Encore un article qui a demandé de la réflexion, plutôt qu’une réaction instantanée à Wagner du côté de chez Proust à la Cité de la musique, un « concert-lecture ». Le terme est de Jean-Michel Verneiges, directeur de l’Association pour le Développement des Activités Musicales dans l’Aisne (ADAMA), et qui a une activité annexe : la création d’une série d’événements qui alternent des œuvres musicales et des textes littéraires.
La nouvelle édition trace la grande importance de la musique de Wagner pour Proust dans l’écriture d’A la recherche du temps perdu. L’orchestre Les Siècles, dirigé par Jakob Lehmann, a joué, l’acteur Didier Sandre a lu (comme pour Le Naufragé en 2023).
A priori, les lecteurs moyens de Proust pourraient s’étonner que la musique wagnérienne, envoûtante, constamment tendue, et son monde mythique, ait pu inspirer la prose sinueuse, l’observation microscopique des comportements et des sentiments de Proust.
Mais les références à Wagner dans la Recherche, plus qu’à tout autre compositeur, prouvent son importance dans la conception du roman.

Jakob Lehmann dirige, Didier Sandre attend de lire.
La présentation par Jean-Michel Verneiges dans le programme du concert-lecture expose, par le choix des extraits de la musique de Wagner et du roman de Proust, les effets dans la décision d’écrire : comme Parsifal, héros de Wagner, le Narrateur du roman est « l’objet d’une compréhension total et soudaine qui lui ouvre le chemin d’une profonde connaissance intérieur, à la faveur de signaux et de sensations involontaires qui l’invitent finalement à transfigurer son passé par l’art ».
Restons modestes : à part des spécialistes de la littérature et les musicologues éventuellement présents dans la salle, le plaisir de Wagner du côté de Proust aura été d’entendre la musique de Wagner, de la Mort d’Isolde de Tristan et Isolde (aussi puissante en version orchestrale qu’avec la voix d’une soprano wagnérienne) à l’Enchantement du Vendredi saint de Parsifal, interfoliée avec les textes que cette musique à inspirés « du côté de chez Proust ».
Combien d’auditeurs, en sortant de la salle remplis de notes et de mots renversants, auront ressorti leurs CD pour retracer l’aventure dans laquelle le spectacle les aura entraînés ; plus importants, peut-être, seront-ils amenés à ouvrir le premier volume de la Recherche, suivi des autres, pour mieux comprendre l’histoire que Proust y raconte ? Wagner du côté de chez Proust les aura ouverts à une lecture enrichie.
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