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Musique

Prochainement (7 juillet) / La Jeune Symphonie de l’Aisne conclut la saison avec éclat

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L'art de jouer ensemble

La Jeune Symphonie de l'Aisne à la CMD en 1917

Depuis dix ans c’est devenu une heureuse habitude : la saison musicale de la CMD se conclut avec éclat, quand le plateau de la grande salle se remplit sur toute sa largeur et toute sa profondeur de plus de cent musiciens, qui forment la Jeune Symphonie de l’Aisne. Ce concert fait suite à deux stages, en avril et en juin, pendant lesquels des élèves des conservatoires et écoles de musique du Département, leurs professeurs et des amateurs confirmés préparent un programme avec l’aide de membres de l’orchestre Les Siècles et sous la direction du chef d’orchestre François-Xavier Roth.

Ce projet a été lancé en 2009 par l’Association pour le Développement des Activités Musicales dans l’Aisne (ADAMA). Son directeur, Jean-Michel Verneiges, reste convaincu de la nécessité, dans un Département rural sans grandes villes, de créer une vie musicale riche et enrichissante, par l’encouragement à la fois des musiciens amateurs et par l’enseignement spécialisé dans les conservatoires et écoles de musique.

Un facteur essentiel est de permettre aux jeunes musiciens de sortir des salles de cours et de jouer dans des ensembles orchestraux.

Cette année la Jeune Symphonie de l’Aisne se produira dans deux concerts, à Soissons et à Laon, avec au programme la Marche hongroise de Berlioz et le concerto pour trompette de Johann Nepomuk Hummel, son œuvre la plus connue, avec la jeune soliste Lucienne Renaudin Vary, suivis de la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski. C’est un programme qui familiarisa les musiciens avec des œuvres du grand répertoire pré-Romantique et Romantique, qui demandent à la fois un engagement profond et une distance qui évitera toute grandiloquence.

François-Xavier Roth définit la valeur de ce projet annuel, au-delà de sa simple signification musicale : « L’orchestre reste un moyen formidable pour apprendre à vivre ensemble, apprendre à se respecter dans la diversité et de se comprendre. C’est une société en format réduit, une merveilleuse école pour tous les profils et tous les âges. »


La Jeune Symphonie de l’Aisne, le 7 juillet à 16h à la CMD

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Boieldieu et Mozart : les deux parties d’un concert

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L'art de la harpe et de la flûte

Il n’est jamais facile de faire la première partie d’un concert, rock, chanson ou baroque, peu importe, quand une superstar est programmée après l’entracte. Celui qui le précède aura beau avoir du talent, être un honnête créateur, posséder son propre charisme, le public attendra la tête d’affiche pour être époustouflé et ému.

Réuni chaque année pour un concert à la Cité de la Musique à Soissons, l’Ensemble Orchestral de la Cité comprend des professeurs de Conservatoire et d’Ecoles de Musique départementales jouant aux côtés de musiciens de l’orchestre Les Siècles, cette fois sous la direction du chef anglais Harry Ogg. Rappelons que cette disposition reflète l’intention du Département de nourrir des échanges transversaux dans la vie musicale publique.

Au programme, quatre œuvres par deux compositeurs, une ouverture et un concerto de chacun.

D’abord, l’ouverture du Calife de Baghdad et le Concerto pour harpe et orchestre de François-Adrien Boieldieu, un compositeur que le public de la CMD aura eu peu d’occasions d’entendre. Sa musique est irréprochable, tout en étant plus révélatrice des styles, structures et caractéristiques musicaux de son époque que d’une capacité créatrice unique.

Le concerto offre cependant un plaisir particulier, intense et inhabituel, en faisant de la harpe l’instrument soliste, au lieu de la reléguer à son rôle souvent décoratif, réduit à de brefs passages pour ajouter ses tintements en cascade à ce qui se joue ailleurs. La harpiste Valeria Kafelnikov se charge de ce rôle de vedette de son instrument, de passages complexes en cadences éblouissantes. C’est un exploit, de dominer à tout un orchestre avec un instrument connu surtout pour sa délicatesse discrète.

Après l’entracte, l’Ensemble passe à Mozart, avec l’ouverture de l’Enlèvement au sérail et le Concerto pour harpe et flûte, et la différence entre l’artisan et l’artiste, entre l’application et l’envol, apparaît. Mozart est de vingt ans l’aîné de Boieldieu, mais a des airs de jeune rebelle à ses côtés.

Il ne bouscule pas les usages du Classique, il les détourne à sa convenance. Jamais une tournure n’évolue comme l’oreille l’attend, Il se lance dans une mélodie comme une comptine d’enfant, mais l’élabore, la complexifie, crée la surprise en partant sur une voie inattendue. Inattendue ? Une spécialité de Mozart est d’introduire une tournure surprenante mais dont les notes sonnent aussitôt comme inévitables.

Après l’ouverture, pleine d’entrain et de trouvailles, Valeria Kafelnikov est rejointe devant l’orchestre par Gionata Sgambaro, qui se trouve être – à la surprise de ceux qui ne connaissaient pas sa carrière de soliste – un des flûtistes des Siècles.

Le Concerto est très connu mais, comme toujours, l’entendre en direct et en regardant les instrumentistes aiguise l’écoute, révèle l’orchestration par la simple vue des musiciens prenant et déposant leurs instruments. Le mouvement lent, avec sa conversation entre harpe et flûte, n’est jamais moins que sublime, et offre le spectacle fascinant des deux solistes réagissant l’un à l’autre, se retrouvant, se séparant, se fondant.

 

Les solistes partis au milieu des applaudissements, le jeune chef Harry Ogg propose, en bis, la simple reprise de l’ouverture de l’Enlèvement au sérail. L’Ensemble Orchestral de la Cité a pu montrer son homogénéité et c’est, après tout, l’objectif recherché.

Un commentaire ? : denis.mahaffey@levase.com

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Du bon temps au Bon Coin

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L'art du jazz

L’un prend la clarinette, l’autre lève les mains au-dessus du clavier de piano. « All of me , vieux standard de Gerard Marks and Seymour Simon qui ouvre le récital, est une chanson d’amour plutôt lugubre, appelant le/la bien-aimé/e à achever le processus de possession amoureuse. Daniel Amadou à la clarinette (*) et Ludovic Signolet au piano en font un éloge joyeux et espiègle de la vie. Ils jouent dans la petite salle de restaurant, en forme de croissant autour du bar-comptoir, du café associatif Au Bon Coin à Soissons. C’est la deuxième fois qu’ils s’y produisent.

Daniel Amadou

Ecouter la première chanson telle qu’ils l’interprètent, c’est faire une balade dans un bosquet familier, accompagné par un jeune garçon. Le sentier suit son chemin, mais le gamin gambade de chaque côté, en courant, en ralentissant, en accélérant, en s’arrêtant, en sautillant. Voilà qu’il grimpe sur un arbre, puis saute à pieds joints. Puis saisit une branche au dessus de la tête et s’y balance longuement. Son inventivité est sans limite.

Ludovic Signolet

Pour chaque numéro Daniel et Ludovic jouent ensemble, puis chacun fait un solo, puis ils reprennent ensemble. Il s’installe dans la salle une ambiance de bien-être. Le public tape du pied par terre ou des doigts sur la table. La musique est mélodieuse et badine.

Daniel chante aussi parfois, d’une voix un peu effacée, légère, intime, de petits interludes entre les exubérances de la clarinette.

Le programme est éclectique : jazz et folklore antillais, thèmes sud-américains et, à la demande d’une auditrice, Petite fleur de Sidney Béchet (c’est en écoutant cet artiste que Daniel a voulu devenir clarinettiste). Pour finir, une version dansante de I’m beginning to see the light. Pour tout terminer, en bis, le non moins bondissant Hello ! Dolly.

Ensuite, et c’est un atout du Bon Coin, la musique cède la place à la gastronomie : les chaises sont remises en place autour de la dizaine de tables, et le dîner est servi. Aux musiciens aussi.

Pour commenter : denis.mahaffey@levase.fr


(*) Daniel Amadou est également sculpteur. Voir La clarinette et l’ardoise.

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Un concert en trois mouvements

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L'art du duo violon/piano

Renaud Capuçon avec Guillaume Bellon

Depuis trois ans le grand auditorium de la Cité de la Musique était parsemé de fauteuils vides. Le « concert Capuçon » les a remplis, au point de faire attendre dehors les imprévoyants, dont seuls quelques-uns ont pu se glisser au dernier moment dans les quelques places réservées mais pas prises.

Le violoniste Renaud Capuçon a été rejoint par Guillaume Bellom au piano pour un récital de sonates de Richard Strauss, Debussy et Prokopiev.

Un concert peut être structuré dans l’ordre chronologique des compositeurs. Pour ce concert, l’ordre reflète plutôt la progression stylistique historique. C’est par la sonate op.18 de Strauss que le programme commence. Cette œuvre, d’une difficulté technique redoutable – les spectateurs de la CMD pouvaient s’en rendre compte en regardant – est d’inspiration Romantique allemande, avec ses grandes envolées lyriques.

Debussy, né pourtant deux ans avant Strauss, illustre la fragmentation de ce style : à la place de la structure cohérente d’avant, sa Sonate n°3 est une mosaïque d’émotions et idées qui se bousculent, dans une modulation constante de ton, de tonalité, faisant entrer la musique dans un monde sonore impressionniste qu’il a été le premier à entendre et à traduire. Le Romantisme planant de Strauss est remplacé par l’incertitude, la douleur, la gravité – la sonate a été écrite en 1916, en pleine guerre mondiale. C’est la dernière grande composition de Debussy, mort deux ans plus tard.

La troisième sonate de la soirée, n° 2 op 94bis(*) de Prokofiev, dépasse – ou plutôt fracasse – les subtilités tonales de Debussy. Le compositeur veut surprendre, en cherchant l’inattendu, les discordances, les rythmes cassés. Il revendique cette attitude : « Le mérite principal de ma vie (ou, si vous préférez, son principal inconvénient) a toujours été la recherche de l’originalité de ma propre langue musicale. J’ai horreur de l’imitation et j’ai horreur des choses déjà connues. »

Renaud Capuçon et Guillaume Bellom ont suivi cette évolution à épisodes comme s’ils étaient totalement acquis à chaque étape, et en passant tout simplement de l’une à l’autre. Ils arrivent ensemble à révéler le contenu de chaque élément, le détail et la structure, les changements de ton, d’humeur. Tous les deux font plaisir à voir : comme des danseurs classiques, ils dissimulent l’effort nécessaire pour faire les mouvements des mains sur leur instrument, paraissant toujours sereins même aux passages les plus agités. Chacun a des gestes personnels : Guillaume Bellom fait parfois une sorte de « haut les mains » gracieux au dessus du clavier ; pendant les passages pour piano solo, Renaud Capuçon retourne parfois son instrument et examine le dos, comme s’il cherchait le nom ou la marque du luthier.

Les yeux souvent fermés, Renaud Capuçon joue toujours avec une grande intensité (qui n’empêche pas l’aisance et la souplesse corporelles). Guillaume Bellom au piano n’empiète jamais sur le rôle du violon, mais ne s’efface jamais non plus, toujours à la bonne place dans le duo.

Le programme conclu, les deux musiciens se sont remis trois fois à leurs instruments. Smile, écrite par Chaplin pour son film Les temps modernes, Vocalise de Rachmaninov, et un extrait de la bande sonore de Morricone pour le film Cinema Paradiso, ont permis au public de se détendre après la concentration demandée pendant le récital – et d’être ému autrement.

denis.mahaffey@levase.fr


(*) C’est à la demande pressante du violoniste russe David Oistrakh que le compositeur a transcrit la sonate, d’abord écrite pour piano et flûte (d’où le « bis » après « op.96 »). La nature différente des deux instruments peut être appréciée en écoutant les deux versions l’une après l’autre.

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