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Musique

Prochainement (8 nov.) / Concert de géants

Denis MAHAFFEY

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L'art de la musique Romantique

L’Orchestre National de Lille est venu à Soissons en juin dernier sous le nouveau directeur Alexandre Bloch. Il revient avec son ancien chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus, bien connu des mélomanes soissonnais : comment oublier ses concerts à la cathédrale, lieu habituel des concerts symphoniques, où la musique sonnait et résonnait parmi les piliers de la nef, jusqu’à l’ouverture de la Cité de la Musique et de la Danse en 2015 ?

Ce concert promet un régal pour ceux que comble la musique Romantique avec ses richesses harmoniques, ses thèmes voluptueux. Des œuvres de trois géants, Berlioz, Mendelssohn et Chostakovitch, seront au programme.

Jean-Claude Casadesus à la cathédrale en 2006.

Après l’échec de son opéra Benvenuto Cellini, Hector Berlioz en a extrait deux de ses thèmes pour en faire une grande ouverture concert, Carnaval Romain. En le composant, il connaissait son affaire : il venait de publier son étude théorique Traité d’instrumentation et d’orchestration – qui pour la première fois détaillait les responsabilités d’un chef d’orchestre.

Tedi Papavrami, violoniste d’origine albanaise dont l’histoire est elle-même pleinement romantique, sera soliste du Concerto n°2 pour violon de Felix Mendelssohn, une des œuvres iconiques du Romantisme. Son début est électrifiant : le compositeur innove en abandonnant la traditionnelle introduction orchestrale en faveur du violon solo, qu’accompagnent les autres instruments.

Trois mouvements et leurs trois thèmes sublimes feront pâmer les susceptibles dans la salle.

Dimitri Chostakovitch peut se rattacher au mouvement Romantique par son utilisation de l’orchestre symphonique. La première Symphonie date de 1926. Reconnue comme sa première grande œuvre, elle l’a rendu célèbre, en Russie et dans le monde. Elle ne dure que trente minutes, mais contient le germe de tout ce qui suivra dans sa carrière. Le contenu est sardonique, spirituel, innovant ; le 3e mouvement, Adagio, qui ferait penser à une marche funèbre, laisse sentir le fond de tristesse et de douleur qui a sous-tendu la vie de ce compositeur, soviétique malgré lui.

Le concert de l’orchestre de Lille finira avec le dernier mouvement, mélange de grâce et de violence, reprenant le thème funèbre.

Ceux qui n’apprécient guère le style Romantique peuvent le critiquer pour son côté populiste, sentimental, son appel aux émotions sans en mesurer les conséquences. Ses défenseurs y verront un moyen d’approfondir ces émotions en gardant toujours la distance qui vient de leur traduction en formes musicales.

Orchestre National de Lille, 8 novembre à 20h à la CMD.

Le Vase des Arts

De Soissons à Séville

Denis MAHAFFEY

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L'art de la musique latino-américaine

En accompagnant au piano les cours de danse au Conservatoire de Soissons, Jaime de Hagen reste au second plan. Mais il sait aussi occuper le devant de la scène.

L’année dernière il a proposé à la « Maison des pianistes » de Séville en Espagne un récital de ses propres compositions. « J’ai été accepté, mais comme je n’avais presque rien à jouer, j’ai passé tout l’été en reclus, à composer. »

Il a fait entendre le programme à deux auditeurs, dont un collègue, professeur de guitare, dans l’amphithéâtre de la CMD, sous le titre Para mi tierra. « Pour mon pays, ma terre, presque mon terroir » explique-t-il. Son pays, c’est l’Argentine, qu’il a quittée il y a plus de vingt-cinq ans pour suivre sa femme, ingénieur industriel à Vervins.

Comme il le fera en Espagne, il commente les morceaux au programme. La première partie est consacrée aux danses argentines ; mais il commence par jouer Ruta 40 (Route 40), pour évoquer la colonne vertébrale légendaire de ce vaste pays, longue de 5000km – « du Portugal à Moscou » dit-il. Cette composition fait entendre une sorte d’urgence à parcourir la distance.

Suivent des danses dont les noms eux-mêmes dansent, toutes marquées par les ralentissements et accélérations syncopés de l’Amérique du Sud : la zamba (« pas la samba brésilienne ! » affirme Jaime de Hagen) ; le chamamé, joyeuse et enlevée, de la région de la Mésopotamie (oui, l’Argentine à la sienne entre le Paraná et l’Uruguay, non pas le Tigris et l’Euphrate) ; le bailecito ; le gato, très répandu en Bolivie, Argentine, Paraguay et Uruguay, une danse qui permet à l’homme de poursuivre élégamment la femme ; et une milonga, danse étroitement liée au tango, intitulée Malevo, qui signifie « malfrat » dans l’argot de Buenos Aires.

Jaime de Hagen

La seconde partie du récital comprend trois œuvres. Le thème de ses Variaciones danzantes est décline en différents rythmes, gavotte, blues, habanera et même cakewalk. La musique passe du péremptoire à la séduction, avec une surprise pour finir : une fugue.

Jaime de Hagen avait déjà composé et enregistré pour piano à quatre mains, avec Pascale Lam, Para mi ciudad (« Pour ma ville »), une série de portraits des quartiers de Buenos Aires. Il y ajoute une image du port de la ville, Fantasía porteña.

Pour terminer Jaime de Hagen joue Boléro ?, une mélodie qui pourrait correspondre à un boléro latino-américain (à ne pas confondre avec le Boléro de Ravel), mais qui prend une direction inattendue justifiant le point d’interrogation.

Derrière la diversité des compositions, elles possèdent une qualité commune : générer chez celui qui écoute de petites inconséquences de raison et de cœur.

Le fait de jouer devant seulement deux personnes correspond-il à un concert public ? « Oui » conclut le concertiste. « Chez moi, je n’évite pas l’indulgence envers mes erreurs et approximations. »

Comme le récital est encore en quelque sorte en gestation, le collègue annonce un « debriefing » et reste seul avec le pianiste.


Depuis cette répétition, le concert a eu lieu à Séville. Un succès, bien accueilli par le public, comme l’ont été les commentaires du pianiste-compositeur. Il existe des vidéos de quelques morceaux, accessibles sur le profil Facebook de Jaime de Hagen.

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Le Vase des Arts

Aux âmes, citoyens ! Un dimanche de Beethoven

Denis MAHAFFEY

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L'art de Beethoven

A la répétition générale François-Xavier Roth parle avec ses musiciens.

Journée Beethoven, 8 mars 2020 à la Cité de la Musique et de la Danse

Un contraste inattendu a pu aider le public de la Journée Beethoven à la CMD à comprendre la nature de sa musique. Après une transcription de la Symphonie Pastorale pour piano à quatre mains le matin, Lidija et Sanja Bizjak ont réagi aux applaudissements en jouant deux valses de Cécile Cheminade, compositrice post-Romantique, petit signe en direction de la Journée nationale des droits des femmes. Primavera et Sérénade d’automne sont mélodieuses, gracieuses, plaisantes à entendre – des épithètes qu’il serait difficile d’appliquer à Beethoven.

L’actuelle écoute de toutes ses symphonies, dont plusieurs deux fois, est révélatrice par son intensité de ce qui le distingue d’autres compositeurs.

Il n’est pas possible d’écouter sa musique, comme l’on peut avec Mozart et bien d’autres, seulement (seulement ?!) pour le plaisir du son, des émotions exprimées et ressenties, et en admirant la compétence musicale et la créativité. Beethoven ne vous permet pas de vous abandonner à la grandeur de ce que vous écoutez. Sa musique vous interpelle, vous surprend, vous force à réagir à chaque développement inattendu. Plus que ça, et c’est sa plus grande réussite, par son choix de thèmes et par son examen minutieux de chaque élément d’une composition il mène l’auditeur à regarder dans sa propre âme, et l’amène à prendre position par rapport à la dignité humaine, aux triomphes et souffrances des hommes.

Lidija et Sanja Bizjak

Chacune des quatre symphonies de la Journée renforce cette leçon.

Dans sa transcription pour piano de la 6e Symphonie, Czerny distille l’essentiel, dégage la structure. Il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir : le geste de Sylvie Pommerolle, tourneuse de pages, en tournant une page de droite à gauche et non pas à gauche à droite, fait comprendre qu’il y a une reprise.

La répétition générale de l’orchestre Les Siècles en début d’après-midi a permis aux auditeurs présents de voir François-Xavier Roth aux fourneaux, ajustant le volume, le ton, la dynamique, en préparation du banquet qui suivrait. Et de voir les musiciens en pulls et bluejeans, avant de se mettre en noir pour le concert.

Les 1e, 4e et 7e se sont enchaînées, en commençant par le début lent de la 1e, preuve immédiate que Beethoven allait innover par rapport aux Classiques, et en terminant par cette autre ode à la joie, mais sans chœur, du dernier mouvement de la 7e. Les auditeurs de la Journée, en apprenant à mieux connaître Beethoven, ont appris à mieux se connaître eux-mêmes.


Pour accompagner cette série de concerts un livret analysant les neuf symphonies de Beethoven, édité par la CMD, est disponible gratuitement. Il a été rédigé et réalisé par Christine Paquelet, avec l’aide de ses élèves de la classe d’analyse. Le livret traite de l’orchestration et des circonstances de composition de chaque œuvre, avec une analyse détaillée de la partition. Il sert de programme pour la saison actuelle, mais aussi de résumé utile d’information pour les intéressés.

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Le Vase des Arts

Elargir l’écoute

Denis MAHAFFEY

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L'art symphonique de Beethoven [1]

Les cuivres et les percussions de l’Ensemble Orchestral de la Cité

La croisière symphonique beethovienne, qui durera quatre mois, a pris son départ, avec en premier équipage l’Ensemble Orchestral de la Cité sous le commandement de Corinna Niemeyer. Pour poursuivre l’image, il ne restait pas un seul transat libre sur le pont des passagers.

Le concert marque la sixième collaboration entre des musiciens de l’orchestre Les Siècles et d’autres qui enseignent dans les Conservatoires et Ecoles de musique de l’Aisne. Le programme est préparé à la CMD chaque année avec un chef d’orchestre invité.

Le projet reflète la volonté départementale, mise en œuvre par l’Association pour le Développement des Activités Musicales dans l’Aisne (ADAMA), de créer des partages qui enrichiront l’enseignement musical. Les professeurs sortent de leurs salles de classes et se trouvent instrumentistes d’orchestre devant le public, une expérience qui se répercute sur leurs relations avec les élèves.

L’Ensemble, constitué pour l’occasion, et après une courte période de préparation, n’aurait ni les sonorités ni la cohérence d’un orchestre établi avec des instrumentistes travaillant ensemble depuis longtemps sous un même chef. Il a cependant donné une lecture réfléchie des deux symphonies au programme. Corinne Niemeyer, très concentrée devant ses musiciens, rayonnait d’enthousiasme au moment de s’adresser à la salle après le concert.

Corinna Niemeyer

En écoutant d’abord la 2e Symphonie, il est normal à la fois de retracer l’influence des prédécesseurs de Beethoven, et en même temps de guetter ses écarts par rapport aux conventions Classiques. Déjà, tout en respectant le cadre, il en sort pour admettre d’autres idées et sensations musicales.

Pour la 5e, la plus connue de la série, Corinne Niemeyer a fait comme Alexandre Bloch avec l’Orchestre de Lille en 2019, en n’observant aucun temps de recueillement préliminaire : elle est montée sur l’estrade et a lancé tout de suite le motif plus que célèbre, quatre notes répétées en les transposant, que Beethoven lui-même à identifiése comme représentant le Destin, qui lui aussi n’attend pas.

L’œuvre est si connue que l’auditeur peut élargir son écoute au-delà de la progression des phrases musicales, non pas pour faire une analyse musicologique, mais pour considérer le sens d’ensemble. Le premier mouvement fait résonner le destin qui frappe à toutes nos portes. Les suivants examinent différentes attitudes à adopter face à ce destin : la douce acceptation, la protestation, le deuil de la liberté illusoire ; le quatrième et dernier se termine triomphalement avec un « Advienne que pourra ! »


Parlant sur France-Info Culture, Corinne Niemeyer évoque la rencontre avec un nouvel orchestre : « Il faut savoir créer un contact avec l’orchestre et sentir comment il fonctionne pour intervenir. Or certains orchestres ont coutume de jouer ensemble, d’autres sont flexibles. Tout cela rend notre métier plus compliqué. On dit qu’en quelques secondes les musiciens détectent si le chef est bon. De la même manière, le chef doit, tout de suite, avoir une vision d’où il veut aller avec l’orchestre et comment y parvenir. »

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