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Musique

Un concert en trois actes et un épilogue

L'art du chant choral et solo

Les musiciens de La Risonanza et les choristes de Gérard-de-Nerval

La Risonanza avec Katherine Watson à la CMD

Acte I

Dans la grande salle de la CMD, la veille du concert, la répétition d’après-midi commence par la mise au point de la contribution de la chorale lycéenne de Gérard-de-Nerval, en présence de son chef de chant et professeur Nathalie Doyhamboure, et sous la direction de Fabio Bonizzoni, directeur de La Risonanza. Cet ensemble est italien, mais prend régulièrement part à la vie musicale du Département.

Jean-Michel Verneiges, directeur de l’Adama, co-réalisatrice de l’événement, s’adresse aux choristes pour expliquer le sens de leur participation dans ce « concert de tubes ».

Ils répètent leurs deux chants, et s’exercent à faire leur entrée sur le plateau pour le lendemain. Fabio Bonizzoni fait dire les paroles qu’ils chanteront, pour vérifier le texte allemand. Aimablement mais fermement, il ajuste le chant, ses rythmes, modulations et équilibres.

Ils sont remplacés sur le plateau par les musiciens de La Risonanza, en vêtements de ville. Ils commencent par le motet Silenti venti de Handel.

La soprano anglaise Katherine Watson est arrivée, elle aussi habillée pour être à l’aise en travaillant. Elle se lève et avance pour commencer à chanter après le premier passage instrumental. Fabio Bonnizzoni s’entretient avec elle, et ils décident d’un changement. Elle quitte le plateau. L’orchestre joue le premier passage comme une ouverture d’opéra représentant le bruit du vent, puis la chanteuse entre en scène à bonne allure, s’arrête et déclame : « Silence, les vents ! ».

Une répétition ne sert pas à apprendre la partition ; c’est une mise en scène de la musique.

Acte II

Dimanche après-midi, les musiciens prennent place avec leurs instruments, cordistes et une hautboïste, les hommes en costume sombre, les femmes en robes ou jupes de couleur. Ils joueront debout.

Fabio Bonizzoni entre, son nœud papillon vert caractéristique en place, accompagné de Katherine Watson en longue robe blanche étincelante de points d’or. Un concert est aussi un spectacle.

Katherine Watson avec Fabio Bonizzoni et La Risonanza

Le programme commence par Lascia ch’io pianga, air de l’opéra Rinaldo de Handel, aspiration poignante à la liberté. Comme les morceaux qui suivent, l’air instrumental de la Suite No.3 de Bach (Air sur la corde de sol), et les deux solos Rejoice du Messie et Ombra mai fu de Handel, il a une qualité mélodique simple et directe qui touche l’auditeur en profondeur, remue son sens esthétique autant que ses émotions. Une telle musique éveille quelque chose d’endormi. Seule constatation, cependant : s’enchaînant ainsi, ces tubes célébrissimes – et qui méritent leur rang – peuvent surcharger l’attention de l’auditeur, dont la capacité d’émerveillement n’est pas infinie.

La voix de Katherine Watson est chaude et souple, et elle gère parfaitement la gymnastique baroque. Sa présence sur scène est sereine et sérieuse. Pendant les passages où elle ne chante pas, elle regarde la salle de gauche à droite et de haut en bas, comme si elle voulait entrer en contact avec chaque membre du public ; puis sa voix repart.

Le programme passe à des œuvres moins familières : un concerto pour hautbois de Benedetto Marcello, beau et bref, et, pour finir, le motet de Handel en quatre mouvements, dont surtout le dernier, l’Alleluia, est spectaculaire.

En réponse aux applaudissements, elle reprend l’air de Rinaldo du début, complétant ainsi le cercle.

Les applaudissements s’arrêtent enfin, et Fabio Bonizzoni revient seul devant son orchestre. Le concert n’est pas encore fini.

Acte III

Exprimant son désir d’associer le plus de monde possible à la pratique de la musique, pour les bienfaits qu’elle offre, Fabio Bonizzoni annonce la présence de la chorale de Gérard-de-Nerval. Dans deux blocs de fauteuils devant la scène, à gauche et à droite, les élèves, en noir, se lèvent et, sur place, chantent la première chorale de l’Oratorio de Noël de Bach (dont la mélodie revient comme un refrain dans tant de ses compositions). L’effet de cette intervention non annoncée dans le programme est époustouflant. Certaines hésitations de la veille ont disparu, et les voix en déchant, au dessus des autres, font frissonner.

Les choristes quittent leurs places et entrent en scène en file indienne de chaque côté, se croisant pour former un grand demi-cercle. Ils font penser à un corps de ballet. Ils chantent la seconde chorale de l’Oratorio.

Le concert est fini.

Epilogue

Dans sa loge, Kathryn Watson a déjà quitte la robe de scène. Au sujet de l’Alleluia du motet, un défi pour la voix, elle rit : « Oui, on est prêt à tomber comme une masse après cela ! » Quant au regard soutenu en direction du public, elle déclare « Je cherche surtout à contacter les enfants, ici et là, en espérant qu’ils viendront au prochain concert. »

Elle repartira aussitôt pour l’Angleterre en voiture. La beauté du « o » soutenu par lequel Ombra mai fu commence flottera longuement dans l’air de la Cité.

[Modifié le 12/12/18 pour corriger un détail et une coquille]

Musique

Orchestre de Picardie : la réalité de Strauss et Berlioz

L'art de la musique en direct

Les musiciens de l'orhestre de Picardie et de la Philharmonia de Silésie ensemble sur le plateau

L’acoustique de l’auditorium de la Cité de la Musique et de la Danse à Soissons lui vaut d’être choisie pour faire des enregistrements, ajustés encore par des acousticiens. Le résultat est techniquement sans faille. Mais rien ne vaut la réalité d’être dans la salle pour le spectacle – c’est un spectacle ! – d’un orchestre dont les musiciens remplissent le plateau et qui interprètent une œuvre que les auditeurs connaissent par des enregistrements.

Léa Hennino, Sébastien Hurtaud et Arie van Beek

C’est ce qui s’est passé avec l’orchestre de Picardie, qui a joué Don Quichotte de Richard Strauss puis, ensemble avec l’orchestre polonais Philharmonie de Silésie, des extraits de Roméo et Juliette de Berlioz.

Ces œuvres sont souvent diffusées et donc facilement reconnaissables. Pourtant, c’est la présence de l’orchestre, du chef d’orchestre Arie van Beek et des deux solistes, Sébastie Hurtaud qui interprétait Don Quichotte au violoncelle et Léa Hennino son fidèle Sancho Panza à l’alto, qui donnait de l’intensité au poème de Strauss. La texture de la partition, qui prévoit même le grincement des ailes des moulins à vent que Don Quichotte, le cerveau déraillé par ses lectures de romans, prend pour des géants, est rendue visible par l’activité des différents pupitres. La densité du rôle principal a été soulignée par le fait que les autres violoncellistes ont accompagné le soliste, les archets et les doigts faisant les mêmes gestes en unisson.

Surtout, la complexité de l’interprétation reflétait le double aspect de la musique : la nature chaotique et burlesque de la folie de Don Quichotte, la tragédie de sa méprise et de sa mort, devant tout le monde, au violoncelle.

Le temps de descendre un écran des cintres, de déplacer et ajouter des chaises et pupitres, et la seconde partie du concert pouvait commencer. Le plateau s’est rempli des musiciens de deux orchestres, de Picardie et de la Philharmonia de Silésie en Pologne, pour Roméo et Juliette.

Pour mettre en valeur des images numériques visualisant les sons, les lumières se sont baissées, ne laissant éclairés que les pupitres et générant une ambiance de fosse d’orchestre à l’Opéra.

Seulement, les images de cubes, de pétales et de billes en mouvement perpétuel attiraient l’attention aux dépens des musiciens à leurs instruments. C’était comme avoir une conversation fascinante dans un café, mais éloigner le regard vers un écran de télévision sur le mur.

Marta Sandurskka de la Philharmonia et Cécile Monsinjon de l’orchestre de Picardie, harpistes pour Berlioz

Les quatre extraits, l’Introduction, la Scène d’amour, la Reine Mab et Roméo seul/Fête chez les Capulets, confirment l’éloquence du compositeur, la richesse de ses orchestrations, avec des thèmes Romantiques qui rappellent Tchaïkovski moins l’emphase. En France il est classé parmi les plus grands mais, étrangement, sa musique n’est pas programmée régulièrement. Cette année en cours, 150e anniversaire de sa mort, pourra permettre de les entendre plus souvent.

Le concert terminé, Arie van Beek, après avoir fait applaudir les divers pupitres de l’orchestre, a fait se lever, d’abord ses propres musiciens, ensuite ceux qui sont venus de la Pologne. Voilà une image émouvante de la musique qui traverse les frontières.

[Voir aussi la présentation de ce concert : Les grands auteurs en musique.]

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Musique

Prochainement (5 mars) / Les grands auteurs en musique

L'art des histoires mises en musique

Sous le titre L’orchestre raconte, l’orchestre de Picardie, avec son chef néerlandais Arie van Beek, terminera à la CMD de Soissons une série de trois concerts, dont le premier à Katowice en Pologne et le deuxième à Amiens, entre le 28 février et le 5 mars.

Arie van, Beek, chef de l’orchestre de Picardie, à la CMD en 2015

Le titre s’explique par les deux œuvres au programme. Dans chacune un compositeur entend, par un langage musical, transmettre et éclairer les paroles d’un grand auteur. Richard Strauss a écrit le poème symphonique Don Quichotte d’après le roman de Cervantès, Hector Berlioz la symphonie dramatique Roméo et Juliette d’après la pièce de Shakespeare.

Chaque partition raconte l’histoire, mais en ajoutant l’épaisseur, les tonalités et les couleurs de la musique. Le lecteur et le spectateur sont appelés à devenir auditeurs d’un autre langage.

Don Quichotte comprend une introduction, un thème et dix variations correspondant aux différentes aventures du roman. Le thème pour le chevalier Don Quichotte, au cerveau complètement pété par la lecture excessive de romans, est joué au violoncelle (soliste Sébastien Hurtaud), alors que celui de son servant rustre Sancho Panza est donné au viola (soliste Léa Hennino).

Il s’agit de « musique à programme », genre qui imite ou décrit des éléments de la réalité. Strauss utilise les cuivres pour produire le bêlement des moutons qu’attaque le chevalier, qui les prend pour des forces armées impériales ; il imite même le bruit des ailes de moulin à vent qui tournent. Au Finale, le violoncelle laisse d’éteindre une dernière note quand Don Quichotte meurt.

Mais l’effet de la musique ne se limite pas à ces représentations. Elle atteint l’auditeur au-delà de la raison, du raisonnement et des mots. L’histoire de Don Quichotte devient universelle.

Berlioz a vu la pièce de Shakespeare au théâtre de l’Odéon à Paris, et sa version pour orchestre, chœurs et chanteurs est une des plus originales et somptueuses de toute son œuvre. Parmi les merveilles, la Scène d’amour touche à l’expérience de jeunes amoureux, en esquissant des motifs romantiques, retenus comme par des hésitations à s’ouvrir aux grands épanchements.

L’orchestre de Picardie a choisi quatre épisodes orchestraux, sans solistes mais avec les chœurs de l’orchestre polonais de la Philharmonie de Silésie.

Les deux histoires qui se racontent au public sont illustrées par la projection d’images faites par les étudiants de University of the Creative Arts, située dans le Sud de l’Angleterre.

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Musique

En quête d’un concert

L'art de la musique ancienne

Stagiaires et professionnels de l'Atelier Départemental de Musique Ancienne, avec le chef Fabio Bonnizoni

Lus dans un message personnel sur un autre sujet les mots « Concert dimanche… » Quel concert ? Rien dans le programme de la saison ni sur le site de la CMD… Se présenter quand même à l’heure. La salle de la CMD est pleine aux trois-quarts. Comment ils ont su ? « Un flyer envoyé par l’Adama » selon un auditeur (*).
[12h30 le 27/02 : Jean-Michel Verneiges, directeur de l’Adama, a réagi, en rappelant aimablement que le concert est bien annoncé dans le livret de la saison, sous la rubrique « Pratiques amateurs ». La veille culturelle du Vase des Arts est perfectible, et sera renforcée.]

C’est le concert de sortie de stage annuel de l’Atelier départemental de musique ancienne, un des nombreux dispositifs conçus par l’Association pour le Développement des Activités Musicales de l’Aisne (ADAMA) pour faire jouer dans des ensembles orchestraux les élèves de conservatoires et d’écoles de musique du Département. Les cours particuliers sont une nécessité pour maîtriser un instrument, mais s’intégrer dans un groupe d’autres musiciens est aussi important, et demande de l’organisation. Ce stage a lieu pendant les vacances de février ; les séances sont animées par des professeurs de Conservatoire et des membres de l’ensemble baroque La Risonanza sous la direction de Fabio Bonizzoni.

Caterina dell’Agnello de La Risonanza et Félicien Moisseron, contrebassiste

Le programme est conçu pour démontrer les capacités des musiciens, dont les jeunes stagiaires (certains très jeunes, comme le contrebassiste Félicien Moisseron), a jouer en diverses combinaisons, cordistes, ventistes et clavecinistes. Le registre va du cérémonieux de l’ouverture à l’entraînant et au contemplatif, toujours dans les cadres formels de l’époque. Un facteur commun à presque toutes les œuvres jouées est que leurs compositeurs, tous actifs dans la première moitié du 18e siècle, sont peu connus des non-spécialistes : Johann Joseph Fux, Francesco Manfredini, Johann Christian Schickhardt et Charles Dieupart. Le concert a donc mené une exploration musicale à travers de nouveaux paysages. Seul le dernier morceau a offert un autre plaisir : celui de reconnaître une musique dont l’auditeur a déjà intégré les éléments dans sa mémoire musicale : la Danse du grand calumet de la paix de Jean-Philippe Rameau.

Il y a aussi le plaisir de regarder ces musiciens, les confirmés mais surtout les apprentis, si engagés. Parmi les professionnels Sandrine Geoffroy, soliste pour Vivaldi en 2015, est restée cette fois dans les rangs, mais en jonglant vertigineusement ses diverses flûtes à bec.

(*) Pour être informé de toutes les initiatives de l’Adama, s’inscrire pour sa lettre d’information sur le site www.aisne.com/a-votre-service/culture-lecture-publique-sport/ladama.

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P U B L I C I T É
LA MARMITE D’EDDIE – Corporate – 09-2018

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