arts n° 311]

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Le Vase des Arts

Thelonious et Nicolas, à la guitare et en marionnette

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L'art du jazz et de la marionnette

Hors de la vue du public, la vie culturelle se poursuit énergiquement. Ainsi un disque de jazz paraît, et un spectacle se construit en vue d’un retour sur les planches. Le guitariste Pascal Bréchet et le percussionniste  Thierry Wasiniak ont sorti un disque, A hint of Monk, transcription de compositions du pianiste de jazz Thelonious Monk ; la compagnie de théâtre Pass’ à l’Acte a fait une « résidence de création » au Mail pour concevoir et mettre en scène une adaptation de Nicolas le Philosophe, d’après le conte d’Alexandre Dumas.


Pascal Bréchet à gauche, Thierry Waziniak à droite, sur la pochette du CD.

Du piano à la guitare : Thelonious Monk

En janvier 2020 le guitariste Pascal Bréchet et le percussionniste Thierry Waziniak, qui forment le «Duo Libertaire», ont passé deux jours dans le studio de la Cité de la Musique et la Danse à enregistrer un album. A hint of Monk reprend des compositions du pianiste de jazz Thelonious Monk. L’installation était légère : «Un ampli, une caisse et un seul micro, je n’avais jamais fait ça» explique Pascal Bréchet.

C’était en trouvant un volume de toutes les partitions de Monk il y a longtemps qu’il a commencé à le comprendre, à le jouer. Du piano à la guitare ? «Nous avons joué ses notes, mais sur nos instruments.» Pascal Bréchet est connu pour son originalité, sa réticence à jouer des standards tels quels : il s’aventure sur les cordes de sa guitare (parfois sur le bois !) pour explorer les possibilités, éveiller ses auditeurs au lieu de les bercer. Avec Thelonious Monk il est face à une autre originalité. Monk aimait les dissonances, les silences, les inattendus. La transcription pointe les sources de son inspiration plus qu’il n’adapte ses compositions. Le titre aura prévenu : on y entendra un soupçon monkien, le reste est inédit.

Les deux musiciens ont ajouté leur propre morceau, Three or four shades of Monk, qui leur permet de couper tout lien avec ses partitions et faire un riff sur sa musique.

L’album vient de sortir sous le label Intrication.


Sur scène de droite à gauche Eric Tinot, Patrice Leduc, Nicolas, Fabrice Ply.

Comment Nicolas le naïf se forge une philosophie

Que fait une troupe de théâtre quand les restrictions Covid l’empêchent de jouer ? Eh bien elle travaille sur un nouveau spectacle à ajouter à son répertoire. La compagnie Pass’ à l’Acte prépare Nicolas le Philosophe, pour jeune public à partir de 4 ans, en profitant d’une «résidence de création» au Mail, dont la saison est bloquée et qui ouvre ses ressources aux troupes locales. Pass’ à l’Acte a ses activités de formation, mais d’autres projets sont incertains ou même abandonnés, comme Working Shakespeare, car la distribution pressentie s’est dispersée ailleurs.

Deux comédiens, Eric Tinot et Fabrice Ply (adaptateur de la nouvelle d’Alexandre Dumas), et un marionnettiste invité, Patrice Le Duc, s’occupent du nouveau spectacle. Sur le plateau et dans un décor sommaire ils rejoignent un jeune homme à la bonne bouille, aux sourcils levés devant les surprises du monde, recruté après un casting pour marionnettes. C’est Nicolas.

Quand Nicolas quitte son emploi pour rentrer chez sa mère, il reçoit un lingot d’or. Ca pèse lourd et il l’échange volontiers contre un cheval. Tombé par terre il l’échange contre une vache, puis un cochon, puis une perdrix, puis une pierre de rémouleur, qu’il fait tomber dans un puits en étanchant sa soif. Ce dépouillement progressif par une série d’escrocs lui apporte un bonheur que ne lui a procuré aucune propriété. Sa naïveté même lui a forgé une philosophie.

La création ? La pandémie rend tout incertain – mais le spectacle sera prêt.


[Ces deux articles sont publiés dans Le Vase Communicant n°307.]

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