Connectez-vous avec le Vase

Danse

Une saison s’annonce

Denis MAHAFFEY

Publié

le

L'art de la présentation

Cécile Mignot sera Lucrèce Borgia.

Cécile Mignot d’Acaly sera Lucrèce Borgia. (Photo Acaly)

54 spectacles en 44 semaines entre septembre et juillet : ensemble, le théâtre du Mail et la Cité M&D donneront plus d’une occasion par semaine de sortir.

Evidemment, le premier spectacle qu’attend le public du Mail n’est pas sur scène, mais dans la salle : les nouveaux fauteuils à installer pendant l’été. Finis les ressorts exsangues ou protubérants, parfois indiscrètement.

En fait, ce ne sera que le second spectacle. Le premier, dehors, debout et gratuit, est « Maudits Sonnants ». Sur une structure métallique articulée et lumineuse, suspendue à une grue et qui s’ouvre en fleur de lotus, des acrobates de Transe Express font sonner ce que L’Humanité appelle « un sublime concert de carillons ». C’est un triomphe des arts de la rue, une envolée au dessus des têtes des spectateurs.

Ainsi lancée, la saison passe par tous les modes : théâtre, musique, danse, humour…

Il y a les têtes d’affiche, ces visages patinés par la célébrité. Patricia Kaas fait son tour de chant, Arnaud Ducret, papa déboussolé de « Parents, mode d’emploi » à la télévision, donne son seul-en-scène. Marc Lavoine, venu chanter en 2010, revient acteur dans « Le poisson belge » où, célibataire têtu, il doit gérer une adolescente tout aussi têtue.

Robin Renucci, vu dans « Si tu mourais » au Mail en 2008, met en scène et joue dans « L’avaleur », sur l’action d’un prédateur financier. « Nous allons assister en direct à la destruction d’un équilibre interne auquel des êtres ont consacré leur vie. » dit-il.

Suivant la compagnie Nomades en 2016, ce sera au Théâtre Saint-Médard/Acaly d’effectuer une « résidence de création » au Mail, dispositif qui entend mettre en valeur le travail de compagnies de théâtre professionnelles locales, en offrant toutes les ressources de la grande salle. Fabrice Decarnelle a choisi de raconter l’atroce histoire de l’abominable « Lucrèce Borgia » dans la pièce de Hugo.(*)

Ceux ont connu la contribution vibrante de la compagnie L’Arcade à la vie de l’esprit pendant sa première résidence seront heureux de revoir « La dispute » de Marivaux, créée par Vincent Dussart au Mail en 2010.

« Mail et compagnies », le rendez-vous annuel des troupes professionnelles de Soissons, occupe toutes les salles du Mail pendant une semaine en février.

Il y a huit spectacles pour les enfants, avec ou sans famille. Ils n’incluent pourtant pas « Blanche neige et moi » relecture déjantée dans laquelle les sept nains sont un seul personnage – un peu schizophrène, on le comprendra !

La musique ? Il y a les orchestres et ensembles qui ont leurs bonnes habitudes à Soissons, tels l’orchestre Les Siècles, La Risonanza de Fabio Bonizzoni, l’orchestre de Picardie (pas encore des Hauts de France), les Concerts de poche. Deux autres retours attendus : l’orchestre de Lorraine, après son programme russe de 2015, et la grande pianiste russe Elisabeth Leonskaja, qui avait subjugué la salle et le plateau en octobre 2015.

Parmi les musiciens de jazz, le trio des Tromano joue tout, de Piaf à Piazzola.

L’automne venu, montons à bord des nouveaux fauteuils pour une croisière des yeux, des oreilles, de l’intelligence et du cœur.

(*) Travailler sans filet », c’est-à-dire écrire sur la base d’indications, sans accès aux informations complètes, est risqué, mais parfois inévitable. Le titre « Lucrèce Borgia » pouvait faire penser à la récente production par la Comédie française de la pièce de Victor Hugo. Au lieu de la Comédie française de Paris, ce sera la Comédie soissonnaise de l’avenue de Paris qui mettra Lucrèce en scène. Nos excuses à la Comédie Française et à Acaly. La vérité a été dévoilée trop tard pour modifier l’article publié dans le Vase Communicant. Un rectificatif y paraîtra…

denis.mahaffey@levase.fr

Continuer la lecture

Danse

En tête à tête : opéra et ballet en temps de confinement

Denis MAHAFFEY

Publié

le

Si les arts ne peuvent pas venir à leur Vase des Arts…
le Vase des Arts ira à ses arts

Les Sylphides entourent le Poète. Le Ballet de Perm sur la scène du Mail en 2016.

Il y a quatre ans le Ballet de Perm est venu au théâtre du Mail à Soissons, avec un programme de ballets tirés du grand répertoire classique des Ballets Russes, en se terminant tout de même par Sérénade de Balanchine. La compagnie vient de la ville de Perm au pied de l’Oural, mille kilomètres à l’Est de Moscou. Elle est une des plus anciennes et renommées du pays.

Au Mail, le Ballet de Perm avait démontré la pureté de son héritage, porté surtout par le corps de ballet, aussi discipliné qu’expressif, dans la grande tradition russe.

La salle de l’Opéra et Ballet de Perm est fermée actuellement, au milieu de son 146e saison, pour assurer les mesures de quarantaine contre le Coronavirus. Ses spectacles sont diffusés en ligne.

Mais il considère que les artistes ne peuvent valablement danser et chanter devant une salle vide, sans public. Il a donc conçu un projet intitulé « En tête à tête ». Selon un communiqué « À partir de fin mars un seul spectateur pourra assister aux spectacles diffusés en ligne et c’est pour lui, et lui seul dans la salle, que tous les comédiens et musiciens vont jouer. » Pour chaque représentation d’opéra ou de ballet, le spectateur du soir sera tiré au sort, et devra passer un examen médical avant le spectacle.

Le dispositif, « sans précédent dans l’histoire du théâtre » selon le metteur en scène Marat Gatsalov, confirme l’importance pour un chanteur ou un danseur, qui peut sembler entièrement concentré sur sa voix ou son corps, à l’exclusion de toute considération extérieure, d’établir une relation avec le public, sans laquelle le spectacle est sans ressort, sans courant partagé entre salle et scène.

Le public du Mail a pu le sentir devant le Ballet de Perm : il n’assistait pas à un spectacle, il partageait une expérience.

Continuer la lecture

Danse

Joie de corps : La Finale

Denis MAHAFFEY

Publié

le

L'art du corps dansant

Le Vase des Arts était à La Finale le 10 mars au Mail.

C’est paradoxal : la force de ce spectacle de danse, par la compagnie Grenade de la chorégraphe Josette Baïz, vient de la nature rudimentaire de son intrigue. Huit danseurs se retrouvent à un casting. Quelques appels sur les haut-parleurs, quelques mouvements d’émulation entre les candidats, c’est tout, on n’en parlera plus. Mais la situation sert de tremplin à une heure palpitante de danse, collective ou individuelle – ou, la plus extraordinaire, collective et individuelle en même temps. C’est-à-dire que chacun s’engage dans une danse qui le caractérise et le met en valeur, et qui en même temps s’intègre dans un mouvement d’ensemble. Les danseurs accomplissent des exploits physiques, mais jamais jusqu’au point où la danse glisserait vers l’acrobatie.

Le résultat est d’une grande richesse visuelle, sollicitant le regard du spectateur partout à la fois. Cette richesse est soulignée par la nudité du plateau, vidé jusqu’au mur du fond noir décati.

En 1989 Josette Baïz a commencé à donner des cours de danse contemporaine dans les quartiers Nord défavorisés de Marseille, et à intégrer dans son enseignement toutes les formes de danse qu’elle y découvre. Elle a fondé le « groupe Grenade » pour enfants et adolescents, puis la compagnie Grenade pour des danseurs professionnels. La Finale a été créé il y a un an.

Le dernier spectacle de danse au Mail avant La Finale offre un contraste fondamental. Le Yacobson Ballet a présenté trois extraits de ballets de Tchaïkovski en janvier. Dans le ballet classique, tout le corps du danseur, torse, bras, jambes, est formé pour dessiner des lignes nettes, continues, gracieuses, et toute son énergie sert à cacher l’effort que cela exige. Les danseurs de La Finale, au contraire, sont ancrés par terre, et leurs mouvements désarticulent le corps, morcellent les mouvements : le poignet, l’avant-bras, le coude, l’épaule, la tête bougent séparément. La danse classique crée une image aérienne du corps ; la contemporaine donne un cours d’anatomie. Les deux peuvent électriser une salle de théâtre.


La salle était enthousiaste, mais loin d’être pleine – cela se mesurait par la quantité de rouge visible, celui des fauteuils laissés vides par des prudents réagissant à la grande préoccupation actuelle. Nous savons maintenant que, pendant un temps encore indéfini,  La Finale aura été le dernier spectacle à investir la scène du Mail.

Continuer la lecture

Danse

Les belles extravagances du ballet classique

Denis MAHAFFEY

Publié

le

L'art du ballet classique

Pour sa tournée actuelle en France, le Yacobson Ballet présente la version intégrale de Casse-Noisette dans plusieurs villes, et dans les autres, dont Soissons, un Gala Tchaïkovski, composé d’extraits de trois grands ballets russes pour lesquels Tchaïkovski a composé la musique.

Le prince rencontre la reine des cygnes, dans l’acte II du Lac des Cygnes (Svetlana Svinko et Denis Klimuk).

Le désavantage de cette option est que les ballets classiques ont besoin de durée et d’espace pour captiver le public. Il faut du temps pour dépasser leurs outrances, leur absurdité même, pour se laisser ensorceler par la danse, le gestuel, les couleurs, les costumes, les décors, et pour pouvoir réfléchir à leurs sens profonds, aux questions qu’ils soulèvent. Quel manque pousse le Prince du Lac des Cygnes à tomber amoureux d’une femme-cygne, puis à lui être immédiatement infidèle avec une autre femme, qui ne ressemble à la première que par son maquillage ? D’où sourd le duel entre la méchante Catalabutte et la bonne fée Lilas, qui finit par un compromis, dans La Belle au bois dormant ?

Le gala présenté au Mail montre, en abrégé, la rencontre entre le Prince et la reine des Cygnes ; l’anniversaire de la princesse Aurore courtisée par quatre princes et qui finit par se couper et réaliser ainsi le mauvais sort jeté sur elle à son baptême ; et la grande fête donnée pour célébrer la transformation d’un casse-noisette en Prince (encore un !).

Les compagnies de ballet sont comme des équipes de foot : plus elles sont prestigieuses et gagnent de l’argent, plus elles peuvent recruter des stars, des champions qui ont non seulement les capacités physiques mais la sensibilité qui les traduira en performance enchantée. En ce sens, le Yacobson Ballet est en deuxième Division.

Le corps de ballet est excellent, gracieux et plus que cela, avec une belle cohésion et une belle cohérence ; a chaque apparition il illumine la scène.

Le corps de ballet danse la valse de Casse-Noisette.

Les solistes sont de bons danseurs, qui font face aux exigences corporelles de la danse classique, dont la nécessité de cacher l’effort fourni, c’est le propre du classique. Ce qui paraît leur manquer est une qualité incisive, une façon de couper l’air en dansant, une aisance qui ferait penser que ce qu’ils font n’est qu’une fraction de ce qu’ils pourraient faire. Il faut du charisme pour éblouir (pour éblouir les spectateurs difficiles, car il y avait des ébloui(e)s dans la salle : combien de fillettes, dont celles qui dansaient à l’entracte à l’entresol, y ont vu la réalisation possible d’un rêve ?).

Quel monde grandiose que le ballet classique, auquel il est difficile de résister (et pourquoi résister ?). Tchaïkovski savait refléter ces extravagances, et la combinaison de la chorégraphie et de sa musique est irrésistible pour ceux qui l’aiment. A la fin du gala, devant le souffle énorme de la musique de Casse-Noisette, l’énergie des danseurs, les couleurs et les lumières, comment ne pas être emporté par la magie de ces énormes contes de fée ?


L’enregistrement de la partition avait trop servi, comme un vieux 33-tours usé sur le tourne-disque. Mais il a permis d’entendre le petit miracle de l’Adagio du Grand Pas de Deux de Casse-Noisette, pour lequel le compositeur avait relevé une gageure : utiliser les huit notes d’une octave dans l’ordre. Le résultat garantit la pâmoison.

Continuer la lecture
P U B L I C I T É
JEROME TROUVE – Hypnose
FERME DE LECHELLE – Vente à la ferme

Inscription newsletter

Catégories

Facebook

Top du Vase