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Danse

Lac des Cygnes du Grand Ballet de Kyïv : comment juger

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L'art du courage

Aleksander Stoyanov et Ekaterina Kukhar sur ka scène du Mail

Pour la soirée de soutien à l’Ukraine au théâtre du Mail de Soissons, le Grand Ballet de Kyïv a présenté le Lac des Cygnes.

Siegfried trahit Odette avec Odile.

L’événement avait commencé par les discours de la Ville qui l’avait organisé et de la Croix Rouge qui utiliserait les recettes pour aider les Ukrainiens, et allait finir par une ovation debout de la salle, pleine jusqu’aux fauteuils les plus à l’écart et rarement occupés, par l’hymne national ukrainien chanté sur scène sous une écharpe bleue et jaune, et par les larmes de la danseuse étoile.

Au cœur de la soirée, donc, ce grand ballet classique. Fallait-il, dans les circonstances, s’abstenir de commenter les performances et les choix faits ? Ou leur spectacle mérite-t-il d’être examiné, tout en tenant compte des circonstances difficiles ?

La production est une édition de poche du « Lac » pour une vingtaine de danseurs, ce qui réduit le corps de ballet à une douzaine. La durée est raccourcie, entre autre en coupant une partie des divertissements au troisième acte. Les costumes sont simples et la scénographie est limitée à deux toiles de fond qui alternent. Le Grand Ballet, émanation du Ballet de l’Opéra de Kyïv, n’a pas les ressources énormes et apparemment illimitées du Royal Ballet de Londres ni de l’Opéra Garnier de Paris. Ces simplifications concentrent l’attention sur l’essentiel.

Deux changements structurels sont plus discutables, dont la décision de faire danser le double rôle d’Odette (reine des cygnes) et d’Odile (fille du sorcier Rothbart transformé en sosie) par deux danseuses différentes.

La danse espagnole de l’acte 3

Cela enlève à la danseuse étoile Ekaterina Kukhar la possibilité de faire ressortir le contraste entre la douceur triste de l’une et la vivacité clinquante de l’autre. C’est un défi que relèvent brillamment les grandes danseuses. Par ailleurs il fait du Prince, amoureux d’Odette mais qui propose le mariage à Odile, un amant non pas piégé par la ressemblance physique mais inconstant (même dans la version originale, admettons-le, il n’est pas très futé).

La danse des Petits Cygnes

L’autre changement est donner à l’histoire une fin heureuse, en passant outre l’infidélité du Prince : il lui suffit d’arracher une aile au sorcier pour que les amants s’étreignent et soient promis à un avenir heureux avec beaucoup de petits…

Evidemment, les danseurs du Grand Ballet d’Ukraine, en entrant en scène, en tenant chacun son rôle, alors que leurs proches se terraient sous les bombardements au pays, ont fait preuve d’une autre qualité indéniable, le courage. C’est aussi cela qui leur a valu les applaudissements et acclamations des Soissonnais.

Commentaires : denis.mahaffey@levase.fr

Danse

Soutien pour l’Ukraine : le Grand Ballet de Kyïv à Soissons

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L'art du soutien

Le Ballet national de Kiev dans Casse-Noisette à Soissons en 2008

Lac des Cygnes, ce ballet adapté de vieux contes allemands et russes sur la musique de Tchaïkovski, sera présenté lundi prochain, le 21 mars à 20h30, au théâtre du Mail de Soissons. Une soirée de ballet par le Grand Ballet de Kyiv, avec les danseurs étoiles Aleksander Stoyanov et Ekaterina Khukar dans les rôles principaux ; aussi une soirée de soutien à l’Ukraine sous bombardement russe.

Le ballet raconte comment le Bien est vaincu par le Mal. Le Prince Siegfried aime Odette, la femme emprisonnée dans le corps d’un cygne blanc par un sorcier, mais en la trahissant avec la fille de ce magicien il détruit l’espoir de vaincre la malédiction et de vivre heureux avec une femme libre. Amour, courage, trahison, violence : le ballet aborde de grandes questions de la condition humaine. La fidélité, à une personne comme à des valeurs, est le chemin vers la liberté et le bonheur.

Entre le 3 janvier et le 3 mars la trentaine de danseurs du Grand Ballet de Kyïv avaient cumulé 48 représentations à travers la France. Après la dernière, la compagnie devait rentrer chez elle en Ukraine. Mais entretemps la Russie avait attaqué le pays. Il a été question de repartir en tournée en Pologne, mais le projet ne s’est pas réalisé. La décision a été prise de rester en France et, chaque fois que c’est possible, de soutenir l’effort de guerre comme ses membres le pouvaient, c’est-à-dire en dansant.

Alain Crémont, maire de Soissons, a voulu accueillir la troupe à Soissons. Son adjoint aux affaires culturelles François Hanse a retrouvé le représentant de la compagnie en France, en proposant d’ouvrir le théâtre du Mail aux danseurs Ukrainiens, d’assumer tous les frais et de verser la totalité de la recette à la Croix Rouge ukrainienne.

Le Grand Ballet de Kyïv présentera donc Lac des Cygnes pour aider l’Ukraine, un pays qui s’obstine à ne pas trahir, à rester fidèle à sa propre liberté..


Lac des Cygnes, lundi 21 mars à 20h30. Toutes les places à 28€.

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Danse

Le danseur Patrick Dupond. 1960-2021

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L'art d'être star

Patrick Dupond après le spectacle Fusion au Mail en 2010

En juillet 2006 j’ai rencontré Patrick Dupond, venu à Soissons pour animer un cours d’été de ballet classique dans l’école de danse de Leïla da Rocha. Monument de la danse diminué par un grave accident de la route et ses séquelles, il a néanmoins mené le groupe de jeunes filles dans leurs exercices. Surtout il leur a communiqué la magie de leur discipline, ses difficultés, ses exigences et, en retour, quand un pas est réussi, quand tout est comme il doit l’être, l’expérience de «moments d’éternité».

Les danseurs se regardent dans les glaces.

Il s’est ensuite installé à Soissons en partenariat avec Leïla da Rocha. Par rapport à sa carrière internationale fulgurante, à sa discipline d’acier, mais aussi à son impétuosité et aux écarts qui lui ont valu bien des ennuis, cette vie de maître à danser en province pouvait faire penser à un refuge tranquille.

En 2010 Patrick Dupond et Leïla da Rocha ont monté un spectacle dans le théâtre du Mail à Soissons. Fusion illustrait la rencontre, d’abord entre deux individus, puis entre deux cultures, européenne et orientale. Le contraste avec l’image du jeune Dupond danseur étoile de l’Opéra de Paris frappait une partie des spectateurs ; d’autres, dont beaucoup de jeunes filles, faisaient une ovation à l’image, qu’elles voyaient inaltérée sur scène.

En 2017, le couple Leïla da Rocha et Patrick Dupond est parti à Bordeaux pour ouvrir une nouvelle école de danse.

Ses années à Soissons, à l’école de danse et dans les rues de la ville, auront montré comment vit un homme qui a été couvert de gloire, quand les projecteurs qui l’ont suivi le quittent pour éclairer d’autres.

Avec Leïla da Rocha après Fusion

Les fleurs qu’il tient sur la photo prise après la Première de Fusion viennent d’une admiratrice japonaise, qui avait fait le déplacement pour voir son spectacle. L’ayant revu sur scène, elle n’a pas voulu le rencontrer pour offrir son bouquet. Je le lui ai donc donné en son nom, dans le foyer des artistes. Elle est restée en retrait. Plus tard, en recevant des photos de la soirée, elle a écrit de Tokyo : «Il dansait toujours avec l’âme nue».


[Deux articles dans l’Union rendent compte de son premier cours en été 2006 et de la création de Fusion  en 2010.]

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Associatif

Les soldats qui dansent

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L'art de la danse... militaire

Les brevets de danse du XIXe siècle par Didier Lhotte, Ed. Chants et Danses de France

Sur les images, où seuls des détails diffèrent, un militaire est entouré par des participants à un bal, dames en crinoline, certaines assises, et hommes en uniforme d’apparat ou en civil, debout. Un orchestre militaire joue. L’homme au milieu danse, les autres le regardent.

 

Didier Lhotte devant sa collection de brevets à Ressons

L’auteur Didier Lhotte, de Ressons-le-Long, qui a fondé l’antenne picarde de l’association Chants et Danses de France en 1984, présente ses recherches sur l’enseignement militaire de la danse dans ce livre; il constitue aussi une riche iconographie, haute en couleurs, reproduisant un grand nombre des diplômes livrés aux candidats. Ce sont des Brevets de danse, certifiant que le soldat désigné est « Prévôt de danse » et ensuite « Maître ».

Le livre retrace l’histoire de cet enseignement, proposé par Louis XIV. Réservé aux officiers, il a été étendu aux hommes de troupe à la Révolution. Enseignée comme l’escrime, la canne, le bâton, la boxe, elle devait augmenter la force, l’adresse et la grâce militaire du soldat, tout en étant un avantage en société et un plaisir, bons pour le moral des troupes.

Après la défaite de Sedan en 1870, les salles de danse de l’armée ont disparu progressivement. Mais le retour d’anciens combattants chez eux a donné une nouvelle impulsion à la danse villageoise régionale, au point qu’on a parlé de « dansomanie ».

Chants et Danses de France est affiliée à une fédération nationale, mais Didier Lhotte admet que seule l’antenne aisnoise poursuit un véritable programme de stages (suivis à chaque fois par « un petit bal folk ») et de spectacles. Lui-même, inspiré par le premier spectacle de danse qu’il a vu en 1969, avait commencé à danser dans une troupe parisienne. Devenu psychologue à Soissons, «chaque soir pendant trois mois j’allais après mon travail danser à Paris. On se maquillait dans la voiture

Brevet d’un soldat du 67e régiment, longtemps en garnison à Soissons

Il parle modestement de ses connaissances, mais Didier Lhotte jouit d’un renom national dans la promotion des traditions de la France dansante et du vaste répertoire de bourrées, farandoles, pas d’été, anglaises. Il regrette seulement l’image d’enthousiasme brouillon du mot « folklorique » en français. La danse est une affaire de précision, un exercice intensif de la mémoire corporelle.

Parmi les 63 brevets du 19e siècle reproduits, beaucoup appartiennent à la collection de l’auteur, débordant du petit bureau chez lui, déjà rempli d’archives et de publications de l’association.

Un brevet livré à Nîmes le 3 septembre 1865 aura un intérêt particulier pour les lecteurs locaux. Sous l’image il y a les mots suivants :

Nous soussignés Maîtres et Professeurs déclarons nous être réunis aujourd’hui à l’effet de reconnaître Mr Fumat André Clerc, Elève de Mr Lasserre, en qualité de Prévôt, et après nous être assurés de ses talents et connaissances nous lui avons livré le présent. Nous engageons nos Amis et frères à lui prêter le secours de leurs Conseils, leur promettant au besoin réciprocité de notre part.

Au-dessus, encadrant le titre, les mots manuscrits « 67e régiment d’infanterie ». Or le 67e a été longuement « le régiment de Soissons » et sa dissolution en 1993 a été une épreuve pour la population. Sa caserne est devenue le Parc Gouraud.

Le livre rappelle l’importance capitale de la danse ; mais l’association a dû renoncer à ses stages jusqu’au printemps prochain à cause du Covid-19.

[Cet article paraît dans le Vase Communicant N° 298.]

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