Sur scène, une équipe de foot se prépare pour un match qui décidera de sa montée en Ligue 1. Soudain, un drame : quatre joueurs et leur entraîneur font face à la découverte d’un médicament prophylactique contre le Sida dans leurs vestiaires. Une enquête bâclée désigne le « coupable », Makaio, star de l’équipe, qui justement a fui la situation. Les insultes homophobes les plus grossiers fusent, même de la part de son frère Kéon, membre de la même équipe.
Les crampons est écrite et mise en scène par Mona El Yafi, directrice artistique de la compagnie Diptyque Théâtre, en résidence au théâtre du Mail depuis 2025.
Elle a choisi un sujet qui reste brûlant, non pas par la gravité de la maladie mais par les réactions qu’elle suscite encore, surtout dans les milieux où la masculinité et la virilité sont les critères considérés comme vitaux, notamment le sport. Il faut y être « un vrai homme » pour les autres. Tout signe de vulnérabilité est une trahison.
Centrale à la pièce est l’absence du personnage, qui a fui la situation sans un mot d’explication ni de défense. La pièce est centrée, non pas sur sa situation supposée, mais sur le désarroi et la violence des réactions. Comme le Godot de Beckett, son retour est attendu en vain.
Mais c’est dans cette absence même que la situation évolue. L’entraîneur lâche une phrase clé : « J’avais besoin de tout sauf d’un putain de Justin ! ». C’est une référence à Justin Fashanu, premier footballeur professionnel anglais à avoir reconnu publiquement son homosexualité, et dont le harcèlement l’a amené à se suicider. Un autre parallèle entre lui et Makaio : il avait également un frère, lui aussi footballeur, et qui l’a renié.

Kéon fait face à ses coéquipiers.
Après avoir lui-même participé aux insultes, Kéon enquête, et découvre l’histoire de Fashanu et comprend le lien direct avec son propre frère. Il dialogue intérieurement avec le fuyard, rejoue le passé, cherche un remède.
C’est un coup de théâtre qui fait honneur à la dramaturgie de l’auteure du texte, une confrontation à deux jouée par un seul acteur. Nicolas Phongpheth n’assume pas deux rôles, il s’engage plutôt dans un monologue, rageur puis réconciliant, sur la base d’une conversation d’enfance. Une sorte de résolution : comment admirer un homme pour ce qu’il fait sur le terrain, mais refuser d’accepter ce qu’il est dans sa vie intime ? La question n’est pas réglée, mais elle devient explicite. Frère et frère s’écoutent, peut-être qu’ils s’entendront. Dans un milieu hypermasculin, hétéro‑normé, homophobe, Les crampons imagine que le tendre et l’intime puissent – un jour – s’exprimer.
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