Connectez-vous avec le Vase

Actualités

DOSSIER : Méthanisation à la Ferté-Milon

L’entreprise Endives du Valois a déposé en mars 2018 une demande de permis de construire une unité de méthanisation. Demande à laquelle le préfet a donné un avis favorable en date du 14 août dernier. Le projet prévoit une installation de 3 800 m2 au total, avec deux cuves aménagées à la sortie de l’usine. La coopérative investit 4,2 millions d’euros et espère sa mise en route à l’automne 2020.

Publié

le

Accord donné aux Endives du Valois

Les Endives du Valois ont été créées à La Ferté-Milon en 1983. Cette coopérative regroupant 15 adhérents emploie une soixantaine de salariés, avec un pic de 110 personnes pour la pleine saison d’octobre à mars. 40 tonnes d’endives y sont produites par jour durant cette période.

Michel Gille, l’actuel directeur, a pour sa part intégré l’entreprise en 1984. L’idée de la méthanisation, il l’a eue dès la première année, du fait même de l’activité de l’usine : « Dans le processus de production, les sous-produits d’endives que sont les racines et les épluchages sont stockés ou partent à 80 % dans les champs, explique Michel Gille. Ils se décomposent et dégagent du méthane dans l’atmosphère. Le gros avantage de la méthanisation est tout d’abord de supprimer les odeurs à 99 % car 30 tonnes de racines par jour pourraient aller directement dans le méthaniseur et produire du biogaz. Les racines seront en effet récupérées dans l’usine même, vidées et aussitôt mises dans la trémie d’insertion pour être broyées puis incorporées dans le premier digesteur. » L’objectif est ici d’alimenter le réseau GRDF de La Ferté-Milon et Villers-Cotterêts, avec une production de 80 m3 par heure de biométhane pendant l’hiver et 40 m3 par heure l’été.

Le directeur des Endives du Valois avance d’autres éléments générés par l’unité de méthanisation : « La récupération des éléments fertilisants naturels limitant les engrais chimiques pour les producteurs, la récupération de la chaleur des frigos de l’endiverie pour chauffer les cuves du méthaniseur, l’économie du transport des produits transformés pendant le process et la réduction des gaz à effet de serre. » Michel Gille ajoute encore : « Ce projet est réalisé sur le lieu de production des sous-produits et il permet de réutiliser une friche industrielle où 82 % du tonnage est déjà sur place. »

Michel Gille, directeur des Endives du Valois à La Ferté-Milon.

Les inquiétudes des opposants

Pour autant, le projet de méthanisation ne crée pas l’adhésion totale des habitants de La Ferté-Milon autour de lui, loin s’en faut. Des opposants au projet se sont fait entendre et envisagent même de porter un recours contre l’avis favorable du préfet (lire page suivante). Ils expriment leurs inquiétudes sur plusieurs points auxquels Michel Gille apporte ses réponses :

La proximité des habitations et de l’école
Cette proximité avec l’unité de méthanisation est la principale source d’inquiétude des opposants au projet en cas d’éventuelle explosion. Pour Michel Gille : « Un méthaniseur ne peut pas exploser quand il tourne normalement, il n’y a pas assez d’oxygène et pas de contact avec une flamme. De plus, les règlementations de sécurité sont très contraignantes, le gaz est analysé toutes les 10 à 15 mn par GRDF, la qualité de l’air est très contrôlée et les locaux techniques sont équipés de détecteurs de fumée et de gaz, asservis à des vannes de sécurité. L’incident qui a eu lieu en Bretagne par exemple est dû au fait qu’il y avait une personne qui faisait encore des travaux pendant la mise en route. S’il y avait une explosion, elle ne pourrait d’ailleurs se faire que pendant cette phase de mise en route. »
Le directeur de l’Endiverie s’interroge à son tour : « Dans cette unité de méthanisation, il y aura l’équivalent de 300 kg de gaz en permanence. Mais pourquoi la population ne s’inquiétait pas lorsqu’il y avait encore l’Intermarché avec sa bombonne de 15 tonnes de gaz encore plus proche des habitations ? »

Le trafic routier
Michel Gille assure qu’avec l’unité de méthanisation : « Il y aura tout simplement moins de trafic routier. Du fait que les racines d’endives sortent actuellement de l’usine et sont livrées à l’extérieur, cela représente précisément un nombre de 12,22 passages de camions et de tracteurs par jour. Avec la méthanisation où les racines serviront à alimenter l’unité sur place, ce sera 9,85 passages de camions et cela descend même à 7,31 passages journaliers avec le projet de filtration. »

Les odeurs
Selon le directeur : « Le procédé de méthanisation ne crée pas d’odeurs car il se déroule en milieu hermétique. Environ 98 à 99 % des odeurs disparaissent avec ce procédé, et c’est d’ailleurs pour cela que le projet prévoit une deuxième cuve car ce deuxième digesteur permettra d’être sûr qu’il n’y ait pas d’odeurs. Quant au stockage, les silos seront bâchés pour garder la qualité des matières premières. Il n’y aura aucun stockage à l’air libre de résidus après méthanisation, le digestat sera entreposé dans une cuve étanche gaz. De plus, les émanations de soufre seront filtrées par un système de filtre à charbon. »

L’agrandissement
Face à l’éventuelle idée que l’entreprise décide d’agrandir son unité de méthanisation à l’avenir, Michel Gille répond : “Notre production se fait sur nos 6 mois de grande activité. Il n’y aurait aucun intérêt à construire une plus grosse installation, ce ne serait juste pas rentable.

Les opposants envisagent un recours

Une deuxième réunion des opposants à la localisation du projet d’unité de méthanisation s’est déroulée à La Ferté-Milon, opposants regroupés pour un certain nombre dans l’association Mieux Vivre à La Ferté-Milon (MVFM).

Les porteurs du projet, Michel Gille (directeur de l’endiverie) et Charles Bellet (directeur de la coopérative), étaient présents afin de faire entendre leurs contre-arguments.

La secrétaire de MVFM se remémore : « Notre collectif a vu le jour après la réunion d’information à l’endiverie en octobre 2018, réunion qui nous a alertés plus que rassurés sur les problèmes qu’allaient rencontrer les riverains. » De plus, le fait qu’il n’y ait eu ni concertation en amont avec les Milonais (avant ou après le dépôt de la demande du permis de construire, en mars 2018) ni étude d’impact, en particulier sur le devenir dans dix ou vingt ans, a vraisemblablement créé un sentiment de malaise.

Un intervenant déplore : « On est dans l’incertitude, on nous dit différentes choses sur les risques, les odeurs incommodantes, le trafic des camions. » Les anti-projets affirment que le risque d’odeurs au quotidien est tout à fait possible et que, si les racines d’endives n’auront certes plus à sortir du site (NDLR : elles iront dans le méthaniseur sur place), le transport des citernes de digestat vers les zones d’épandage devrait occasionner le passage de douze camions de 44 tonnes par jour en plus.

Un autre intervenant met rapidement les pieds dans le plat : « Le risque d’explosion est minime, mais il est là. » En effet, de 1992 à 2017, 18 cas d’incendie et 15 cas d’explosion ont été recensés en France par le ministère de l’Environnement, c’est-à-dire à une époque où la méthanisation était encore réduite. Fin 2010, il existait une centaine de lieux, mais désormais beaucoup plus. Et selon MVFM, « si l’on se fie aux articles parus dans la presse, les cas ont été bien plus nombreux ». De plus, le ministère ne recense pas les accidents.

La proximité en question

L’une des craintes des Milonais présents est la proximité (moins de 50 mètres) du futur méthaniseur avec le seul point de captage d’eau potable à La Ferté-Milon. Un intervenant s’insurge sur le fait que « le captage est fragile, ce n’est pas seulement une question de distance ; s’il y a la moindre explosion, la voûte du captage s’effondrera et l’on sera tous à l’eau minérale pendant un an ». Néanmoins, la loi autorise la construction d’un méthaniseur s’il est à plus de 20 mètres d’un point d’eau potable.

Autres sujets très sensibles pour certains membres de l’assistance : « Les habitations les plus proches qui risquent de perdre de leur valeur ou même être invendables » ; « la proximité de l’école primaire à 500 mètres et du lycée technique, avec le risque que des parents ne viennent pas s’installer à La Ferté-Milon, d’où perte d’élèves potentiels » ; « le possible amalgame dans un récent bulletin municipal au sujet des emplois qui pourraient être menacés à l’endiverie si les opposants obtenaient gain de cause ». Le point d’orgue de la réunion est le témoignage de Patrick Bisbrouck, qui habite à 200 mètres du site de méthanisation d’Ussy-Sur-Marne : « Avec un problème de vent dominant, la méthanisation, ça sent mauvais quand on en est proche, à cause de la torchère et du soufre à l’intérieur de la cuve. J’ai même eu de mauvaises odeurs à seulement 3 degrés. Et une question que vous devez vous poser, c’est comment sera tenu le site : sur celui près de chez moi, il y a des écoulements d’eau mal gérés, ça sent mauvais. Je subis aussi le passage des camions, la poussière et la dérive qui a eu lieu, à savoir l’introduction du lisier comme intrant, ce qui n’était pas prévu ; cette dérive-là, personne à La Ferté-Milon ne l’intègre au projet au jour d’aujourd’hui. »

Les opposants au projet réunis à La Ferté-Milon le 24 mai dernier.

Plus beau village de France ?

une intervenante le dit de façon péremptoire aux porteurs du projet : « Des intrants végétaux du début, à l’envie de passer aux intrants faits de matières organiques, carnées, avec rotations supplémentaires de camions, qui nous garantit qu’un jour, vous n’allez pas introduire autre chose ? Nous n’avons aucune garantie. »

Michel Gille se défend : « Notre projet sera une petite boucle, une unité de taille moyenne presque quatre fois plus petite que celle d’Ussy, juste deux digesteurs ; tous les mois, on devra déclarer à la préfecture ce qu’on mettra, on ne peut pas mettre n’importe quoi. » À ceci, les opposants répliquent qu’il suffit d’une déclaration en préfecture pour changer les intrants.

Par ailleurs, une dame dans le public s’interroge : « pourquoi la mairie est d’accord avec la localisation du futur méthaniseur alors que d’autres mairies se sont mobilisées contre des projets identiques ».

De son côté, MVFM, qui a aussi déploré la passivité de la mairie pendant la période de consultation, a emmené le député Jacques Krabal voir l’emplacement du projet, entraînant son étonnement devant la proximité avec les maisons les plus proches. Il s’est engagé à transmettre une lettre au ministre concerné, en particulier pour faire évoluer la loi sur la distance minimale.
De plus, l’association ironise sur le fait que le méthaniseur sera visible du château de Louis d’ Orléans alors que la commune vient de participer au concours du plus beau village de France, et revendique comme seul et unique but que le méthaniseur, en raison du principe de précaution, soit construit à au moins 200 mètres de la première habitation (NDLR : elle est à 53 mètres pour le moment). En effet, comme le résume l’ancien conseiller municipal Jacques Damon lors de la réunion du 24 mai, « le seul débat, c’est la localisation ».

Quant à MVFM, la secrétaire expose où en est leur action : « Lors de notre rendez-vous avec le sous-préfet le 12 juin, où étaient aussi présents les représentants du projet, de la mairie et un médiateur, nous avons pu nous exprimer et nous espérons avoir été entendus. Puis, lors des deux réunions de groupes de concertation les 6 et 8 juillet, rassemblant des représentants de la mairie, du projet, de MVFM et des Milonais, nous avons survolé le dossier sans entrer dans les détails. Les thématiques ont été posées, mais nous espérons pouvoir les approfondir. »

Sans envisager de coup de force comme ce fut le cas à La Neuville-Lès-Dorengt le 8 juillet pour un autre projet d’unité de méthanisation, MVFM compte déposer des recours auprès du tribunal administratif étant donné que le préfet a rendu un avis favorable au projet le 14 août.

Actualités

Sur les traces de C215 en Ukraine

Thierry Birrer s’est rendu à plusieurs reprises en Ukraine. Correspondant pour Le Vase Communicant, il livre à nouveau un reportage exclusif.

Publié

le

A Zhytomyr en Ukraine le 28 mars, le dessin de C215 d’un enfant face à un immeuble totalement détruit par un bombardement.
© C215

Auteur – reporter soissonnais indépendant, Thierry Birrer s’est rendu à plusieurs reprises en Ukraine. Correspondant pour un journal allemand, il travaille également sur place pour Le Vase Communicant et a déjà réalisé pour nous deux reportages exclusifs. En témoigne l’accréditation presse « Le Vase Communicant » affichée sur sa voiture (photo ci-dessous), illustrant au passage que « le petit gratuit soissonnais » est l’un des rares médias qui se trouve au plus près de l’action.

La voiture presse de Thierry Birrer en Ukraine, accréditée « Le Vase Communicant ».

La nouvelle exclusivité de Thierry Birrer : l’action du street artiste C215 en Ukraine. Le graffeur mondialement connu a en effet une relation privilégiée avec la cité du Vase puisqu’il y a réalisé plus d’une vingtaine d’œuvres aux quatre coins de la ville. « C215, on connaît bien à Soissons, confirme Thierry. De ses dessins, on y retrouve notamment Saint-Just, Rubens, Saint-Crépin, De Gaulle, Clotilde, Jeanne d’Arc, Anne Morgan, Henri Barbusse, Simone Veil et bien sûr Clovis. Alors pourquoi l’Ukraine ? A Kyïv (NDLR : Kiev), à un journaliste qui lui demande fin mars pourquoi il est venu peindre sur place, il répond : “Ce sont mes œuvres qui ont décidé. Pour qu’elles parlent de la guerre en Ukraine, il leur fallait être faites ici dans ce contexte, dans cette désolation. Ce sont mes œuvres qui décident et me choisissent, je n’ai donc pas eu le choix” ».

Thierry Birrer est donc allé dans les pas de C215, il a suivi les « traces » artistiques laissées par le graffeur dans ce pays toujours en guerre, à certains endroits en Fédération de Russie même, selon les derniers propos de Poutine en personne : « C215 n’a pas du tout noté les lieux où il a peint. J’ai dû faire un véritable travail d’enquête à Kyïv, Zhytomyr et Lviv. Les réseaux sociaux et mes connaissances sur place m’ont aidé. Pourtant, c’est le hasard qui m’a permis de trouver ce que je cherchais : une serveuse d’un restaurant à Lviv qui connaît une relation qui a une amie qui connaît quelqu’un dans le milieu du tag (!) ou encore une personne qui attendait à un abribus (le meilleur moyen pour rencontrer des gens qui vont ou viennent des quatre coins d’une ville ! ).

Le visage d’un enfant dessiné sur un abribus qui regarde un immeuble détruit par l’armée russe à Zhytomyr le 27 mars. Le portrait de son fils sur un bureau dans un appartement détruit à Zhytomyr encore. Le portrait d’une fillette aux couleurs du drapeau ukrainien sur un mur d’immeuble au centre de Lviv le 14 mai. Un autre portrait d’enfant sur un abribus rue Lukianivska à Kyïv ou le portrait d’une fillette dans un camp de déplacés ukrainiens ayant fuit la région de Kharkiv, à l’est, pour Lviv, à l’ouest. Les enfants sont au cœur du travail du graffeur C215, alias Christian Guémy, qui s’est rendu à deux reprises en Ukraine, fin mars et à la mi-mai, afin de poser un regard apaisé mais de réflexion sur des lieux où l’horreur a trop coulé.

« La Liberté guidant le peuple » aux couleurs de l’Ukraine par C215 sur le toit de l’ambassade de France à Kyïv.
Thierry Birrer remercie les services de l’ambassade qui l’ont autorisé à accéder à la peinture de C215. Il a promis de leur adresser l’article une fois publié. © Thierry Birrer

En Ukraine, le graffeur n’a cependant pas choisi de peindre au hasard. La démarche est réfléchie, les lieux symboliques. Il s’est rendu par exemple sur le site de la tour de télévision de la capitale, bombardée début mars où six civils ont trouvé la mort. La tour jouxte Babi Yar, un ravin où les nazis ont assassiné 33 771 Juifs par balles les 29 et 30 septembre 1941. Il y a représenté le portrait d’une jeune fille ukrainienne à partir d’une photo prise en 1935. 
A la station de métro Lukianivska à Kyïv où les roquettes russes sont tombées sur des bâtiments civils, il a reproduit le portrait d’une jeune fille qu’il avait peint à la mi-mars en immense fresque sur un mur d’immeuble dans le 13e arrondissement de Paris, en hommage à la résistance du peuple ukrainien. 
A Zhytomyr, C215 choisit de peindre le portrait d’un enfant d’un de ses amis dans un appartement anéanti par une bombe car « la tragédie ukrainienne nous concerne tous » écrit le graffeur. Les enfants, toujours les enfants. 
Sur un panneau d’orientation masqué afin de ralentir la progression des forces russes au nord de Kyïv, il a peint le portrait de sa fille. Au nord de la capitale, c’est au pied d’un immeuble dont la façade a été soufflée par une explosion qu’il peint le 31 mars le portrait d’un jeune garçon rencontré dans un camp de réfugiés syriens de la plaine de la Bekaa à Zaleh au Liban, un gamin qui fuyait déjà les bombes russes sur le peuple syrien.

Aujourd’hui, plus des quatre cinquièmes de la trentaine de dessins de l’artiste réalisés à Lviv, Zhytomyr et Kyïv ont disparu car réalisés sur des supports éphémères. Ici à Bucha, ville ravagée par la guerre et les atrocités commises par l’armée russe, un papillon sur la carcasse d’un char russe calciné s’est envolé en même temps que le char dont les Ukrainiens récupèrent l’acier. Là, dans un quartier au sud de Kyïv, le regard de l’enfant s’est évanoui quand les employés des transports en commun ont remplacé l’abribus. Au nord de la capitale, un portrait d’une fillette avec la traditionnelle couronne ukrainienne sur la tête, reproduit sur un trolley qui servait à barrer la route à un checkpoint, a disparu quand les barrages ont été levés en juin. Toujours à Kyïv, le joli portrait d’une enfant ukrainienne peint sur un site bombardé face à la sortie de métro Lukianivska a été effacé par la reprise des affaires suite au départ des Russes de la région, en l’occurrence la société ukrainienne de vaporettes IQOS. Là, à Zhytomyr encore, le portrait d’une fillette sur un mur d’un appartement ravagé par une explosion de roquette s’est effacé sous les marteaux de la reconstruction. Les affaires reprennent, l’art et la guerre sont oubliés.

Vue en situation du portrait de la fille de C215 (quand elle était jeune) avec en arrière-plan le Musée de l’Histoire Ukrainienne à Kyïv. Ce portrait a été réalisé sur un panneau indicatif tagué au moment de l’invasion de la région par les troupes russes, tous les panneaux ayant été maculés afin que les soldats russes ne puissent pas les utiliser pour se repérer, y compris ce genre de panneaux indicatifs dans les jardins publics (cela explique les traces de bombe bleue marine sur le panneau).
Ivanka qui travaille dans un bar proche du musée, a découvert par hasard ce dessin. Elle non plus ne savait pas que c’était l’œuvre d’un artiste français : « Il est vraiment impressionnant par son regard. Maintenant que vous m’expliquez la démarche de l’auteur, je trouve qu’il a une force énorme. Cette enfant me semble m’interpeller : Pourquoi faites-vous la guerre dans mon pays ? J’en frissonne ! » © Thierry Birrer

Certaines œuvres sont cependant toujours présentes. La plus monumentale est le portrait sur un mur d’immeuble au centre de Lviv, à l’ouest du pays, reproduction exacte en mai du portrait réalisé rue Domrémy dans le 13e arrondissement de Paris à la mi-mars 2022. Sous le portrait de l’enfant, une citation du président ukrainien Volodymyr Zelinski : «Je veux vraiment qu’il n’y ait pas de photos de moi, pas de portraits de moi dans vos bureaux, parce que le président n’est pas une icône, pas une idole, le président n’est pas un portrait. Accrochez-y des photos de ces enfants et regardez-les dans les yeux avant chaque décision. » *

A Kyïv, c’est le portrait de Taras Chevtchenko qui se dresse allée Peizazhana, un quartier où les tags et graffs d’artiste sont très nombreux. Taras Chevtchenko est en Ukraine l’équivalent de notre Victor Hugo national. Le poète, peintre, ethnographe et humaniste ukrainien est considéré comme le plus grand poète romantique de langue ukrainienne. Il figure d’ailleurs sur les billets de 100 hryvnias, la monnaie locale.
C215 se devait donc de représenter Chevtchenko (1814-1861) qui, sur le plan historique, marque le réveil national de l’Ukraine au XIXe siècle.
L’œuvre la plus symbolique, mais malheureusement inaccessible à la vue du public puisque située sur le toit de l’ambassade de France à Kyïv représente « La Liberté guidant le peuple » de Delacroix. Œuvre symbole de notre république, de la liberté et de la démocratie dans le monde, C215 l’a reproduite avec un drapeau ukrainien dans la main. L’artiste l’a réalisée « pour marquer symboliquement le retour de la France par son corps diplomatique dans la capitale » le 15 avril 2022. C215 a un credo : ses compositions se veulent toujours « humanistes et non belliqueuses » ».

* La citation est extraite, presque mot pour mot, du discours d’investiture prononcé par le président Zelensky le 20 mai 2019. Le président s’adressait aux députés, en leur expliquant vouloir lutter contre la corruption : « Et pour cela, nous avons besoin de gens au pouvoir qui serviront le peuple. C’est pourquoi je ne veux vraiment pas que ma photo soit dans vos bureaux, car le président n’est pas une icône, ni une idole ou un portrait. Accrochez les photos de vos enfants à la place et regardez-les à chaque fois que vous prenez une décision. »

Continuer la lecture

Actualités

L’œuvre du roi Clovis à Soissons

La Ville de Soissons lance l’acquisition d’un chef d’œuvre pour ses collections : « Le roi Clovis » peint durant les années 1625 – 1630 par Orazio Riminaldi. Pour une valeur de 200 000 €, le ministère de la Culture y participe à hauteur de 100 000 €, la municipalité à 45 000 € et un mécénat participatif est ouvert du 16 novembre au 20 décembre pour que les Soissonnais s’approprient eux aussi le retour de Clovis dans la cité du Vase.

Publié

le

Le galeriste Giovanni Sarti et le directeur des musées de Soissons, Christophe Brouard, en pleine discussion devant le tableau du roi Clovis.

La municipalité de Soissons travaille sur ce dossier depuis plus d’un an : l’achat d’un tableau de Clovis proposé par la galerie Sarti, basée à Paris et Londres. « Ce roi Clovis est un trésor national et patrimonial pour les collections municipales, n’hésite pas à qualifier l’adjoint à la culture, François Hanse. Avec cette acquisition, la ville entreprend en effet un nouveau projet, inédit, ambitieux, porteur. Ce tableau à l’effigie du roi Clovis est fascinant, c’est une œuvre exceptionnelle que les Soissonnais pourront bientôt s’approprier. »

La figure de Clovis et son histoire font bien sûr partie de l’identité même du territoire soissonnais, mais Soissons n’en a pourtant pas l’exclusivité : «La tutelle symbolique du roi des Francs est en effet revendiquée par Reims ou Tolbiac, deux cités dans lesquelles s’est écrite une partie de l’histoire de France, souligne François Hanse. Avec ce tableau, la ville peut enfin acquérir l’exclusivité d’une image, qui plus est loin des standards de l’image d’Epinal, et que les Soissonnais pourront revendiquer. Ce projet s’inscrit dans la droite ligne de Soissons en lumières et de la Cité de la langue française à Villers-Cotterêts : celle de l’histoire de France. A vous d’y croire et à vous d’y contribuer», interpelle l’adjoint à la culture.

Pour cela, une souscription est lancée sur la plateforme de mécénat participatif www.dartagnans.fr pour faire un don du 16 novembre au 20 décembre. Parallèlement, le public pourra manifester son intérêt et sa volonté de soutenir l’acquisition en découvrant le tableau qui est exposé exceptionnellement à l’hôtel

de ville : du 19 au 27 novembre de 14h à 20h. Et pour accompagner le projet, deux événements sont également organisés à l’hôtel de ville de Soissons. Mercredi 16 novembre à 18h : Conférence « Clovis, un tableau inédit pour les collections municipales ». Vendredi 18 novembre à 17h : Vernissage de l’exposition-dossier consacrée au tableau « Le roi Clovis ».

« Le roi Clovis » vu par le directeur des musées

Christophe Brouard, le directeur des musées de Soissons, est au cœur du projet d’acquisition du tableau : « Le Clovis, Clodoveo en italien, proposé par la galerie Sarti est une œuvre rare. Peinte par un peintre italien dont la carrière fut brève mais couronnée de succès, la toile appartient à un courant pictural emblématique de l’histoire de l’art : le caravagisme. Orazio Riminaldi en fut l’un de ses plus brillants représentants et fut de ce fait au service des plus grands (cardinaux romains, princes, etc). Le tableau fut peint durant les années 1625-1630, tandis que l’artiste côtoyait Simon Vouet à Rome dont il s’inspire ici. Cette amitié et la présence de dignitaires français à Rome durant cette période ont également pu inspirer la commande. À moins que celle-ci n’émane directement de la reine Marie de Médicis, qui souhaitait s’attacher les services de Riminaldi, ou d’un membre de la cour de France.

Tel un Clovis triomphant, Clovis est rarement représenté en effigie ; l’épisode du baptême est plus fréquent. Pour autant, le mythe de Clovis “le Très-Chrestien” au 17e siècle, plus particulièrement à la cour de France, nous permet de contextualiser le tableau. Nous nous trouvons certes face à une sorte d’unicum (NDLR : objet historique connu à un seul exemplaire) mais n’a-t-il pas l’allure d’un saint ? Par sa prestance et son aura, le personnage incarne en effet tout autant le robuste chef d’armées que le roi investi d’un rôle nouveau : la francisque dans une main et le vase sous l’autre parachèvent le symbole, à la manière des saintes idoles qui se multiplient au 17e siècle. Iconique, ce tableau est un chef-d’œuvre de cette période. Il se présente de surcroît dans un très bon état de conservation. »

Continuer la lecture

Actualités

Cie Link : l’impro, le stand-up et l’électro à Soissons

Link est la toute nouvelle compagnie culturelle créée à Soissons. Attirée par les arts actuels, elle se spécialise dans les cours de stand-up, théâtre d’improvisation et musique électronique. Autour de ces activités, Link pourrait aussi faire le lien avec un futur Comédie Club à Soissons.

Publié

le

Des ateliers d’arts actuels et des scènes d’impro ouvrent ici au Rock'n Food Bar, montés par la compagnie Link de Clément et Arthur (au premier plan).

A l’origine du projet : Clément Pouilhe, qui à 24 ans a déjà fait ses preuves dans la comédie, l’impro et le stand-up. « L’idée est de rendre plus accessibles ces arts actuels, et plus particulièrement à Soissons, explique-t-il. À part les écoles payantes à Paris, on ne peut que constater qu’il est difficile de sortir des activités classiques, l’envie est de moderniser la culture pour attirer ici un nouveau public. »

Structurée en association, la compagnie Link met en place ses cours sous la forme d’ateliers, totalement encadrés par des professionnels : Clément au théâtre d’improvisation et au stand-up en collaboration avec Charles Pérut pour l’écriture, et Clément Mirnatrek pour la partie musique électronique. Les ateliers se déroulent au Rock’n Food Bar, rue Neuve de l’hôpital à Soissons, qui met son établissement à disposition en dehors de ses heures de service et aménage ses locaux pour la meilleure pratique des arts.

Arthur, Guillaume, Marie et Clément au Rock'n Food Bar qui accueille les ateliers de la compagnie Link.

« Ouverts tout au long de l’année scolaire, les cours peuvent séduire les étudiants soissonnais qui cherchent à étendre leurs activités, précise Arthur Desjardins, le trésorier de la compagnie. Mais ils s’adressent aussi à un public plus large comme les entreprises, les associations ou les commerces qui souhaitent se perfectionner dans la prise de parole par exemple. » De plus, avec la volonté d’élargir son éventail d’arts actuels, Link propose des stages dans le domaine de l’audiovisuel en partenariat avec Afam Prod, ils trouveraient en l’occurrence leur place durant les vacances scolaires.

Au final, quand on parle d’impro et de stand-up, la scène n’est pas bien loin. C’est déjà un événement que la compagnie Link institue une fois par mois, avec des spectacles de théâtre d’improvisation au Rock’n Food Bar. A noter dès à présent la prochaine date dans son agenda : vendredi 25 novembre à 20h. Ce format ne préfigure-t-il pas un futur Comédie Club à Soissons ? « Nous y pensons, ne cache pas Clément, c’est un type de scène au plus proche des gens et en interaction avec le public que nous aimerions monter. Reste à savoir quelle structure pourra nous accueillir… » Mais d’ores et déjà avec Link, Clément et Arthur posent les bases d’une nouvelle compagnie : « C’est l’art, la musique et la culture moderne que nous voulons développer à Soissons, la ville où nous avons aimé grandir, où nous aimons vivre et à laquelle nous sommes heureux d’apporter cette activité. »

Toutes les informations et les adhésions sur les réseaux Facebook/Instagram/Tik Tok @compagnielink — compagnie.link @gmail.com

Continuer la lecture
P U B L I C I T É

Inscription newsletter

Catégories

Facebook

Top du Vase

LE VASE sur votre mobile ?

Installer
×