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Danse

Le cirque des sourires

Denis MAHAFFEY

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Les arts du cirque

A simple space : la troupe de cirque australienne Gravity and other Myths a joué son spectacle à la CMD.

La grande salle de concert de la Cité, sobre et neutre, tout en fauteuils grèges et boiseries miel, pourrait sembler mal adapté à un spectacle de cirque et à ses extravagances. Pourquoi l’avoir choisie pour A simple space, au lieu d’investir le théâtre du Mail avec sa scène à coulisses, ses murs sombres et l’étendue de velours rouge des fauteuils ?

Mais la CMD offre une plus grande hauteur pour les cascades et pyramides humaines, et surtout elle permet l’installation sur le plateau de l’orchestre une plateforme surélevée comme un ring de combat, avec une surface adaptée aux acrobaties. De chaque côté de ce carré, et donc sur le plateau même, des chaises sont installées. Ainsi les spectateurs entourent les artistes de cirque sur trois côtés, comme dans un chapiteau.

Les neuf acrobates de la troupe, sept hommes et deux femmes, instaurent dès le début une ambiance enjouée. Comme dans une cour de récréation, ils se mettent en concurrence amicale, se lancent des défis d’endurance et d’agilité, les poursuivant jusqu’à désigner un gagnant. Tout est fait franchement : pas d’effet d’esbroufe, pas de fausse tension avant un tour réussi. Surtout, ils ont le sourire facile : pas fixe comme un masque, mais qui émerge à chaque tour joué, à chaque réussite, à chaque contact avec le public.

Le succès de cette compagnie, primée partout et qui fait des tournées internationales avec ce spectacle, le plus récent, tient à cette informalité. Elle enlève à la fois l’épate du cirque et le sérieux de l’athlétisme, et les remplace la une joie de vivre, de sauter, de grimper, de prendre des risques. Il n’y a presque aucun équipement : ces hommes et femmes servent les uns aux autres de trapèze, de balançoire, d’installation d’escalade.

L’informalité n’interdit cependant pas un vrai sens du spectacle. Ils savent créer une attente que suivra inévitablement un tonnerre d’applaudissements.

Pas de costumes bigarrés, de paillettes ni de maquillage. Les femmes sont en juste-au-corps et short, les hommes en tee-shirt et pantalon beige. L’informalité ne fait que dégager la grâce et la force de ces corps d’athlète.

Après le spectacle, dans la « rue » qui traverse la Cité, ils sont là, disponibles pour des photos et les échanges, encore pleins d’énergie, arborant encore de grands sourires.

Danse

En tête à tête : opéra et ballet en temps de confinement

Denis MAHAFFEY

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Si les arts ne peuvent pas venir à leur Vase des Arts…
le Vase des Arts ira à ses arts

Les Sylphides entourent le Poète. Le Ballet de Perm sur la scène du Mail en 2016.

Il y a quatre ans le Ballet de Perm est venu au théâtre du Mail à Soissons, avec un programme de ballets tirés du grand répertoire classique des Ballets Russes, en se terminant tout de même par Sérénade de Balanchine. La compagnie vient de la ville de Perm au pied de l’Oural, mille kilomètres à l’Est de Moscou. Elle est une des plus anciennes et renommées du pays.

Au Mail, le Ballet de Perm avait démontré la pureté de son héritage, porté surtout par le corps de ballet, aussi discipliné qu’expressif, dans la grande tradition russe.

La salle de l’Opéra et Ballet de Perm est fermée actuellement, au milieu de son 146e saison, pour assurer les mesures de quarantaine contre le Coronavirus. Ses spectacles sont diffusés en ligne.

Mais il considère que les artistes ne peuvent valablement danser et chanter devant une salle vide, sans public. Il a donc conçu un projet intitulé « En tête à tête ». Selon un communiqué « À partir de fin mars un seul spectateur pourra assister aux spectacles diffusés en ligne et c’est pour lui, et lui seul dans la salle, que tous les comédiens et musiciens vont jouer. » Pour chaque représentation d’opéra ou de ballet, le spectateur du soir sera tiré au sort, et devra passer un examen médical avant le spectacle.

Le dispositif, « sans précédent dans l’histoire du théâtre » selon le metteur en scène Marat Gatsalov, confirme l’importance pour un chanteur ou un danseur, qui peut sembler entièrement concentré sur sa voix ou son corps, à l’exclusion de toute considération extérieure, d’établir une relation avec le public, sans laquelle le spectacle est sans ressort, sans courant partagé entre salle et scène.

Le public du Mail a pu le sentir devant le Ballet de Perm : il n’assistait pas à un spectacle, il partageait une expérience.

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Danse

Joie de corps : La Finale

Denis MAHAFFEY

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L'art du corps dansant

Le Vase des Arts était à La Finale le 10 mars au Mail.

C’est paradoxal : la force de ce spectacle de danse, par la compagnie Grenade de la chorégraphe Josette Baïz, vient de la nature rudimentaire de son intrigue. Huit danseurs se retrouvent à un casting. Quelques appels sur les haut-parleurs, quelques mouvements d’émulation entre les candidats, c’est tout, on n’en parlera plus. Mais la situation sert de tremplin à une heure palpitante de danse, collective ou individuelle – ou, la plus extraordinaire, collective et individuelle en même temps. C’est-à-dire que chacun s’engage dans une danse qui le caractérise et le met en valeur, et qui en même temps s’intègre dans un mouvement d’ensemble. Les danseurs accomplissent des exploits physiques, mais jamais jusqu’au point où la danse glisserait vers l’acrobatie.

Le résultat est d’une grande richesse visuelle, sollicitant le regard du spectateur partout à la fois. Cette richesse est soulignée par la nudité du plateau, vidé jusqu’au mur du fond noir décati.

En 1989 Josette Baïz a commencé à donner des cours de danse contemporaine dans les quartiers Nord défavorisés de Marseille, et à intégrer dans son enseignement toutes les formes de danse qu’elle y découvre. Elle a fondé le « groupe Grenade » pour enfants et adolescents, puis la compagnie Grenade pour des danseurs professionnels. La Finale a été créé il y a un an.

Le dernier spectacle de danse au Mail avant La Finale offre un contraste fondamental. Le Yacobson Ballet a présenté trois extraits de ballets de Tchaïkovski en janvier. Dans le ballet classique, tout le corps du danseur, torse, bras, jambes, est formé pour dessiner des lignes nettes, continues, gracieuses, et toute son énergie sert à cacher l’effort que cela exige. Les danseurs de La Finale, au contraire, sont ancrés par terre, et leurs mouvements désarticulent le corps, morcellent les mouvements : le poignet, l’avant-bras, le coude, l’épaule, la tête bougent séparément. La danse classique crée une image aérienne du corps ; la contemporaine donne un cours d’anatomie. Les deux peuvent électriser une salle de théâtre.


La salle était enthousiaste, mais loin d’être pleine – cela se mesurait par la quantité de rouge visible, celui des fauteuils laissés vides par des prudents réagissant à la grande préoccupation actuelle. Nous savons maintenant que, pendant un temps encore indéfini,  La Finale aura été le dernier spectacle à investir la scène du Mail.

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Danse

Les belles extravagances du ballet classique

Denis MAHAFFEY

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L'art du ballet classique

Pour sa tournée actuelle en France, le Yacobson Ballet présente la version intégrale de Casse-Noisette dans plusieurs villes, et dans les autres, dont Soissons, un Gala Tchaïkovski, composé d’extraits de trois grands ballets russes pour lesquels Tchaïkovski a composé la musique.

Le prince rencontre la reine des cygnes, dans l’acte II du Lac des Cygnes (Svetlana Svinko et Denis Klimuk).

Le désavantage de cette option est que les ballets classiques ont besoin de durée et d’espace pour captiver le public. Il faut du temps pour dépasser leurs outrances, leur absurdité même, pour se laisser ensorceler par la danse, le gestuel, les couleurs, les costumes, les décors, et pour pouvoir réfléchir à leurs sens profonds, aux questions qu’ils soulèvent. Quel manque pousse le Prince du Lac des Cygnes à tomber amoureux d’une femme-cygne, puis à lui être immédiatement infidèle avec une autre femme, qui ne ressemble à la première que par son maquillage ? D’où sourd le duel entre la méchante Catalabutte et la bonne fée Lilas, qui finit par un compromis, dans La Belle au bois dormant ?

Le gala présenté au Mail montre, en abrégé, la rencontre entre le Prince et la reine des Cygnes ; l’anniversaire de la princesse Aurore courtisée par quatre princes et qui finit par se couper et réaliser ainsi le mauvais sort jeté sur elle à son baptême ; et la grande fête donnée pour célébrer la transformation d’un casse-noisette en Prince (encore un !).

Les compagnies de ballet sont comme des équipes de foot : plus elles sont prestigieuses et gagnent de l’argent, plus elles peuvent recruter des stars, des champions qui ont non seulement les capacités physiques mais la sensibilité qui les traduira en performance enchantée. En ce sens, le Yacobson Ballet est en deuxième Division.

Le corps de ballet est excellent, gracieux et plus que cela, avec une belle cohésion et une belle cohérence ; a chaque apparition il illumine la scène.

Le corps de ballet danse la valse de Casse-Noisette.

Les solistes sont de bons danseurs, qui font face aux exigences corporelles de la danse classique, dont la nécessité de cacher l’effort fourni, c’est le propre du classique. Ce qui paraît leur manquer est une qualité incisive, une façon de couper l’air en dansant, une aisance qui ferait penser que ce qu’ils font n’est qu’une fraction de ce qu’ils pourraient faire. Il faut du charisme pour éblouir (pour éblouir les spectateurs difficiles, car il y avait des ébloui(e)s dans la salle : combien de fillettes, dont celles qui dansaient à l’entracte à l’entresol, y ont vu la réalisation possible d’un rêve ?).

Quel monde grandiose que le ballet classique, auquel il est difficile de résister (et pourquoi résister ?). Tchaïkovski savait refléter ces extravagances, et la combinaison de la chorégraphie et de sa musique est irrésistible pour ceux qui l’aiment. A la fin du gala, devant le souffle énorme de la musique de Casse-Noisette, l’énergie des danseurs, les couleurs et les lumières, comment ne pas être emporté par la magie de ces énormes contes de fée ?


L’enregistrement de la partition avait trop servi, comme un vieux 33-tours usé sur le tourne-disque. Mais il a permis d’entendre le petit miracle de l’Adagio du Grand Pas de Deux de Casse-Noisette, pour lequel le compositeur avait relevé une gageure : utiliser les huit notes d’une octave dans l’ordre. Le résultat garantit la pâmoison.

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P U B L I C I T É
JEROME TROUVE – Hypnose

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