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Ecrits à la main

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L'art d'écriture

Dans le vaste jouet langagier qu’est la Cité de la langue française, un des dédales de salles du château de Villers-Cotterêts, somptueusement restauré, est occupé par une nouvelle exposition, Trésors et secrets d’écriture. Une centaine de manuscrits précieux appartenant à la Bibliothèque nationale de France sont exposés, certains pour la première fois.

Page de Les paravents de Jean Genet

La mise en scène est impressionnante : chaque document est éclairé par un petit cercle de lumière, mais le public circule dans une pénombre générale. Une question de scénographie ? Non : un agent de sécurité présent précise qu’il y a des documents si vulnérables – les plus anciens peuvent être en parchemin ou même peau d’agneau – que le niveau d’éclairage ne doit pas dépasser 40 lumens.

Le parcours à travers l’exposition passe par des étapes successives.

Il commence par des écrits produits dans des scriptoria médiévaux, manuscrits enluminés d’une écriture si parfaite qu’elle ferait croire à des lettres d’imprimerie. Il y a des chansonniers, qui contiennent des chants et poésies. Il y a même de fragiles fragments de textes de Chrétien de Troyes, récupérés d’un dossier de notaire où ils servaient de reliure. Le visiteur, accoutumé à la perfection mécanique de l’imprimé, devient conscient de la main qui a tracé ces lettres.

La deuxième étape est centrée sur l’Ordonnance de Villers-Cotterêts. C’est François 1er qui, en la signant dans la ville, a imposé l’usage du français dans les actes officiels, un pas majeur vers la reconnaissance d’une langue nationale. Cet événement a pesé dans le choix du château pour y faire la Cité internationale de la langue française (CILF).

La troisième étape montre des carnets intimes et scientifiques, des brouillons, notes d’auteurs et de savants. L’écriture est souvent ramassée et rapide, comme celle de Champollion, comme si les scientifiques étaient pressés de tout noter.

Chansonnier du 15e siècle en forme de coeur

Les quatrième et cinquième étapes concernent des auteurs modernes et contemporains, et la métamorphose des usages d’aujourd’hui. Leurs manuscrits et notes sont plus proches dans le temps pour les visiteurs. L’exposition met en scène les manuscrits des plus grands, Hugo et Proust (en décorant le bas d’une feuille avec des croquis de femmes élégantes, gribouillait-il en attendant de trouver ses mots). Simone de Beauvoir écrivait en longues lettres penchées qui suggèrent une fluidité de pensée ; Flaubert taillait ses feuilles à la recherche du mot juste ; Malraux corrigeait même des feuilles déjà publiées.

Parfois un manuscrit frappera tel visiteur pour des raisons que lui seul peut expliquer, comme une page de Les paravents, où l’écriture lisible de Genet est aplatie et très peu raturée. Comment oublier les remous et protestations qui ont accompagné son lancement en 1966 par la compagnie Renaud-Barrault au théâtre de l’Odéon ?

Trésors et secrets de l’écriture aidera à faire passer la Cité internationale d’un lieu de divertissement et d’apprentissage éducatifs à un musée dont les expositions contribuent à approfondir la perception de la langue qu’il a été construit pour célébrer.


Trésors et secrets d’écriture, CILF, jusqu’au 1er mars 2026.

[Cet article paraît dans le Vase Communicant n°403.]

Modifié le 30 nov. pour corriger la référence à “la première page de Les Paravents”.

Un commentaire, une question ? denis.mahaffey@levase.fr

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