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Exposition

L’envers du printemps

Denis MAHAFFEY

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L'art de la photo

Patricia Poulain devant une de ses photos du printemps.

Patricia Poulain devant une de ses photos du printemps.

Patricia Poulain, Photos, Vapemecum, rue du Commerce   

Au printemps la nature se réveille, s’étire, se relève, s’épanouit. C’est la saison la plus exubérante de l’année. Mais Patricia Poulain sait regarder au-delà de ce foisonnement, et trouver l’envers des débordements. Les photos qu’elle expose au magasin Vapemecum, et qui resteront en place jusqu’en novembre, montrent les tremblements qui sont à la source du printemps : quelques feuilles translucides, la vulnérabilité d’un jeune plant, le cours de la Vis dans l’Hérault, « la rivière la plus pure de France » dit-elle. Dans une autre image, le fond d’un étang est fracturé par l’agitation de l’eau dans laquelle un caillou est tombé.

L'agitation provoquée par un caillou tombé dans l'eau fracture l'image du fond.

L’agitation provoquée par un caillou tombé dans l’eau fracture l’image du fond.

Elle poursuit ainsi le chemin tracé dans son exposition à la Bibliothèque de Soissons sur Dublin, ville exubérante s’il en est, mais où elle a su trouver le silence derrière ses bruits, le vide à deux pas de l’affluence des artères.

Après dix ans en Irlande, et deux au Japon, Patricia s’est installée à Soissons, où elle donne des cours d’anglais, et anime un atelier de photo à l’EJC.

Pascal Lecareux, spécialiste de thés chinois.

Pascal Lecareux, spécialiste de thés chinois.

L’exposition a lieu dans le magasin que gèrent Pascal Lecareux et son épouse. Près de la vitrine ils proposent tous les accessoires pour la nouvelle activité du « vapotage ». Mais au fond ce sont des activités plus que millénaires qui occupent la place. Pascal est spécialiste de thés chinois et japonais, et les étagères sont pleines de boîtes métalliques aux étiquettes et descriptions soigneusement manuscrites. Il prodigue des informations, parfois surprenantes : pour lui, seul le thé chinois est authentique, le thé indien ne serait qu’une infusion.

Au vernissage de l’exposition, les visiteurs ont pu essayer différents thés, dont le « chaï », et goûter de petits gâteaux verts, faits par la photographe avec du « matcha », thé vert broyé entre deux pierres.

denis.mahaffey@levase.fr

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Exposition

Art contemporain à l’Arsenal : le Musée attribue les rôles

Denis MAHAFFEY

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L'art de l'art

La première partie de cet article paraît dans le Vase Communicant n°295; la suite décrit le processus de « mise en scène » des collections d’art contemporain dans les salles de l’Arsenal.

L’option était là, pratique, simple, abordable. Il suffisait de l’adopter – et de voir à sa mise en œuvre. Quand l’ancien arsenal militaire sur lequel veillent les flèches de Saint-Jean-des-Vignes a été acquis par la Ville en 1994, il s’est ouvert l’ère des grandes expositions temporaires d’art contemporain. Elles ont apporté du prestige à Soissons – selon le sculpteur Nicolas Alquin « A cent kilomètres autour de Paris, seul Soissons peut donner tant d’espace à un artiste. » Le public des vernissages était national, voire international, la fréquentation ensuite plus restreinte. Cette période fastueuse s’est terminée avec le départ du conservateur Dominique Roussel en 2015, laissant l’espace en attente d’un rôle.

Christophe Brouard, conservateur des Musées Saint-Léger et de l’Arsenal, avec Manon Jambut, recrutée pour veiller à la conservation et la restauration des collections. L’art se crée et se regarde : il faut penser à entretenir les œuvres.

A Saint-Léger l’exposition des collections d’art contemporain a été confinée à la cagé d’escalier menant du rez-de-chaussée (Archéologie) au premier étage (Histoire locale) et au second (expositions temporaires). Il s’agit surtout d’œuvres d’artistes ayant exposé à l’Arsenal, comme la toile de Gérard Titus-Carmel ou la suspension de Carlo Wieland qui tourne au dessus des têtes. Pourtant avec environ 200 œuvres le Musée possède l’un des principaux fonds d’art contemporain des Hauts-de-France, des œuvres peintes, dessinées, sculptées, gravées et des photographies, qui restent en grande partie méconnues du public dans les réserves.

Christophe Brouard a pris la direction du Musée en décembre, et le projet a été lancé. Désormais, Saint-Léger sera le musée d’art et d’histoire, et l’Arsenal celui de l’art contemporain sur les 500m2 des salles du haut. Le travail d’accrochage est en cours, et le nouveau musée s’ouvrira en juillet.

Matières contemporaines. 25 ans d’acquisitions (1995-2020), c’est le titre de cette initiative évolutive. Plusieurs œuvres seront exposées de façon permanente sur un parcours articulé en différentes sections, d’autres seront remplacées régulièrement, une façon de mettre en valeur le fonds et de maintenir l’attrait pour des visiteurs réguliers.

Des cheminements seront établis, esthétiques mais aussi pédagogiques.

  1. La matière à l’œuvre établira une forme de dialogue entre des techniques et approches variées ou renouvelées, la peinture, la sculpture.
  2. La matière inspirée fera découvrir au visiteur des œuvres inspirées par de grands peintres ou écrivains, d’autres par la culture populaire.

    Carlo Wieland : Aérial n°19, métal polychrome, 2002.

  3. La matière et la forme abordera le glissement entre différentes modes d’expression, particulièrement l’art figuratif et l’art abstrait.

Pour le conservateur « cette première présentation constitue la première étape d’une nouvelle définition de l’Arsenal, espace vivant et de mise en valeur des collections permanentes. »

Des expositions temporaires auront lieu, mais dans d’autres endroits de la ville, comme la chapelle Saint-Charles.

D’autres étapes et parcours thématiques suggérés par le riche fonds d’art contemporain des musées de Soissons, existant ou enrichi par de nouvelles acquisitions, maintiendront l’intérêt du public pour l’art contemporain, créé dans le monde qui nous entoure.

Matières contemporaines : la mise en scène

Au premier étage de l’Arsenal, une équipe prépare l’ouverture au public des deux salles où seront désormais exposées les collections d’art contemporain du Musée de Soissons (il faudra parler désormais des « Musées », car Saint-Léger, l’Arsenal et le Centre de Conservation et d’Etudes Archéologiques (CCEA) sont des entités distinctes de la même institution publique).

Une partie de œuvres est déjà accrochée, d’autres attendent. Les équipiers travaillent au positionnement et accrochage ; deux polissent les verres qui couvriront des exemples du fonds photographique.

L’accrochage est en cours.

Christophe Brouard montre l’itinéraire que suivront les visiteurs. La petite salle (qui n’est petite que par rapport à la grande sous son immense charpente apparente, rappel du rôle militaire du bâtiment) est prête, il suffira d’ajouter les cartels avec le nom de l’artiste et le titre de l’œuvre, et parfaire l’éclairage : le mobile de Carlo Wieland jouera ainsi avec sa propre ombre sur le mur.

Cette salle, qui questionne les techniques et approches adoptées par les artistes, pêut être vue comme une sorte d’échantillonnage des grandes expositions du passé et des œuvres qui ont déjà occupé ces salles, de Claude Viallat, Christian Jaccard, Daniel Chompré, Laurence Granger (dont un grand éclat de couleurs éclaire la salle).

Le palier entre les deux salles contient des céramiques venant de l’exposition pour laquelle différents artistes avaient exploré l’image du vase (du Vase). La toile de Gérard Titus-Carmel de sa série La Bibliothèque d’Urcée a migré de sa place sur l’escalier de Saint-Léger.

La grande salle est partagée en plusieurs sections, d’abord celle des artistes qui ont eu recours à des références littéraires dans leur travail, comme Philippe Guesdon qui a démantelé et refait les images de Dürer pour La Nef des Fous de Sébastien Brand, et dont les peintures sur tissu souple, suspendues comme des tapisseries, avaient rempli toute cette salle en 2014).

Méduse de l’artiste C215, qui interprète l’autoportrait du Caravage sous les traits de la Gorgone.

En quittant cette section le visiteur a vue par une vitrine sur les salles du rez-de-chaussée. A partir du mois d’août une équipe de restaurateurs remettra en état les trois tableaux monumentaux de Lucien Jonas, récemment acquises par le Musée et qui décoraient la salle de bal de l’ancien hôtel de la Croix d’Or dans la rue Saint-Christophe à Soissons. A présent, elles sont cachées par des draps.(*)

La troisième section laisse voir les échanges et relations entre différents modes adoptés par les artistes, où le figuratif et l’abstrait s’affrontent, s’éclairent.

Au centre de la salle se trouvent quelques photographies, elles-mêmes des œuvres d’art.

Pour la mise en scène de cette initiative, qui rendra disponible des œuvres qui ne sont peut-être jamais sorties des réserves, la sensibilité du conservateur se révèle par les échos qu’il remarque et fait remarquer entre des toiles et les éléments de la galerie : charpente, murs de pierre et leurs accidents de surface.

En parlant de cet investissement de l’Arsenal par ces collections, Christophe Brouard préfère le mot « accrochage » à « exposition ». Il souligne ainsi la nature du projet, dont le contenu évoluera, de nouvelles œuvres remplaçant les précédentes. Après l’accrochage, le décrochage. Les visiteurs qui reviennent sont assurés de vivre une autre expérience chaque fois. Il n’y aura donc pas de vernissage : l’Arsenal sera ouvert au public le 15 juillet aux heures habituelles.

(*) Deux visites guidées, pour lesquelles il faut s’inscrire, auront lieu les 29 juillet et 11 août.

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Exposition

Racine fait face au virus

Denis MAHAFFEY

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L'art de l'alexandrin contre le coronavirus

En devenant président du Musée Racine de La Ferté-Milon, Alain Arnaud a demandé à quelqu’un « Vous allez au Musée ? » La réponse : « Pourquoi ? Il y a quelque chose de nouveau ? ».

C’était en 2012. Le Musée, petite structure dans une petite ville de province, consacrée à un écrivain majestueux mais loin dans le passé, somnolait sur sa collection et sa bibliothèque, Racine réduit à « un marbre et une perruque ».

Jean Racine dessiné par son fils

L’entrée était payante et le nombre de visiteurs ne décollait pas. Le nouveau président n’a vu qu’une seule issue : prendre des mesures radicales pour mettre du mouvement et attirer le public. La municipalité a confié la gestion à l’association Jean Racine et son Terroir et l’entrée est devenue gratuite.

Alain Arnaud, qui a fait sa carrière dans l’édition, a été rejoint en 2016 par Pascal Ponsart-Ponsart, marionnettiste devenu fonctionnaire et, à la retraite, metteur en scène du Petit Théâtre de Montgobert.

En quelques années, le programme d’animations s’est étoffé, « lectures-déambulations », conférences, cours de théâtre. Ces activités, certes, doivent compter sur les bénévoles et s’auto-financer par des cotisations et d’éventuels dons de visiteurs.

Deux rendez-vous réguliers sont la Nuit des musées au printemps et les Journées du patrimoine à la rentrée. Chaque année une exposition a été montée. En 2019 il s’est agi de Dis-nous, Racine, quel était ton visage ? qui offrait une iconographie riche peinte, sculptée, gravée et dessinée, dont un portrait par son fils. La Gazette de Racine, bulletin dont les archives se trouvent sur le site du Musée, a publié un compte rendu détaillé et illustré de cet événement. Les acteurs amateurs du Petit Théâtre ont présenté leurs spectacles, des pièces écrites par son metteur en scène et jetant une lumière parfois inédite sur le dramaturge.

Jean Racine, orphelin à trois ans, a été élevé par ses grands-parents dans une maison sur le site du bâtiment actuel, inauguré en 1991. Seule subsiste la cave.

Ce dynamisme a eu son effet, avec 1600 visiteurs en 2019. Pourquoi ce succès ne se serait pas poursuivi en 2020 ? Des rencontres et spectacles étaient programmés, quand brusquement le couperet du coronavirus est tombé, fermant le musée, confinant ses animateurs.

Tout arrêter et attendre ? C’est compter sans l’ingéniosité et la débrouillardise du président et de son vice-président. Par téléphone et sur ordinateur, ils ont imaginé ensemble des moyen de poursuivre la visite du musée, mais en ligne. Pascal Ponsart-Ponsart a choisi des photos fixes, savamment mises en mouvement sur le site du fournisseur d’accès gratuit pour les associations Néopse. Pour une autre rubrique, Lettres aux intimes, il a enregistré deux lettres de Racine, et vient d’ajouter la dernière scène d’Andromaque, celle des« fureurs d’Oreste ».

Pascal Ponsart Ponsart et Alain Arnaud

Le 13 juin le musée s’est rouvert. « Il a fallu tout mettre à plat » explique Alain Arnaud, « prévoir les mesures sanitaires nécessaires. »

Les nouvelles ressources virtuelles resteront une arme redoutable. Le site propose ses vidéos, et un accès aux deux Nuits Racine sur France Culture, qui comprennent un long entretien avec Alain Arnaud. L’enregistrement de ces échanges, fait au Musée, a posé un problème sonore, car le bâtiment se trouve sur la rue. Alain Arnaud explique qu’il a enfin amené le chroniqueur Philippe Garbit dans la cave, seule vestige existant de la maison originelle. Le silence souterrain a fait l’affaire.

Le Musée est armé pour faire face aux nouvelles exigences sans perdre son élan. Il ne faut pas oublier que tout, musée, actions culturelles, initiatives numériques, bonnes volontés, attrait pour le public, repose sur la capacité de Racine, dans ses alexandrins cristallins, à dire les amours et les douleurs d’êtres humains – « tels qu’ils sont » a dit La Bruyère.

Musée Racine, 2, rue des Bouchers, La Ferté-Milon.
Ouvert samedis, dimanches et jours fériés d’avril à octobre. Entrée libre.
Site Internet : museejeanracine.neopse-site.fr

[Une version abrégée de cet article paraît dans le Vase Communicant, éd. Villers-Cotterêts/La Ferté-Milon N°5]

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Exposition

Michel Gasqui : créateur de mondes

Denis MAHAFFEY

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Le confinement et la culture – 1er épisode

Avoir tout son temps, sans rendez-vous à l’extérieur ni chez soi, sans distraction, sans visiteurs, seul : ne serait-ce pas une chance pour un créatif ?

Pour le peintre Michel Gasqui, le confinement manque d’un élément essentiel : un objectif pratique et un délai. Il se rend compte qu’en leur absence son appréhension à commencer un tableau prédomine.

« D’ordinaire, je passe beaucoup de temps à Soissons en travaillant, seul chez moi, sans visite, sans contact avec autrui ; mais quand j’en ressens l’envie, je vais à Paris, voir une expo, des amis, me balader. C’est ce qui me manque actuellement, ça et l’absence de perspective concrète. »

Masure close (mars 2020)

Après une vie d’enseignant à Paris, Michel Gasqui avait essayé Laon puis a choisi Soissons pour sa retraite. Il a commencé à exposer ses peintures sous le nom d’artiste Migas Chelsky, au Mail, à la Bibliothèque, à l’Office de tourisme puis, à travers l’Association d’Artistes Axonais dont il est membre fondateur, à Saint-Quentin, à Saint-Léger et même à Paris et ailleurs. Il admet ne plus exposer à Soissons, car les tarifs des salles municipales sont devenus trop élevés pour des artistes qui, il rappelle, vendent peu d’œuvres.

Il s’est exprimé par écrit sur ses préoccupations artistiques. « Je viens du collage et pour cette raison me sens plus à l’aise à devoir rassembler et ordonner des éléments épars dans une composition esthétique qu’à démarrer un tracé sur une toile immaculée. »

Au début du confinement, Michel Gasqui a produit un tableau appartenant à sa longue série représentant des bâtiments délabrés, vides, abandonnés. Fermés, car aucune porte ni fenêtre ne reste ouverte. C’est comme si ceux qui les ont quittés voulaient y enfermer le passé qu’ils laissaient derrière eux.

Il utilise le carton ondulé, qui représente si bien la tôle fréquemment utilisée dans les maisons miséreuses. Pourquoi rester préoccupé par ce sujet ? « Cela concerne une douleur personnelle, mais aussi sociale. Ces maisons ont abrité des pauvres, des immigrés. »

Il dessine aussi, des images qu’il appelle « aléatoires », pour lesquelles, à la différence des maisons, il prend un support immaculé. Il trace des emmêlements de traits fins que son ami, le peintre-écrivain Bruno Montpied, traite d’« arachnéens » (« Alors que j’ai la phobie des araignées »).

A cause du confinement est qu’il travaille plus que d’habitude, regarde des films, des documentaires, des séries policières sur son écran d’ordinateur ou sur celui, rétro, de sa « pièce cinéma ». « J’ai renoncé depuis belle lurette à la télévision. J’écoute la radio mais surtout France-Musique. Je ne lis pas assez, mais j’ingurgite beaucoup d’images.

J’essaie de sortir de temps en temps, de marcher, mais je viens de m’apercevoir que les berges de l’Aisne sont fermées au public. J’ai du mal à le comprendre et à l’accepter.

Le moral varie selon le degré de réussite de mon travail, en fonction des messages que je vais envoyer ou recevoir de mes amis et de ma fille, du taux d’ensoleillement dehors et de mon humeur fréquemment changeante. »

Il définit ainsi l’inspiration qui l’a guidé jusqu’ici, et à laquelle il restera fidèle dans le monde nouveau qui l’attend – qui nous attend tous – quand le coronavirus laissera reprendre une vie sociale. « Si je devais appartenir à un mouvement artistique, ce serait à celui des créateurs de mondes, à l’instar des dieux et des cinéastes. Je cède à une pulsion impérative qui m’entraîne à créer de toutes pièces un monde non pas imaginaire mais qui interprète l’existant dans une vision onirique, critique et satirique – mais non idyllique. »

Il y incorpore aussi une opposition dans sa vision : « J’hésite toujours entre créer de belles choses et rendre belle la laideur, entre l’introspection et l’engagement social et politique. Je ne peux choisir. »

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P U B L I C I T É
JEROME TROUVE – Hypnose

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