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Musique

Le Classique fait incursion : Orchestre Français des Jeunes

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L'art de jouer du Classique

Des contrebassistes en répétition pour le concert.

Un orchestre peut arriver à Soissons dans la journée, se repérer, répéter l’après-midi, jouer le soir, et repartir aussitôt. L’Orchestre Français des Jeunes, au contraire, a passé cinq jours à Soissons. Plus précisément, les quarante-trois participants à la session Classique ont préparé le concert à donner à la Cité de la Musique et de la Danse, puis à la salle Gaveau à Paris.

Une répétition autour du piano sans soliste

L’Orchestre Français des Jeunes recrute chaque année sur audition une centaine d’élèves de conservatoires régionaux pour des sessions de formation symphonique, suivies chaque fois par des concerts. Jusqu’à l’année dernière il offrait une formation particulière en musique Baroque à la CMD. Cette année il a été décidé de la remplacer par une session sur la musique Classique. Pierre Barrois, directeur de l’OFJ, appelle cette nouvelle initiative « une incursion du Classique ».

En musique, il y a la classique et le Classique (avec petit c et grand C). La musique classique comprend toute celle qui se distingue de la musique populaire ; la musique Classique est celle écrite entre 1750 et 1830.

L’OFJ est résident en Hauts-de-France. Pourquoi ce choix ? « Nous avons de bonnes relations dans la Région » commente Pierre Barrois. Il reconnaît ainsi la grande vigueur de la vie musicale locale : trois orchestres y jouent, l’Orchestre national de Lille, l’Orchestre de Picardie, Les Siècles ; les conservatoires et écoles de musique constituent un puits de nouveaux instrumentistes ; mais plus que cela, les autorités s’attachent à permettre aux élèves de jouer ensemble la musique de chambre, orchestrale et chorale. Elles admettent que les solistes des cours individuels doivent apprendre à jouer ensemble pour pouvoir exercer le métier de musicien d’orchestre.

Margaux Bergeon : “Il faut être très délicat pour Mozart.”

Les stagiaires ont déchiffré, mis au point et répété un programme de musique de Mozart sous la direction du chef d’orchestre Julien Chauvin (déjà venu à la CMD pour diriger l’Ensemble Orchestral de la Cité). Ils ont suivi aussi des cours par pupitre avec des musiciens de métier, travaillé en groupes pour la musique de chambre, et participé à des ateliers et conférences.

Margaux Bergeon, étudiante du CRR de Strasbourg et violoniste, explique l’adaptation à faire pour maîtriser le style Classique. « Nous avions appris à jouer d’une certaine façon, avec du vibrato, par exemple, alors que pour Mozart il faut être très délicat. La difficulté vient du fait que nous utilisons nos instruments habituels, et nos archets, pour jouer une musique pour laquelle ils ne sont pas adaptés. » L’objectif est clair : les orchestres (à l’exception des Siècles, qui change parfois d’instruments au milieu d’un concert, selon l’époque) ont besoin d’instrumentistes capables de s’adapter à tous les genres, des musiciens polyvalents.

Le programme à répéter était très exigeant, mais Julien Chauvin a tenu à maintenir une ambiance détendue, aimable et personnelle dans ses contacts avec les stagiaires.

Le soir du concert, les jeunes stagiaires qui avaient répété en jeans, pulls et écharpes étaient transformés, tous habillés en noir. Les jeunes femmes, dont beaucoup en robe longue, étaient simplement plus élégantes, alors que les smokings et nœuds papillon des jeunes hommes accentuaient plutôt leur jeunesse.

Julien Chauvin en conversation avec deux stagiaires

L’orchestre est entré en scène avec l’ouverture de Don Giovanni, preuve de la cohérence de cette formation éphémère. Le premier vrai défi a été le Concerto n°24 pour piano avec en soliste Andreas Staier, dont l’orchestre n’avait fait connaissance que vers la fin de la session. Mais du premier thème joué en unisson à la conclusion qui traduit le désemparement du compositeur, les jeunes musiciens ont montré leur capacité à comprendre ce qu’ils jouaient. Le partage a fonctionné avec le pianiste, un modèle d’éloquence discrète, donnant parfois l’impression d’accompagner l’orchestre au lieu d’être accompagné. En bis, il a joué l’Andante Cantabile de la Sonate en Ut majeur K.330 de Mozart, un « petit bijou » selon Jean-Michel Verneiges, directeur de l’ADAMA, l’organisme qui a tant fait pour encourager la mise en commun des capacités musicales individuelles. Pendant quelques minutes le plateau et la salle ont partagé l’écoute.

Enfin, l’OFJ Classique a joué la dernière Symphonie de Mozart, la Jupiter, le concert se terminant donc avec le feu d’artifice fugal de son Finale (*). Un sans-faute que Julian Chauvin a souligné en offrant, en bis, la dernière partie du mouvement. Les jeunes musiciens l’ont refait comme des trapézistes répétant un triple saut périlleux, pas avec les mains dans les poches, mais avec le même entrain.


(*) George Grove, musicologue anglais : « Mozart a réservé pour ce finale toutes les ressources de sa science, et toute la capacité, ce que personne ne semble avoir possédé autant que lui, de cacher cette science, et l’avoir fait véhiculer une musique aussi plaisante que savante. Nulle part ailleurs a-t-il dépassé cet exploit. »

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Le Vase des Arts

Black Metal à Montgobert

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L'art du rock extrême

Les deux frères me reçoivent sur la terrasse ensoleillée de la maison de leurs parents à Montgobert, un village que la forêt entoure et dans lequel elle pénètre à chaque tournant de rue. Ayant grandi au milieu de la nature, Baptiste et Paul Robert sont sensibles à l’ambiance mystérieuse de leur forêt environnante : « Elle est sécurisante, nous nous y trouvons safe. »

Baptiste a 22 ans et travaille dans les vidéo-conférences à Paris ; Paul, 19, est étudiant en Electricité industrielle à Cuffies. Ils sont aimables, attentionnés, calmes et courtois.

Nous nous rencontrons pour parler de leur autre activité, encore secondaire mais dans laquelle ils espèrent percer : leur duo de rock Black metal, « Depressive Witches », créé en 2018, développé pendant le premier confinement.

Baptiste à la guitare, Paul à la batterie

D’origine scandinave, le Black est une déclinaison exacerbée du Heavy metal, caractérisé par sa négativité, son atmosphère sombre, morbide, oppressante. Les sujets de prédilection des Witches sont la sorcellerie et les épopées.

Un clip pour la chanson « From the woods I rise », tourné avec l’aide d’un ami dans la forêt en face puis monté par Baptiste, et visible sur Youtube, illustre ce sujet avec des images macabres, violentes, ses personnages en vêtements néo-gothiques, ses maquillages « peinture de cadavre » (« corpse paint »). C’est intense, volontairement excessif, imaginatif et inventif.

Ils avaient appris à jouer à l’Ecole de musique de Crouy, Baptiste la trompette, Paul le violon. En Seconde, Baptiste a découvert le Black metal, et une autre voie musicale s’est ouverte, la guitare pour Baptiste, la batterie pour Paul. « Nous avons développé notre style en approfondissant nous-mêmes les techniques du metal extrême » explique Paul.

Baptiste écrit les paroles en anglais, chacun travaille de son côté, selon ses idées et envies, et ils coordonnent le résultat. La ligne de la guitare inspire les rythmes de la batterie.

En juin dernier ils ont sorti leur premier album, Bad flask, et ils en terminent un autre, Distant Kingdoms.

Baptiste est clair : « Le talent ne suffit pas. » Il faut se faire connaître. En février 2022 ils partiront en tournée en Europe de l’Est, avec leur père en manager. Des dates sont confirmées en Serbie, République Tchèque, Roumanie, d’autres restent en attente.

Le moment décisif arrive. Nous quittons la terrasse et montons au studio – un coin de lit défait, entouré de matériel électronique, trahit son autre fonction : être la chambre de Baptiste.

Ils se préoccupent de me protéger. Protéger ? Contre le niveau sonore qui sera assourdissant. Il faut mettre un casque pour la chanson « Distant Kingdom ».

Ils commencent. Guitare, batterie, chant. Une avalanche de sons qui écrase l’espace. Leurs cheveux fouettent l’air, leur regard est menaçant. L’énergie concentrée vibre, fait vibrer. Paroles, accords, rythmes, tout fuse en un paroxysme. Voilà le Black metal.

Silence. Baptiste et Paul sourient. Ce sont des musiciens et ils ont joué.

Que cherchent-ils dans le rock extrême ? « Vivre de cela » avait dit Baptiste sur la terrasse. Gagner leur vie, donc. Mais aussi se réaliser grâce à cette même musique, gagner la vie et non pas en perdre le sens, pour n’avoir pas essayé.

Site : depressivewitches.fr

[Cet article paraît dans le Vase Communicant n°11 – éd. Villers-Cotterêts/La Ferté-Milon.]

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Un concert aux couleurs proustiennes / Le merveilleux intégral

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L'art des Siècles

François-Xavier Roth fait applaudir un groupe de ventistes.

Deux concerts avec l’orchestre Les Siècles ont eu lieu à la Cité de la Musique, à une semaine d’intervalle.

Un trio de compositeurs français, Massenet, Fauré, Bizet, a été choisi pour mettre en valeur d’anciens élèves des Conservatoire et écoles de musique du Département, récemment devenus musiciens professionnels. Le dispositif, qui les réunit pour trois jours avec des membres des Siècles sous le nom de « Grande symphonie de l’Aisne », est sensé maintenir en quelque sorte la continuité annuelle de la « Jeune Symphonie », destinée aux élèves et interrompue depuis deux ans par les confinements. L’Association pour le Développement des Activités Musicales dans l’Aisne (Adama) poursuit ainsi le même objectif : offrir aux musiciens débutants la pratique d’un travail symphonique, l’occasion de se frotter à la vie d’un orchestre. Il y avait vingt-six jeunes instrumentistes – dont tous les trois trombonistes.

Trois trombonistes nouvellement professionnels : Antoine Gourlin, Pierre Bazin et Vincent Radix (de g. à dr.)

Benjamin Garzia a remplacé le chef en titre François-Xavier Roth, qui était souffrant.

Les deux premières œuvres, les Scènes pittoresques de Massenet et la Ballade pour piano et orchestre op.19 de Fauré, soliste Florent Boffard, exigent des musiciens une sensibilité au contexte historique du tournant du siècle, au style de la période, un respect pour l’ambiance d’époque. Pour le public, cette partie du concert a offert une occasion d’entendre, dans la clarté acoustique de l’auditorium, des œuvres moins familières, dont celle de Massenet, dont la réputation repose davantage sur ses opéras.

Pour finir, retour à la musique célèbre avec la Symphonie en Ut majeur de Bizet.  Comment imaginer que le compositeur avait si peu d’estime pour cette œuvre de jeunesse qu’elle a disparu, n’étant retrouvée qu’en 1932 ?

Le concert a été conçu parallèlement à celui du Festival de Laon rendant hommage à Marcel Proust pour le 150e anniversaire de sa naissance et le centenaire de sa mort en 1922. Le programme imprimé contient un texte intitulé « Un fil d’or », cataloguant le dense réseau de liens entre ces compositeurs et Proust, reliés par un parent, un ami, un camarade de classe, un salon littéraire.

Comme Jean-Michel Verneiges, directeur à la fois d’Adama et du festival de Laon, est connu pour sa sensibilité aux résonances entre la musique et la littérature – qui ont mené à plusieurs « concerts-lectures » – il est légitime de reconnaitre sa contribution à cette mine d’informations proustiennes.

Le texte a même modifié l’écoute du concert, en suggérant que Proust aurait trouvé la fameuse « petite phrase » de la sonate de Vinteuil dans la Ballade de Fauré. Précisément, au début de la composition une phrase se détache. Serait-ce celle-là ? C’est comme si Proust lui-même était dans la salle – en sachant qu’un écrivain peut très bien inventer une musique qui n’a jamais été entendue, ne le sera jamais, il n’a besoin que de mots.

Le chef d’orchestre François-Xavier Roth

Six jours plus tard l’orchestre Les Siècles au complet, sous la direction de François-Xavier Roth remis et en forme, a joué deux œuvres inspirées par de vieux contes fondés sur le merveilleux, Ma mère Loye de Ravel et l’Oiseau de feu de Stravinsky.

Cherchant ses sources chez Charles Perrault et d’autres auteurs, Ravel a choisi La Belle au bois dormant, Petit Poucet, Laideronnette impératrice des pagodes, La Belle et la Bête, et Le jardin féerique. Ces cinq saynètes ont été composées pour le piano et jouées pour la première fois par deux enfants, puis Ravel les a transcrites pour orchestre symphonique.

Stravinsky a écrit L’oiseau de feu pour les Ballets Rusees de Diaghilev. Les Siècles aiment innover, ce qui explique qu’au lieu d’opter pour une des suites existantes, comprenant une sélection de mouvements, l’orchestre ait joué la partition intégrale, avec ses 24 mouvements, le tout commençant par un grognement de contrebasses, que rejoignent les autres cordes.. L’effet des 24 mouvements a été cumulatif. Il y avait aussi du spectacle : les musiciens devaient gérer l’énorme complexité de la partition et la multiplicité d’instruments (dont un célesta et un piano). Le concert s’est terminé dans l’enthousiasme général, du public et sur le plateau.

Après les applaudissements et rappels François-Xavier Roth a pris la parole pour saluer la contribution de Jean-Michel Verneiges à l’action musicale aisnoise, et rappeler ce qui a mené à la construction de la Cité de la Musique : la nécessité de permettre à de telles œuvres d’être entendues.

Deux compositions merveilleuses donc, autant par le sujet que par la musique, tour à tour mystérieuse et capricieuse, menaçante et ludique, jamais prévisible, comme la magie elle-même.

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Le Vase des Arts

Imany : l’envoûtement en musique

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L'art du chant envoûtant

Sur la scène du Mail, Imany – nom de scène de la chanteuse Nadia Mladjao, d’héritage comorien – sait capter les regards. Enveloppée de noir, voilée sous un grand chapeau, au fond d’une grande chaise en rotin, puis émergeant drapée dans un vêtement rouge plissé qui lui moule le corps et couvre les cheveux, rôdant comme un félin, elle est un aimant pour les yeux les spectateurs. Elle ne s’adonne, dans cette première partie du spectacle, à aucune familiarité, ne sourit pas, reste hiératique, point de mire.

Mais elle partage les regards de la salle avec les huit musiciens qui l’entourent, cinq femmes et trois hommes habillés en noir. Chacun porte dans les bras un violoncelle, et ils jouent comme ça, debout ou assis, constamment en mouvement, suivant une chorégraphie énergique, attirant eux aussi l’attention. Ils élargissent la perception du violoncelle, instrument à la réputation plutôt sage et sereine : ici il est bruyant, cru, capable de tous les excès.

Imany – son nom signifie “foi” en arabe – chante, principalement ses propres compositions en anglais, mais aussi des standards, d’une voix ronde et un peu rauque  (elle expliquera cela plus tard).

Après It’s a wild world de Cat Stephens elle salue le public, sourit. La cérémonie d’envoûtement est accomplie. Elle reprend, mais dans un autre registre, dit son plaisir d’être là, son soulagement d’avoir pu chanter malgré « la crève ».

Elle parle du spectacle, de la détermination qu’il lui a fallu pour le faire selon ses intentions. Elle dit son admiration pour ses musiciens. « Je voulais des violoncellistes mais ne savais pas si je les trouverais. Et ils sont venus, prêts à tout. Je leur demande de sauter, ils demandent « Jusqu’où ? »

Le discours alterne avec la musique. Elle aborde le sujet du « voodoo », décrit ce qui se passe quand quelqu’un fait appel à un prêtre – « ou une prêtresse ! » Il faut « prendre et jette par terre huit noix. L’image qu’elles forment permet de savoir à quel voodoo s’adresser. »

Les musiciens jouent. Ils se mettent même en demi-cercle, comme pour un récital de musique de chambre, et entonnent… le thème du Lac des Cygnes de Tchaïkowski . Serait-ce une façon de narguer gentiment les auditeurs ?

Le spectacle prend fin dans une danse générale endiablée, pendant laquelle la tête d’Imany se découvre, laissant voir sa coiffure, avec deux longues nattes, celle d’une jeune fille, d’une enfant.

Dans le monde de l’invisible qu’est le voodoo, né en Afrique et disséminé le long des routes de l’esclavagisme, tout est déguisé, caché. Imany, spectre secret au début, femme-enfant rayonnante à la fin, montre le chemin vers sa découverte.

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