
Gautier Capuçon au violoncelle, Mirabelle Kajenjeri au piano
D’abord ce qui pouvait déconcerter : un récital de musique de chambre, habituellement donné dans un cadre plus intime mais qui investit la vaste cathédrale Saint-Gervais-et-Saint Protais de Soissons ; puis la nostalgie éveillée chez ceux qui, jusqu’à l’ouverture de la Cité de la musique et de la danse en 2015, ne connaissaient que la cathédrale comme grande salle de concert.
Pour le récital de Gautier Capuçon au violoncelle et Mirabelle Kajenjeri au piano, sept cents spectateurs qui ont rempli la nef, assis face à une estrade montée devant l’entrée. L’ambiance était plutôt mouvante, car dans une église la possibilité de se déplacer a fait que, certes discrètement, il y avait toujours quelqu’un qui bougeait dans les bas-côtés.
Une autre différence, et de taille, entre l’auditorium de la Cité de la musique et la Cathédrale : les caractéristiques sonores. La CMD a gagné une telle réputation par son acoustique que bien des artistes, venus jouer une fois, demandent à revenir y enregistrer un album, un disque. L’acoustique est d’une clarté étonnante et d’une précision qui aide l’auditeur à distinguer davantage les détails d’une œuvre, et ainsi mieux discerner les intentions d’un compositeur.
Si l’acoustique de la CMD est exquise, celle de la Cathédrale est… somptueuse. Les sons semblent s’arrondir, s’approfondir en sortant des instruments, comme si des harmoniques s’y ajoutaient. Leur résonance est accrue. Les mauvaises langues ont même toujours prétendu que l’auditeur obtient deux concerts pour le prix d’entrée d’un, puisqu’ils écoutent en direct la musique, puis son écho qui rebondit du fond du chœur.
Dans ce cadre particulier, Gautier Capuçon et Mirabelle Kajenjeri ont proposé un programme de trois sonates, de Debussy, Mendelssohn et Brahms, et un Fantasiestück de Schumann.
La sonate de Debussy commence par un passage au piano. C’était marquer dès les premières notes que concert allait être, non pas un instrumentiste accompagné au piano, mais une mise à égalité des deux musiciens. Mirabelle Kajenjeri a maintenu cette relation d’égal à égal, sauf quand Gautier Capuçon a joué en bis l’inévitable mais toujours plaisant solo Mort d’un cygne de Saint-Saëns.
Le concert a pris fin avec la sonate n°2 de Brahms, avec le moment sublime dans le deuxième mouvement où la musique semble changer d’univers, passer dans un mode qui peut, pour certains, évoquer la transformation qui accompagne la mort. Une fin qui convenait : nous étions dans une cathédrale.
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