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Musique

De pianiste en pianiste pour deux concertos

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L'art du piano

A deux jours d’intervalle, deux concerts ont fait découvrir deux jeunes pianistes et deux œuvres jamais jusqu’à là entendues à la Cité de la musique

Carter Johnson au piano avec chef d’orchestre Johanna Malangre

Au programme de l’Orchestre de Picardie, un bref morceau pour cordes de la compositrice contemporaine Jessie Montgomery, un fragment du Songe de nuit d’été et la 1ère Symphonie de Mendelssohn. Mais au cœur de la soirée il y avait le Concerto pour piano de Clara Schumann, qui l’a joué elle-même  à 16 ans à Leipzig (sous la direction de Félix Mendelssohn !). Bref (20 minutes) mais plein de grâce et de trouvailles, surtout dans le mouvement lent, quand l’orchestre s’est arrêté, sauf pour le premier violoncelliste, qui a mené un long échange méditatif avec le pianiste.

Le lien entre la Cité et le Concours international de piano des Hauts-de-France est désormais bien établie, et ses lauréats sont invités à Soissons. Le Canado-américain Carter Johnson a eu le premier prix en 2023.

Il a géré en virtuose aussi bien la fougue que la délicatesse du concerto. En bis, une Romance pour violon et piano de la même Clara Schumann. Il a confié au public que, à Soissons depuis deux jours pour préparer le concert, il avait demandé au violon solo Yao-Yao Chen d’apprendre le morceau et de le jouer avec lui. Deuxième bis : Zart und Zingend de Robert Schumann, aussi intime, aussi plein de grâce poétique que la musique de sa femme Clara.

Autre confidence, cueillie dans la « rue » de la Cité après le concert : j’aborde Carter Johnson pour lui dire mon plaisir à entendre le concerto, en ajoutant « C’est la première fois que je l’entends. » Il répond. « Et c’est la première fois que je le

joue. »

Le surlendemain, l’Orchestre de Lille a succédé à celui de Picardie, aussi avec un concerto pour piano au cœur du programme. Mais d’abord le chef d’orchestre américain Joshua Weilerstein a parlé du compositeur Gideon Klein, mort au camp de concentration de Theresienstadt à 25 ans, après y avoir composé presque toute son œuvre. Un trio à cordes a plus tard été transformé par un de ses élèves en Partita pour orchestre. Selon le programme, « tout se passe comme si Gideon Klein tentait de se souvenir de sa vie d’avant ».

Denis Kozhukin au piano avec chef d’orchestre Joshua Weilerstein

Ensuite le Concerto n° 2 de Dimitri Chostakovitch avec en soliste Denis Kozhukin, né en Russie et lui aussi multi-primé. A une période ou le compositeur était menacé par Staline à cause de sa musique « trop intellectuelle », « étrangère », Chostakovitch a réussi à faire une musique plus facile, plus légère – mais avec une ironie évidente dès le premier mouvement. Le deuxième mouvement est lent et triste, mais l’œuvre finit sur un ton bouffon. Le pianiste a tout transmis sans appuyer sur le caractère subversif.

En coup de théâtre pour finir, il a joué A l’église, op. 39 n°24 de Tchaïkovski, un fragment sombre et rassurant pour ramener l’attention de la salle à une autre tradition russe.

Enfin, la 5e Symphonie de Beethoven, si bien connue mais qui fournit à chaque écoute une nouvelle découverte. Joshua Weilerstern a dirigé avec une énergie corporelle extraordinaire, au point de paraître épuisé en acceptant les applaudissements d’une salle comblée.

Un mot pour le piano sur scène, le Steinway D acheté pour la Cité il y a quelques années et qui a fait honneur à Carter Johnson comme à Denis Kozukhin.

 

Un commentaire, une question ? denis.mahaffey@levase.fr

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