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Quelles énergies renouvelables pour Soissons ?

Conformément à la nouvelle loi du 10 mars 2023 pour le développement des énergies renouvelables, la Ville de Soissons a défini ses zones et ses modes de production d’énergies renouvelables à accélérer.

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Les énergies renouvelables doivent se développer pour faire face à la crise énergétique et au dérèglement climatique. C’est ce qu’établit la loi Aper ou Accélération de la production d’énergies renouvelables, dite loi du 10 mars 2023, date à laquelle elle a été promulguée.

Il faut dire qu’en 2020, la France était le seul pays à ne pas avoir atteint le chiffre fixé par l’Union européenne de 23 % de part de renouvelables. Pour rattraper le retard, cette loi veut donc faciliter l’installation d’énergies renouvelables en planifiant les projets, en simplifiant les procédures et en mobilisant du foncier localement. L’Etat a alors demandé à toutes les communes de définir des « zones d’accélération » sur leurs territoires pour y implanter des installations de production d’énergies renouvelables.

La loi préconise également la diversification des énergies entre éolien, photovoltaïque, méthanisation, hydroélectricité, géothermie et réseau de chaleur.
A Soissons, Alain Crémont et son adjointe à l’urbanisme, Ginette Platrier, ont ainsi présenté lors du dernier conseil les zones d’accélération déterminées. Elles seront transmises à la préfecture pour l’instruction des projets.

Une consultation publique devait par ailleurs être ouverte à la population pour que les habitants fassent part de leurs propositions sur le sujet, celle-ci a eu lieu du 23 février au 15 mars (voir l’encadré). La municipalité a maintenant rendu la cartographie des potentielles zones d’accélération en énergies renouvelables dans la cité du Vase.

L’éolien : 0 %. En premier lieu, la municipalité annonce « qu’il n’existe pas de potentiel pour l’énergie éolienne sur le territoire de Soissons », soit 100 % du territoire qui est concerné par une forte contrainte en terme d’urbanisme. Cette volonté de ne pas définir de zone d’accélération liée à l’énergie éolienne ne fait que confirmer le vœu des élus soissonnais, élargi aux élus de l’agglomération, d’avoir un périmètre de 20 km autour de Soissons sans éolienne visible pour préserver le patrimoine.

La méthanisation et le biogaz : 0 %. Dans la même ligne que l’éolien, la Ville estime que 100 % du territoire n’est pas en adéquation avec cette énergie renouvelable : « La nature urbaine du territoire soissonnais affecte le développement d’activités de méthanisation en raison de contraintes d’espace et de proximité avec les habitations. Ces installations nécessitent des terrains suffisamment grands pour accueillir les équipements et stocker les déchets organiques avant leur traitement. De plus, la méthanisation peut générer des odeurs et nécessite une gestion rigoureuse des émissions, ce qui pose des défis en termes de compatibilité avec les zones densément peuplées. »

L’énergie solaire : 40 %. La municipalité évalue donc que 60 % de la ville n’est pas adaptée aux panneaux photovoltaïques ou solaires thermiques : « L’identification de zones avec un potentiel déploiement de dispositifs solaires électriques et thermiques est soumise à deux contraintes :
la pose de panneaux solaires doit être réalisée en préservant et en respectant le site patrimonial remarquable, les cônes de vues sur les monuments historiques emblématiques et le périmètre de protection des monuments historiques  les panneaux au sol ne peuvent être installés sur une zone qui a un potentiel risque d’inondation. »

Malgré ces contraintes, 425,5 ha ont cependant été identifiés en zone d’accélération de production d’énergie solaire en photovoltaïque ou thermique, notamment dans les zones commerciales comme Les Entrepôts ou Chevreux.

L’hydroélectrique : 8,8 km de rivière. C’est la zone potentielle d’accélération de production d’hydroélectricité à étudier pour la municipalité, soit la traversée de l’Aisne de la ville au débit moyen de 59 200 litres/sec : « Bien que son utilisation pour le transport de marchandises ait diminué de nos jours, les progrès technologiques actuels lui offrent une nouvelle chance de jouer un rôle dans son développement territorial, notamment grâce à l’installation de sources d’énergie hydroélectrique. »

La géothermie : 100 %. La Ville annonce que la nature des sols du Soissonnais est particulièrement propice au développement de la géothermie, soit une zone d’accélération de production géothermique potentielle de 12,32 km2 : « La plus grande partie du territoire a un excellent potentiel pour la géothermie grâce à ses réserves d’eau souterraines. Presque toute la région peut accéder à ces réserves d’eau à moins de 100 mètres sous terre. La craie est la principale source d’eau souterraine exploitable dans plusieurs départements, tandis que d’autres couches géologiques, plus productives et accessibles, se trouvent au sud de l’Aisne et de l’Oise. »

Le réseau de chauffage urbain : 24,6 km de réseau, utilisant à terme plus de 85 % d’énergies renouvelables. La municipalité de Soissons mise beaucoup sur ce système de chauffage qui utilise plusieurs sources d’énergies renouvelables (biomasse, géothermie, solaire thermique). Un réseau de chauffage avait déjà été construit en 1978 pour alimenter les immeubles des quartiers de Presles et Chevreux. Et en 2022, la Ville s’est engagée dans l’extension de ce réseau afin de relier tous les équipements publics de la ville et les particuliers volontaires se trouvant à proximité du réseau. C’est d’ailleurs cette extension qui nécessite de nombreux travaux dans Soissons, comme c’est le cas actuellement tout au long de l’avenue de Laon.

L’extension du réseau de chauffage urbain est l’un des modes de production d’énergies renouvelables que la municipalité de Soissons développe déjà. Les travaux dans la ville, et ici tout au long de l’avenue de Laon, en sont la concrétisation.

La concertation publique

Avant la transmission par les communes des zones d’accélération en énergies renouvelables aux préfectures, la loi du 10 mars 2023 stipulait aux municipalités d’organiser une consultation publique pour que la population exprime son avis sur le sujet. Chose faite à la mairie de Soissons avec une consultation ouverte du 23 février au 15 mars. Celle-ci n’aura cependant recueilli que… trois avis.

Avis n° 1 : proposition d’installation de panneaux solaires sur la toiture côté Sud de l’église Sainte-Eugénie.
En réponse de la municipalité : « L’église Sainte-Eugénie est inscrite à l’inventaire des monuments historiques dans sa totalité par arrêté du 29 juillet 2005. Une installation de panneaux solaires est donc impossible. »

Avis n° 2 : la production d’hydroélectricité doit être l’axe fort. L’Aisne et son barrage doivent permettre de produire de l’énergie.
Réponse : « La rivière Aisne a bien été identifiée comme un potentiel d’énergie hydroélectrique. »

Avis n° 3 : la géothermie et le développement du chauffage urbain accessibles aux particuliers sont les axes à privilégier.
Réponse : « Le développement de l’énergie géothermique a été identifié. Le réseau de chaleur urbain est en cours d’extension pour atteindre à terme un linéaire de 24,6 km. »

En conclusion de la concertation : « Les différents avis exprimés n’induisent pas de changement de fond dans le dossier soumis à la concertation. »

Les quatre éoliennes de Leury, ici vues de la commune de Clamecy.

A3PES : le collectif anti-éolien du Soissonnais

L’association A3PES s’est créée il y a 17 ans avec l’intention à l’origine de défendre la préservation des paysages, de l’environnement et du patrimoine. Mais devant la multiplication des projets éoliens, elle a transformé sa vocation et s’est convertie petit à petit comme le collectif anti-éolien du Soissonnais et du Valois.

« Notre engagement contre l’éolien représente 90 % de notre travail pour collecter des informations, rencontrer les élus et préparer les dossiers », confirme Gilles Curchod, le président d’A3PES depuis 2 ans. Et leur engagement parle à beaucoup sur le territoire puisque selon les projets éoliens en cours, l’association rassemble chaque année 400 à 500 adhérents et même plusieurs communes parmi eux.

Toutefois, A3PES ne se veut pas simplement dogmatique sur l’éolien, « nous recommandons d’autres énergies renouvelables que sont le photovoltaïque, l’agrivoltaïque, la filière bois, la méthanisation ou la géothermie », tient à préciser Gilles Curchod. Leur positionnement ne vise que les éoliennes et ils le justifient pour plusieurs raisons :
« Anti-écologiques, soutient avant tout le président. C’est du gigantisme, des grosses unités de production de centaines de milliers de tonnes qui viennent artificialiser les sols. Des mâts en résine et fibre de verre et des turbines qui ne sont pas recyclables, sans compter leur incidence néfaste sur la faune. De plus, nous connaissons actuellement un alignement des planètes pour le développement de notre territoire que nous attendions depuis longtemps, avec la Cité internationale de la langue française, le label « Forêt d’Exception » de Retz, le classement à l’Unesco des Fantômes de Landowski ou encore les projets de GrandSoissons. Il serait navrant de détruire ce dynamisme avec des champs industriels d’éoliennes dans le paysage », dit-il.

« Contre-productives, avance encore Gilles Curchod. Les programmes éoliens augmentent le déficit commercial de la France car il n’y a aucune production d’éoliennes en France, sauf pour le offshore. Les industriels sont allemands, danois ou américains et ils ne créent pas d’emplois locaux. De plus, malgré ce que dit l’Ademe, un parc éolien diminue la valeur des biens immobiliers de 10 à 30 %. Alors que des initiatives locales en photovoltaïque par exemple, chez Volkswagen à Villers-Cotterêts, ou en agrivoltaïque à Saint-Pierre-Aigle autre exemple, démontrent un fort potentiel en énergies renouvelables. »

L’A3PES en action

Depuis 17 ans, A3PES dit « avoir permis de limiter drastiquement la déferlante de projets éoliens sur le Soissonnais. L’année 2023 fut active, l’année 2024 s’annonce déjà chargée. » L’association fait le point sur ses actions en cours :

  • Parc éolien de Chaudun : « La Cour d’appel de Douai a examiné ce 15 février les insuffisances relevées dans le dossier du promoteur. Nous espérons un “sursis-à statuer » qui aurait pour conséquence de reporter le jugement en 2025, tout en offrant de nouveaux arguments juridiques pour contrer ce projet. »
    Parc éolien Selens/Vézaponin : « A3PES soutient l’intervention volontaire portée par une vingtaine de requérants, dont la commune de Selens, c’est-à-dire que notre avocat défendra le refus d’exploitation du préfet face au recours du promoteur en Cour d’appel. »
  • Parc Armentières-sur-Ourcq/Rocourt-Saint-Martin : « Ce parc, situé à la limite du Soissonnais, impacterait également des communes de l’arrondissement de Soissons. Aussi, A3PES soutient l’association locale « AVOSE”, pour également une intervention volontaire. »
  • Parc éolien Morsain/Vassens/Blérancourt : « A3PES organise avec le maire de Vassens l’opposition à ce nouveau projet porté par Enertrag. »
  • Parc éolien de Pernant / Ambleny : « Les très nombreuses réserves des services instructeurs de l’État (photomontages minorant la prégnance sur le château de Pernant, projet d’implantation sur une zone de migrations d’intérêt national…) confirment la légitimité de notre opposition à ce projet qu’A3PES portera en justice si le promoteur devait persister. »

Enfin, l’association confie « être attentive aux projets actuellement en instruction (Villers-Hélon, Tartiers, Saint-Bandry…). Le risque qu’ils obtiennent leurs autorisations nous impose de consolider nos ressources. Rien ne serait pire que d’abandonner nos actions en justice faute de moyens. »

Contact : a3pes.apppov@gmail.com

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